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Un goûter en forêt, d’Akiko Miyakoshi

Une promenade appétissante avec Kikko
 
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    La forêt est recouverte de neige, c’est l’hiver. Kikko rend service à son papa, parti déblayer la neige devant la maison de mamie, en le suivant pour lui donner le gâteau qu’il a oublié. S’en suit une visite agréable dans la forêt, à la poursuite d’une silhouette noire.

    Quelle agréable surprise j’ai eue en découvrant ce superbe album lors d’une énième après-midi dans la bibliothèque municipale de ma ville. Un goûter en forêt est sans aucun doute devenu l’un de mes livres préférés de littérature jeunesse, et vous allez comprendre pourquoi.

    (JPG)
    © Syros, 2011

    L’auteur-illustratrice Akiko Miyakoshi est une jeune japonaise de trente et un ans vivant au pays du soleil levant. Elle a brillé dans ses études en école d’art, ce qui lui a permis d’appréhender différentes formes artistiques et d’offrir à ses lecteurs de véritables bijoux par leurs illustrations. Un goûter en forêt propose avec délicatesse au jeune public des dessins réalisés avec subtilité au fusain, sur du papier assez dur.

    L’intertextualité

    Ce livre est accessible dès l’âge de quatre ans, même si les plus jeunes enfants ne peuvent pas en comprendre toute l’intertextualité. Néanmoins, le jeune public prendra plaisir à parcourir les trente quatre pages de cet album en reconnaissant les différents personnages anthropomorphes qui les habitent. De même que les parents ne seront pas oubliés dans la quête du plaisir de la lecture : l’intertextualité ne sera pas sans leur rappeler le petit chaperon rouge, et Alice au pays des merveilles, ce qui les replongera à coup sûr dans leurs souvenirs d’enfance et ne pourra que leur faire apprécier cet écrin au fusain.

    Kikko est chaperon ?

    L’histoire de ce livre n’est donc pas sans rappeler celle du Petit chaperon rouge. Kikko traverse la forêt afin de rejoindre la maison de sa grand mère pour lui apporter un gâteau que son papa a oublié d’emporter. L’histoire est similaire à celle du célèbre conte, surtout que le rappel du rouge des vêtements de la petite fille est présent aussi chez Kikko : Elle porte un bonnet, des gants et une jupe rouge. Néanmoins la ressemblance s’arrête ici entre les deux histoires, car Kikko ne rencontre pas un vilain méchant loup, mais bien de très gentils animaux qui l’accueillent et l’aident à remédier à un grand malheur : celui du gâteau tout abîmé.

    Où est-elle, Alice ?

    Je vous parlais avant cela d’une autre intertextualité, qui était Alice au pays des merveilles. Ceci est visible dans la seconde moitié du livre, lorsque Kikko est en compagnie des personnages animalisés et qu’elle prend place à leur grande table. Cette scène n’est pas sans rappeler l’histoire d’Alice, lorsqu’elle se retrouve avec les animaux et le chapelier fou pour prendre le thé dans la forêt. Mais aussi lorsqu’ils cheminent tous ensemble jusqu’à la maison de la grand mère de Kikko, et que le lecteur constate que seule la petite fille peut voir ses nouveaux amis, comme Alice est la seule à voir le pays qu’elle rêve. D’ailleurs, Kikko et Alice ont un point commun dans ce crayonné sombre et peu coloré : elles sont toutes les deux blondes et Akiko Miyakoshi s’attache à colorer les cheveux de sa petite héroïne, malgré la sobriété apparente des couleurs.

    Comme je vous l’ai déjà dit, les animaux ne sont pas méchants comme l’est le loup avec le petit chaperon. Ici, ils sont rieurs, gentils, et surtout ils partagent leur denrée avec simplicité. Kikko est embarrassée : son gâteau est tout abîmé, après qu’elle ait chuté dans la neige lors de sa marche dans la forêt. Ce n’est plus un problème après la rencontre avec les personnages anthropomorphes. Justement réunis pour prendre le goûter tous ensemble, c’est avec plaisir qu’ils partagent leurs divers gâteaux, tous aussi colorés les uns que les autres, et surtout tous aussi appétissants. Kikko repart avec un gâteau unique et gourmand en couleurs. En effet, l’illustratrice nous régale les yeux avec une composition colorée et alléchante. Chaque petit animal a donné une part de gâteau qui le représente, ainsi la petite souris fait le don d’une part minuscule tandis que l’ours cède sans souci une part immense de tarte aux fruits.

