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Le thème de la Shoah dans les albums jeunesse destinés aux moins de 10 ans (mini thèse)

 
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    Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux écrits en littérature de jeunesse sont parus autour du thème de la Shoah. Or, il faut attendre les années 1990 pour voir émerger les premiers albums sur le sujet, comme si illustrer cette terrible partie de notre Histoire restait trop complexe auparavant. La question que j’ai cherché à étudier ici est double : d’une part comment en parler à de si jeunes enfants, comment raconter et montrer l’horreur aux plus jeunes, d’autre part j’étudierai dans une moindre mesure, pourquoi en parler. Le débat sur le sujet reste entier et je ne ferais qu’évoquer les différentes positions que nous pouvons discerner à ce sujet. À travers cinq grands exemples d’albums jeunesse parus après 1990, nous allons tenter de comprendre les manières diverses qu’emploient les auteurs et illustrateurs pour faire part aux moins de 10 ans de la Shoah.

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    Les œuvres étudiées

    Les ouvrages ont été choisis en fonction de l’âge conseillé indiqué à la fois par le Centre National de Littérature pour la jeunesse, organisme français de l’IBBY et par les sites d’éditeur eux-mêmes, ainsi que le site web Ricochet. Ils ont tous été précisés comme accessibles aux moins de 10 ans.

    -   Le Petit garçon étoile de Rachel Hausfater-Douïeb et illustré par Olivier Latyk, est paru en 2001 aux éditions Casterman dans la collection des « Albums Duculot ». Il est indiqué dès 5 ans sur Ricochet et dès 6 ans sur La Joie par les Livres .

    Résumé synoptique de l’album : C’est l’histoire d’un petit garçon qui apprend qu’il est une étoile et qui en est fier jusqu’à ce que l’on se moque de lui parce que cette étoile a trop de bras. Alors que les autres étoiles autour de lui s’agitent à cause des chasseurs d’étoiles, le petit garçon comprend le poids de sa nature d’étoile.

    -   Grand-père de Gilles Rapaport, est paru en 1999 aux éditions Circonflexe dans la collection « Les Albums ». Il est indiqué dès 9 ans sur le site de La Joie par les livres et sur le site de l’éditeur.

    Résumé synoptique de l’album : Un enfant enterre son grand-père mais souhaite conserver sa mémoire et nous raconte donc son histoire. Ce grand-père est né en Pologne en 1901 et il est juif. Persécuté pour sa religion, il fuit à Paris avec sa femme peu avant la Seconde Guerre Mondiale.

    -   Otto : autobiographie d’un ours en peluche de Tomi Ungerer est paru en 1999 à L’Ecole des loisirs pour sa traduction française effectuée par Florence Seyvos. Il est indiqué dès 6 ans par La Joie par les livres et dès 7 ans sur Ricochet et le site de l’éditeur.

    Résumé synoptique de l’album : Otto est un ours en peluche fabriqué dans les années 1930 en Allemagne et offert à David. David est un petit garçon farceur et le meilleur ami d’Oskar. Un jour la maman de David lui coud une étoile jaune sur ses vêtements...

    -   La Grande peur sous les étoiles de Jo Hoestlandt et illustré par Johanna Kang est paru en 1993 aux éditions Syros avec une préface de Claude Roy. Il est indiqué dès 6 ans sur La Joie par les livres , dès 8 ans par l’éditeur et dès 10 ans sur Ricochet.

    Résumé synoptique de l’album : Lydia et Hélène sont deux amies de 8 ans dans le Paris de 1942. Un jour, la maman de Lydia lui coud une étoile jaune sur ses vêtements et explique que seuls les juifs doivent les porter. La veille de l’anniversaire d’Hélène, Lydia dort chez son amie...

    -   Anne Frank de Joséphine Poole et illustré par Angela Barrett est paru en 2005 aux éditions Gallimard jeunesse pour la traduction depuis l’anglais par Anne Krief. Il fait partie de la collection Album. Il est indiqué dès 7 ans sur le site de l’éditeur, dès 8 ans sur Ricochet et dès 9 ans sur La Joie par les livres.

    Résumé synoptique de l’album : Anne naît en Allemagne dans une famille juive au moment où un homme, Hitler, prend le pouvoir. Persécutée dans ce pays, la famille s’enfuit aux Pays Bas.

    I- Un personnage central auquel s’identifier

    La littérature de jeunesse évoquant le thème de la Shoah présente des « héros » variés. Très souvent cependant, il s’agit d’un enfant rescapé des camps qui raconte son histoire. Avant l’arrivée des albums de jeunesse sur ce sujet, les témoignages constituaient la majorité de la littérature jeunesse depuis les années 1980.

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    © Casterman, 2012

    Avant 1980, les juifs n’étaient pas clairement représentés, simplement évoqués parfois comme dans La Maison des Quatre-Vents de Colette Vivier paru chez Casterman en 1945 [1]. Les ouvrages de témoignage des années 1980 retracent leur enfance heureuse puis l’horreur de la guerre et de la déportation.

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    © L’École des loisirs, 1995

    Dans les années 1990 les premiers romans jeunesse français naissent sur ce sujet et évoquent la même trame. Nous pouvons penser, par exemple, à Voyage à Pitchipoï de Jean-Claude Moscovici paru en 1995 à L’École des loisirs dans la collection « Medium ».

    Avec les albums, la logique est parfois différente. Il s’agit certes très souvent d’un enfant, c’est ce que nous étudierons dans un premier temps avec les diverses variations possibles autour de cet enfant, mais il peut aussi s’agir d’un parent (tante/oncle, grand-parents, ...) qui raconte son histoire ou à qui nous rendons hommage. Nous verrons cela dans un second temps. Il s’agit ici de comprendre par quel biais, par quelle identité, les auteurs racontent la Shoah.

    A)L’enfant victime de l’horreur

    a) L’enfant qui survit

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    © L’École des loisirs, 1999

