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Le sexisme dans la littérature pour la jeunesse (mini thèse)

Réflexion autour de la transmission des idées sexistes dans la littérature jeunesse à travers l’étude de la famille et des sexes
 
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    « Les filles ont une histoire qui les a asservies et des mythes qui les ont figées, soit dans l’éternel féminin, soit dans le deuxième sexe. N’est-il pas temps d’oser les filles dans les albums, toutes les filles, et pas seulement celles qui s’enferment et que l’on enferme dans le cercle vicieux des attentes sociales ? Il y va de l’avenir des sociétés humaines. Ce n’est pas rien. »

    Nelly Chabrol Gagne, auteur de Filles d’albums : les représentations du féminin dans l’album.

    Introduction

    « Le sexisme, c’est-à-dire les pratiques, les préjugés et les idéologies dévalorisant et infériorisant les femmes par rapport aux hommes, compte encore parmi les maux les plus graves de l’humanité puisque, d’une part, les femmes souffrent de cette situation et que, d’autre part, toutes les sociétés se privent d’un potentiel immense de qualités intellectuelles et humaines, ignorées ou méprisées ». Cet extrait de l’ouvrage Non aux stéréotypes ! Vaincre le sexisme dans les livres pour enfants et les manuels scolaires met en exergue une réalité. Une façon de penser qui n’est encore malheureusement aujourd’hui que trop présente dans nos sociétés : le sexisme. Le sexisme touche tous les âges, et notamment l’enfance, puisque de nombreux ouvrages à destination de la jeunesse contiennent des idées sexistes, donnant une image archaïque et dévalorisante de la femme.

    Il s’agira d’abord d’identifier de quelle façon la femme est représentée à travers la famille dans la littérature jeunesse. Ensuite, nous mettrons en exergue l’image de la femme allant du nourrisson à la vieille dame. La dernière partie vous proposera des exemples d’ouvrages qui ne sont pas sexistes. Nous verrons si cette offre est majoritaire ou si elle reste marginale dans l’offre éditoriale aujourd’hui.

    Présentation du choix des ouvrages et résumés synoptiques

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    © Unesco, 1986

    MICHEL, Andrée. Non aux stéréotypes ! Vaincre le sexisme dans les livres pour enfants et les manuels scolaires. Paris : Unesco, 1986. ISBN 978-92-3-202380-3

    « Qu’elle appartienne à un pays développé ou en développement, la famille est le meilleur agent de transmission du sexisme. » Dans cet ouvrage, l’auteur met en avant le fait que dans la plupart des pays les femmes réalisent plus de tâches domestiques que les hommes. Ces derniers travaillent davantage à l’extérieur du foyer pour un salaire ou un revenu. Le travail de l’homme est bien souvent valorisé, car il rapporte l’argent qui permet donc indirectement de faire vivre la famille. La femme est dévalorisée, car même si elle travaille au bien-être de toute la famille, elle ne rapporte pas, ou peu d’argent. Le père est alors perçu comme supérieur à la mère ; cette vision de la famille est importante dans la construction de l’enfant car ce dernier attribue au père, le rôle de « chef de famille ». En outre, dans de nombreux pays, la naissance d’un fils est une réjouissance. Celle d’une fille créera plus de problèmes, la fille est directement ou indirectement considérée comme plus faible et à protéger.

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    © L’Atelier du Poisson Soluble, 2011

    CHABROL GAGNE, Nelly. Filles d’album : les représentations du féminin dans l’album. Paris : L’Atelier du Poisson Soluble, 2011. ISBN 978-2358710251

    Spécialiste de la littérature jeunesse des XXe et XXIe siècles, Nelly Chabrol Gagne propose à travers ce livre, un large panorama des visions du féminin et des femmes dans la littérature jeunesse. Ce documentaire se compose de six chapitres, chaque chapitre concernant un âge différent de la vie des femmes. D’après les recherches de l’auteure, les « nouvelles nées » c’est-à-dire les enfants de sexe féminin venant tout juste au monde, n’existent pas dans la littérature de jeunesse. En effet, dans la majorité des albums, ce sont des nouveaux nés masculins qui sont représentés. Les filles, peu nombreuses dans la littérature jeunesse ont de moins en moins un rôle de petite fille parfaite, mais sont-elles porteuses d’espoir pour autant ? L’auteur met en avant un avis bien négatif concernant l’image des filles et femmes dans la littérature jeunesse, car pour conclure, elle met en exergue le fait que l’offre éditoriale fait en fait peu d’efforts pour ne plus cultiver des idées sexistes.

