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Le SIDA dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Introduction

    Qu’est ce que le sida ?

    Le SIDA ou syndrome d’immunodéficience acquise est une maladie virale provoquée par le VIH qui infecte les cellules du système immunitaire, les lymphocytes T4 qui possèdent le récepteur adéquat (la protéine CD4), mais peut également infecter d’autres types cellulaires. La transmission du virus fait intervenir certains fluides corporels, dans lesquels se trouvent des particules virales. La transmission est alors possible par voie sexuelle (par les sécrétions génitales), par voie sanguine (par transfusion ou par partage de seringues) ou materno-fœtale (par passage hémato-placentaire, au cours de l’accouchement ou pendant l’allaitement). [1]

    L’affaire du sang contaminé

    L’affaire du sang contaminé est un scandale ayant touché plusieurs pays dans les années 1980 et 1990 relativement à des infections ayant eu lieu par des transfusions sanguines. En raison de mesures de sécurité inexistantes ou inefficaces, plusieurs personnes ont été contaminées par le virus du sida ou de l’hépatite C à la suite d’une transfusion sanguine.

    En France, en avril 1991, la journaliste Anne-Marie Casteret publie dans l’hebdomadaire L’Événement du Jeudi un article prouvant que le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) a sciemment distribué à des hémophiles [2], de 1984 à la fin de l’année 1985, des produits sanguins dont certains étaient contaminés par le virus du sida. L’ampleur du drame n’est connue qu’en août 1986, avec la publication d’un rapport du Centre national de transfusion sanguine, qui affirme qu’un hémophile sur deux a été contaminé, soit près de 2 000 personnes. [3] Ce contexte troublant, invite les auteurs à écrire que cela soit sur cette affaire ou sur le SIDA et cela même pour les auteurs de littérature jeunesse.

    De quelle manière pouvons nous parler de ce sujet en littérature jeunesse ? Pour répondre à cette question, nous allons tout d’abord présenter les œuvres choisies. Dans une deuxième partie, nous étudierons les livres où l’enfant lui-même est atteint du SIDA. Pour finir, dans une troisième partie, nous étudierons les livres où l’enfant apprend qu’une personne de son entourage a le SIDA.

    I. Les œuvres étudiées

    Lettres à qui vous savez

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    © Casterman, 1999

    « Quinze lettres pour vaincre l’intolérance » (quatrième de couverture)

    Résumé : Jérémy a dix ans et il cache un secret très lourd. Il ne croit plus au Père Noël mais il ressent le besoin de lui écrire pour partager ses joies, ses peines et ses inquiétudes.

    La couverture représente Jérémy assis sur un banc. Tous les autres personnages présents ne le regardent pas. On voit d’ailleurs deux groupes différents. Le premier deux adultes et un enfant et le deuxième un groupe d’enfants. Jérémy est au milieu et semble préoccupé. Il n’est d’ailleurs pas le seul. Les autres enfants paraissent inquiets, dégoûtés ou énervés. Christophe Merlin, le dessinateur, a opté pour des couleurs chaudes comme le jaune et le rouge mais pourtant, la couverture dégage une sorte de froideur à cause du gris et du dessin ayant des traits brutes, trop structurés et carrés. Les autres illustrations sont uniquement en noir et blanc.

    Tout contre Léo

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    © L’École des loisirs, 1996

    Le livre porte la marque « Hommage de l’éditeur » et il a été adapté au cinéma.

    Résumé : Marcel a dix ans. Un jour, il entend par hasard, que son frère Léo, est atteint du sida...

    La couverture est un extrait de la bande dessinée Jeux pour mourir de Tardi. Si cette illustration a été choisie par l’éditeur c’est parce qu’elle représente parfaitement les deux personnages principaux, à savoir Marcel et son frère Léo. Mais, il ne pouvait s’agir que de cette raison étant donné que la bande dessinée en question aborde un sujet très différent. On peut donc voir Marcel qui observe son frère Léo. Concernant les couleurs et la manière de dessiner. On peut déjà dire que l’illustration est très simple. Il n’y a pas de décor à proprement parlé et il n’y a que les deux personnages. Les couleurs sont également très simples. Du noir pour les cheveux, du jaune/orange pour le visage et du blanc pour le fond et un morceau du visage de Marcel. Dans le roman, il n’y a d’ailleurs aucunes illustrations. L’auteur devait trouver qu’elles étaient superflues. Cela expliquerait également pourquoi cette couverture est aussi simple.

