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L’homophobie dans les romans pour la jeunesse (mini thèse)

 
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    Mots-clés

    Comment est abordé le thème de l’homophobie dans la littérature de jeunesse ?

    Introduction

    Le thème de l’homosexualité est de plus en plus présent dans la littérature de jeunesse. Depuis longtemps déjà on trouve des livres abordant le thème de l’homoparentalité, comme Oh, Boy de Marie-Aude Murail. Il y a aussi de plus en plus de livres qui parlent de la découverte de la sexualité et donc certains parle de l’homosexualité. Mais il y a peu de livres qui parlent directement du problème de l’homophobie comparé aux autres. Je vais donc voir comment est traité ce sujet à travers un corpus de quatre livres destinés à la jeunesse : Boys don’t cry de Malorie Blackman, À copier 100 fois d’Antoine Dole, Harvey Milk : Non à l’homophobie de Safia Amor et enfin, À mort l’innocent d’Arthur Ténor. Dans un premier temps je vais m’intéresser à la première et à la quatrième de couverture des ouvrages, ensuite je vais parler de l’homophobie dans la famille, puis dans une troisième temps je vais m’intéresser à l’homophobie des autres personnes.

    Présentation des romans

    Boys don’t cry, de Malorie BLACKMAN

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    © Milan, 2011

    « Que feriez-vous si vous aviez 17 ans et que votre ex-copine vous amenait un bébé en vous disant qu’il est de vous et que vous devez vous débrouiller avec lui ? C’est ce que va découvrir Dante. » [1]

    Dante se retrouve avec un bébé sur les bras alors que l’avenir lui souriait, il va devoir apprendre à gérer cette situation. Pour ce faire il sera épaulé par son père et son petit frère Adam, qui assume pleinement son homosexualité.

    À copier 100 fois d’Antoine DOLE

    (JPG)
    © Sarbacane, 2013

    « Papa m’a dit 100 fois comment il fallait que je sois. » Et surtout, « pas pédé ». La consigne est claire et quand le narrateur se fait harceler par les gros bras du collège, il n’a qu’à se débrouiller tout seul. Heureusement que Sarah est là, qui n’a pas peur, elle. Pour le baume au coeur, c’est bien. Mais la question reste : comment gagner l’amour d’un père qui vous rejette pour ce que vous êtes ? [2]

    Ce garçon de 13 ans est persécuté par des « camarades » de classe, parce qu’il est différent. Il essaye de faire face pour ne pas décevoir une fois encore son père...

    Harvey Milk : non à l’homophobie de Safia AMOR

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    © Actes sud junior, 2011

    En 1978, Harvey Milk, conseiller municipal de San Francisco, est assassiné dans son bureau par un de ses anciens collègues homophobe. Le roman de Safia Amor restitue avec talent les luttes menées par cet homme à la personnalité charismatique pour l’affirmation de son homosexualité et pour la reconnaissance des droits de ses pareils aux États-Unis. [3] Roman historique qui reprend les faits qui ont mené Harvey Milk à devenir un militant pour le droit des homosexuels.

    À mort l’innocent d’Arthur TENOR

    (JPG)
    © Oskar jeunesse, 2006

    Gabriel Orthis est un enseignant de 35 ans tout récemment arrivé dans l’école d’un village. Quelques mois après la rentrée, un de ses élèves, est retrouvé sans vie. Ce professeur ignore que sa sexualité (il est homosexuel), considérée comme " différente " dans la fin des années 60 pourrait le conduire à devenir le coupable idéal. Et très vite, il va le devenir... [4] Dans les années 1960, un enseignant est accusé du meurtre de l’un de ses élèves, parce qu’il est homosexuel.

    I- La couverture et la 4ème de couverture

    A- La couverture

    Une seule des couvertures des livres étudiés est en rapport avec le sujet : Harvey Milk : Non à l’homophobie. C’est aussi le seul où l’on peut lire clairement ce mot. Cette particularité peut s’expliquer par le fait que ce livre appartient à une collection chez Actes Sud Juniors, Ceux qui ont dit non. C’est une collection de romans historiques « destinée à éveiller l’esprit de résistance en offrant des récits de vie de figures fortes qui ont eu un jour le courage de se révolter pour faire triompher la liberté ou la justice ». [5]. Sur cette couverture, on distingue trois choses : une photo prise pendant une manifestation pour les droits des homosexuels, un portrait de Harvey Milk, et le titre de l’ouvrage. On ne peut se tromper sur le sujet abordé dans le livre.

