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Isayama, de Pierre Bottero & Jean-Louis Thouard

 
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    Mots-clés

    Kwaï n’a qu’un seul rêve en tête : parvenir au sommet de la montagne Isayama, mais surtout être le premier à y parvenir ! La montagne est si haute que personne n’a encore réussi et tous ceux que Kwaï a vu essayer sont repartis le dos courbé sous le poids de l’échec. Suivant les conseils de son arrière-grand-mère, pour ne pas répéter les erreurs de ceux qui l’ont précédé, Kwaï grandit, se perfectionne et à son tour va tenter d’escalader Isayama... Y parviendra-t-il ?
    (GIF)
    © Milan, 2007

    Le jeune Kwaï sera-t-il le premier à parvenir au sommet de la montagne Isayama ?

    « Isayama était une montagne pareille à nulle autre montagne. Elle jaillissait de la plaine des Fleurs sans le moindre avertissement comme une titanesque tour minérale qu’auraient bâtie des géants pour se lancer à la conquête des étoiles. Sur des centaines de mètres, elle n’était que falaise lisse et verticale, presque miroir. Puis, plus haut, elle devenait rocs acérés, gouffres et surplombs rocheux. Plus haut encore, elle se faisait neige, glace et crevasses sans fond. Son sommet enfin, si haut que, vu de là, le village était semblable à une miette de pain, son sommet était une aiguille de diamant que les dieux avaient polie jusqu’à ce que rien, pas même la neige, ne puisse y tenir. Mais cela, seuls les oiseaux le savaient. » (Isayama, p. 10).

    Le récit

    Ce récit est un véritable conte philosophique pour les enfants, car il leur apprend à grandir en même temps que le jeune Kwaï. Dans son petit village de Mongolie, nous suivons son parcours initiatique depuis la première caravane qu’il voit tenter d’escalader la montagne, à l’âge de huit ans, jusqu’à ses vingt ans où il tentera enfin lui-même la grande aventure qui marquera la fin de sa jeunesse et le début de sa vie d’homme : gravir Isayama. Les différentes personnes qui tentent d’escalader Isayama sont des exemples pour Kwaï, des exemples qu’il ne doit pas suivre s’il veut atteindre son objectif : ce sont donc eux et les conseils de Iuna, son arrière-grand-mère qui permettent au jeune Kwaï de s’améliorer et de devenir un homme qui combine force, respect, volonté, humilité et qui cultive avec soin un grain de folie ! La dernière phrase de l’album est de plus : « Prêt à poursuivre sa vie d’homme. » Ce qui marque la fin de sa jeunesse et l’accomplissement de son parcours initiatique.

    L’auteur

    Le style de Pierre Bottero permet, par ailleurs, à cet album jeunesse d’être accessible aussi aux plus grands. Son ton poétique pétillant d’humour rend la lecture très agréable et les traits philosophiques qui se dégagent de son texte en font un conte philosophique magnifique et très enrichissant. « Tuan Tui Li, l’esprit du vent d’été, soufflait sur la plaine des Fleurs, traçant dans l’herbe des arabesques magiques que Kwaï essayait de déchiffrer. Son arrière-grand-mère, Iuna, prétendait que celui qui lisait l’écriture de Tuan Tui Li détenait trois clés : celle du passé qui pleure, celle du présent qui cherche et celle du futur qui peint. Elle-même y parvenait parfois, mais elle avait cent dix-sept ans. Kwaï n’en avait que huit et les dessins de Tuan Tui Li restaient aussi impénétrables que les bourdonnements des abeilles ou les pleurs de sa petite sœur. Il s’obstina toutefois jusqu’à ce que son estomac lui murmure que Tuan Tui Li avait beaucoup moins d’importance que les galettes de riz au miel qui l’attendaient au village.

    Les estomacs des petits garçons savent se faire écouter et les galettes de riz de Iuna devinrent soudain pour Kwaï la seule chose qui comptait dans l’univers tout entier. » (Isayama, p. 1-2.)

    Cette citation qui constitue le début de l’album commence sur le ton poétique qui caractérise bien l’auteur, et s’achève sur une note d’humour qui permet en même temps de savourer la beauté du texte et de sourire !

    « Il savait que depuis l’origine des temps, la naissance est le premier pas vers la mort. Il savait que son arrière-grand-mère avait vécu bien plus longtemps que ce que vivent normalement les hommes et les femmes. Il savait que d’autres chemins attendent ceux qui partent, des chemins que Iuna, fatiguée par ses longues années d’existence, avait hâte d’arpenter. Il savait tout cela, et la tristesse broyait son cœur. » (Isayama, p. 30.) Celle-ci nous présente plus l’aspect philosophique du conte, le chemin de la mort que tout le monde arpentera un jour, et le fait que ce savoir ne nous empêche pas de ressentir la douleur lors de la perte d’un être cher. Pierre Bottero est avant tout un « bâtisseur de monde » [1]], il sait nous faire voyager à travers différents univers [2], il sait nous faire rêver [3]. Ici, on retrouve l’histoire du grain de folie qu’il faut cultiver et qui permet à Kwaï d’aller toujours plus loin. C’est ce petit grain de folie qui est la clef ! Par ailleurs, Pierre Bottero fait voyager ses lecteurs entre ses différents ouvrages : rappelons-nous que le prénom de la mère d’Ellana est Isaya [4]... Une marchombre qui aurait sûrement, elle aussi, rêvé d’atteindre le sommet de cette montagne et qui y serait parvenue...