    La vie à reculons

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    © Hachette jeunesse, 1994

    Ce livre a obtenu onze prix dont : Sélection Prix France Télévision, Prix des collégiens de la ville de Vannes 1996, Prix Martinique du livre jeunesse 1996, Prix du livre ado de la ville de Rennes 1996, Prix du livre de jeunesse de la ville de Redon 1996, Prix Ruralivre du Pas-de-Calais 1996, Prix du jury Lumière de Besançon 1996, Prix Coup de Coeur de la ville de Bruxelles 1998. [4]

    Résumé : Un nouvel élève arrive dans la classe d’Elsa. Il s’appelle Thomas et ils tombent rapidement amoureux. Mais, au même moment, tout le monde apprend que Thomas est séropositif.

    La couverture comporte la représentation de Thomas en tant que fond. On ne voit que son visage et un peu sa main. Ses yeux semblent nostalgiques et il a une expression sérieuse. La couverture et les illustrations du roman ont été réalisées par Robert Diet. Les traits sont à la fois durs et arrondis, notamment pour la bouche et les yeux. La couverture a de nombreuses couleurs comme le bleu, le rouge, l’orange, le marron, le rose et le noir. Néanmoins, il persiste une certaine froideur à cause de l’expression du personnage et du gris. Les autres illustrations du roman sont en noir et blanc uniquement.

    II. L’enfant atteint du SIDA

    A. La vie du personnage

    Dans Lettres à qui vous savez et La vie à reculons, l’enfant a le SIDA à cause d’une transfusion sanguine qu’ils ont du subir à cause d’un accident de voiture. Ils sont donc victimes de l’affaire du sang [5]. Mais ils vont tous les deux réagir différemment.

    Tout d’abord, dans Lettres à qui vous savez, l’enfant s’appelle Jérémy et il a 10 ans. Ce dernier écrit au Père Noël et lui raconte ce qui se passe dans sa vie. Il ne croit pas au Père Noël mais il ressent le besoin de parler à quelqu’un. Ces lettres sont utilisées comme journal intime et grâce à elles, nous savons ce qu’il se passe chaque jour dans sa vie, à l’école, avec ses amis, avec la petite fille dont il est amoureux et surtout, tout ce qu’il ressent. Ce n’est qu’au milieu de l’ouvrage que nous apprenons qu’il est séropositif. Et, c’est au moment où toute l’école l’apprend également. « Que vont faire les autres, me fuir ? Je ne veux pas rester sur la touche à les regarder. J’ai envie de vivre moi aussi, d’être heureux avec mes parents, mes potes, mes copines... » Ses lettres deviennent un peu plus sombres et touchantes puisqu’il évoque la réaction de ses camarades ayant appris qu’il était malade. Mais, il n’y a qu’un petit garçon qui le fuit de peur d’être contaminé, il s’agit de Tony. « La mère de Tony a été reçue par le directeur. Elle a déclaré qu’elle ne voulait plus mettre son fils dans une école où il avait failli mourir par la faute d’un gamin au sang pourri, que je devais être mis dehors avant d’avoir empoisonné tout le monde ». Tony mêle donc ses parents au problème et il va multiplier les menaces envers Jérémy. Dès qu’il le verra, il énoncera qu’il ne faut pas le toucher, qu’il ne doit pas aller à la piscine car sinon tout le monde mourra.

    Le héros sait que ce qu’il dit est faux mais les menaces vont aller jusqu’au directeur qui demandera à Jérémy d’éviter le contact avec les autres. Jérémy a la sensation d’être un lépreux et ce n’est que vers la fin du livre qu’il pourra enfin exprimer ce qu’est vraiment son état de santé devant la classe malheureusement sans Tony qui aura quitter l’école. « je suis séropositif mais je n’ai pas développé la maladie et, avec quelques précautions, pas de contact entre mon sang et le vôtre, pas d’échange de couteaux, de brosse à dents, de ciseaux, d’objets coupants, il n’y a pas de risques de contamination. Vous n’avez pas à avoir peur de moi. ». La fin du livre se montre positive et Jérémy déborde d’optimisme. « le sida sera vaincu, j’en suis sûr. Je sais qu’un jour je guérirai et pourrai vivre comme les autres sans l’angoisse de ce virus au fond de moi ».