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    © Bayard Jeunesse, 2013

    AUBINAIS, Marie. Petit Ours Brun : au supermarché. BOUR, Danièle ill.. Paris : Bayard Jeunesse, 2013. ISBN 978-2-7470-4819-4

    Ce court ouvrage retrace la journée de petit ours brun et de sa mère, une maman ours. Il commence par s’installer dans le chariot à l’aide de sa mère, puis commencent les courses. On peut y avoir une mère et un fils faire les courses. Cette journée est prétexte à de nombreux apprentissages.

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    © Casterman, 1968

    DELAHAYE, Gilbert. Martine : petite maman. Marcel Marlier ill. Paris : Casterman, 1968. ISBN : 9782203101180

    Cet ouvrage dépeint la journée de Martine qui se trouve bien seule chez elle. En effet, son père et sa mère sont partis lui laissant pour charge de prendre soin de son petit frère. Martine prend alors soin de bébé toute la journée. Elle commence par lui donner un bain, puis essaye de le nourrir. Elle entreprend par la suite de sortir son petit-frère au parc, mais elle réalise bien vite que ce n’est pas si facile de s’occuper d’un nourrisson.

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    © L’école des loisirs, 2006

    NADJA. La petite princesse nulle. Paris : L’école des loisirs, 2006. ISBN : 9782211082402

    La petite princesse nulle relate l’histoire d’une princesse aux antipodes des clichés de la princesse parfaite, très jolie, douce et douée en tout, qui est souvent présentée dans les livres pour enfants. La princesse de cet ouvrage est au contraire, « vraiment nulle en tout ». Toute la journée, elle déçoit ses parents par ses maladresses. Ses parents s’interrogent : trouvera-t-elle un homme sensible à des maladresses ?

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    © Nathan, 2006

    LENAIN, Thierry. Menu fille ou menu garçon ? PROTEAUX, Catherine ill. Nathan, 2006. ISBN 978-2092508978

    Cet ouvrage relate la déconvenue de Léa et de son père qui se rendent au fast-food. La petite fille, Léa commande un menu enfant, avec pour cadeau une fusée. Le serveur lui tend une poupée avec le menu. Le père de Léa est indigné et réclame la fusée que souhaite sa fille. Soudain le serveur s’excuse d’avoir pensé que Léa est un garçon. Le père de l’enfant est outré, pourquoi les conventions obligeraient-elles sa fille à prendre une poupée et non pas une fusée si elle en a envie ?

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    © Sarbacane, 2009

    ROGER, Marie-Sabine. Anne Sol. À quoi tu joues ? Paris : Sarbacane, 2009. ISBN 9782848652757

    Cet ouvrage, contrairement aux précédents est un documentaire. Chaque page met en exergue une idée préconçue comme par exemple « Les garçons ne pleurent pas », puis en tournant la page on observe une photo qui amène l’enfant à penser le contraire. Sur la quatrième de couverture, nous pouvons relever que ce livre bénéficie du label Amnesty International. « Le sexisme est une discrimination qui se nourrit de stéréotypes ici habilement déconstruit. La lutte contra la discrimination, sous toutes ses formes, est au coeur des combats d’Amnesty International pour que les droits humains soient les droits de toutes et de tous. »