    Afin, sans doute, d’atténuer la cruauté du thème de la Shoah, beaucoup d’auteurs décident dans leurs albums d’utiliser un enfant comme figure centrale, enfant auquel s’identifiera forcément le petit lecteur et qu’ils font donc survivre à la Shoah. L’enfant en question sera d’ailleurs confronté aux camps, comme dans Otto : autobiographie d’un ours en peluche de Tomi Ungerer, ou non, comme dans Le Petit garçon étoile de Rachel Hausfater-Douïeb et Olivier Latik. Dans ce dernier album, l’auteur raconte l’histoire d’un petit garçon qui, face aux chasseurs d’étoiles, doit cacher sa nature (d’étoile) afin de ne pas être emporté par le train vers une destination dont personne ne revient. Nous n’aurons ici, aucune image du camp de concentration si ce n’est, dans une double-page illustrée, un lieu fermé vers lequel se dirige un train noir et d’où s’échappe une fumée remplie d’étoiles juives. L’enfant reste épargné par les chasseurs, il se cache et peut enfin revenir au grand jour à la fin de l’album et réapprendre à vivre alors qu’il est tout seul. Avec Tomi Ungerer, l’approche est différente même si, là encore, nous n’allons pas dans le camp. L’enfant juif David n’est pas son personnage central mais il s’agit de l’ourson Otto, qui lui a été offert. La déportation de David est survolée expressément par une double-page où il est dit que des soldats viennent le chercher et l’emmènent vers une destination inconnue dans des camions avec d’autres personnes qui portent une étoile. Otto, narrateur de l’histoire est alors confié à son ami Oskar qui lui sera victime des bombardements et séparé de l’ourson. De longues années plus tard, Oskar retrouve Otto chez un antiquaire américain puis David qui a lu leur histoire dans les journaux. Les deux enfants ont ici survécu, de même que l’ourson bien mal-en-point. Les parents de chacun sont évoqués comme morts très rapidement sur la dernière page, l’essentiel est la survie des deux enfants et de leur ourson qui a permis leurs retrouvailles. Tomi Ungerer aime dire qu’il raconte des histoires cruelles mais positives. Ici l’aspect positif est cette survie des trois personnages centraux dans un monde de chaos et le fait de souligner ce qui lie les hommes plus que ce qui ne les sépare, c’est-a-dire l’ourson transmis d’un enfant à l’autre, d’un pays à l’autre, plutôt que la Shoah et la haine raciale. Selon certains chercheurs, cet album de Tomi Ungerer est à contresens annoncé par l’école (selon les livres sélectionnés pour l’étude de cette période à l’école par le Ministère de l’éducation nationale ) comme évoquant clairement la Shoah. Or, il ne fait que l’évoquer au même titre que d’autres cruautés humaines. Nous le voyons par exemple avec les bombardements et la guerre ou plus discret par l’attaque des enfants dans la rue aux États-Unis qui volent l’ourson à sa nouvelle propriétaire pour le détruire. Selon Eléonore Hamaide-Jager , enseignante à l’Université d’Artois et docteur en lettres, les enfants sont ici secondaires tout comme la Shoah qui ne peut être comprise que par les enfants ayant déjà des connaissances sur le sujet.

    Beaucoup de textes en littérature de jeunesse sur la Shoah utilisent l’image de l’enfant, non seulement pour qu’il y ait identification mais aussi pour interroger le passé. L’enfant peut poser les questions que nous, adultes, nous n’osons plus exprimer et qui pourtant nous interrogent encore. L’enfant qui survit et qui témoigne permet de démontrer également l’horreur d’une période historique qui ne laisse personne à l’abri, pas même les êtres les plus innocents. Faire survivre cet enfant c’est aussi éviter de choquer son lecteur. Celui-ci risquerait-il alors de ne pas retenir la leçon de cet événement ? C’est une question que nous pouvons nous poser mais à laquelle je ne peux apporter de réponse claire et définitive. Certes, l’atténuation est là, de fait, mais elle n’empêche pas les albums de choquer. Otto est l’exemple même. Les enfants et l’ourson survivent, tant bien que mal, mais l’ensemble de l’album, des mots et des images, illustre la violence, la cruauté et met mal à l’aise même les adultes. Pour cet album, Tomi Ungerer fut d’ailleurs critiqué mais il s’agit du style de l’auteur lui-même qui s’exprime ainsi : « Si j’ai conçu des livres d’enfants, c’était d’une part pour amuser l’enfant que je suis, et d’autre part pour choquer, pour faire sauter à la dynamique (sic) les tabous, mettre les normes à l’envers... » Dans Le Petit garçon étoile, la différence est notable car il s’agit d’une métaphore filée autour de l’étoile et, donc, d’une forme plus atténuée de la Shoah.

    b) L’enfant qui ne reviendra pas

    Par choix, certains auteurs décident au contraire d’illustrer la Shoah par un enfant qui ne reviendra pas, qui ne survit pas. Au risque de choquer les petits lecteurs qui s’identifieront à l’enfant victime, et surtout les adultes qui les accompagnent dans la lecture, certains choisissent de ne pas faire un happy end trop facile. Selon Eléonore Hamaide-Jager, ces happy end sont beaucoup trop fréquents dans les livres pour enfants évoquant le sujet. Selon elle, il n’en reste pas moins qu’il est nécessaire, quand on choisit d’aborder la Shoah, de relater le plus justement possible la réalité des choses, donc de faire des victimes, même enfants. Ces propos sont issus d’un article de la revue Parole, publiée en Suisse par l’Institut Jeunesse et Médias et repris sur le site de Ricochet sous le titre « La Shoah, un sujet galvaudé ? »

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    © Syros, 1993

    C’est le cas par exemple dans La Grande peur sous les étoiles de Jo Hoestlandt et illustré par Johanna Kang. Dans cet ouvrage, l’histoire est relatée par une fillette, Hélène, dont la meilleure amie, Lydia, est juive. Lors de la nuit de la rafle du Vel’ d’Hiv’ à Paris, Lydia comprend ce qui se passe et demande au papa d’Hélène de la ramener chez elle. Il hésite mais s’exécute. La couverture relate d’ailleurs ce retour de l’enfant à sa maison, illustration qui n’est pas présente au sein de l’ouvrage mais reste le point central de ce récit. Le lendemain, les policiers frappent aux portes et la petite Hélène s’inquiète en voyant défiler dans la rue les personnes portant une étoile, emmenées par la police. Elle se rend alors chez son amie mais celle-ci n’est plus là. Le récit se termine sur un énorme point d’interrogation : nous ne savons pas, au même titre que la narratrice, si Lydia a survécu à tout cela. Hélène, devenue âgée pose cette interrogation en espérant qu’elle est devenue comme elle une mamie quelque part sur cette planète. L’enfant lecteur est alors confronté à une question. A lui de s’imaginer ce qu’a pu devenir cette autre petite fille. La mort n’est ici pas clairement évoquée, elle n’est qu’une hypothèse parmi d’autres.

    Dans l’album Anne Frank de Joséphine Poole et Angela Barrett, inspiré du célèbre Journal d’Anne Frank, la mort est bien présente, respectant la véracité de l’histoire de cette jeune fille devenue symbole de l’horreur. En effet, cet album retrace l’existence de la petite juive allemande depuis sa naissance jusqu’à son arrestation. A la fin de l’ouvrage, la père d’Anne revient et retrouve son ancienne secrétaire, qui les avait aidés à se cacher et à survivre pendant 2 ans. Celle-ci lui transmet les notes écrites par Anne durant leur enfermement qu’elle a pu récupérer après la venue des Allemands. Il y est alors expliqué, en lien avec l’image d’un homme attristé, pleurant sur son bureau, qu’aucun autre membre de la famille n’a survécu, la mère ayant été tuée en chambre à gaz, les fillettes décédées en camp d’une épidémie de typhus. La mort n’est pas illustrée encore une fois, juste évoquée mais elle est réelle. Sans cela, Anne Frank ne serait pas tant un symbole, le visage et la voix des victimes enfants de la Shoah. Même si la déportation et les camps restent hors-champ, puisque nous ne voyons que l’arrestation et rien ensuite, la mort de la petite est bien réelle, et elle se lit dans la douleur du père. Or, l’enfant s’est identifié à Anne qui est présentée comme une petit fille comme les autres : « L’histoire d’Anne Frank commence comme celle d’une petite fille normale, qui pourrait être votre voisine de classe ». L’auteur nous la présente comme une enfant qui fait des bêtises, qui tombe amoureuse, qui aime écrire à sa meilleure amie. L’enfant lecteur s’attachera à elle et ne la reverra pas après l’arrestation. Cela demande alors, selon moi, un accompagnement adulte qui expliquera ce qui est arrivé à Anne. Cet album permet une sorte d’introduction au Journal d’Anne Frank souvent étudié au collège. Il illustre la réalité de cette enfant juive et comment elle en est venue à écrire ce qui est, aujourd’hui, un ouvrage phare témoignant de la Shoah.