    Pour les autres, les couvertures sont nettement moins significatives.

    À copier 100 fois présente un alignement de crayons de couleur, à première vue on pense que c’est en rapport avec le fait de « copier 100 fois » mais en regardant de plus près on peut voir que les crayons de couleur n’ont pas été disposés aléatoirement, en effet les couleurs évoquent le « rainbow flag » symbole de la communauté gay. Sans lire le résumé on se demande de quoi va parler le livre.

    À mort l’innocent présente, lui, la situation initiale, c’est à dire un enseignant entouré d’enfants dans ce qui est probablement une cour d’école. Le titre contraste l’illustration, en utilisant un oxymore, et dénote une certaine violence.

    Boys don’t cry est un peu différent des autres documents présentés. Sur la couverture on devine le dos d’un garçon avec un biberon et une tétine dans la poche. Cela à une explication logique puisque le personnage principal découvre qu’il est papa à seulement 17 ans. Mais le pluriel utilisé pour le mots « boys » peut laisser à penser que finalement il ne va pas être le seul qui risque d’avoir des raisons de pleurer.

    B- La 4ème de couverture

    Quand on s’intéresse aux résumés des ouvrages, on peut voir que que deux d’entre eux sont explicites quant au sujet abordé À copier 100 fois et Harvey Milk : Non à l’homophobie. Même si pour le premier le mot « homophobie » n’est pas dit, on devine qu’il est question de ça, avec cette phrase : « Et surtout, « pas pédé » ». Boys don’t cry est différent, car bien que, finalement, il y ait deux histoires dans le roman, l’éditeur a fait le choix de ne présenter qu’une seule partie de l’histoire qui concerne la famille du héros, et de laisser le lecteur découvrir les événements qui vont toucher le frère du héros. À mort l’innocent joue sur le mystère pourquoi les villageois qualifient l’instituteur de « monstre » ? quel est l’événement qui va déclencher la haine de ces mêmes villageois ? Là non plus on n’a pas d’indice pour deviner que la cause de tout cela est dûe à l’orientation sexuelle de cet instituteur.

    II- La famille

    Avant de commencer à regarder ce qui se passe ailleurs, on voit que l’homophobie peut commencer au plus près de soi. Dans la majorité des livres présentés ici, le personnage homosexuel est touché à un moment par l’homophobie d’un de ses proches. Pour Harvey Milk cela s’explique aussi en partie à cause de l’époque où il a vécu, où l’homosexualité était, encore, considérée comme une maladie mentale. Il a toujours su qu’il était différent et qu’il préférait les garçons, mais il ne l’a pas dit à sa famille surtout pas à sa mère alors que pourtant il est très proche de cette dernière. « La complicité qui les unissait, si elle étouffait un peu Harvey par moments, lui procurait aussi un sentiment de fierté d’autant plus grand qu’il avait un secret et que si sa mère l’apprenait, elle en serait mortifiée. Est-ce qu’elle l’aimerait moins ? » [6] Même après avoir quitté la maison de ses parents, s’être engagé dans la marine, avoir été enseignant, puis avoir travaillé dans les assurances, Harvey ne peut toujours pas dire à sa famille qu’il est gay. « Mais je ne pourrais toujours pas avouer à ma famille qui je suis vraiment. Plutôt mourir ». [7] Les faits vont faire qu’il ne pourra pas leur annoncer « qui il est vraiment » car peu de temps après sa mère décède d’une crise cardiaque, et il va définitivement se brouiller avec sa famille.