    Analyse critique des ouvrages

    Dans la littérature jeunesse, la famille est dessinée selon un modèle trop archaïque et sexiste Communément, la famille est composée d’un père, d’une mère et d’enfants, comme nous pouvons le remarquer dans Martine petite maman ou Petit Ours Brun va au supermarché. Les femmes sont souvent désignées par leur rôle familial et accèdent moins souvent aux rôles professionnels que les hommes. Par exemple dans Petit Ours Brun, le père se rend chaque jour au travail, alors que la mère reste à la maison. En outre la figure paternelle est représenté dans des domaines valorisés et cela, même au sein du cercle privé. En effet, le père est davantage peint dans des activités ludiques (jardinage, jeux extérieures avec les enfants). La mère, plus souvent, dans des activités relevant des devoirs parentaux (donner le bain, devoirs scolaires etc.). La littérature offre alors aux enfants, un modèle archaïque et sexiste de la famille car il met en exergue une mère inférieure au père, n’accèdent que très peu au monde professionnel. Bien que ce soit une image faussée car aujourd’hui, deux tiers des femmes travaillent en France. C’est une différence de traitement qui est imméritée.

    Ce type de construction familiale peut-être néfaste dans la construction de l’enfant, puisqu’il influe directement sur la vision qu’il développe de la famille. C’est ce que met en exergue l’ouvrage de l’Unesco Vaincre le racisme : « Qu’elle appartienne à un pays développé ou en développement, la famille est le meilleur agent de transmission du sexisme ». La famille a pour rôle de véhiculer des codes et des règles pour vivre en société. Elle instaure la norme pour une société donnée. En ayant accès uniquement à ce type d’ouvrages, l’enfant croit, qu’il devient alors anormal d’être issu d’une famille monoparentale ou homoparentale. L’enfant peut se construire avec un manque, être victime de moqueries à l’école.

    Les ouvrages d’hier et d’aujourd’hui véhiculent une image sexiste de la femme et de l’homme

    1) La femme trop identifiable par des vêtements et des bijoux.

    Dans de nombreux ouvrages on peut clairement distinguer les deux sexes. L’homme et la femme. La femme est très fréquemment représentée comme étant un être très féminin, elle est toujours vêtue d’une jupe, d’une robe ou de couleurs vives et joyeuses. En outre elle porte bien souvent des bijoux comme des boucles d’oreilles, des colliers ou encore des bagues. De plus, les femmes sont presque toujours maquillées. Les hommes portent très clairement une tenue masculine. Cette dernière est souvent une tenue assimilée au travail extérieur comme un costume ou une tenue de chantier. Notamment dans Martine petite maman, ouvrage dans lequel on peut retrouver une mère qui répond à ses caractéristiques. En outre dans Petit Ours Brun la mère Ours est fortement distinguable.

    2) Les animaux anthropomorphiques sont eux mêmes sexués de la même façon que les humains.

    C’est aussi le cas chez les animaux anthropomorphiques. Il est intéressant d’aborder le cas des animaux anthropomorphiques car ils sont majoritaires dans l’offre éditoriale d’ouvrages à destinations des nourrissons à l’âge de six ans. De plus, cela permet aux enfants de s’identifier plus aisément que si nous utilisions des humains car comme l’explique Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fées « L’enfant a besoin qu’on lui parle des événements de tous les jours, mais en les situant au royaume de l’imaginaire ».

    Les animaux impliquent chez les enfants davantage de processus d’identification et de projection que les personnages humains. On pourrait penser que ces animaux sont asexués et permettent aux enfants de comprendre des idées, sans y attribuer un sexe, mais on remarque bien souvent que ce n’est pas le cas. Les personnages féminins ordinairement des cils longs et fournis, de la poitrine au lieu de barbes et muscles pour les personnages masculins. Ils sont plus souvent représentés de manière asexuée. En outre, les hommes sont vêtus avec des vêtements professionnels ou d’extérieurs. C’est le cas dans Petit Ours Brun va au supermarché, où la mère est clairement identifiée comme étant un individu féminin. En effet elle est vêtue d’une jupe et un pull. Elle porte également des bijoux et du rouge à lèvre. Par ailleurs, on peut identifier qu’elle a de la poitrine.

    3) Le petit garçon est un héros, la petite fille, une future mère au foyer.

