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SHERLOCK HOLMES - Rendez-vous nocturne entre Sherlock Holmes et Moriarty

"Pourquoi est-ce que les gens t’aiment Moriarty ?"
 
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    Alors que la nuit était tombée depuis un long moment déjà, un homme se tenait immobile dans les rues embrumées de Londres et fixait pensivement un immeuble défraîchi typique du XIXe siècle. Au premier étage, une lumière s’alluma. L’homme releva les pans de son manteau, enfouit ses mains dans les poches de son pantalon et avec un rictus satisfait s’avança vers la porte d’entrée. Dans le silence nocturne de Baker Street, les talons de ses chaussures lustrées résonnèrent à chacun de ses pas comme le décompte de la minuterie d’une bombe. Il était rarement venu ici, invité de surcroît, pourtant comme le reste de la planète il connaissait l’adresse depuis des lustres. Arrivé devant la porte, il prit le temps de contempler le numéro 221

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    221B, Baker Street, La porte d’entrée de Sherlock Holmes dans la série Sherlock créée par Mark Gatiss et Steven Moffat (BBC)

    Les chiffres en relief doré ressortaient sur la peinture verte et luisaient à peine sous les rayons de la lune. Il ne prit pas la peine d’appuyer sur la clinche et se contenta d’appuyer une main ferme contre la porte. Celle-ci s’ouvrit sans la moindre résistance. Tout avait été pensé à l’avance pour que sa venue reste la plus confidentielle possible. Il ne fallait pas que les autres résidents de la demeure soient au courant de sa présence ici. Il s’avança dans le hall de l’immeuble et dépassa silencieusement les quartiers réservés à la logeuse de cette demeure, Mrs Hudson. Il s’en dégageait une agréable odeur mélangeant la cire à bois et le fumé d’un bouillon de poule. Il avait entendu un jour le Docteur Watson vanter les talents culinaires de cette bonne femme. Il se dirigea vers l’escalier et grimpa les dix-sept marches qui le séparaient du premier étage. Il poussa alors la porte de l’appartement B, elle-aussi déjà ouverte, n’attendant que lui. Le feu crépitait dans la cheminée et dans le fauteuil qui lui faisait dos, il pouvait apercevoir la silhouette de son hôte. Celui-ci fumait tranquillement et laissait les volutes de tabac sortir de sa pipe à intervalles réguliers. Sherlock Holmes déposa sa pipe sur la table devant lui, à côté du service à thé. Sans même se retourner, il interpella son invité.

    « De l’Earl Grey, James ? »

    « Je ne m’appelle pas James. C’est le nom de mon frère. »

    « Je t’ai toujours appelé James. Ou Jim récemment. »

    « Peut-être. Cela n’empêche pas que tu te trompes. » Tout en disant cela, il retira son pardessus et vint s’installer dans l’autre fauteuil devant la cheminée, en face du détective privé. « Mais je sais d’où vient la confusion. Arthur lui-même l’a faite. Il faut dire qu’il a écrit tellement de tes aventures sur plus de quarante ans. Cela explique les contradictions qu’il a pu faire. Notamment à cause des longs hiatus entre certaines de tes enquêtes. »

    « Tu veux dire comme la fois où il a écrit que John avait été blessé au bras alors qu’il l’a été à la jambe ? »

    L’autre homme se contenta d’hocher la tête.

    « Bien. Comment dois-je t’appeler alors ? »

    « Moriarty, cela ira. » dit-il en fixant son vis-à-vis. Il se demandait si Holmes avait fait ce commentaire volontairement ou non, et si oui quel en était l’intérêt. Tout était toujours calculé dans leurs interactions.

    « Alors ce thé ? »

    Il se contenta à nouveau d’un mouvement de tête affirmatif et la tasse de porcelaine devant lui fut remplie. Pendant un temps, ils restèrent sans rien dire.

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    Benedict Cumberbatch dans le rôle de Sherlock et Andrew Scott dans le rôle de Jim Moriarty, Sherlock, créée par Mark Gatiss et Steven Moffat (BBC)

    « Est-on obligé de jouer à ce simulacre de dandy anglais ? Tu sais tout comme moi qu’à l’origine tu es tout sauf ça. » Fini par dire le professeur Moriarty.