    Dans La vie à reculons, il s’agit d’un jeune homme de 15 ans prénommé Thomas qui habite depuis peu dans une cité. Il est tout de suite attiré par Elsa et réciproquement mais en l’apprenant, le professeur au courant de l’état de santé de Thomas décide de prévenir les parents de la jeune fille. Le lendemain matin, Elsa en parle à sa meilleure amie qui en parlera à toute la classe. Ainsi, tout le monde est au courant. Mais, à la différence de Lettres à qui vous savez, peu sont ceux qui ont peur de lui. Le problème pour Thomas, c’est la pitié des autres « il y a ceux qui me regardent sans arrêt, comme si j’étais une bête curieuse. On dirait qu’ils attendent que je me couvre de pustules. Il y a ceux qui me fuient comme la peste, et il y a les sympas qui me tapent dans le dos. Ce sont les pires, à mon avis. Les condescendants... » et de celle qu’il aime. « que tu te conduises en nounou, c’est justement ce que je te reproche ! » En voulant montrer qu’il n’est pas aussi faible que ce que les autres pensent « je ne me sens ni faible, ni fragile, et je n’ai pas une mine de déterré, alors pourquoi ne me considère t-on pas comme quelqu’un de normal ? », il ira jusqu’à faire des mauvais choix en s’alliant avec les brutes du quartier.

    B. Les conséquences sur le personnage

    Dans les deux cas, les enfants ont attrapé le SIDA à cause d’une transfusion sanguine mais ce qui les diffèrencie c’est leur âge et leur environnement. En effet, Jérémy n’a que 10 ans et même si il connaît la réalité de sa maladie, il arbore un optimisme propre à son âge et les enfants qu’il côtoie, également. Même si certains parents sont réticents, les enfants, eux, comprennent rapidement que Jérémy ne peut rien leur faire de mal.

    À l’inverse, dans La vie à reculons, Thomas a 15 ans, il est donc un adolescent qui se pose déjà des questions existentielles mais en plus il est en âge d’avoir des relations sexuelles avec des filles. Il aimerait être comme les autres et oublier ce qu’il vit mais il sait qu’il sera essentiel, au bout d’un moment, de parler de sa séropositivité. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, les amies d’Elsa lui en veulent. « C’était sa petite amie ! Et tu te rends compte, elle n’était même pas au courant ! ». Thomas est vu comme un coupable « - c’est quand même pas ma faute si tu es séropositif ! - C’est pas la mienne non plus, mais qu’est ce que vous me le faites payer cher ! » puis, comme une « bête fragile » et ce dernier qui ne le supporte plus, finira par faire des mauvais choix en devenant ami avec les brutes de la cité. Il ira même jusqu’à vouloir faire une plus grosse bêtise pour montrer qu’il n’est pas faible, qu’il est fort et qu’il aimerait que les autres le considère comme tel, comme un jeune homme de 15 ans et non comme un bébé qu’il faudrait protéger. Ce comportement est donc l’opposé de Jérémy de Lettres à qui vous savez qui a connaissance de la méchanceté et de la légère pitié des autres mais qui ne s’en préoccupent pas. Son âge le permet et son environnement moins hostile aussi.

    C. Les conséquences sur le lecteur enfant

    Lettres à qui vous savez est adressé à des lecteurs de 10-12 ans et La vie à reculons à des lecteurs de 12 ans et plus. Mais les deux ouvrages ont été et sont encore étudiés à l’école primaire pour le premier et au collège pour le second. Dans chacun des ouvrages, l’enfant peut s’identifier au personnage car il a le même âge que lui ou il a eu ou aura le même âge que lui. Il peut ainsi le comprendre. De plus, pour les enfants qui, à l’époque, avaient le SIDA à cause de l’affaire du sang contaminé, ils trouvaient, dans le premier ouvrage du réconfort et de l’optimisme et dans le second les questions qu’ils se sont posés, et qui sait, les mêmes réactions extrêmes qu’ils ont eu.

    Mais, il existe également des ouvrages où l’enfant apprend qu’une personne de son entourage a le SIDA.