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    © Gallimard jeunesse, 2005

    La dernière image que nous avons d’Anne dans l’album est à la fois dure mais aussi sans violence. Son arrestation semble être calme, les policiers l’entourent mais sortent du cadre, sans qu’ils soient une menace forte dans cette image. La jeune fille par contre fixe son regard vers le lecteur qui pourra éventuellement être marqué par cet effet. C’est comme si l’illustratrice, Angela Barret, tout en conservant des couleurs et des traits doux comme dans le reste de l’album, a voulu signaler que nous, lecteurs, nous sommes les témoins de l’arrestation et que nous devons nous en rappeler. D’ailleurs, la seule autre fois où Anne tourne son regard vers le lecteur est l’image reprise en première de couverture : Anne et deux amies, étoile juive épinglée qui se trouvent devant un cinéma où elles n’ont plus l’autorisation d’entrer parce qu’elles sont juives. Cette injustice forte, cette discrimination demande elle aussi un témoin et le lecteur est pris à parti pour ce rôle.

    Nous le voyons à nouveau, choisir un enfant qui ne revient pas suggère un autre message, une autre volonté de la part de l’auteur. Nous ne cachons pas aux enfants l’horreur, même si cela était déjà le cas avec Otto, nous tentons de marquer les esprits par des personnages auxquels s’identifier qui ont un destin tragique. Malgré tout, encore une fois, les nuances sont fortes. Soit le lecteur n’a pas de nouvelles de l’enfant (La Grande peur sous les étoiles), soit il sait qu’il est décédé (Anne Frank). Dans ces deux cas, le lecteur ne suit pas l’enfant dans le camp. Je n’ai d’ailleurs trouvé aucun exemple d’album pour les moins de 10 ans qui illustre l’enfant et le camp de concentration. Les camps sont d’ailleurs rarement montré, sauf exceptions, comme Grand-père de Gilles Rapaport. L’enfant déporté est « laissé » sur le quai de la gare ou à la montée dans les camions.

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    © Seuil 1999

    Parfois même, aucun de ces symboles de transport vers les camps n’est illustré et l’interrogation est d’autant plus grande. L’enfant qui lit ces livres se posera certainement des questions pour éclairer ses points sans réponse. Il convient alors à l’adulte qui l’accompagne de savoir y répondre et de savoir aussi gérer des questionnements brutaux et parfois même crus de la part des enfants qui n’ont pas encore de tabou sur ce sujet. L’ouvrage d’Annette Wieviorka, Auschwitz expliqué à ma fille paru en 1999 aux éditions du Seuil souligne ce fait. Sa fille de 13 ans se met à l’interroger de façon brutale après avoir vu le tatouage numéroté d’une amie de la famille. Les questions que se posent l’enfant sont les mêmes que l’adulte mais de façon plus directe.

    B) La Shoah à travers l’histoire d’un membre de la famille

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    © Rue du Monde, 2003

    L’enfant est utilisé, nous l’avons dit, dans la majorité des cas. Certains auteurs se distinguent dans leur choix en confrontant le passé à un autre membre de la famille que ce soit une tante - dans Un violon dans la nuit de Didier Daeninckx et Pef pour l’illustration, paru aux éditions Rue du monde en 2003 - ou un grand-parent comme dans Grand-Père de Gilles Rapaport. Cet album s’illustre par sa différence avec l’ensemble des corpus existants sur le sujet. D’une part, le personnage central est un homme mûr, grand-père du narrateur. D’autre part, Gilles Rapaport illustre clairement les camps de concentration que ce soit dans son récit et encore plus dans ses images. L’histoire de cet album retrace la vie du grand-père du narrateur que nous enterrons à la première double-page. Aussi, nous savons d’emblée qu’il a survécu à ce qui lui est arrivé. Il nous est ensuite conté sa vie, sa mémoire. Né en Pologne en 1901, il se rend rapidement compte que ce pays rejette les juifs. Il fuit avec sa compagne pour s’installer à Paris où ils ont deux enfants. La guerre éclate et il s’engage dans l’armée française. Lors de la défaite, un soldat français le dénonce comme juif à l’Allemand et il est emmené en train vers Auschwitz. L’auteur illustre à travers des peintures uniquement bleues et noires, le camp dans toute son horreur. Nous pouvons distinguer les soldats qui passent à tabac les juifs, hurlent des ordres, sont devenus inhumains. Le grand-père est illustré de façon choquante assis, l’œil hagard et cerné, tondu, et tatoué d’un numéro alors qu’en fond se distinguent les autres déportés allongés dans les châlits. Un autre portrait le montre allongé, amaigri avec en fond la cheminée du camp par laquelle il lui a été annoncé qu’il sortira un jour. L’auteur ne cherche pas à atténuer le camp, il rend hommage à la mémoire de ses grands-parents à qui est dédié ce livre. L’imagerie n’est pas décalée, la vérité est clairement illustrée et racontée. La question qui s’est posé à Gilles Rapaport n’était pas celle d’une atténuation, d’une adaptation à un public jeune mais au contraire « Comment transmettre une mémoire qui n’est pas la nôtre, qui n’est pas seulement celle d’un homme, mais de millions d’êtres... » , sous-entendu, sans la trahir. D’ailleurs, lorsque cet homme survit aux camps malgré tout, l’auteur nous le présente comme tourmenté par cette question du survivant ”pourquoi je vis, pourquoi les autres sont morts ?”. La grand-mère ayant d’ailleurs été emportée « par la nuit » durant la guerre. Ne pas utiliser l’image d’un enfant n’atténue pas la Shoah, en tout cas pas chez Gilles Rapaport qui cherche à montrer la vérité aux plus jeunes.

    II- Comment raconter l’indicible ?

    « Réaliser un album évoquant la Shoah est une entreprise difficile que peu d’auteurs ont accomplie. Rendre accessible l’indicible par le texte et l’image, ne supporte pas les approximations, exige qu’on évite de traumatiser les jeunes lecteurs sans pour autant contourner la vérité, demande donc la plus extrême rigueur. »

    Après avoir étudié quel symbole utilisait les auteurs pour porter l’histoire de la Shoah, nous allons essayer de comprendre les différentes modalités de texte et d’illustration pour raconter l’indicible. Trois grandes modalités semblent se dégager :

    • L’adaptation symbolique ;

    • La vérité même cruelle mise en avant ;

    • La vérité, oui, mais adaptée au public jeune.