    La tolérance s’apprend

    Le gâteau est à l’image de la société, et surtout du message de tolérance que l’auteur veut faire passer auprès de ces jeunes lecteurs. Ce livre véhicule un message fort en ce sens : il ne faut pas avoir peur de ceux qui ne sont pas comme nous, et nous apprenons de leur richesse autant qu’ils apprennent des autres. Il s’agit ici du thème essentiel développé dans cet album de jeunesse. Kikko rencontre des gens qui ne lui ressemblent pas, qui l’intimident, mais elle est très ouverte d’esprit et ne se formalise pas des différences entre ses nouveaux compagnons et elle même. La composition de ce gâteau est une reconstitution de notre monde, où chacun apporte un bout de soi pour forger un univers où chacun s’y retrouve dans un climat calme et apaisé. "Ce sera un gâteau unique aux mille saveurs des fruits de la forêt" (page 25) Ici l’auteur résume à merveille ce qu’est le partage avec autrui, et ce qu’il permet : une ouverture à de nouvelles cultures, pour créer quelque chose d’unique et qui plaît à chacun.

    Une Kikko très courageuse

    Le second thème qui est développé est celui du courage. En effet, Kikko ne montre jamais une once de peur et est courageuse dès le début du livre. Elle est prête à parcourir toute la forêt, seule, dans la neige, afin de rendre service à son papa qui a oublié le gâteau, et surtout de faire plaisir à sa mamie qui va le manger. Même lorsqu’elle s’égare, elle n’a pas peur, car elle se sait entourée par ses nouveaux compagnons. Le seul moment du livre où le lecteur peut ressentir l’angoisse de la petite fille est lorsqu’elle est confrontée à l’inconnu en entrant dans la maison remplie d’animaux. "Bon...Bonjour, articule courageusement Kikko".(page 20) L’auteur reprend elle même l’adverbe "courageusement", ce qui renforce le courage dont fait preuve Kikko.

    Amour, famille & partage

    Le dernier thème abordé qui m’a frappée est celui de la famille. Kikko est entourée d’une famille qui l’aime : au début du livre nous visualisons ses parents, et à la fin sa grand mère. Elle est épaulée par un soutien familial qui lui donne envie de rendre service et d’être courageuse. Cette notion de famille se retrouve aussi chez les animaux rencontrés dans la forêt. Ils partagent leur denrée comme ils le feraient avec leur propre famille, ils se retrouvent pour échanger paroles et musiques comme le font les familles les soirs de Noël. Kikko appartient désormais à deux familles : la sienne, celle qui l’a mise au monde, et celle des animaux imaginaires, qui est généreuse avec elle.

    Pour résumer...

    Ce livre a été une découverte agréable, et surtout inattendue. Derrière cette couverture attrayante par ses couleurs et dessins au fusain, le lecteur fait face à un univers accompagné sublimement par les coups de crayon de l’auteur, qui manie avec dextérité le fusain et les couleurs. Le langage est plutôt soutenu, même s’il est totalement adapté au public visé, il se décline sous forme de narration mais aussi de dialogues brefs présentés en paroles rapportées. Ce style simple aidera l’enfant à comprendre les échanges verbaux et les parents à s’imprégner de l’histoire.

    Je ne peux que vous conseiller de vous procurer cet album. Il réjouira les petits comme les grands, chacun y trouvera son compte. De l’amoureux des beaux dessins à l’amoureux des belles histoires qui finissent bien.

    © Marie HAUDIQUET, L3 Lettres modernes, avril 2013

    Post-scriptum

    MIYAKOSHI, Akiko aut. & ill. Un goûter en forêt. Nadia PORCAR trad. Syros, 2011. 34 p. ; 26 x 22 cm. ISBN 978-2-7485-1161-1 cartonné 14,50 €

    Titre original : Mori no Oku no Ochakai e

    Pour en connaitre davantage sur Akiko Miyakoshi

    Les références à Alice et au Petit chaperon rouge