    III. Une personne de l’entourage de l’enfant atteinte du SIDA

    A. La vie du personnage

    Dans La vie à reculons [6], nous avons également le point de vue d’Elsa, l’amoureuse de Thomas, lorsqu’elle apprend qu’il est séropositif. Mais, si elle l’apprend c’est à cause du professeur qui a prévenu ses parents en apprenant qu’elle et Thomas étaient amoureux. « une menace qu’elle ne soupçonne pas pèse sur cette gamine. Un danger venu du monde adulte qui nargue la médecine, la science, la technologie, et frappe à l’aveuglette. Les civilisations engendrent des monstres dont elles perdent la maîtrise. Celui qui rode autour de cette enfant est d’autant plus perfide qu’il n’a pas de visage. Ou plutôt si, il en a un et c’est bien là le drame : le visage de l’amour. Le visage d’un garçon de quinze ans qui porte la mort en lui. » Ce dernier avait le choix entre trahir la confiance de Thomas et de ses parents qui tenaient à ce que le secret soit gardé et ne rien dire à Elsa qui pourrait, par la suite et si cela allait plus loin avec Thomas, devenir malade à son tour. « fermer les yeux ? Ce serait criminel [...] Est-ce de trahison qu’il s’agit ? Ou d’assistance à personne en danger ? ».

    Il décide donc de tout dire aux parents d’Elsa. Ces derniers réagissent brutalement et préviennent immédiatement leur fille qu’il ne faut plus qu’elle soit avec lui et qu’elle doit l’oublier. « -fréquenter un sidéen représente un réel danger. Le virus se transmet très facilement. En buvant au même verre par exemple ou en utilisant les mêmes couverts, ou en se parlant de tout près. Ta vie est trop précieuse pour que tu la risques à la légère, tu ne trouves pas ? - Sans compter que Thomas n’a pas été très honnête avec toi : quand on aime les gens, on ne leur fait pas ce genre de cachotterie surtout lorsque leur santé est en jeu ! Il y a là un manque de conscience déplorable !-Tu vaux mieux que ça ma chérie ! ». Elsa est anéantie et devient au fur et à mesure rancunière vis à vis de Thomas. Pourquoi a t-il dit qu’il l’aimait si il savait que leur futur à deux était impossible ? Puis, lorsqu’elle le revoit, elle lui parle de ses craintes. Elle lui dit qu’elle ne peut pas l’embrasser par exemple. « d’abord il y a trente-six façons d’embrasser. Et puis le virus ne s’attrape pas par des baisers ! - Ma mère dit que si ! - Elle est mal informée, comme la plupart des gens. Le VIH ne se propage pas par la salive, seulement par le sang et le sperme. » Elsa arrive petit à petit à ne plus avoir peur de Thomas, son amour pour lui le lui permet. La jeune fille ment à ses parents pour continuer à le voir, mais elle devient trop possessive et trop maternelle ce qui ne lui plaît pas. [7]

    Dans Tout contre Léo, la personne atteinte du SIDA est l’un des grands frères de Marcel, un petit garçon de dix ans. Ce dernier apprend que Léo, son grand frère, a le SIDA et qu’il va mourir en entendant par hasard une conversation entre ses parents. D’abord choqué, il n’arrive pas à comprendre ce qu’il se passe vraiment. Il connaît le SIDA de nom et ce qu’il a retenu c’est que son frère va mourir. Mais le plus troublant, c’est que personne dans la famille ne lui en parle. Personne ne le prévient et il doit faire semblant de ne pas savoir. « On embrouille notre petit frère dans des bobards parce qu’on est trop lâches pour parler directement de toi. Pour évoquer tout le mal à venir [...] Je supporte plus que tout le monde me mente, ça me donne l’impression d’être le seul à savoir. » Sa famille lui demande inconsciemment de faire le boute-en-train pour faire rire tout le monde et pour qu’ils puissent oublier leur peine mais ceci fait encore plus souffrir Marcel. « et moi je trouve pas ça très sérieux. Plutôt déplacé même de parler de choses aussi débiles devant quelqu’un qui est très malade. J’ai un peu honte pour eux, pourtant je n’arrive pas à leurs en vouloir. [...] Ils sont prêts à tout du moment que je comble ce foutu silence ».