    Le détective eut un léger sourire comme s’il avait attendu cet éclat. « J’avoue que l’interprétation de Basil Rathbone a tendance à me coller à la peau. Depuis la saga de mes aventures qui a commencé en 1939, avec l’adaptation du roman Le chien de Baskerville par Sidney Lanfield, cette image ne m’a plus quitté. On me voit toujours avec la pipe, le béret à motif écossais, un foulard autour du cou... Heureusement qu’il commence à y avoir des adaptations plus modernes qui rafraîchissent un peu tout ça. Je ne supportais plus ces motifs écossais. Il me rappelle Mrs Hudson. Elle est écossaise. Tu le savais ? »

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    Basil Rathbone dans le rôle de Sherlock Holmes, Hound of the Baskervilles de Sidney Lanfield, 1939

    Sans attendre une réponse, le détective continua sur sa lancée. « En plus, j’aime bien Robert Downey Jr. C’est lui qui joue mon rôle au cinéma depuis 2009, accompagné de Jude Law pour être mon Docteur Watson. Un choix intéressant. C’est beaucoup plus dans l’action que dans la réflexion, je te l’accorde, mais cela reste du Sherlock Holmes. Tu apparais d’ailleurs dans le deuxième volet, Sherlock Holmes : Jeu d’ombres, sorti il y a deux ans. Tu es joué par Jared Haris, tu as vu ? Et dire qu’on pressentait Brad Pitt, Sean Penn ou encore Javier Bardem pour ton rôle. Oh, je n’ai rien contre Jared Haris mais un face à face avec Brad Pitt aurait eu de la gueule aussi. Aussi le scénario est tiré du Comic-Book de Lionel Wigram plutôt que d’un des livres d’Arthur. C’est l’adaptation d’une adaptation au final. C’est étrange, non ? Mais je ne m’y connais pas suffisamment en littérature et en cinéma pour juger. John m’en fait constamment le reproche mais je ne vois pas pourquoi je m’encombrerais de ce genre de savoir inutile. »

    Moriarty avait un temps écouté sa Némésis en sirotant sagement son thé mais les élucubrations du détective commencèrent à le lasser. Il n’aimait pas perdre son temps et visiblement, s’il n’arrêtait pas bientôt Holmes, il continuerait longtemps à tourner autour du pot.

    « Pourquoi m’as-tu demandé de venir, Holmes ? » le coupa alors vivement le professeur dans son monologue.

    Le détective pinça les lèvres, contrarié d’en venir à un sujet qu’il ne se sentait pas encore prêt à aborder. Il ne dit rien pendant un temps, écoutant les craquements du bois dans la cheminée. Il laissa son regard dériver dans la pièce, effleurant au passage son violon posé à côté d’une longue-vue et d’une assiette pleine de miettes sur son bureau. Celui-ci était également recouvert d’une quantité impressionnante de papiers froissés, pleins de notes, de gribouillages et d’idées en tout genre. Mme Hudson, véritable obsédée de la propreté, ne cessait de l’exhortait à ranger et à nettoyer mais cela l’ennuyer prodigieusement. Et s’il y a bien une chose que détestait Holmes, c’était l’ennui. Aujourd’hui d’ailleurs il s’était ennuyé. Il n’avait aucune affaire en cours et le docteur Watson avait déménagé pour aller vivre avec sa femme, fraîchement épousée. Mais ce n’était pas pour tromper l’ennui que Sherlock avait demandé à Moriarty de venir, bien qu’il ait toujours été le meilleur remède pour tromper son désœuvrement. Prenant alors sa décision, le détective revint placer ses yeux dans ceux du professeur. « Les gens t’aiment. Tu es le méchant de l’histoire. Tu es un assassin et les gens t’aiment. Pourquoi ? »

    Moriarty secoua la tête, amusé. C’était donc de ça qu’il était question. « Parce que je suis le meilleur bien entendu. » Voyant la mine pincée de son interlocuteur, il éclata de rire et reprit. « Oui, oui, Holmes, parce que je suis le meilleur. Ils m’aiment parce que je rends tes aventures intéressantes. Sans moi, toutes tes aventures manquent réellement d’intérêt, tu ne trouves pas ? »