    A) L’adaptation symbolique

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    © Casterman, 2001

    Certains albums évoquent la Shoah mais uniquement pour les personnes qui connaissent déjà cet événement. Pour les autres, notamment les jeunes enfants auxquels ils s’adressent, ils ne sont qu’une représentation métaphorique d’une différence, d’une discrimination. C’est le cas de l’album Le Petit garçon étoile de Rachel Hausfater-Douïeb. Les éditions Casterman, connaissant l’auteur et sa tendance à imprégner ses œuvres de la Shoah, du fait de son histoire personnelle (son père juif a dû cacher son identité pour échapper aux rafles à Paris), lui ont demandé de rédiger ce texte pour les enfants. Après de nombreuses hésitations elles a ainsi créé un court récit qui prend la forme d’un conte sur le sujet. Les règles du conte classique sont respectées tant au niveau des temps employés (l’imparfait et le passé simple) que pour son incipit : « C’était un petit garçon qui ne savait pas qu’il était une étoile ». Par un texte court et ciselé, Rachel Hausfater-Douïeb réalise une métaphore filée de la Shoah où les juifs sont des étoiles et les Allemands des chasseurs d’étoile. Tout s’exprime en implicite, à aucun moment les mots « juifs », « allemands », « nazis », « camp de concentration » ou « d’extermination » ne sont employés. La seule image réaliste est l’étoile cousue sur son vêtement, étoile dont il est fier au début puis dont il a honte progressivement parce que les autres se moquent du fait qu’elle ait trop de bras. Cette étoile qui le qualifie laisse des interrogations à l’enfant lecteur avec des propos tels que « Il ne savait pas qu’il était une étoile mais on le lui a dit », qui est ce on ? Cependant, sans aller dans la brutalité, le texte conserve une transposition imagée de la Shoah. Même dans les moments les plus atroces, l’extermination en camp par exemple, la métaphore est respectée : « Et le petit garçon vit les grandes étoiles-papa, les douces étoiles-maman et tous les petits étoilons partir vers la nuit. Et s’éteindre. »

    Les illustrations en peinture d’Olivier Latyk assurent une correspondance texte/image très forte. Aussi c’est particulièrement lors des moments les plus tragiques comme celui que nous venons d’évoquer ou encore la persécution et la fuite que le texte et l’image sont imbriqués l’un dans l’autre dans la mise en page. Les illustrations peintes en couleurs pastel sur la majorité du texte s’opposent aux moments tragiques où le rouge criard et le noir vont prédominer à la place du bleu et du vert pastel habituels. C’est le cas notamment d’une illustration en deux temps remarquable dans cet album. Sur deux doubles-pages qui se suivent, Olivier Latik a représenté le même dessin, une fois en couleurs pastels à dominance de bleu et une fois en rouge et noir où les contours s’effacent et font ressortir l’étoile que porte le petit garçon, comme une marque très noire au niveau de son cœur, alors que lui disparaît. Le texte présent cette fois en page de gauche, donc destiné aux adultes puisque le regard de l’enfant se dirigera plutôt sur la droite, exprime ce que l’image fait comprendre : « Et plus il avait honte, plus l’étoile grandissait », l’étoile prend le pas sur cet enfant. De même, dans une autre illustration, le symbole des croix gammées est présent et un soldat ressemble à s’y méprendre à Hitler. Nous pouvons également apercevoir ce qui pourrait être la mort d’un personnage. Un homme est en effet représenté trois fois, deux fois tombant de plus en plus et la troisième, son corps allongé sort du cadre de la page et nous ne voyons plus que ses pieds. Il semble étendu, peut-être abattu. Si les mots sont une atténuation forte pour un lecteur ne connaissant pas la Shoah, les images le sont dans une moindre mesure. L’horreur est suggérée et l’emploi du rouge et du noir font nécessairement comprendre aux enfants la violence qui se cache. L’image suscite une grande émotion par la force de ces jeux, le texte, quant à lui, émeut en lien.

    Cet album d’apparence anodine, avec sa couverture onirique qui nous montre l’étoile juive mais sans que le regard s’y porte directement et qui fait penser au petit prince par l’écharpe rouge qui s’envole, cache en réalité une vraie force et provoque de nombreux sentiments très forts. La Shoah y est imagée pour l’enfant mais l’album reste très fort dans le message apporté et dans la justesse du ton et des symboles employés. L’adulte pourra être très ému voire choqué à nouveau par la réalité retranscrite ici. L’enfant y verra une image des différences, des discriminations et d’un monde pas toujours beau même pour un petit. À la toute fin de l’ouvrage, l’enfant reprend la même activité qu’au tout début, c’est-a-dire jouer avec un petit bateau tiré par une ficelle. Mais cette fois, les étoiles au-dessus de lui ont autant de bras que celle qu’il portait et il sait une chose : « Et maintenant il brille »

    L’aspect conte onirique et la métaphore empêchent enfin une identification forte du lecteur au petit garçon qu’il va regarder avec distance, sans être captif de la narration et donc sans être choqué par la dureté du thème. « Chaque diptyque texte image recèle tout un champ de significations et d’interprétations qu’il appartient à chacun de construire en fonction de sa sensibilité et de ses connaissances. ».La Shoah est donc ici racontée de façon édulcorée, atténuée mais sans cacher non plus la réalité. Je pense que nous pouvons qualifier cet album d’adapté à la tranche d’âge à laquelle il s’adresse, c’est-a-dire les 5-10 ans. Pour les plus grands, et notamment l’adulte, il suscitera aussi de l’émotion par la beauté de sa métaphore et par la grande correspondance du texte et de l’image.

    Nous pourrions penser, de prime abord, que l’album Otto : autobiographie d’un ours en peluche de Tomi Ungerer pourrait être une adaptation symboliÉque atténuée. Après tout il s’agit d’un ourson et les camps ne sont jamais illustrés. Cependant la dureté de l’album, tant des mots que des images, ne permet pas de le qualifier d’adaptation symbolique de la Shoah.

