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Beatrix Potter, une artiste libre et authentique

 
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    © Frederick Warne & Co
    Beatrix Potter âgée de 25 ans avec son lapin Benjamin Bouncer

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    L’univers touchant de Beatrix Potter

    Beatrix Potter a imaginé ses histoires dans un univers poétique et réaliste. Ses personnages sont principalement des animaux marqués par l’anthropomorphisme. Ils parlent et s’habillent comme des humains.

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    Le tailleur de Gloucester

    Pierre lapin, le personnage le plus célèbre créé par Beatrix Potter, est habillé d’une petite veste bleue dans chacune de ses histoires. Mais ces personnages animaliers sont toujours dessinés sans être dénaturés. Le crapaud Jérémie de l’histoire Jérémie Pêche-à-la-ligne vit dans une maison humide dont le sol est recouvert d’eau.

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    Jérémie Pêche-à-la-ligne

    Beatrix Potter conserve le réalisme des caractéristiques de l’amphibien qui ne supporte pas la sécheresse. Ses personnages sont authentiques et vivent dans un milieu naturel à leur condition. Les lapins vivent dans la campagne près des fermes, les écureuils vivent dans la forêt et les souris se cachent dans les maisons. Ses personnages principaux rentrent régulièrement en conflit avec d’autres personnages : les humains. Par exemple, le fermier MacGregor pourchasse les lapins.

    Ses thèmes récurrents

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    Tom chaton tombant face à face avec le rat Samuel le moustachu
    dans Samuel le moustachu ou Le pâté au chat

    Les histoires de Beatrix Potter servent avant tout à divertir le très jeune public, masculin et féminin. Ses histoires sont abondamment illustrées et trouvent toujours leur issue dans une fin heureuse. Mais ses histoires servent aussi à apprendre et à instruire. Les personnages de Tom Chaton et de Pierre Lapin sont des personnages farceurs et très désobéissants. Tom Chaton, par exemple décide de grimper dans la cheminée. Après avoir suivi un conduit latéral, Tom atterrit dans un nid de rat.

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    Sophie Canétang

    Pierre Lapin quant à lui manque plusieurs fois de se faire tuer par Monsieur MacGregor. Les héros de Beatrix Potter sont donc rebelles et désobéissants, contrastant avec les héros sages et courageux de l’époque. Elle met en garde également contre la naïveté dans son histoire Sophie Canétang, dont le personnage principal, une cane nommée Sophie, manque de se faire dévorer par un renard.

    Beatrix Potter fait également l’éloge de la nature dans toutes ses histoires, leur donnant un caractère écologique avant l’heure.

    L’originalité de ses histoires

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    Lettre illustrée de Beatrix Potter à Norah Moore, prémices de Noisette l’écureuil
    25 septembre 1901, © Frederick Warne & Co

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    Chaque histoire de Beatrix Potter est différente, reprenant un personnage pour lui faire vivre de nouvelles aventures ou en créant de nouveaux personnages. Mais le style littéraire reste le même. Beatrix Potter s’attribue le rôle de conteur, donnant son avis par moment en insérant un « moi, je suis sûre que ça doit être très mauvais ! » dans Jérémie Pêche-à la-ligne ou en incluant ses remarques entre parenthèse comme à la fin de Madame Piquedru la blanchisseuse. D’une façon générale, Beatrix Potter raconte ses histoires avec neutralité, laissant croire aux enfants que ce sont des histoires vraies et qu’elle ne fait que les raconter. On a donc un double point de vue : celui des personnages animaliers et celui de la narratrice, Beatrix Potter. Ce jeu entre le narrateur et le lecteur s’explique notamment par l’origine des histoires. En septembre 1893, elle envoya une histoire spéciale à Noel Moore, fils de son ancienne nourrice, qui avait été malade et qui avait besoin de réconfort. Cette histoire dont le héros était son lapin, Peter, allait par la suite devenir le premier livre de Beatrix Potter, The Tale of Peter Rabbit (Pierre Lapin en français). Les enfants à qui elle envoyait ses histoires étaient les allocutaires. Beatrix Potter en publiant ses livres conservera ce jeu entre narrateur (locuteur) et les lecteurs (allocutaires).

    La conteuse

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    « Mais sa gouvernante répondit : ‘Je vais plutôt mettre un piège à souris !’ »
    Tom Pouce expliquant à ses enfants qu’il faut être prudent avec les pièges posés par les hommes, dans Deux vilaines souris.

    ***

    Beatrix Potter a toujours été exigeante concernant ses textes. Elle accorde une grande importance à la justesse et à la précision des mots employés afin de faciliter la compréhension des enfants. Étant issue de la bourgeoisie anglaise, Beatrix Potter utilise un niveau de langue relativement élevé. Elle a écrit de même, deux comptines, au style différent de ses histoires habituelles : Les comptines de Pom Pommette et Les comptines de Cécile Persil. Ces deux comptines présentant de nombreux personnages semblent plus ludiques et amusantes pour les enfants.

