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Raiponce, conte de Grimm illustré par Paul O. Zelinsky

 
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    Un chef d’œuvre de la littérature mondiale illustré de magnifiques peintures à l’huile.
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    © le Genévrier, 2011

    Une femme dépérit, consumée par l’envie de manger les raiponces qu’elle aperçoit, depuis sa fenêtre, dans le jardin de la sorcière. Pour la sauver, son mari se rend dans le jardin. Là, la sorcière le découvre au moment où il cueille les raiponces. Elle consent à les lui laisser à condition qu’il lui donne le premier enfant qu’il aura. Déchiré face au dilemme de sauver sa femme ou de lui donner son premier enfant, le mari accepte le contrat. A la naissance du bébé, la sorcière l’arrache donc aux bras de ses parents. La jeune fille, nommée Raiponce, passe ainsi toute sa vie au sommet d’une tour sans porte en compagnie de la sorcière. Jusqu’au jour où un prince, passant dans les environs, entend le son de sa voix et en est séduit ...

    Récemment remise au goût du jour grâce au film d’animation de Disney (2010), l’histoire de Raiponce a cependant pour origine un conte populaire propre à Naples (Italie). En 1634, Giambattista Basile compose un récit dans lequel il incorpore l’histoire intitulée Petrosinella. Dans cette version napolitaine, une mère enceinte ayant envie de persil (du napolitain « Petrosine »), se fait surprendre en train de voler dans le jardin de sa voisine. Mais cette dernière est une sorcière : elle lui demande alors de rembourser sa dette en lui offrant le premier enfant qu’elle aura, c’est-à-dire Petrosinella.

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    © Alianza Editorial

    La petite Petrosinella va donc vivre en compagnie de la vieille sorcière au sommet d’une tour. Un prince passe alors par là et se hisse au sommet de la tour grâce aux tresses de Petrosinella et tombe amoureux de cette dernière. Mais un voisin aperçoit le stratagème des deux amoureux et prévient la sorcière que Petrosinella va peut-être tenter de s’enfuir. Dans cette histoire, la vieille sorcière rétorque à son voisin que Petrosinella ne peut pas s’enfuir à cause d’un sort et qu’il est impossible qu’elle s’évade. Les deux amoureux vont alors utiliser une corde et l’amulette de la sorcière afin de s’enfuir. C’est donc cette première version de Petrosinella qui inspire Paul O. Zelinsky, mais également la version des frères Grimm. La tour magique, où est emprisonnée Raiponce, devient une prison au cœur d’une contrée sauvage et inhospitalière et Raiponce trahit sa relation secrète à cause d’un lapsus : « Pourquoi es-tu si difficile à hisser alors que le prince est là en un clin d’œil ? »

    J’ai trouvé ce livre plutôt réussi : la tournure des phrases est simple, sans informations superflues, ce qui facilite la compréhension de l’histoire. De plus, cet album pour la jeunesse est réalisé de sorte qu’il est même accessible aux plus jeunes, puisque l’observation des illustrations suffit seule à comprendre l’histoire globale. Les illustrations, faites à la peinture à l’huile, sont d’une grande beauté : elles donnent une certaine profondeur au récit, elles permettent de mieux comprendre l’histoire.

    Zelinsky réussit à transmettre un message grâce à ses images. En effet, elles sont si vivantes que l’on pourrait croire que des émotions animent les différents personnages. Ainsi Paul O. Zelinsky réussit le pari de prouver que chaque être n’a ni le cœur tout à fait pur ni totalement noir, car l’on peut déceler, si l’on regarde attentivement, qu’il y a une certaine tendresse dans le regard de la sorcière, lorsqu’elle contemple Raiponce. D’ailleurs, « la sorcière prit soin du bébé, pourvoyant à tous ses besoins » (page 12). Cela démontre donc l’affection qu’elle éprouve pour l’enfant.

    De plus cette affection pour Raiponce se trouve consolidée par le temps. L’âge de l’enfant que la sorcière emmène vivre dans la tour magique le prouve : elle attend que Raiponce ait 12 ans, âge marquant le début de l’adolescence, avant de l’isoler de la civilisation. Cela peut donc laisser supposer que la vieille sorcière a peur que Raiponce grandisse, car sa beauté peut attirer le regard des hommes, et éloigner la jeune fille de la sorcière. Cette dernière souhaite simplement isoler Raiponce du monde : « Je pensais t’avoir gardée en sécurité loin du monde. » (page 22). Ce livre peut donc laisser entendre aux enfants que les parents font souvent des choix qui contredisent les envies des enfants, mais ils les font par amour, parce qu’ils savent que c’est ce qu’il y a de meilleur pour eux.

    Je pense que les enfants vont prendre du plaisir à lire ce livre, car les illustrations sont colorées. Certes, elles représentent des tenues et des meubles très ouvragés, mais elles comportent aussi différents animaux, notamment le chat, présent sur presque chaque image et qui grandit en même temps que Raiponce.

    Le récit est réalisé sur un ton neutre, ce qui permet à l’enfant de construire son propre point de vue sur l’histoire. On peut cependant distinguer un peu de mélancolie, lorsque le père doit faire face à un choix cornélien au début de l’album : sauver sa femme ou son enfant à venir.

    Loin de l’énergique et aventureuse héroïne de Disney, cette œuvre permet d’apporter un autre regard sur l’histoire de Raiponce.

    Je conseillerais donc ce livre à tous les enfants souhaitant connaître la véritable histoire de Raiponce, mais aussi aux parents !

    © Audrey Carin, décembre 2013

    L1 HSI, UE libre édition jeunesse

    Post-scriptum

    GRIMM, Jacob, GRIMM, Wilhelm, ZELINSKY, Paul O., RENAN Gaël, trad. Raiponce. Paris : Le Genévrier, 2011. 40 p. : ill. coul ; 31 x 23 cm. (Caldecott). ISBN ISBN 978-2-36290-004-4 Reliure cartonnée sous jaquette, 17,00 €

    Traduit de l’italien

    Le titre originel : Rapunzel

    Dès 6 ans.

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    © Frederick Warne & Co, 1981

    GIAMBATTISTA, Basile. Petrosinella : napolitain Rapunzel. New York : Frederick Warne & Co, 1981. ISBN 9780723261964

    Pour aller plus loin...

    -  site officiel de l’illustrateur : paulozelinsky.com

    -  site officiel de la maison d’édition Le Genévrier : genevrier.fr

    -  analyse de l’album sur le site de La Revue des livres pour enfants (BnF) : lajoieparleslivres.bnf.fr

    -  et sur Lille3jeunesse RAIPONCE : l’interview qui décoiffe !