    À certains moments, Marcel se demande si son frère est vraiment malade. Il ne le voit pas différent. Et il en vient à penser que son frère fait exprès de dire qu’il est malade parce que ça l’arrange. « Je pense que Léo n’est pas malade. Toute son histoire de sida, ça ne tient pas debout. C’est un gros mensonge, un truc qui l’arrange » Il en vient même à essayer de faire semblant d’être malade lui aussi, voulant un peu plus comprendre ce qu’il se passe mais ses parents ne réagissent pas. « Léo non plus n’a pas de raison d’être malade, alors pourquoi lui on le croit ? » Marcel n’en parlera à personne, au début, même pas à ses copains. La seule personne avec laquelle, il osera en parler, est sa grand-mère. Ayant entendu par des copains que ce n’était que les homosexuels qui avaient cette maladie, Marcel annonce à sa grand-mère qu’il sait pour Léo tout en affirmant vouloir se venger de la personne qui a contaminé son frère.

    -  « C’est un pédé, Léo ? »
    -  « peut être. Je sais pas. Ça changerait rien...Une fille, un garçon, la maladie vient de quelqu’un forcément, mais ça nous servirait à quoi de savoir qui ? »
    -  « à se venger... »
    -  « Personne ne venge jamais personne, P’tit Marcel, sinon dans les livres... »
    -  « Ouais ben moi je le vengerai. »

    Ses parents ne lui diront jamais la vérité. Ses autres frères essayeront mais ils n’y arriveront pas. Alors, Marcel se réfugie encore plus dans ses pensées. Il mémorise tout ce qu’il entend sur le SIDA, la maigreur par exemple sans comprendre véritablement, et au fur et à mesure, sentant que son frère partira bientôt, il désire ne l’avoir que pour lui et profiter de beaucoup de moments auprès de lui.

    B. Les conséquences sur le personnage

    Dans les deux ouvrages, nous pouvons donc observer la réaction d’un professeur en apprenant que son élève est malade, la réaction d’une jeune fille amoureuse d’un jeune homme séropositif et la réaction d’un enfant qui apprend que son grand-frère est atteint du SIDA.

    Dans le premier cas, le professeur doit garder le secret vis à vis de la classe et surtout, il ne doit pas favoriser l’élève et se montrer trop gentil avec lui. Il ne faut pas que les autres élèves se posent des questions ni même le concerné. Dans le livre, il se devait de prévenir les parents d’Elsa car il ne pouvait pas être sûr que Thomas la préviendrait de son état de santé. Le professeur a quand même réfléchi longuement et il s’est dit qu’il fallait mieux en parler. Bien sûr, Thomas lui en a voulu mais quand ce dernier avait désiré protester, le professeur avait pris la parole avant. « Je suppose que vous devez m’en vouloir, mon garçon. J’ai commis envers vous, ce que vous êtes en droit de considérer comme une trahison. Sachez que je l’ai fait en mon âme et conscience, et après avoir longtemps hésité. Je pense sincèrement que vous n’êtes pas assez mûr pour mesurer toutes les conséquences de vos actes. Il est des imprudences que des personnes responsables n’ont pas le droit de vous laisser commettre. » Comment pouvait-il être sûr que Thomas allait en parler ? Lui qui ne désirait être qu’un garçon de 15 ans « normal » ?

    Dans le deuxième cas, il s’agit d’une jeune fille amoureuse d’un jeune homme séropositif. Ici, Thomas. Véritable coup de massue lorsqu’elle l’apprend, elle est au début choquée puis, finalement, lui en veut. Elle qui espérait avoir un amour merveilleux et simple, apprend que Thomas lui a menti et qu’il lui a donné de faux espoirs. Elle est persuadée qu’il va mourir. Alors, comment pourrait-elle avoir un avenir avec lui ? N’est-ce pas impossible d’imaginer un avenir auprès de lui ? Doit-elle détruire tous les rêves qu’elle avait fait avec lui ? Au début, c’est ce qu’elle pense et elle s’éloigne de lui. Puis, en discutant avec Thomas, elle apprend qu’il ne va pas mourir, qu’il n’est pas sidéen et qu’ils peuvent être ensemble. Elle accepte, réellement amoureuse, et lui dit qu’elle le protégera face à l’école, aussi bien les élèves que les professeurs et le personnel. Ce dernier ne le désire pas mais elle le fait quand même et au fur et à mesure du livre, le défendra face aux injustices dont il sera victime. Malheureusement, il n’en sera pas reconnaissant et il la rejettera.