    B) La vérité, même cruelle, mise en avant

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    © Circonflexe, 1999

    Pour traiter de sujets délicats tels que la Shoah, certains auteurs préfèrent montrer de façon violente et cruelle les choses. Il s’agit d’une illustration de l’éternel débat qui fait rage depuis la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et surtout depuis les polémiques créées par les ouvrages de L’École des loisirs, exigeants et parfois choquants. Alors que certains s’obstinent à donner aux enfants des histoires douces, rassurantes et aux valeurs saines, d’autres, comme cette maison d’édition, ou comme François Ruy-Vidal déclarent au contraire : « Ce n’est pas en sécurisant les enfants mais au contraire en les exposant progressivement à la vie qu’on en fait des adultes équilibrés ». En d’autres termes, les enfants doivent être exposés à la vérité, aussi cruelle soit-elle, de la vie. C’est uniquement comme cela que nous leur permettons d’être armés pour leur propre existence et que nous les faisons devenir des adultes avertis. C’est également la philosophie d’un auteur phare de L’École des loisirs, le controversé Tomi Ungerer. Avec son album Otto : autobiographie d’un ours en peluche paru en 1999 il s’attèle à montrer aux enfants certaines horreurs de notre histoire, à savoir la Shoah, la guerre et ses bombardements ou encore la violence des rues et la pauvreté. Cet album aux multiples facettes illustre de façon, à la fois distante et violente, la discrimination et la déportation des juifs. Pourquoi de façon distante et violente ? Parce que l’ourson n’est que témoin de ces scènes, il ne va pas, nous l’avons dit, être confronté aux camps directement. Cependant la violence est omniprésente dans cet album choquant. Au niveau du texte tout d’abord, les mots « camp de concentration », « chambre à gaz », « bombardement » et les morts sont clairement énoncés. Le problème c’est qu’ils sont écrits de but en blanc sans explication, sans illustration même parfois. L’enfant lecteur qui ne connaît pas cet épisode de l’histoire sera forcé de s’interroger, de questionner les adultes sur ces mots qui lui sont étrangers. Cependant, le passage de l’étoile jaune fournit une explication. La mère de David la coud et, suite aux questions d’Oskar, elle donne une brève explication, brute et directe : « Les juifs sont différents, ils ont une autre religion, le gouvernement est contre eux et leur rend la vie très difficile. C’est injuste et très triste, on les oblige à porter cette étoile pour les reconnaître ». Le choc est bien présent. Petit aparté : cette scène de l’étoile que coud la maman juive est très présente au sein des albums de jeunesse traitant de la Shoah, elle semble être un symbole fort de la discrimination à l’encontre des juifs. Elle est souvent, comme ici et comme dans La Grande peur sous les étoiles, un moment de confrontation entre la naïveté des enfants qui admirent généralement l’étoile, notamment des enfants non juifs envieux, et la lucidité des parents qui comprennent ce qu’elle représente. Ici Oskar apprécie l’étoile de son ami et en souhaiterait une, comme c’est le cas dans La grande peur sous les étoiles où Hélène, dans un souci de coquetterie envie Lydia qui portera maintenant une étoile. Cette scène permet généralement une explication de ce qui se déroule, du pourquoi. Otto n’échappe pas à cette règle d’ailleurs et fournit la seule explication de l’ensemble de l’album concernant la Shoah.

    Au niveau des images dans Otto, la plupart bénéficie d’un fond totalement blanc, faisant ressortir avec d’autant plus de force les scènes de violence qui y sont peintes. Dans cet album, le style de l’artiste a évolué vers un réalisme stupéfiant. Il entoure ici ses lavis d’encres de couleur par un léger trait de crayon donnant aux illustrations un aspect proche du dessin d’observation. Ce réalisme et la dureté des images - Tomi Ungerer nous illustre des soldats agonisants, morts, ensanglantés en premier plan, un homme se fait tirer dessus et la douleur se lit sur son visage, etc. - donnent à cet album un aspect fortement et volontairement choquant. Malgré tout, l’ensemble reste profondément optimiste, nous l’avons vu dans la première partie de cette étude. Les trois amis se réunissent, vivants, en fin d’album et la repreìsentation de la violence se trouve concentrée sur quelques pages.

    Les illustrations de l’ourson sont aussi un bon indice de ce qui se déroule dans cet album. En effet, l’ourson d’abord confronté aux bons aspects de l’humanité (David et Oskar, leurs jeux) est souriant. Lorsque David est emmené le visage de l’ourson montre son angoisse, le sourire disparaît pour ne revenir que lorsqu’il sera offert à une petite fille aux États-Unis. À nouveau, lorsqu’il est attaqué et abandonné son sourire se retire et fait place à une figure angoissante. La première de couverture de l’album illustre ce passage. L’ourson à un aspect terrifiant, un trou au niveau du cœur et une tâche violette qui fait penser à un coquard au niveau de l’oeil gauche. Ainsi, Tomi Ungerer réussit, malgré le personnage d’un ourson généralement jugé comme apaisant, à choquer, effrayer, dès la couverture de l’album. Personnellement, je ne pense pas qu’un enfant puisse sincèrement se diriger vers un tel album. Mais c’est aussi sans doute ce qu’a voulu faire passer comme message l’auteur. L’ourson en couverture est différent des oursons habituels. Il est abimé, il a un aspect angoissant. Et de fait, il en sera rejeté. Rien n’est innocent de la part de l’auteur ni de cette maison d’édition et je pense que le message que porte Otto commence dès cette couverture. Cependant, même si je suis d’accord qu’il ne faut pas atténuer la vérité aux enfants, je pense que Tomi Ungerer va ici trop loin en faisant une surenchère de violence sans aucune explication. Pourtant, malgré les critiques que cet album a engendré, l’auteur reçut grâce à lui le Prix Européen de la Culture ainsi que le Prix Bernard Versele 2001, décerné par la Ligue des Familles de Belgique et est sélectionné par le Ministère de l’éducation nationale. Malgré la violence d’Otto, Tomi Ungerer n’illustre pas les camps, ce que fait, au contraire Gilles Rapaport avec Grand-père. L’auteur réussit ici un coup de maître en montrant franchement la réalité des camps, peu par les mots mais surtout pas l’illustration. Ses peintures uniquement bleues et noires reflètent la dureté des choses. Au début de l’album, avant la déportation, les images sont relativement claires, les visages sont nets, blancs, les traits doux. De même, le texte est sur une page en face de l’image de façon générale, du côté gauche ou droit selon les double-pages, mais toujours sur un fond blanc. A partir du train, les traits deviennent plus durs, les coups de pinceau sont bien visibles et le noir prend une part de plus en plus grande, jusqu’à dominer l’entièreté de l’illustration avec la représentation de la cheminée de laquelle il est dit : « Quand Grand-père est rentré par la porte du camp, tous lui ont dit qu’il en sortirait par la cheminée » (page 22). Le texte est plus souvent inséré dans les images, laissant la part la plus grande à l’illustration, ou alors il est inscrit sur un fond noir cette fois, renforçant l’aspect sombre de ces pages. Le travail de dialogue texte/image de Gilles Rapaport sur cet album est exceptionnel. Le texte suggère, l’image renforce et les deux disent la vérité. « L’écriture suggère les ténèbres et les illustrations accentuent la déformation pathétique des corps ». Regardons par exemple la différence entre deux illustrations, l’une illustrant l’installation à Paris, l’autre la réalité des camps. Ces deux illustrations mettent en scène le même personnage, grand-père, dans deux moments très différents de son existence : Sur la première, le grand-père a un visage clairement dessiné, l’image est à dominance blanche. Sur la seconde, le visage est flou, sombre, inhumain, la corps est décharné, le noir domine avec en fonds les soldats SS.

    Cette œuvre dure est à même de questionner la nature humaine, chaque page interroge et le texte pose lui-même parfois des questions à son lecteur. Par exemple, juste avant la déportation du grand-père : « Mais qui est l’ennemi ? Ce soldat vainqueur, ou ce camarade qui le pointe du doigt, et d’un geste l’envoie vers les ténèbres » (page 12). C’est pour ces raisons que cet album est fortement conseillé pour étudier la Shoah à l’école. Ce livre fait d’ailleurs partie de la sélection ministérielle « La littérature à l’école - Liste de référence cycle3 - 2013 » , c’est-a-dire les classes de CE2, CM1 et CM2.