    Dans le livre d’Antoine Dole, l’homophobie est différente. Dès les premières phrases de ce roman on comprend que le jeune garçon ne correspond pas aux attentes de son père : « Papa m’a dit cent fois comment faudrait que je sois. » [8] Le long de cet ouvrage très court, on suit un jeune garçon qui répète très souvent « papa m’a dit 100 fois ». Ce père lui a fourni des conseils pour être un « vrai » garçon : un garçon ça ne pleure pas, ça ne se laisse pas faire par les autres... À travers les pages on voit qu’il a essayé de suivre les conseils de son père, sans que cela ne fonctionne. Il n’ose plus plus parler des problèmes qu’il rencontre au collège, il préfère lui mentir. Certains passages sont en italique dans le roman, c’est ce qu’il aimerait pouvoir dire à son père, ou encore à son amie Sarah. Plus que ce qu’il subit au collège, c’est l’indifférence de son père face à cette maltraitance qui fait souffrir le jeune garçon. « Je veux que t’aies mal papa, je veux que tous les autres aient mal, Vincent et Laurent et Julien, tous les connards du bahut. J’peux plus me taire, parce que ça me tue, vraiment ça me tue. » [9] Il n’en peut plus d’être incompris, c’est ce point de rupture qu’il atteint un soir en rentrant. C’est une autre forme d’homophobie, car le père avoue avoir toujours su que son fils était différent, mais il a eu du mal à l’accepter, c’est pour cela qu’il lui a donné tous ces conseils. « Ce que je veux dire par là c’est que, je t’aime, comme tu es. Même si parfois tu peux croire le contraire. » [10] Dans Boys don’t cry, on retrouve un peu ce qui se passe dans À copier 100 fois, dans une moindre mesure. Là c’est Dante, le grand frère de Adam qui lui dit « (...) c’est une phase que te passera en grandissant ». [11] Bien qu’Adam sache depuis longtemps qu’il est attiré par les garçon et qu’il l’assume pleinement, son frère a du mal à se faire à cette idée. Il préfère éviter d’en parler, et penser qu’Adam va enfin changer.

    III- Les autres

    Dans le corpus choisi, l’homophobie se manifeste surtout de la part des personnes gravitant autour des héros. Il y a deux époques différentes dans les textes que j’ai choisis. D’abord les années 1960 1970, avec À mort l’innocent et le livre sur Harvey Milk. À l’époque l’homosexualité était illégale, considérée comme une maladie mentale. Parfois on proposait de la soigner grâce à des électrochocs, on voit le grand-père de Harvey en parler avec la mère de ce dernier (p.18). Dans À mort l’innocent, la population du village fait très rapidement le rapprochement avec cet instituteur aux moeurs différentes des leurs, quand un de ses élèves est retrouvé mort dans les bois, tué avec une pierre. Il est le coupable idéal car il vit seul, à l’écart, et qu’il aime les garçons. L’amalgame avec la pédophilie, n’est pas très loin. C’est d’ailleurs ce que va sous-entendre le policier qui va l’interroger, après qu’un témoin ait dit avoir vu l’instituteur sur son vélo, non loin du lieu où a été retrouvé le corps de l’enfant le jour de la disparition de ce dernier. L’interrogatoire épuisant moralement a fini par pousser l’enseignant à dire ce que voulait entendre le policier. Ce dernier n’a jamais cherché à poser de questions ouvertes, toutes celles posés allaient dans le sens que l’instituteur était le coupable. Toute la population a trouvé cela logique, ce ne pouvait être que ce « monstre » qui aurait pu tuer un enfant.

    Pour l’histoire de Harvey Milk, l’homophobie est présentée différemment, il s’agit ici de faire reconnaître que les homosexuels sont des gens comme les autres. C’est presque banal, l’homophobie à ce moment là. Quand il s’installe à San Francisco avec son compagnon, il finit par ouvrir une boutique photo qui devient le point de ralliement de nombreux gays, qui viennent pour refaire le monde, pour échapper à leur parents... Harvey avait décidé en arrivant à San Francisco qu’il voulait faire quelque chose de son existence, quelque chose dont il soit fier. C’est aussi pour cela que la boutique devient un point de retrouvailles, car il sait parler et écouter. Il dispense des conseils, comme par exemple ne pas sortir dans la rue sans un sifflet pour alerter les autres autours en cas d’agressions, car bien souvent les policier ne lèvent pas le petit doigt quand il s’agit d’une agression homophobe. Pour Harvey le paroxysme de l’homophobie est atteint, une fois qu’il a réussi à se faire élire au sein de la municipalité de San Francisco. En effet, il finit assassiné par un ancien membre de cette municipalité, qui avait fait par à Harvey du dégoût qu’il lui inspirait.