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    Robert Downey Jr. dans le rôle de Sherlock Holmes et Jude Law dans celui du Dr. Watson, Sherlock Holmes : Jeux d’Ombres, film de Guy Ritchie, 2011

    Holmes était totalement d’accord. Il avait d’ailleurs à plusieurs reprises mis de côté d’autres affaires pour s’occuper de celles concernant Moriarty en priorité. Il savait que John avait remarqué son manège et bien qu’il le désapprouve, il n’avait jamais fait un commentaire à ce sujet. L’obsession que Moriarty exerçait sur lui était un non-dit dont les deux comparses étaient pourtant bien conscients. Toutefois, l’homme n’avoua rien de tout ceci. La réponse était trop facile. Il voulait plus. Et il l’aurait. Il avait toujours ce qu’il voulait. Face à Moriarty, c’était toujours plus difficile d’atteindre son but et celui-ci le poussait constamment dans ses pires retranchements, mais la victoire n’en était que plus jouissive. Il s’installa plus confortablement dans son fauteuil.

    « Je ne pense pas non. Comme tu le dis si bien ce sont mes aventures. Arthur a écrit quatre romans et près de cinquante-six nouvelles à mon sujet de 1887 à 1930 et pourtant tu n’apparais qu’une unique fois. Une toute petite fois dans Le dernier problème, publié en 1891. Tu sais, la dernière nouvelle du recueil Les nouvelles de Sherlock Holmes qui est lui sorti en 1894. Cette nouvelle dans laquelle tu meurs. » Le détective articula avec délectation le dernier mot de sa phrase tandis qu’un sourire cruel orné désormais ses lèvres. Face à lui, pourtant, Moriarty semblait plus amusé que contrarié.

    « Des chiffres, toujours des chiffres. Tu aimes les chiffres n’est-ce pas Sherlock ? Tu as raison je ne suis apparu qu’une fois dans tes joyeuses aventures avec ton cher docteur. Mais dis-moi, toi qui aimes tant les chiffres, je suis à l’origine de combien des affaires que tu as résolu ? Je ne suis pas n’importe quel vilain de bas-étage. Je ne me salis pas les mains avec le sale travail. Je n’apparais que quand il le faut, et je te laisse te dépatouiller avec le menu fretin que j’ai mis sur ta route. Oh oui, je ne suis apparu qu’une unique et misérable fois en chair et en os dans les livres mais si tu demandes à quelqu’un, au hasard, qui est ton plus grand ennemi, ce sera mon nom que l’on dira. » Il sourit d’un air satisfait en inclinant légèrement la tête. « Je ne suis pas n’importe quel ennemi, je suis ton pire ennemi. Je dirais même ton meilleur ennemi. Et je te l’ai déjà dit, ‘‘tous les contes de fée ont besoin d’un bon vilain à l’ancienne. Tu as besoin de moi ou tu n’es rien’’.

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    Andrew Scott dans le rôle de Jim Moriarty, dans la série Sherlock de créée par Mark Gatiss et Steven Moffat (BBC) Saison 2 Episode 3 "The Reichenbach Fall"

    Les gens m’aiment, Holmes, parce qu’ils savent que sans moi, tes aventures n’auraient aucune envergure. Je t’ai offert l’opportunité de montrer toute l’étendue de ton talent. Je t’ai offert la postérité. »

    « Arrête de sourire comme ça. Tu es encore plus effrayant que d’habitude ; ce qui, tu peux me croire, n’est pas peu dire. De plus, tu ne devrais pas trop te surestimer. Tout le monde sait qui je suis. J’ai des musées à mon nom, ici à Londres et en Suisse aussi. Il y a des statuts à mon effigie. On s’inspire de moi constamment. Regarde ce Docteur House. Il est délibérément inspiré de moi, le Sherlock Holmes de la médecine. Détective Conan, ce jeune héros japonais, c’est moi encore.