    L’illustrateur

    Cet univers magique que crée Pierre Bottero est complété par les illustrations de Jean-Louis Thouard qui a déjà collaboré avec l’auteur pour les couvertures des séries La Quête d’Ewilan, Les Mondes d’Ewilan et Le Pacte des Marchombres aux éditions Rageot.

    Les illustrations de Jean-Louis Thouard dans Isayama, un mélange d’aquarelle et d’autres techniques, reprennent majoritairement les tons jaune-marron que nous remarquons aussi sur la première de couverture du Pacte des Marchombres. Nous distinguons une dominante de gris pour la montagne, ce qui la rend plus inquiétante, triste et distante, impossible à vaincre ... De plus, la couverture de l’album nous présente bien le thème abordé : Kwaï est debout face à la montagne, mais il est plutôt loin d’elle, il la contemple d’un air songeur. Il semble réfléchir aux différents moyens qui pourraient lui permettre d’atteindre son sommet. La quatrième de couverture reprend l’avant-dernière illustration de l’album et représente l’objectif atteint de Kwaï.

    Jean-Louis Thouard illustre les propos de Pierre Bottero. Il dessine les paysages évoqués, les personnages, le village, les animaux et la montagne. Ces scènes correspondent au texte de la page ou annonce la suite comme aux pages 21-22 où l’on voit que la prochaine caravane arrive, alors qu’il n’en est pas encore question dans le texte de la page en cours. Cela nous permet de visualiser avec plus de précisions ce que l’auteur nous raconte. Nous pouvons quand même nous représenter les personnages qui ne sont pas décrits physiquement grâce à l’image qui remplit ce rôle. Les illustrations de cet album rappellent un autre album écrit et illustré par Jean-Louis Thouard : Bestiaire Fantastique du pays de Comté, Orchamps : éditions Marie-Noëlle, 1996. Nous retrouvons ici aussi les mêmes teintes et des traits ressemblants.

    Le format

    L’album est dans un format dit « à la française », c’est-à-dire plus haut que large : 24 × 32 cm. La couverture est cartonnée et assez solide et les pages elles-mêmes sont assez résistantes, ce qui permet aux jeunes enfants de pouvoir le manipuler sans trop l’abîmer. Cependant, l’album n’est pas destiné aux tout-petits, car il ne serait pas suffisamment solide dans ce cas-là. Par ailleurs, les pages ne sont pas numérotées, ce qui enlève l’aspect académique du livre et permet de s’imprégner totalement de l’histoire et de s’y perdre sans être attiré par un numéro de page qui nous ramènerait à la réalité.

    C’est un format agréable qui permet de lire aisément et de pouvoir apprécier les images sur des grandes pages qui ont aussi une texture sympathique !

    © Mathilde Créton, janvier 2014

    L2 HSI, UE libre édition jeunesse

    Post-scriptum

    BOTTERO, Pierre, THOUARD, Jean-Louis, ill. Isayama. Toulouse : Milan, 2007. 1 vol. (non paginé [48] p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 33 cm. ISBN 9782745925541.

    Public : jeunesse.

    Mots clefs : Bottero, Thouard, Isayama, montagne, sagesse, enfant, voyage initiatique, affirmation de soi.

    Voir aussi

    -  Les autres ouvrages de Pierre Bottero sur le site des éditions Rageot

    -  Pierre Bottero sur Livre-attitude.fr

    -  Isayama sur Choisirunlivre

    -  Le blog de Jean-Louis Thouard sur lebaron-rouge.com et lebaron-rouge.blogspot.fr

    -  Sur la Communauté de lecteurs Babelio : Pierre-Bottero et Jean-Louis-Thouard

    -  et sur Lille3jeunesse, l’émouvant Hommage d’Ellana à Pierre Bottero par Pauline Viou.

    Notes de bas de page

    [1] Hommage à Pierre Bottero, bâtisseur de mondes sur L’Express [consulté le 30/12/2013

    [2] Cf ses autres ouvrages : La Quête d’Ewilan, Les Mondes d’Ewilan, Le Pacte des Marchombres, L’Autre, Le Chant du Troll, A comme Association...

    [3] On peut ajouter à la liste ci-dessus : Tour B2 mon amour

    [4] Le Pacte des Marchombres, Ellana. Tome 1.