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La tempête, de Florence Seyvos & Claude Ponti

 
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    Une tempête monstrueuse approche, mais Clarisse n’a pas du tout peur. Elle s’installe sous sa couette et écoute le vent souffler de plus en plus fort contre la maison. Papa et maman viennent lui tenir compagnie. Une bourrasque détruit la fenêtre et la pluie s’engouffre dans sa chambre. Et le lit de Clarisse se transforme en radeau...
    (GIF)
    ©L’École des loisirs, 1993

    Un cocon dans l’ouragan

    Cet ouvrage est admirablement résumé par sa couverture : Clarisse sourit debout au milieu de la terrible tempête. Le chaos est tout autour d’elle, la pluie violente hachure l’image, les tuiles et les meubles s’envolent, mais elle reste étrangement sereine, perchée sur son radeau ballotté par les eaux mouvementées. Ainsi, même sur la quatrième de couverture, des objets sont-ils emportés par la puissance du vent. Les deux pages de garde sont recouvertes de cette teinte verdâtre qui caractérise la nuit agitée et troublée. La page titre va aussi dans ce sens, la poupée de Clarisse est endormie, alors que la tempête gronde. Ce contraste fort entre la fureur des éléments et la quiétude de la souris provoque toute l’originalité et la puissance de cette histoire.

    Les illustrations, qui portent la marque de l’univers de Ponti (personnages et architecture), sont complémentaires au texte. Elles sont exécutées à l’aquarelle et encrées au noir dans un format rectangulaire. L’auteur-illustrateur réussit à nous faire voyager seulement grâce à ses couleurs et à sa créativité débordante.

    La maison-tour délicate, dressée au milieu de la plaine, tranche avec la montagne massive et rocailleuse (p.8-9). L’environnement est désert et morne. A l’inverse, la chambre de Clarisse fourmille de nombreux objets synonymes de vie (p.13-17). Aussi, les couleurs chaudes, rouge, orange et jaune, de sa chambre dénotent-elles totalement avec les couleurs sombres et froides, vert, noir, gris et violet, de l’extérieur (p.10 et 12). On assiste dès lors à un renversement de situation, les teintes de l’extérieur basculant au fur et à mesure à l’intérieur de la maison (p.17). Elles finissent par encercler la famille (p.19). Le faible halo orangé qui entoure la maison à la page 9 se trouve chassé par une brume verte épinard dominante (p.25). Pourtant, la lueur de la bougie résiste et baigne le lit de Clarisse dans une ambiance chaleureuse. La famille fabrique un radeau sous le déluge, tel Noé et son arche (p.18-19). Elle reste souriante et détachée de la situation catastrophique. Cela est d’autant plus surprenant que cette famille est composée de souris, être peureux par nature. On pourrait prendre peur face à cette histoire de catastrophe naturelle, mais c’est l’atmosphère rassurante qui prime avant tout. On se retrouve alors immergé dans une apocalypse optimiste.

    Les dessins reflètent le caractère optimiste et inventif de Claude Ponti tout en servant un récit merveilleux et sombre. Il déclare dans cet interview pour Culturebox du 20 octobre 2012 : « J’ai été confronté très tôt à une réalité noire des adultes et je pense qu’il faut parler pour de bon aux enfants de la réalité, qui n’est ni rose ni bleue. Les enfants sont en train de se construire, et on peut leur parler à différents niveaux. Pour les enfants, les références n’ont aucun sens, mais ils peuvent entendre des choses et les comprendre beaucoup plus tard. L’idée s’installe. Et le moment venu, ils pourront y revenir. C’est bien de les familiariser avec certaines réalités, ils sauront que ça existe et pourront les accepter avec douceur. Pour moi, l’enfant est un être en devenir, c’est une façon de construire vers l’avenir. ».

    Il poursuit : « Quand on décale un tout petit peu, ça dévoile plus, ça rend l’histoire plus nette et en plus, le monde imaginaire est plus confortable. Si on dit des choses dures dans un monde identifiable, c’est plus sévère, ça peut même être inacceptable, alors qu’avec un être qui n’est ni un enfant, ni une bestiole mais un truc entre les deux, l’acceptation est plus facile. C’est plus accessible. L’enfant s’identifie plus facilement. »

    Le texte, présenté sous les images à la troisième personne, est écrit au présent de narration. Il complète habilement le dessin en rajoutant de la profondeur. L’auteur ne transmet pas du tout l’idée de peur, elle montre la tempête comme une menace amusante. « Clarisse se demande si le vent va déraciner la maison. Mais elle ne sait pas ce qu’elle préfère, que la maison s’envole ou qu’elle reste à sa place. » (p.8-9). Dans ses illustrations, Florence Seyvos marque une distance entre la peur et la réalité. Clarisse est consciente de cela et n’est pas inquiète mais impatiente. Le récit apporte la notion de personnification pour le rôle du vent : « Il murmure, il siffle, il veut entrer. Il tourne autour de la maison. » (p.11-12), « le vent se calme. En fait il prend son élan. » (p16), « Il fait si bon dans son lit que ça doit rendre le vent furieux [...]. Il a décidé de faire écrouler la maison. » (p.25). Il est perçu comme un prédateur (un chat ?) qui souhaite détruire toute chaleur humaine. À l’image de Clarisse confinée dans son lit, le lecteur est extérieur au cauchemar qui se déroule devant lui, il se délecte de cet événement. L’organisation du récit est chronologique. Les points de vue intérieur/extérieur se relaient pour jouer sur l’opposition entre ces deux mondes, jusqu’à qu’ils se mêlent l’un à l’autre. Le cadre se rapproche pour faire apprécier la famille dans sa bulle et s’éloigne pour rendre compte de la tempête dévastatrice.

    Cette œuvre remarquable et originale tant pour ses illustrations que pour ses textes propose une lecture poétique et bienveillante des peurs enfantines. Les auteurs transforment la peur de l’arrivée d’une tempête destructrice en une formidable aventure familiale pleine de tendresse et de réconfort. On peut rapprocher ce travail d’un autre livre du même duo Ponti/Seyvos, « Pochée », la tortue qui évoque la mort à travers son deuil. Elle réapprend à être heureuse grâce à des rencontres. Car même si le vent emporte tout sur son passage, la famille, socle essentiel, n’est pas affectée et continue à vivre. Les tempêtes de la vie s’affrontent en famille ou en groupe. Et c’est ensemble qu’on se bâtit une autre vie.

    © Quentin ROSSET, décembre 2013

    UE libre Édition jeunesse, L1 HSI

    Post-scriptum

    SEYVOS, Florence, PONTI Claude, ill. La tempête. Paris VIe : L’École des loisirs, 1993. 36 p. 27 x 25,5 cm. (Albums) ISBN 9782211010931. Cartonné 12,70 €

    Collection Lutin poche ISBN 9782211025898 5,60 €

    Collection Petite Bibliothèque 9782211065962 5,10 €

    Public : 5 à 7 ans

    Mots clefs : catastrophe / famille / nuit / orage / peur enfantine / pluie / tempête / vent

    Si vous voulez en savoir plus sur les auteurs ou la maison d’édition : http://www.ecoledesloisirs.fr/index.php

    Pour l’interview de Claude Ponti :

    http://entreleslignes.hautetfort.com/media/02/02/2673252144.pdf

    Livre sélectionné par le Ministère de l’Éducation nationale