    Il est très rare que la petite fille soit représentée comme une « héroïne » à la conquête du monde réalisant des exploits, contrairement aux garçons. C’est le cas de Martine petite maman. Toute la journée cette fillette parfaite prend soin de son petit frère, elle lui fait prendre le bain, l’habille, promène l’enfant dans le parc et va le border. Elle présente toutes les caractéristiques d’une petite fille modèle et d’une parfaite future maman. Cet ouvrage enseigne des valeurs aux petites filles : être une parfaite ménagère et s’occuper des enfants. Cet ouvrage est assez ancien et met en avant une époque où la femme était encore peu présente sur le marché du travail, ayant pour seul dessein de se marier et fonder une famille. En outre les femmes ont été considérées pendant longtemps comme mineures, sous « protection et soumission » de leur mari. De plus, l’enfant avait plus de valeur que la femme à cette époque. Cette image très forte et extrêmement négative de la femme n’est pas sans conséquences sur la littérature pour enfant de cette époque comme nous le montre certains ouvrages de la série Martine. Ce type d’ouvrage peut-être dangereux car il est encore très présent pour les enfants qui, s’ils n’ont accès qu’a ce type de livres peuvent se restreindre aux rôles sexistes de l’homme et de la femme.

    4) La vieille dame dans la littérature destinée à la jeunesse.

    Comme le souligne Nelly Chabrol Gagne dans son ouvrage, aujourd’hui en France, une femme qui vieillit est d’abord la réponse médicale féminine, qui mettra un nom scientifique à cet état « la ménopause ». La ménopause est souvent présente dans les média, contrairement à l’andropause, le pendant masculin qui est très souvent passé sous silence dans notre société. Comme s’il ne fallait pas imaginer une période similaire aux hommes ? Pasqualina Perrig-Chiello analyse que dans nos sociétés, les femmes sont beaucoup plus touchées par l’âge que l’homme. Les vieux mais surtout les vieilles font peur, comme s’ils étaient une forme impensable de l’individu. Il est très regrettable de remarquer qu’aujourd’hui, les femmes vieillissantes ne sont plus représentées dans les média, comme si passé un certain âge, elles n’existaient plus, alors qu’aujourd’hui la femme vieillissante est très présente dans notre société. En effet, les vieilles femmes sont plus nombreuses que les hommes en France. En outre elles ont une espérance de vie plus élevée que celle des hommes. C’est de cette façon que la vieille femme est représentée dans la littérature de jeunesse. Premièrement elle est présente dans les histoires pour enfants, voir plus que les vieux hommes. Mais sous quel visage ? Aujourd’hui les vieilles femmes sont représentées comme des « mamies » . Qu’elles soient exemplaires ou au contraire indignes allant jusqu’à la vieille tante détestable. Elle représente la mamie qui a renoncé d’être femme, et c’est un problème car cela ne reflète pas forcément la réalité. C’est l’image que la société, obsédée par le jeunisme souhaite nous transmettre. C’est une image dévalorisante de la vieille femme qui est offerte aux enfants. Au delà de la famille, dans la littérature destinée aux enfants, on remarque que les individus sont fortement identifiables par leur sexe. Les femmes sont trop caractérisées par des vêtements féminins et du maquillage. En outre elle ont une place secondaire et n’ont pas de rôle très valorisant. Il existe un véritable danger pour les enfants qui n’ont accès qu’a ce type d’ouvrages. En effet, plus les enfants sont jeunes et moins ils sont armés pour résister à l’emprise des stéréotypes, ce type d’ouvrages peut pousser les enfants à donner des qualités mythiques aux garçons.

    La petite fille peut penser qu’elle est restreinte à aimer le rose, la douceur et apprendre à s’occuper des enfants. Engageant des le plus jeune âge une fausse idée de la femme, et se fermant des portes en n’effectuant qu’un certain type d’activité et plus tard un certain type de métiers. Une fois passé l’âge de l’enfance, période durant laquelle la fille doit être une fillette modèle, la femme est représentée comme une mère et une ménagère. Devenue vieille, elle souffre une fois de plus, d’une image négative.

    L’existence de livres non sexistes dans la littérature pour enfants

    1) Définition d’un livre non sexiste.

    Selon l’ouvrage de l’UNESCO 11, un livre peut être considéré comme étant sexiste lorsqu’il répond à deux caractéristiques. Premièrement, si les textes et les illustrations, représentent les filles et garçons, hommes et femmes dans des fonctions stéréotypés qui ne reflètent pas la diversité des rôles. Cela aboutit à donner à l’enfant une situation caricaturale des rôles féminins et masculins.