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    名探偵コナン, Détective Conan, manga de Gōshō Aoyama

    Je suis partout. Parfois on se souvient de Watson. Et je l’admets quelques rares éclairés savent ton nom. Mais je suis le héros. Je suis une icône. Je suis un mythe. J’ai balayé tous les autres héros de romans policiers avant moi et après moi, tout paraît fade et déjà-vu. » Il finit sa tirade en haussant les épaules dans une attitude qui se voulait réservée. Cela ne prit pas avec le professeur.

    « Et tu me dis que c’est moi qui me surestimes ? »

    « Est-ce que j’ai tort ? »

    « Non. De toute manière, je serais certainement le dernier à te le reprocher. Je ne suis pas un exemple de modestie. Je ne vois pas de raison de l’être. Je suis un génie. Tout le monde en convient, je suis pourvu d’une intelligence rare. Même toi tu ne peux revenir là-dessus. Aucune raison de dénigrer cela avec de la fausse pudeur. Tu dois bien comprendre ça, Holmes. »

    Le détective ne put qu’acquiescer mollement de la tête. Bien que cela le répugne, il avait cela en commun et il se devait bien de l’admettre.

    « Oh ne fais pas cette tête. Je sais ce que tu penses. C’est vrai nous nous ressemblons sur ce point, mais il n’y a pas que ce trait-là de caractère. Toi et moi, nous sommes semblables. Tu es moi. »

    D’une quelconque manière, le dégoût qu’il éprouvait à l’idée de se retrouver dans la personnalité de Moriarty avait dû se percevoir sur son visage. Néanmoins, le professeur poussait l’analogie trop loin.

    « Nous ne sommes pas identiques. Je ne serai jamais comme toi. Tu es un assassin, une abomination prenant du plaisir à la souffrance des autres. Un monstre cédant à ses instincts les plus vils et primitifs. »

    « Ne fais pas ton prude, veux-tu ? Oui, la vie des gens m’importe peu. Mourir, c’est ce que les gens font, avec ou sans moi. Autant que l’on s’amuse un peu avec. Et puis, nous savons tous les deux que le sort de la populace t’indiffère tout autant. Tu as dit toi-même que tu te considérais comme un ‘‘sociopathe de haut niveau’’. Tout ce que tu veux, c’est résoudre des mystères, te pencher sur des enquêtes sombres et compliquées et pouvoir utiliser ta matière grise à son maximum. Tu ne feras croire à personne que tu fais ça pour sauver la veuve et l’orphelin. Tout le monde l’a très bien compris. Regarde ce cher John. Il s’est marié et s’est dépêché de déménager. Il te fuit car il sait la noirceur de ton cœur et il en a peur. Il n’y a que moi qui puisse t’accepter tel que tu es vraiment. » Les mots de Moriarty s’infiltraient en lui comme un poison. Son être se gelait petit à petit alors que son invité déversait sur lui ses plus grandes frayeurs. Il était terrifié parce qu’il savait que tout ceci était vrai.

    « Je sais ce que tu penses chaque matin. Alors que l’aube se lève à peine, tu espères que le téléphone sonne et t’annonce qu’un cadavre a été trouvé dans les bas-fonds de notre capitale. Tu pries pour qu’il y ait des morts. Quel être diabolique et sans cœur tu fais, Holmes. » Le ricanement de son vis-à-vis résonna dans ses oreilles. « Je ne suis pas comme ça. Je ne me laisserais pas entraîner dans tes délires. » Le détective tenta de rester ferme mais il se sentait nerveux. Il se pencha pour resservir une nouvelle tasse de thé, bien que celui-ci soit désormais froid. Il avait besoin de s’occuper les mains pour se donner une certaine contenance.

    « Bien sûr que si. Tu n’as pas à t’en cacher. Regarde-moi. Je le vis très bien. Et puis comme tu l’as si bien dit, les gens m’aiment. Tu as vu ce qu’il s’est passé lorsque je suis mort dans la série Sherlock sur la BBC avec Benedict Clumberbatch dans ton rôle et Andrew Scott dans le mien ? Les gens étaient stupéfaits et ils pleuraient de déception. Ils ont créés des blogs pour me ‘‘sauver’’. Ils parlent de moi comme leur bien aimé Jim Moriarty. N’est-ce pas attendrissant ? »

    Sherlock Holmes serra les mâchoires et son regard se fit plus dur.

