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Les enfants de la lune, de Fabrice Colin

 
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    Paris, Hiver 1942, Adrien Berthelot, un garçon de treize ans vit seul avec sa grand-mère, « Mémé Yvonne ». Sous l’occupation Allemande, rien n’est simple et Adrien dont les parents sont morts lorsqu’il n’avait qu’un an, doit souvent se débrouiller seul pour que lui et sa grand-mère puissent manger à leur faim. C’est dans ce climat qu’un jour une mystérieuse lettre d’un certain Leydermoon est déposée sur le pas de la porte à l’intention de Joseph Berthelot, le grand père d’Adrien. Il est dit dans cette lettre qu’au « temps maudit de l’exode », le grand père avait été des leurs et que sur les recommandations de leur Reine, les Annwyns demandent à nouveau de l’aide à Joseph.

    Adrien décide (tout en le cachant à sa grand mère) de se rendre à la place de son grand père au rendez-vous fixé le soir même. Il fait alors connaissance de Leydermoon, Mérak et Téthis, trois Annwyns. Les Annwyns , lui explique-t-on, vivaient en cachette aux côtés des humains depuis des milliers d’années. Ce peuple discret et pacifique se nourrissait de rêves humains mais peu à peu l’humanité avait abandonné ses rêves. L’industrialisation, le progrès technique leur avaient montré leurs limites et la première guerre mondiale avait porté un terrible coup à leurs idéaux. Les Annwyns comprirent que le moment était venu de rejoindre le Tir-nan-og , le pays des fées et ce fut alors « l’Exode ».Seulement, une poignée d’Annwyns qui croyaient encore en l’Humanité restèrent, et quand ils voulurent repartir, les portes magiques du Tir-nan-og s’étaient déjà refermées. C’est pourquoi Joseph Berthelot, grand ingénieur et un certain Baron de Martelle, auteur de nombreux ouvrages sur le monde des morts et des Fées, avaient travaillé ensemble sur la conception d’une machine permettant aux Annwyns de rentrer au Tir-an-og. Mais il y avait aussi les Siths (se nourrissant de la peur des humains) qui étaient prêts a tout pour empêcher les Annwyns de partir. Adrien doit donc prendre la relève de son grand-père.

    La grande originalité de ce roman au scénario quelque peu compliqué réside dans le fait qu’Histoire et Science-fiction s’entremêlent. Et si l’auteur n’est pas le premier a utiliser ce procédé, il n’en est pas moins vrai qu’il le gère d’une façon juste et maîtrisée tout au long de l’intrigue. Plusieurs parallèles peuvent être faits avec l’histoire des Annwyns et celle de l’humanité. Celle des Annwyns met en scène un « exode », référence biblique a l’exode des juifs, en parfaite adéquation avec l’intrigue dont la toile de fond n’est autre que la seconde Guerre Mondiale. D’ailleurs, dans le roman, les Siths (genre d’Annwins en « méchant ») ont pactisé avec les Nazis, coupables on le sait du génocide juif.

    Ainsi la balance entre Science-fiction et Histoire est parfaitement équilibrée. L’auteur parvient à nous décrire d’une manière touchante ce qu’est la vie pour un enfant de treize ans en temps de guerre et cela prend presque une valeur documentaire. Le narrateur, qui n’est autre qu’Adrien, nous décrit le système de rationnement et ses cartes d’alimentation, la pratique du marché noir, son sentiment d’incompréhension face à la loi obligeant les juifs à porter le brassard frappé de l’étoile de David. Peut-être l’auteur veut-il inciter le lecteur à se poser cette question : Finalement qu’est-ce qui est le plus absurde, des êtres venant d’une autre planète pour se nourrir de rêves humains ou l’extermination d’un peuple par une armée totalement déshumanisée ? Adrien fait à sa manière de la résistance en voulant sauver les Annwins car ces derniers représentent le rêve humain donc l’espoir que tout n’est pas perdu.

    Il y’a tout au long de ces pages beaucoup de thèmes récurrents comme la critique du comportement de l’Humanité, le thème de la mémoire et de la trace de nos ancêtres (l’histoire est basée sur la vie du Grand-père), et des questions plus métaphysiques comme « la vie après la mort » ; « la vie extraterrestre » et bien sûr l’adolescence. A plusieurs reprises le narrateur ne comprend pas la situation à laquelle il est confronté et alors il se dit « n’oublie pas que tu n’es qu’un gosse de treize ans ! ». A la fin du roman Adrien parvient, après de nombreuses péripéties à renvoyer les Annwins chez eux. Dans le prologue, il explique qu’il est aujourd’hui un vieil homme, qu’il a eu une femme et qu’il fut bouquiniste. Il n’a bien sûr jamais revu les Annwins. Bref, une vie assez monotone, comme pour dire que cette histoire appartient à sa jeunesse et que le monde des adultes est lui dénué de toute fantaisie.

    Rémy Lecluze

    Post-scriptum

    COLIN, Fabrice. Les enfants de la lune. Mango, 2001 (Autres Mondes )192 p. ISBN 274041255X