    Ensuite, on peut dire qu’il y a présence de sexisme lorsqu’un ouvrage met en scène une situation sexiste sans la dénoncer, ou expliquer en quoi elle est fausse aux enfants. Selon l’Unesco, les livres pour enfants doivent refléter la société mais également être un facteur de changement et préparer l’avenir en vue de l’égalité de sexes. Les livres devraient alors mettre en exergue la diversité des humains et non pas associer une couleur, des traits de caractères ou des préférences à un sexe. Il faut en outre limiter l’emploi du masculin autant dans les termes que dans le nombre de personnages. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’encourager les éditeurs et auteurs à publier des ouvrages dans lesquels les filles ont un rôle très important et qui ne correspond pas au statut de la petite fille parfaite dans Martine petite maman.

    2) Des petites filles, et petites princesses aux antipodes de Martine, petite fille modèle.

    Il existe aujourd’hui, une offre non sexiste à l’égard des filles. C’est le cas de La petite princesse nulle12. Cette petite fille à le droit de ne pas être parfaite, de ne pas être douce, calme et attentive. Elle peut faire des bêtises et affirmer sa personnalité. C’est une fille qui a des activités diverses qui ne sont pas restreintes à la cuisine ou à la danse. Elle met en avant un modèle de fille aux antipodes de Martine, la petite fille parfaite. La petite princesse nulle est intéressant pour dépeindre aux filles qu’elles peuvent commettre des erreurs et être curieuses. En outre, physiquement, la petite princesse n’est très gracieuse, elle est même très laide, ce qui vise par ailleurs, à découdre l’image que les petites filles doivent être jolies. Ce qui n’est pas forcément le cas chez les garçons.

    3) Des livres qui véhiculent l’idée que le sexe ne doit pas influencer les goûts concernant les jeux et les sentiments.

    C’est le cas de l’ouvrage intitulé Menu fille ou menu garçon ? 13. Dans cette histoire le menu fille est offert à la friterie avec une poupée, et le menu garçon avec une fusée. Le père de la petite fille de l’histoire est indigné car le serveur se demande pourquoi une petite fille voudrait d’une fusée. L’ouvrage met en avant l’importance du choix des jouets chez l’enfant, pourquoi associer la poupée aux petites filles, et la fusée aux garçons ? Si ce n’est que renforcer l’image sexiste de la société. Le menu fille et le menu garçon est le parfait exemple de la séparation des sexes des le plus jeune âge, ou comment imposer des goûts, une identité à un sexe, en particulier aux filles. Une fois de plus restreintes à jouer à la poupée et se voir attribuer des caractéristiques de mère au foyer.

    En outre, dans l’ouvrage A quoi tu joues ?14 Le sexisme est dévalorisé en essayant de démentir, petit à petit les stéréotypes qui brident la sensibilité et la construction des enfants. Au fil des pages nous pouvons lire des phrases comme « Les garçons ne pleurent pas » « La dînette c’est pour les filles », « Les filles ne jouent pas au football, faudrait déjà savoir frapper dans un ballon ». Après chacune de ses phrases, l’enfant peut déplier l’ouvrage et voir une image qui démontre le contraire. Nous pouvons voir notamment un homme pleurer, un cuisinier professionnel et une équipe féminine professionnelle de football. C’est un procédé très intéressant car les enfants sont très sensibles aux images. Ces ouvrages délivrent un ouvrage très fort : l’égalité entre filles et garçons dans tous les domaines.

    Conclusion

    Cette réflexion portait sur le sexisme existant dans la littérature jeunesse, nous voulions comprendre sous quels formes les idées sexistes sont présentes dans cette littérature, les conséquences sur la construction identitaire de l’enfant. De plus, nous avions pour cible de mettre en lumière la représentation des femmes dans ces ouvrages ainsi que l’offre non sexiste.