    « Tu ne reviendras pas dans la série Moriarty. Tu es mort. »

    « Oh voyons, mon cher. Tu sais bien que les gens ne s’arrêtent pas à ce genre de détails. Tu es bien revenu d’entre les morts une fois déjà. Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas le faire aussi ? »

    « De quoi est-ce que tu parles ? »

    « De cette merveilleuse nouvelle Le dernier problème. Tu es tombé avec moi dans les chutes du Reichenbach alors que nous nous battions. Nous sommes tombés ensemble et nous sommes morts ensemble, noyés. C’était le souhait d’Arthur.

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    Sir Arthur Ignatius Conan Doyle (22 mai 1859/7 juillet 1930)

    Il voulait être délivré de toi. Tu étais une distraction qui le détournait de choses réellement importantes pour lui comme ses romans historiques, notamment au sujet de Napoléon. D’ailleurs, tu remarqueras que c’est mon surnom, le Napoléon du crime. Arthur avait visiblement entendu Robert Anderson, un détective de Scotland Yard, donner ce sobriquet à Adam Worth, ce fameux gentleman allemand et l’a repris pour moi. Amusant ? »

    Sherlock soupira fronça les sourcils dans une moue polie mais tout de même désintéressée. Le professeur déchiffra son expression et reprit son explication.

    « Revenons-en à toi. Arthur, donc, voulait te liquider corps et âme pour être libre de faire ce qu’il lui plaisait. Sir Arthur Conan Doyle s’était lassé de toi, c’est un fait. Mais en 1903, dix ans après Le dernier problème, il te ressuscita donnant une excuse bancale comme quoi tu n’avais jamais péri dans les chutes avec moi mais que tu t’étais fait passer pour mort, te protégeant ainsi de quelconques ennemis. Il a fait ça pour de simples raisons pécuniaires et- »

    « Il semble aussi que les demandes des lecteurs, de mes fans, ont pesé dans la balance. » le coupa Sherlock.

    Moriarty balaya la remarque d’un revers de la main. « Toujours est-il que tu es mort et ressuscité. Le christ de l’enquête policière. »

    Les deux hommes restèrent un instant silencieux, perdus l’un et l’autre dans les pensées que leur conversation avait suscitées. Soudain, le professeur Moriarty se leva et attrapa son manteau. Sherlock releva brutalement la tête et interpella son invité incongru.

    « Tu ne peux pas partir comme ça. Nous n’avons pas fini de parler. »

    « Tu veux plutôt dire que les réponses que je t’ai données ne te conviennent pas. » Déclara l’homme avec un rictus dont le sens échappa à Holmes.

    « Bien alors, je vais te donner une réponse de plus. Ce sera la dernière et tu devras t’en satisfaire. Pourquoi les gens m’aiment malgré ce que je suis ? C’était bien cela ta question ? »

    Sherlock ne répondit pas mais il ne cligna pas instant des yeux alors qu’il fixait résolument sa Némésis en attente d’une solution à ses interrogations. Moriarty se pencha alors vers lui de sorte qu’il puisse chuchoter à son oreille comme s’il allait lui révéler un de ses noirs secrets.

    « Ils m’aiment parce que je suis le seul qui soit capable de te tuer. »

    Le détective haleta en comprenant ce que cela impliquait. Moriarty se releva en affichant un sourire clairement enjoué et enfila dans un mouvement élégant son pardessus en cachemire.

    « Et ils t’aiment parce que tu es le seul à pouvoir rivaliser avec moi. Ou serait-ce l’inverse ? Mais cela n’a que peu d’importance. Toi, moi, c’est pareil. Tant que nous serons là tous les deux nous survivrons. » Affirma-t-il d’une voix forte en se dirigeant vers la sortie.

    « Ça a été agréable. Bonne soirée, Holmes. »

    Alors qu’il entendit la porte du ‘‘221B, rue Baker Street’’ se refermer derrière son invité, Holmes attrapa sa célèbre pipe et avec un sourire, inspira une bonne bouffée de tabac.

    « À bientôt, Moriarty »

    © Imaginé par Coraline Markwitz

    L3 Culture et Médias, UFR Deccid, avril 2013.

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