    Par ailleurs, les noms des personnages ne sont pas choisis par hasard. Noisette est le nom d’un écureuil, Madame Piquedru est un hérisson, Jérémie Pêche-à-la-ligne est un crapaud qui aime pêcher, Sophie Canétang est une cane qui apparaît pour la première fois dans Tom chaton cherchant les vêtements des petits chats au fond de l’étang. Les noms sont donc souvent associés aux caractères des personnages. Beatrix Potter raconte ses histoires sur un ton subtil et faisant appel à un humour noir sophistiqué. Dans Pierre Lapin, Madame Lapin la mère des lapins met en garde ses enfants contre les dangers de parcourir le jardin de Monsieur MacGregor : « Votre père a eu un accident là-bas, Madame MacGregor en a fait un pâté ». Son humour souligne délicatement les dangers que l’homme peut faire courir aux animaux et à la nature.

    L’illustratrice

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    Mademoiselle Mitoufle (The story of Miss Moppet)
    dans un format « panorama »

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    Beatrix Potter a d’abord publié l’histoire de Pierre Lapin en 1901 à compte d’auteur. Les illustrations étaient alors en noir et blanc. Un an plus tard, la maison d’édition Frederick Warne & Co accepte d’être son éditeur, à condition qu’elle retravaille toutes ses illustrations en couleurs. C’est donc à l’aquarelle que Beatrix Potter décide de concevoir ses illustrations. Douée pour le dessin animalier depuis son enfance, elle élabore ses personnages de manière anatomique et naturaliste en leur offrant un peu de caractères humains. Elle n’a jamais recours à la caricature ou au grotesque.

    Elle fait appel à Edmund Evans pour imprimer ses illustrations en couleurs, un éminent graveur sur bois et imprimeur de livres pour enfant. Pierre Lapin est publié dans un petit format pour que ce soit plus maniable pour les enfants, et avec un papier épais et plus résistant. Le livre vendu à un shilling est immédiatement un best-seller. Face à ce succès, Beatrix Potter invente d’autres histoires qui respectent les autres critères de publication. Seules l’histoire de Mademoiselle Mitoufle et l’histoire du Méchant petit lapin, étant destinées à un public beaucoup plus jeune, sont publiées sous un format « panorama », c’est-à-dire de dépliant d’accordéon. Beatrix Potter s’est impliquée dans toutes les phases de conception de ses livres.

    Ses Influences et ses inspirations

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    EÉtude des neuf coléoptères par Beatrix Potter
    © Frederick Warne & Co

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    Dès son plus jeune âge, Beatrix Potter partage avec son frère la passion pour le dessin, la nature, les animaux et les sciences. Dans la salle d’étude, il y a plusieurs animaux qu’elle dessine avec une précision scientifique durant des heures : des lapins, des souris, des hérissons, des lézards, des tritons, un serpent, une chauve-souris et une grenouille.

    Comme toute jeune anglaise de bonne famille, elle apprend à peindre des fleurs, et son père, fréquentant un milieu constitué d’artistes, encourage sa fille à développer ses talents artistiques. Elle se rend donc régulièrement au Museum d’Histoire naturelle de Londres et rencontre également de nombreux artistes peintres de l’époque tels que John Millais. Sa passion pour la nature a aussi été stimulée par de nombreux séjours en Ecosse et dans la région des lacs en Angleterre, où Beatrix et son frère ont exploré la campagne, observé les plantes et les animaux dans leur milieu naturel. Elle n’hésite pas à disséquer les animaux pour étudier leur constitution.

    La renommée de Beatrix Potter

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    Première édition de Pierre Lapin
    (The Tale of Peter Rabbit) en 1902

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    Pierre Lapin, le premier livre de Beatrix Potter publié par Frederick Warne & Co en 1902, eut un succès immédiat. Les huit mille exemplaires de la première édition ont été vendus en précommande avant la publication. A la fin de l’année 1902, vingt-huit mille exemplaires avaient été imprimés. Devant ce succès inattendu, la Frederick Warne & Co demanda à Beatrix Potter de créer de nouvelles histoires. Beatrix Potter deviendra l’auteur le plus vendu de cette maison d’édition.

    En publiant ses œuvres, Beatrix Potter est devenue un exemple d’émancipation pour des milliers de femmes. Ses histoires ont été traduites dans trente-cinq langues différentes. Ce sont environ cent cinquante et un millions de livres de Beatrix Potter qui ont été vendus dans le monde. Et son succès ne se dément pas. Chaque année, c’est plus de deux millions d’exemplaires des aventures de Pierre Lapin et de ses petits camarades qui s’écoulent. Gallimard-Jeunesse, son éditeur français, a vendu plus d’un million de livres de Beatrix Potter.

    Les histoires de Beatrix Potter ont également généré de nombreux produits dérivés tels que des peluches, des jeux de société, des carnets de peinture, des dessins-animés...