    Dans le troisième cas, Marcel, 10 ans, apprend que son grand-frère est atteint du SIDA et qu’il va mourir. Mais, le fait que personne ne lui en parle, le fait également beaucoup souffrir car il n’a personne à qui en parler et qu’il n’arrive pas à comprendre de lui-même. Sa famille lui demande également de les faire rire mais Marcel n’en peut plus. Souvent, il leurs fait des allusions expliquant qu’il sait ce qu’il se passe mais ses parents et ses autres frères ne semblent pas vouloir le mêler à ce que vit Léo. Il doit donc se débrouiller tout seul et de nombreuses fois, il craque soit en pleurant soit en faisant des bêtises. Il observe également chaque geste de son frère, écoute chaque mot qu’il énonce pour essayer de comprendre cette maladie et il souffre des ragots et des mots des autres adultes qui parlent du SIDA. On dit que tous ceux qui ont le SIDA ont été inconscients, que tout le monde sait qu’il faut se protéger avec des préservatifs. Marcel, dans sa tête, rétorque que son frère, ce n’est pas tout le monde et que personne ne devrait mourir, surtout pas lui.

    C. Les conséquences sur le lecteur enfant

    Ces deux ouvrages nous permettent d’avoir différents points de vue. On se met à la place d’un professeur, d’une jeune fille amoureuse et d’un petit garçon qui va perdre son frère. En lisant, on peut se demander ce qu’on aurait fait à leurs places. Aurions-nous continuer d’être avec Thomas si nous étions amoureux de lui ? Aurions-nous dit la vérité aux parents d’Elsa pour la protéger ? Ou aurions-nous du faire confiance à Thomas ? Si notre famille ne nous dit rien et nous cache des choses, est-il nécessaire d’attendre qu’ils nous en parlent ? Ou bien devons nous dire que nous sommes au courant de tout ? Cela nous pose donc des questions.

    De plus, le lecteur peut aussi s’identifier aux autres enfants qui ont peur, qui ne comprennent pas ce qu’est le SIDA, les symptômes ou la peur de leurs parents lorsqu’on leurs en parle. Pourquoi les parents d’Elsa réagissent aussi brutalement par exemple ? Est-ce que les adultes savent vraiment la vérité sur le SIDA ? N’exagèrent-ils pas un peu ?

    Conclusion

    Pour évoquer le SIDA en littérature jeunesse, les auteurs ont utilisé deux manières différentes : la première, en utilisant un enfant lui-même malade du virus. La deuxième, en confrontant un enfant avec une personne atteinte du SIDA. Dans les deux cas, le lecteur enfant apprend des choses sur la maladie. Il sait quels sont les préjugés, la douleur d’en être victime, la vérité sur la contamination et la solitude du malade. En utilisant des enfants à chaque fois, les auteurs permettent ainsi au lecteur de se mettre à sa place facilement et au vue de l’époque, d’évoquer le scandale du sang contaminé ayant eu lieu entre les années 80 et les années 90.

    © Justine Figuères, 2014

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    Références bibliographiques

    DEBRY, Hervé, MERLIN Christophe ill. Lettres à qui vous savez. Casterman, 1999. 74 p. (Comme la vie ; dix & plus).
    -  10-12 ans

    HONORÉ, Christophe. Tout contre Léo. L’École des loisirs, 1996. 127 p. (Neuf).
    -  12 ans et plus

    GUDULE, DIET Robert ill. La vie à reculons. Hachette jeunesse, 1994. 218 p. (Livre de poche jeunesse).
    -  12 ans et plus

    Pour aller plus loin

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    Notes de bas de page

    [1] Source : http://futura-sciences.com

    [2] Atteints d’Hémophilie : Maladie héréditaire liée au chromosome X, caractérisée par un trouble de la coagulation du sang et des saignements, souvent prolongés. Source : http://larousse.fr

    [3] Source : http://wikipedia.org

    [4] Source : http://ricochet-jeunes.org

    [5] contaminéVoir introduction

    [6] Voir le II

    [7] Voir le A du II