    Tout d’abord, la famille est souvent représentée comme une composition archaïque, la mère au foyer, le père sur le lieu de travail et les enfants. C’est une vision qui en outre d’être obsolète dévalorise les femmes. Par ailleurs, le sexisme est bien présent dans la littérature de jeunesse car de nombreux livres mettent en avant une image dévalorisante de la femme et une image supérieure de l’homme.

    La femme ayant encore aujourd’hui pour dessein d’accéder à des métiers peu qualifiés ou d’être une bonne ménagère. Enfin, cette image dépréciative de la fille et de la femme est présente tout au long de la vie, de l’enfance à la vieillesse.

    Selon moi, ces ouvrages, sont dangereux s’ils sont utilisés seuls. En effet, si un enfant ne possède que ce type de livres, il va identifier la femme comme inférieure à l’homme. Les conséquences peuvent être dramatiques chez une petite fille, qui peut se restreindre à certaines activités ou métiers. Comme l’explique l’Unesco dans Non aux stéréotypes ! Vaincre le sexisme dans les livres pour enfants et les manuels scolaires « Les livres pour enfants et adolescents sont parmi les agents les plus efficaces de transmission des normes, valeurs et idéologies sexistes » Il serait donc dangereux pour leur construction et la société de ne leur offrir que des livres sexistes. Cependant, il existe aujourd’hui une offre d’ouvrages non sexistes pour la littérature jeunesse. Ces livres mettent en avant l’idée que les filles et les garçons sont égaux, doivent participer aux même activités. Ces ouvrages sont bénéfiques pour les enfants en les aidant à se construire comme individu libre et non gouverné par des idées. L’enfant peut se construire indépendamment de son sexe. Selon moi, l’édition pour enfant devrait continuer dans ce sens, offrir toujours plus d’ouvrages originaux, représentant des individus libres de leurs choix et non pas des être gouvernés par une appartenance à un sexe. C’est à travers les livres que l’on peut éduquer les enfants pour améliorer la société et la condition de la femme. Cependant, comme l’explique Nelly Chabrol Gagne l’offre non sexiste est aujourd’hui encore marginale. Tout est à construire.

    © Déborah OWCZARCZAK, 2014

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    Bibliographie

    MICHEL, Andrée. Non aux stéréotypes ! Vaincre le sexisme dans les livres pour enfants et les manuels scolaires. Paris : Unesco, 1986. ISBN 978-92-3-202380-3

    CHABROL GAGNE, Nelly. Filles d’album : les représentations du féminin dans l’album. Paris : L’Atelier du Poisson Soluble, 2011. ISBN 978-2358710251

    AUBINAIS, Marie. Petit Ours Brun : au supermarché. BOUR, Danièle ill.. Paris : Bayard Jeunesse, 2013. ISBN 978-2-7470-4819-4

    DELAHAYE, Gilbert. Martine : petite maman. Marcel Marlier ill. Paris : Casterman, 1968. ISBN : 9782203101180

    NADJA. La petite princesse nulle. Paris : L’école des loisirs, 2006. ISBN : 9782211082402
    -  Lire la critique sur Lille3jeunesse

    LENAIN, Thierry. Menu fille ou menu garçon ? PROTEAUX, Catherine ill. Éditions Nathan, 2006. ISBN 978-2092508978
    -  Lire la critique sur Lille3jeunesse

    ROGER, Marie-Sabine. Anne Sol. À quoi tu joues ? Paris : Sarbacane, 2009. ISBN 9782848652757
    -  Lire la critique sur Lille3jeunesse

    BETTELHEIM, Bruno. Psychanalyse des contes de fées. 1976. ISBN 978-2266095785

    Webographie

    Direction de l’animation et de la jeunesse. Activité féminine et composition familiale depuis 1975 [en ligne] , Jeudi 2 décembre 2010. [consulté le 10/12/2013]. Disponible sur internet : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2010-027-2.pdf

    Unesco. Non aux stéréotypes. Vaincre le sexisme dans les livres pour enfants et les manuels scolaires, Mercredi 24 Février 2010. [consulté le 10/12/2013]. Disponible sur Internet : http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001867/186724fo.pdf

    CORDIER, Anne. « Filles et garçons dans littérature jeunesse, à bas les stéréotypes ? » (mini thèse) sur Lille3jeunesse