    Gilles Rapaport a une approche différente de Tomi Ungerer, il va plus loin dans l’illustration de la Shoah mais ne réalise pas un album pour choquer. Il cherche ici à transmettre l’histoire de sa propre famille sans la trahir et il déclare à propos de cet album : « Personne ne peut, ne doit ignorer, cet épisode unique dans l’histoire humaine. Mais, le temps passant ; le souvenir s’éloigne, et la mémoire s’étiole. [...] Aussi ai-je décidé de raconter, le pire de l’Homme ; la Déportation, afin que les enfants aient une idée, aussi petite soit elle, de ce que la haine de l’autre peut être. » ; « Ce sont des illustrations qui finalement, disent sans détour ce que le texte ne fait qu’évoquer, sous entendre » . L’auteur refuse l’atténuation mais il le fait dans un but de transmission de Mémoire, pour honorer celle de ces milliers d’individus que nous ne devons pas oublier.

    C) La vérité, oui, mais adaptée au public jeune

    Toujours dans cette optique de débat sur ce qu’il faut ou non dire aux enfants, certains auteurs réalisent un compromis entre dire la vérité sans choquer mais sans non plus atténuer complètement les choses en faisant une métaphore de la Shoah. Deux albums de ma sélection réalisent cette adaptation au public jeune auquel ils s’adressent. Tout d’abord, La Grande peur sous les étoiles de Jo Hoestlandt et Johanna Kang paru en 1993 aux éditions Syros et Anne Frank, de Joséphine Poole et Angela Barrett paru en 2005 aux éditions Gallimard jeunesse. Tous les deux dans un style différents, racontent la Shoah sans montrer les camps, sans illustrer franchement la violence qui reste constamment hors-champ et en utilisant un vocabulaire adapté à l’âge des lecteurs visés.

    Avec Anne Frank, c’est essentiellement la façon de dire les choses et les explications importantes qui révèlent cette adaptation. Le terme d’adaptation est ici double d’ailleurs puisqu’il s’agit de réaliser une œuvre autour du célèbre Journal d’Anne Frank pour les plus jeunes. Le ton employé tout d’abord est clairement celui que nous pourrions retrouver dans un conte : « Il y avait un homme qui s’appelait Hitler - un petit bonhomme très raide avec une moustache ». Ici, la description d’Hitler fait penser à celle de n’importe quel méchant de conte pour enfants. Cependant, là où l’album s’illustre c’est dans son explication de la discrimination des juifs. En effet, pour la première fois, un album énonce clairement la montée d’Hitler au pouvoir, les raisons de cette montée (à savoir l’Allemagne en crise suite à la défaite de la Première Guerre Mondiale) et la colère qui gronde associée d’une Allemagne cherchant un coupable et le trouvant en la personne des juifs. Avec force et subtilité, Anne Frank est un album qui explique des choses très précises, très poussées, de façon claire et sans choquer.

    Les images renforcent ce texte en illustrant par exemple, sur une image prenant les trois-quarts de la double page, les enfants juifs dans la pauvreté et dans un petit coin de l’illustration une affichette d’Hitler. Puis sur la page suivante, une immense affiche du führer prend toute la hauteur et deux enfants juives qui passent en bas semblent écrasée par cette immense illustration. Ce changement de perspective, cette confrontation rend compréhensible la montée d’Hitler au pouvoir. Dans cet album, nous l’avons dit, la Shoah et la violence, restent hors-champ. Par exemple, la seule scène de « violence » de l’album est une scène illustrant la violence matérielle avec dans le coin gauche de l’image les juifs acculés, cachés derrière un bureau et sur la grand majorité de l’illustration des bris de verre qui volent de la fenêtre brisée. Or, nous ne voyons pas qui casse cette fenêtre, seules les conséquences de l’acte sont visibles. Cependant les discriminations à l’encontre des juifs en Europe trament tout le texte : le départ forcé d’Allemagne à cause des violences et insultes envers les juifs ; l’étoile jaune et les interdictions liées aux Pays-Bas ; l’obligation de se cacher pour échapper aux camps ; les dénonciations récompensées. Tout en s’adaptant au public jeune, cet album réussit à ne pas trahir l’histoire. Il a au contraire un aspect pédagogique à mon sens puisqu’il donne des explications précises des causes. De plus, s’ajoute en toute fin de l’album une note sur ce qu’est devenu le journal de la petite Anne ainsi qu’une chronologie des événements marquants la Seconde Guerre Mondiale et ce qui l’a précédé. L’édition suggère donc une volonté d’éduquer, d’apprendre aux enfants, à travers le symbole d’Anne Frank, cet épisode douloureux de notre histoire.

    Concernant l’ouvrage de Jo Hoestlandt et Johanna Kang, La Grande peur sous les étoiles, l’adaptation au public est quelque peu différente. En effet, il s’agit ici d’avoir pour témoin une jeune fille, Hélène, dont la meilleur amie, Lydia, est juive. L’histoire explique les discriminations à l’encontre des juives à travers l’étoile cousue sur les vêtements mais en restera là quant aux explications. Tout sera ensuite sous-entendu et la petite narratrice est bien à mal d’expliquer ce qui se passe alors que tous les autres personnages le comprennent. En effet, lors de la nuit de la rafle du Vel’ d’Hiv’ à Paris, Lydia dort chez son amie Hélène et elles sont confrontées à deux personnages qui frappent à la porte du voisin sous un nom de code, la dame de onze heures et le fantôme de minuit. Lorsque les parents de la petite Hélène rentrent, elles annoncent cet événement et le père retrouve la dame de onze heures errant dans l’immeuble. Elle porte une étoile jaune et explique que ça a commencé. Qu’est-ce qui a commencé ? Nous ne le saurons pas mais Lydia comprend et exige de rentrer chez elle, inquiète pour ses parents. Son amie qui ne saisit pas ce qui se déroule se fâche parce qu’elle ne veut pas que son amie parte alors que c’est son anniversaire. Cette joute puérile d’Hélène se confronte à une Lydia qui comprend mais qui n’explique pas. Le message est clair concernant une discrimination raciale, mais rien n’évoquera la mort, l’épuration, les camps et chambres à gaz ouvrant ainsi au questionnement, au doute. Ici, l’adaptation tient au fait que cette histoire d’amies qui se fâchent ressemble à une histoire classique en littérature de jeunesse. Cependant, la vérité reste présente puisque la petite Hélène voit le lendemain matin les Juifs emmenés avec leurs valises par les policiers et elle saisit que son amie est en danger. Les questions que se posent les protagonistes sont universelles, les parents se demandent « On aurait dû faire... » sans avoir de réponse, Hélène questionne le pourquoi en disant que ces juifs ne sont pas des criminels et que donc la police ne devrait pas les emmener. Le message est fort sous cet aspect d’histoire classique d’amitié. Dans la préface, Claude Roy déclare d’ailleurs avec justesse : « [...] son amie, qui ne comprend pas, et comme tous les enfants (comme devraient le faire tous les hommes) demande : ”Pourquoi ?” » ; « [...] il n’est jamais trop tôt pour poser, se poser, les vraies questions, les interrogations premières qui maintiennent le cœur en éveil, et empêchent de prendre son parti de l’injustifiable ».