    © Justine MALPELI, L1 HSI, UE libre édition jeunesse, 2014

    Post-scriptum

    L’Œuvre de Beatrix Potter

    -  1902 : Pierre Lapin (The Tale of Peter Rabbit)
    -  1903 : Noisette L’écureuil (The Tale of Squirrel Nutkin), Le tailleur de Gloucester (The Tailor of Gloucester)
    -  1904 : Jeannot Lapin (The Tale of Benjamin Bunny, Deux vilaines souris (The Tale of Two Bad Mice)
    -  1905 : Madame Piquedru la blanchisseuse (The Tale of Mrs. Tiggy-Winkle), Le pâté à la souris (The Tale of the Pie and the Patty-Pan)
    -  1906 : Jérémie Pêche-à-la-ligne (The Tale of Mr. Jeremy Fisher), Le méchant petit lapin (The Story of A Fierce Bad Rabbit), Mademoiselle Mitoufle (The Story of Miss Moppet)
    -  1907 : Tom Chaton (The Tale of Tom Kitten)
    -  1908 : Sophie Canétang (The Tale of Jemima Puddle-Duck), Samuel le moustachu ou Le pâté au chat (The Tale of Samuel Whiskers ou The Roly-Poly Pudding)
    -  1909 : La famille Flopsaut (The Tale of the Flopsy Bunnies), Gingembre et Girofle (The Tale of Ginger and Pickles)
    -  1910 : Madame Trotte-menu (The Tale of Mrs. Tittlemouse)
    -  1911 : Panache Petitgris (The Tale of Timmy Tiptoes)
    -  1912 : L’aventure de Monsieur Tod (The Tale of Mr. Tod)
    -  1913 : Rebondi Cochonnet (The Tale of Pigling Bland)
    -  1917 : Les comptines de Pom Pommette (Appley Dapply’s Nursery Rhymes)
    -  1918 : Petit-Jean des villes (The Tale of Johnny Town-Mouse)
    -  1922 : Les comptines de Cécile Persil (Cecily Parsley’s Nursery Rhymes)
    -  1930 : Petit cochon Robinson (The Tale of Little Pig Robinson)

    Références bibliographiques

    POTTER, Beatrix. Le Grand Livre de Beatrix Potter : l’intégrale des 23 contes classiques de Beatrix Potter. Paris : Gallimard Jeunesse, 2007. ISBN 978-2-07-061068-6

    Sur internet

    Beatrix Potter. In : Victoria and Albert Museum. VAM [en ligne]. Londres [Consulté le 02/01/2014]. Disponible à l’adresse : vam.ac.uk/page/b/beatrix-potter/

    Biographie de Beatrix Potter

    « Beatrix Potter est née à Londres en 1866 et elle a eu l’enfance conventionnelle et protégée d’une fille de l’époque victorienne, dans une belle et riche demeure bourgeoise. Son unique frère, Bertram, avait six ans de moins qu’elle ; lorsqu’il était à l’école, les seuls compagnons de la petite fille étaient ses animaux, hébergés dans sa salle d’étude. Elle aimait les observer et les dessiner. Chaque été, son père louait une maison de campagne pour trois mois, d’abord en Écosse puis dans la région anglaise des Lacs. Durant ces longues vacances, Beatrix et Bertram pouvaient explorer la campagne et observer à loisir les plantes et animaux.

    Beatrix Potter a commencé sa carrière d’auteur et d’illustratrice de livres pour enfants grâce à la publication de Pierre Lapin, d’abord à compte d’auteur, puis par les éditions Frederick Warne, en 1902. Le public a tout de suite été conquis et Beatrix a sorti en moyenne deux livres par an, jusqu’en 1910. L’argent qu’elle a ainsi gagné lui a permis d’acquérir une certaine indépendance - autonomie bien peu conventionnelle à l’époque ! En 1905, bien qu’elle vive encore avec sa mère et son père, elle a acheté sa première propriété dans la région des Lacs, la ferme de Hill Top, dans le village de Near Sawrey.

    Les bâtiments et la campagne alentour sont bientôt apparus dans ses histoires et quelques-unes de ses illustrations préférées montrent des scènes de cette contrée, pratiquement inchangée de nos jours. Malheureusement, la même année, son éditeur, Norman Warne décéda quelques semaines seulement après leurs fiançailles. En 1913, à l’âge de 47 ans, Beatrix épousa William Heelis, son notaire, et s’établit à Sawrey de manière permanente. L’écriture et le dessin ont peu à peu cédé la première place, dans sa vie, aux travaux de la ferme, à l’élevage des moutons et à l’achat de terres, dans le but de préserver des sites et des paysages. À sa mort, en 1943, elle a fait don à la nation britannique de plus de 1600 hectares et d’une quinzaine de fermes. »

    (Extrait de POTTER, Beatrix. Le Grand Livre de Beatrix Potter : l’intégrale des 23 contes classiques de Beatrix Potter. Page 6. Paris : Gallimard Jeunesse, 2007. ISBN 978-2-07-061068-6)