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    Je commencerai cet article en citant G.K. Chesterton, grand écrivain anglais : « Si les contes de fées sont plus vrais que vrais, ce n’est pas parce qu’ils disent que les dragons existent, mais parce qu’ils disent que les dragons peuvent être vaincus. »
    (JPG)
    © Gallimard, 2007

    Contes, cet ouvrage n’en porte à première vue que le titre. Il ne sera en effet question ni de fées, ni de dragons, et l’univers merveilleux se cantonne au discours de la basse-cour. Pas de monstres à tuer, donc, ni de princesses à libérer. Les méchants ne sont, à vrai dire, pas complètement méchants, et les gentils ne sont pas forcément blancs comme neige. Et c’est sans doute ce dernier détail qui a participé à nourrir mon intérêt pour cette œuvre. Mais avant de vous narrer leurs mille et une aventures (enfin, leurs dix-sept aventures, pour être précise), laissez-moi d’abord vous présenter ces deux héroïnes qui vont parfois trop au devant des problèmes.

    Delphine, l’aînée, et Marinette, la plus blonde, sont inséparables pour le meilleur et pour le pire, dans une relation presque gémellaire (autre détail renforçant mon attachement particulier à ce livre). Elles vivent à la campagne, avec leurs parents et les nombreux animaux qui les entourent, sont de bonnes élèves, aident leurs parents aux travaux de la ferme, et jouent souvent à deux à la marelle le soir dans la cour. Elles sont, en somme, des enfants modèles.

    Oui, mais voilà, point trop n’en faut, et nos deux têtes blondes (bien que Marinette soit plus blonde que son aînée, il faut le souligner) prennent parfois, voire souvent, part à des bêtises qui sont, vous vous en doutez, à l’origine de leurs multiples aventures. Les intentions sont toujours honorables, mais les esprits un peu naïfs, et les conséquences parfois dramatiques.

    Secouez-le tout, et vous avez les éléments qui me prédestinaient à aimer ce livre. Entre Marine et Marinette, la frontière n’est, il faut bien le reconnaître, pas très nette, et l’identification d’autant plus aisée. En tant qu’individu partitif d’une gémellité, la dualité identitaire (question de l’identité double ?) est mon quotidien, et je me suis donc parfaitement reconnue dans le leur. Dans cette partie- là de leur quotidien, du moins, puisque c’est bien là que nos chemins se séparaient, et que je m’accrochais donc davantage à leurs aventures. Si j’étais enfant sage et bonne élève, je ne vivais pas dans une ferme de nos chères campagnes françaises, mais dans une maison marocaine au jardin muré, et je n’étais pas entourée d’animaux de basse-cour pour le moins bavards, mais d’un chien, d’oiseaux en cage et de quelques tortues qui gambadaient aussi joyeusement qu’une tortue peut gambader dans mon jardin. Mais surtout, mes animaux ne me répondaient malheureusement pas lorsque je leur parlais.

    En effet, il faut bien le dire, cette caractéristique, quelque peu surprenante pour nous autres adultes à l’esprit fermé, fait partie intégrante de l’histoire, et vient même la servir. Elle est, régulièrement à l’origine des péripéties de nos deux fillettes, et en permet aussi souvent - pour ne pas dire tout le temps - le dénouement, sous la forme de l’intervention d’un animal dont le conseil éclairé permettra une fin heureuse, ou presque. Comme vous vous en rendez probablement compte, nous retrouvons ici le schéma narratif relativement traditionnel des contes qu’annonçait le titre, puisque nos deux héroïnes se retrouvent face à une situation perturbée, et à l’aide d’adjuvants, vont surmonter les difficultés et les opposants. Mais passons ces détails techniques, qui ne m’intéressaient guère lorsque je lisais régulièrement et ardemment ces textes.

    Ces dix-sept aventures ont donc rythmé mes moments de lecture. Et pour cause. Ces deux petites filles, auxquelles nous ressemblions tant et pourtant si peu, ma sœur et moi, vivaient ce que je ne vivais pas. Elles faisaient des bêtises, parlaient aux animaux, et se baladaient dans les champs quand bon leur semblait, et quand le soleil le leur permettait, ce dont je ne pouvais cependant pas me plaindre. Je ne profitais pas de cette odeur de blé, lorsqu’elles traversaient les champs, ni ne souffrais de la morsure du jars lorsqu’elles jouaient à la balle, et n’avais pas à craindre une possible rechute du loup dans son régime alimentaire. Mais je m’émerveillais lorsqu’elles se transformaient en équidés, j’étais frappée d’effroi lorsque les parents, qui n’étaient pas vraiment gentils mais pas foncièrement méchants non plus, menaçaient de noyer Alphonse le chat, et je pleurais lorsque j’écoutais le cygne chanter pour la dernière fois afin de permettre aux deux fillettes de rentrer chez elles sans être punies. Oui, je profitais de toutes leurs bêtises, sans risquer de me faire punir, et je profitais des balades en forêt, sans risquer de me blesser, tout comme je profitais de la sécurité de mon lit pour ne pas avoir peur du grand méchant loup ou de la tante Mélina (à priori, elle n’était pas gentille, présentait du poil au menton, mais plus de dents).

    Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais croisé aucun dragon au fil des pages des Contes du chat perché. Mais tous les dragons métaphoriques que pouvaient être les dangers rencontrés par ces sortes d’avatars virtuels ont été battus, et je serais prête à les combattre de nouveau en compagnie de Delphine et Marinette.

    © Marine Wauquier, janvier 2014

    L2 Lettres Modernes, LLCE Anglais, UE 6 Édition jeunesse

    Post-scriptum

    AYMÉ, Marcel. Les contes du chat perché. Malesherbes : Gallimard, 2007. 377 p. (Folio ; 343). ISBN 978-2-07-036343-8