    Les illustrations dessinées par Johanna Kang mélangeant aquarelle et fusain font preuve de réalisme, tout comme c’était le cas dans Anne Frank pour les illustrations d’Angela Barrett. Les images restent relativement épurées, comme si le texte remplissait les blancs laissés dans les illustrations. Le seul dessin qui crée un flou est celui qui forme une double-page sans texte illustrant les juifs emmenés par la police. Sur ce dessin, la masse des juifs devient de plus en plus floue, de plus en plus brouillée par le fusain pour illustrer une foule sans fin qui perd son identité progressivement. Les couleurs employées en général sont ternes dans cet album, ne donnant pas une fausse impression de douceur et d’optimisme comme cela aurait pu être le cas dans Anne Frank.

    Ainsi, il semble possible de dire la vérité aux enfants tout en évitant de les choquer par des images ou des propos violents qui ne seraient pas expliqués. Malgré tout, n’est-ce pas alors atténuer cette vérité ? C’est une question délicate à laquelle j’aurais tendance à répondre oui, malheureusement.

    III- Pourquoi parler de la Shoah aux plus jeunes ? : un débat entre la vérité due et la protection des âmes innocentes

    Après avoir abordé les différentes façons d’aborder la Shoah, nous sommes en droit de nous interroger si ce sujet est abordable dans les albums pour les plus jeunes. Cette partie ne pourra apporter de réponse définitive à cette question du « Pourquoi ? » mais elle a pour but d’illustrer le débat qui se déroule dans l’édition jeunesse, dans l’éducation et l’avis du ”peuple”. En effet, j’ai moi-même été confrontée aux critiques des individus croisés lorsque j’ai annoncé mon sujet. Certains s’interrogent, beaucoup sont extrêmement surpris de l’existence d’albums pour les moins de 10 ans sur ce thème et certains, enfin, sont outrés par la présence de la Shoah en littérature jeunesse et encore plus dans les albums. Un individu a même déclaré qu’il faudrait « tuer les parents qui font lire ça aux enfants ». Nous le voyons, le débat peut aller très loin. Il ne concerne d’ailleurs pas uniquement la Shoah mais bien le fait d’aborder des sujets aussi délicats et empreints de violence dans la littérature destinée à la jeunesse, surtout depuis la Loi du 16 juillet 1949. Cette loi stipule dans ses articles 1 & 2 que les ouvrages adressées à la jeunesse ne doivent pas démoraliser les jeunes en illustrant de la violence, de la haine ou encore des crimes. La Shoah est un thème abordant la cruauté humaine dans son acceptation la plus forte, elle illustre un crime contre l’humanité. Il est tout à fait concevable que cela surprenne les adultes que de tels thèmes soient abordés pour des enfants si jeunes. Cependant, les raisons d’écrire ce genre d’albums sont diverses et leur utilisation est essentiellement pédagogique.

    A) Les raisons d’écrire sur la Shoah

    Je ne tiens pas ici à donner une liste exhaustive des raisons qu’un auteur peut avoir pour écrire sur la Shoah aux plus jeunes. Il s’agit pour moi de tenter de comprendre, à travers mes exemples d’albums étudiés, des raisons possibles de ce choix. Les dédicaces des albums sont déjà un bon indice. En effet, Rachel Hausfater-Douïeb dédie Le Petit garçon étoile : « À mon père qui brille (R.H.-D.) », tout comme Gilles Rapaport dédie Grand-Père : « Ce livre est dédié à mes grands-parents. ». Il s’agit ici de rendre hommage à sa propre famille qui a été victime de la Shoah d’une manière ou d’une autre. Le père de Rachel Hausfater-Douïeb ou les grands-parents de Gilles Rapaport étaient juifs à cette période et ont souffert de cette discrimination. Cette raison semble offrir d’ailleurs aux albums une émotion forte. Dans leurs grandes différences, Grand-Père et Le Petit garçon étoile, se rapprochent et se distinguent des autres albums en touchant la sensibilité du lecteur par la sincérité de leur démarche, de leurs propos, de leurs illustrations. La volonté qui transparaît en filigrane est l’hommage. Pour Grand-père, la quatrième de couverture explique également une volonté de transmission de la Mémoire. Otto : autobiographie d’un ours en peluche est lui aussi dédié à un membre de la famille de l’auteur mais cela n’a aucun rapport puisqu’il s’agit d’une dédicace à Aria Ungerer, fille de Tomi Ungerer qui, bien entendu, n’est pas concernée directement par le drame, même si elle est concernée par le devoir de mémoire de toutes les générations qui ont suivi le génocide juif.

    Deuxièmement, les éditions Syros ont cherché à justifier le choix de la publication de La Grande peur sous les étoiles en insérant une préface de Claude Roy qui stipule ainsi : « Le mal et le malheur existent. Faut-il à tout prix en tenir abrités les enfants ? Les préserver, au chaud, à l’abri du malheur -et de la vie- aveugles sourds, heureux ? [...] les enfants ont droit à la vérité comme les grands, même quand la vérité fait mal. ». Cet album a donc été écrit pour donner la vérité aux enfants, les avertir même si cela est douloureux, de ce que la nature humaine est capable de faire. Sans que cela ne soit clairement affirmé, il semble que ce soit le cas également d’Anne Frank. En effet, la présence de la chronologie en fin d’album, de l’histoire du journal également, témoignent d’une volonté d’enseigner aux enfants cette histoire. De plus, avant le début de l’album, un extrait du Journal d’Anne Frank lui-même est inséré, comme en préface. Cela renforce le rôle d’introduction à cette histoire que porte cet album. La volonté didactique semble également très forte aussi pour Tomi Ungerer qui cherche, tout comme peuvent le vouloir les éditions Quist-Vidal, à montrer la vérité aux enfants. Cependant, Tomi Ungerer reste un cas un peu à part puisqu’il se plaît à effrayer les enfants comme on peut le lire dans une interview donnée à son éditeur : « Quand j’étais petit, on avait un album de Bécassine, où l’on voyait un cambrioleur avec une lampe sourde, et qui entrait dans la maison. À cinq ans, ça m’avait foutu une trouille terrible. J’ai gardé de cette trouille un si bon souvenir que j’ai voulu donner cela aux enfants ».

    Enfin, Eléonore Hamaide-Jager déclare dans un article : « L’expérience des camps touche aux fondements de l’humanité ; aussi tous les auteurs sont forcés de se confronter à certaines interrogations qui jaillissent de leur propre incompréhension ». Écrire sur la Shoah c’est donc aussi s’interroger soi-même, mettre en lumière ses propres questionnements.

    B) Un outil pour l’éducation ?