    Les deux autres histoires se déroulent de nos jours. On y retrouve les agressions de ces jeunes gens. Dans À copier 100 fois, le jeune garçon est systématiquement pris à partie par d’autres jeunes, qui s’amusent à l’humilier verbalement pour commencer, mais qui n’hésitent pas à utiliser la violence aussi. Ce jeune garçon est victime d’attaques répétées et régulières. Ce n’est pas tout à fait le cas d’Adan dans Boys don’t cry, même s’il lui arrive régulièrement de subir des insultes, surtout de la part d’amis de son frère, il y est habitué et il n’y prête pas attention. Mais un jour cela va trop loin, et l’insulte de trop fait que tout dégénère. La bande d’amis de Dante va attendre les deux frères qui rentrent de cette soirée où il y a l’insulte de trop, pendant que deux tiendront Dante un troisième va se déchaîner sur Adan, l’envoyant à l’hôpital avec de sérieuses blessures. On suppose que c’est juste de la haine de la différence, mais au fils des pages et de ce que veut bien dévoiler Adan, ou de ce que découvre Dante, on découvre que celui qui s’est acharné sur le plus jeune de la fratrie n’assume pas le fait d’être lui même attiré par les garçons. Il a tellement peur d’être rejeté par ses amis qu’il a préféré jouer les homophobes.

    Conclusion

    À travers ces différents textes ont peut deviner que l’homophobie prend différentes formes. Le lecteur est vite touché par les différents récits que je trouve plutôt réalistes. Les deux romans de moins de cent pages (Harvey Milk : non à l’homophobie et À copier 100 fois) sont très intenses. Dans le dernier, on comprend que les parents ne savent pas vraiment comment réagir face à la différence de leurs enfants, et je pense que tous les conseils du père ne sont pas donnés pour en faire un « vrai » garçon finalement, mais pour essayer de lui donner des armes dans la vie. L’homophobie dans Boys don’t cry, montre non seulement que même parmi les jeunes ce n’est toujours pas considéré comme normal, et que donc certains préfèrent se cacher en jouant le jeu des homophobes.

    Toujours est-il que ce thème, bien que très présent et d’actualité, est finalement peu représenté dans la littérature de jeunesse. Même si le thème de l’homosexualité s’est beaucoup développé ces dernières années.

    © Marie RENAUD, 2014

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    Références bibliographiques

    AMOR, Safia. Harvey Milk : non à l’homophobie. Actes sud junior, 2011. 18 x 11 cm. 94 p. (Ceux qui ont dit non).
    -  Collection Ceux qui ont dit non chez Actes Sud Junior : ceuxquiontditnon.fr/

    BLACKMAN, Malorie. Boys don’t cry. Milan, 2011. 21 x 14 cm. 287 p. Macadam
    -  Macadam, collection des éditions Milan : editionsmilan-macadam.com

    DOLE, Antoine. À copier 100 fois. Sarbacane, 2013. 17 x 11 cm. 64 p. Mini-Roman
    -  Sarbacane : editions-sarbacane.com

    TENOR, Arthur. À mort l’innocent. Oskar jeunesse, 2006. 21 x 15 cm. 127 p. Cadet
    -  Oskar jeunesse : oskareditions.com/

    Le site culture-et-debats.over-blog.com m’a servi de base pour sélectionner mes ouvrages

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    Notes de bas de page

    [1] Présentation de l’éditeur : Milan

    [2] 4ème de couverture

    [3] Extrait de la présentation de l’éditeur : Actes Sud Junior

    [4] Présentation du site Lirado

    [5] Extrait de la présentation proposé sur le blog de la collection

    [6] Harvey Milk « Non à l’homophobie » Safia AMOR p18

    [7] Harvey Milk : Non à l’homophobie Safia AMOR p. 28

    [8] À copier 100 fois. Antoine DOLE p. 5

    [9] À copier 100 fois. Antoine DOLE p. 49

    [10] À copier 100 fois. Antoine DOLE p. 55

    [11] Boys don’t cry Malorie BLACKMAN p.75