    Le Bulletin officiel de l’Éducation nationale n°29 du 17 juillet 2008 intituleì Enseignement de la Shoah aÌ l’eìcole eìleìmentaire preìcise : « AÌ l’eìcole eìleìmentaire, l’eìtude de la Shoah doit s’appuyer sur la compleìmentariteì des disciplines : elle s’effectuera principalement en histoire, mais elle pourra prendre appui sur des œuvres d’art ou sur des livres dans le cadre de l’enseignement d’histoire des arts ou de litteìrature. » Ainsi, le Ministère de l’Education Nationale propose, d’une part d’étudier la Shoah dès l’école primaire et d’autre part de prendre appui sur des livres qui aideront à cette étude. Nous l’avons vu précédemment, une liste de ces livres est même rédigé et elle comprend Grand-Père de Gilles Rapaport. Le but est ainsi de participer à une éducation morale et civique des enfants par l’approche de ce sujet qui illustre les questions de responsabilités (individuelles autant que collectives) et de cruauté humaine. L’utilisation de l’album permet dans la majorité des cas d’aborder la Shoah avec une distance par rapport à l’inhumanité de l’Histoire. Les albums sur la Shoah permettent de transmettre une Mémoire, de créer un débat et surtout de ne pas oublier ce qui s’est passé. Ils sont eux aussi un relais de l’Histoire afin que cela ne se reproduise plus. S’adresser aux plus jeunes via un album permet de ne pas choquer les enfants par des images de documentaires trop violentes. Jouer sur une histoire, une adaptation parfois atténuée permettra sans doute aussi qu’il y ait une discussion avec l’adulte qui l’accompagne, discussion cruciale pour répondre aux interrogations de l’enfant. Dans l’essai d’Annette Wieviorka, Auschwitz expliqué à ma fille, la question est ainsi posée en quatrième de couverture : « Peut-on « expliquer » à un enfant ce qui demeure, en partie, énigmatique ? ». C’est là la tâche à laquelle se sont attelés les auteurs des albums de jeunesse sur le thème de la Shoah.

    Il s’agirait finalement d’une bonne chose de parler de la Shoah, même aux moins de 10 ans à condition de le faire dans un souci de transmission didactique de la Mémoire, comme appui d’une étude réalisée avec un adulte (à l’école ou non) sur cet événement. Cependant, la question reste quant au fait que nous risquons peut-être de nous éloigner de la vérité historique à travers l’album, et donc, de trahir ce que nous souhaitions transmettre.

    En conclusion, la Shoah dans les albums de jeunesse destinés aux moins de 10 ans est abordée de multiples manières, en comparaison avec les romans qui sont généralement issus de témoignages d’enfants survivants des camps. Certains albums cherchent à atténuer les choses en créant une métaphore presque onirique de la Shoah. D’autres au contraire mettent l’accent sur la vérité, la cruauté et l’horreur de cette période à des fins didactiques (et parfois un brin de provocation), quitte à tuer un enfant ou faire d’autres victimes dans l’album. Enfin, certains choisissent le compromis entre les deux aspects et réussissent adroitement à mêler vérité et atténuation. Que ce soit au travers de l’image d’un enfant ou son allégorie (l’ourson), ou par le biais d’un adulte, ces récits cherchent toujours à transmettre une part de l’Histoire qu’il ne faut pas oublier. Ils servent ainsi le devoir de Mémoire qui existe à propos de la Shoah.

    © Julie LAURENT, 2014

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    BIBLIOGRAPHIE

    1- Les albums étudiés

    -  HAUSFATER-DOUÏEB, Rachel, LATYK, Olivier ill. Le Petit garçon étoilé. Paris : Casterman, 2001. [24] p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 37 cm. (Les albums Duculot). ISBN 2-203-56512-8.

    -  HOESTLANDT, Jo, KANG, Johanna ill. La Grande peur sous les étoiles. Paris : Syros, 1993. 36 p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 29 x 26 cm. ISBN 2-867387-831-3.

    -  POOLE, Joséphine, BARRETT, Angela ill. Anne Frank. KRIEF, Anne trad. Paris : Gallimard jeunesse, 2005. [30] p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 27 x 25 cm. (Album). ISBN 2-07-051105-7

    -  RAPAPORT, Gilles. Grand-père. Paris : Circonflexe, 1999. 29 p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 31 cm. (Albums). ISBN 2-87833-224-5.

    -  UNGERER, Tomi. Otto : autobiographie d’un ours en peluche. SEYVOS, Florence trad. Paris : L’Ecole des loisirs, 1999. 33 p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 30 cm. ISBN 2-211-055-43-5.

    2- Les titres aidant à la réflexion

    -  DAENINCKX, Didier, Pef ill. Un violon dans la nuit. [Voisins-Le-Bretonneux] : Rue du Monde, 2003. 34 p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 27 cm. (Histoire d’histoire). ISBN 978-2912084859.

    -  MOSCOVICI, Jean-Claude. Voyage à Pitchipoï. 2ème éd. Paris : L’Ecole des loisirs, 2009. 138 p. : couv. ill. ; 19 cm. (Médium). ISBN 978-2211098083.

    • VIVIER, Colette, BLOCH, Serge ill. La Maison des Quatre-Vents. Ré-édition. Paris : Casterman, 2012. 237 p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 19 cm. ISBN 978-2203048447.

    -  WIEVIORKA, Annette. Auschwitz expliqué à ma fille. Paris : Seuil, 1999. 59 p. : couv. ill. en coul. ; 20 cm. (Expliqué à). ISBN 2-02-036699-1.

    -  WILLER, Thérèse. Tomi Ungerer. Paris : L’Ecole des loisirs, 2008. 95 p. : couv. ill. en coul., ill. en coul. ; 21 x 18 cm. (Tout sur votre auteur préféré). ISBN 978-2-211-11118-8.

    3- Les ressources du web

    -  Académie de Grenoble. LE PETIT GARÇON ÉTOILE, Rachel Hausfater, ill. Olivier Latyk, les albums Duculot, Casterman, 2001, 2003 [en ligne]. Grenoble : CRDP, 2010, [consulté le 16 octobre 2013]. Disponible sur internet : ac-grenoble.fr

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    -  Cercle Gallimard de l’enseignement. Fiche pédagogique : Anne Frank [en ligne]. Paris : Gallimard jeunesse [s.d.], [consulté le 16 octobre 2013]. Disponible sur internet : www.cercle-enseignement.com

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    -  Éditions Casterman. Casterman [en ligne]. [S.l] : Emakina, [s.d.], mise à jour octobre 2013 [consulté le 16 octobre 2013]. Albums, Le petit garçon étoile. Disponible sur internet : jeunesse.casterman.com

    -  Équipe Deìpartementale d’Appui Peìdagogique de la Haute-Saône. OTTO : autobiographie d’un ours en peluche, Tomi UNGERER, Ecole des loisirs [en ligne]. Besançon : CRDP, [s.d.], [consulté le 16 octobre 2013]. Disponible sur internet : cndp.fr

    -  Gallimard jeunesse. Gallimard jeunesse [en ligne]. Paris : Gallimard jeunesse, 2011, mise à jour octobre 2013 [consulté le 16 octobre 2013]. Albums, Anne Frank. Disponible sur internet : gallimard-jeunesse.fr

    -  Institut Suisse Jeunesse et Médias. Ricochet-jeunes [en ligne]. Lausanne : Institut suisse Jeunesse et Médias, 1994, mise à jour octobre 2013[consulté le 16 octobre 2013]. Disponible sur Internet : ricochet-jeunes.org

    . Utilisation des fiches dédiées aux albums étudiés : Pour Anne Frank : ricochet-jeunes.org Pour Otto : ricochet-jeunes.org Pour le Petit garçon étoilé : ricochet-jeunes.org Pour La Grande peur sous les étoiles : ricochet-jeunes.org

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    Notes de bas de page

    [1] (régulièrement réédité)