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Le sentiment d’abandon expliqué dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    INTRODUCTION

    Dans une famille standard, un enfant naît entouré de son père et de sa mère. Cependant, ce cas n’est plus si ordinaire que ça. En effet, d’après le livre de Jocelyne Dahan et Anne Lamy, Un seul parent à la maison : assurer au jour le jour, un enfant sur sept ne vit qu’avec un seul parent, généralement la mère (à 87%).

    Cette situation peut être éprouvante autant pour l’enfant que pour le parent. En effet, peut-on réellement remplacer le manque de l’autre parent, connu ou inconnu ? Le sujet traitera ici de l’abandon et du sentiment d’abandon. Cela passe par la mort d’un des deux parents à l’absence occasionnelle, pouvant emmener l’enfant à se poser des questions sur sa propre identité, et de la place qu’il occupe auprès de son parent.

    Pour expliquer ce phénomène, nous verrons dans une première partie que c’est tout d’abord le parent restant qui doit accepter le départ du conjoint. Par la suite, nous verrons que cette démarche permet à l’enfant de comprendre ce qu’il se passe.

    1- Le conjoint face au départ ou à l’absence

    Le concept de monoparentalité apparaît aux lendemains des révoltes de mai 68. C’est par l’émancipation des femmes principalement. Avec l’arrivée de la contraception en 1967, ce sont les femmes qui choisissent principalement quand est-ce qu’elles veulent devenir mère. Cependant, c’est par la loi de 1974 que l’on autorise officiellement la régulation des naissances. En même temps, le taux d’activité féminine progresse, comme l’explique l’ouvrage de Jocelyne Dahan et Anne Lamy.

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    © Albin Michel, 2005

    Cependant, toutes les familles n’ont pas eu le choix. Certaines femmes se retrouvent seules face à l’abandon de leur conjoint à l’annonce d’une grossesse, ou après la mort du conjoint. Même les hommes peuvent être abandonnés par leur femme. Comme l’explique l’ouvrage Un seul parent à la maison : assurer au jour le jour, « ces situations sont solitaires et parfois douloureuse ».

    Aussi, il faut différencier la famille monoparentale du foyer monoparentale. La famille monoparentale « c’est gommer l’existence de l’autre parent, qui n’est pas forcément absent », alors que le foyer monoparental « revient à décrire la réalité que connaissent ces familles : un seul parent vit dans cette maison ».

    La grossesse en situation monoparentale peut être choisie. Pour certaines femmes célibataires, c’est considéré comme une urgence. L’heure de la ménopause arrivant, elles ne veulent plus attendre d’être mariées, ou en couple pour donner la vie. Par conséquent, elles peuvent faire recours à des dons de spermes, et donc à des fécondations in vitro, ou bien simplement à l’adoption (même si cette option est plus longue, délicate et surtout fastidieuse).

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    © Bayard, 2000

    Que la situation soit choisie ou non choisie, il n’en reste pas moins que le rôle de la mère ou du père doit être rempli. C’est parfois une situation très dure. L’enfant va évoluer dans un carcan qui n’est pas forcément évidemment et défini. Il faut savoir trouver ses marques et aider au mieux l’enfant à s’épanouir et à trouver son identité. De là il faut faire valoir son autorité, ce qui est difficile car l’enfant aura tendances à se rabattre sur l’absence de l’autre parent comme expliqué dans le livre, L’autorité, de Catherine Saladin-Grizivatz. Il faut donc souvent le juste milieu entre tout ça, et c’est difficile. Cette absence peut amener le parent à douter, déprimer, mal réagir...

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    © Érès éd., 2007

    C’est une réaction cependant des plus normales. Comme l’expliquent les sociologues Gérard Neyraud et Patricia Rossi dans Monoparentalité précaire et femme sujet, il faut pour le coinjoint apprendre à se reconstruire, et ce pour plusieurs raisons. Il faut que l’enfant se sente à l’aise, et comprenne ce manque. Mais pour que l’enfant le comprenne et l’accepte, il faut d’abord que ce soit le parent qui fasse cette démarche. Démarche le plus souvent difficile puisque l’on a rarement le choix. Le plus souvent, après la mort subite d’un conjoint, les veufs sont souvent dépassés. Toutes les responsabilités avant partagées reposent désormais sur les frêles épaules encore fragiles de la mort du proche. Ils ont désormais la dure tâche de devoir élever l’enfant, seul. Malgré le fait qu’ils doivent eux-mêmes se reconstruire, il faut aider l’enfant à se construire et à comprendre ses origines.

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    © La Joie de lire, 2005

    Ce travail peut souvent emmener la mère ou le père à déprimer, et c’est vu comme une incompréhension de la part de l’enfant, comme si c’était sa faute. L’album pour enfant de Komako Sakai, Moi, ma maman, le montre très bien. Il s’agit là d’une histoire sur une mère, seule, qui doit élever son enfant. L’enfant dit : « Elle est paresseuse. Le dimanche matin elle dort très tard. Très très tard. Elle se réveille tard, très tard ». Elle apparaît comme débordée et lente « et en plus, elle vient toujours me chercher en retard à l’école. Comme elle oublie souvent de faire la lessive, aujourd’hui j’ai les mêmes chaussettes qu’hier ! ».

    Ces situations peuvent être déroutantes pour la construction de l’enfant. Cependant, il joue un rôle fondamental dans la reconnaissance de l’absence du conjoint. En effet, l’enfant est le motivateur et « rebooster » de la mère. Il lui permet de s’accrocher, et lui donne une motivation qu’elle n’aurait pas forcément, sans lui. Et l’enfant le voit. De là une relation particulière peut se créer, affectant parfois le quotidien. En effet, une relation trop fusionnelle (généralement présente chez la mère et le fils), peut entraîner un développement particulièrement précoce du complexe d’Œdipe. C’est notamment ce qu’illustre cet album. L’enfant se sent protégé, aimé, et veut « épouser maman ». Il ne comprend pas le rejet de cette demande, et refuse toute présence masculine dans le foyer. Cela peut être un trouble pour la vie sentimentale de la mère.

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    © L’École des loisirs, 2006

    Mais attention, son bien-être est important ! Dans l’album Au revoir, Papa, d’Emmanuelle Eeckhout l’enfant apprend que son père vient de mourir. C’est difficile pour lui d’intégrer la notion de « mort », et l’arrivée d’un nouvel homme dans la vie de sa mère n’arrange rien. Le rôle de la mère est aussi d’expliquer à l’enfant que ce n’est pas parce que le père est parti est qu’elle a rencontré quelqu’un d’autre, qu’elle oubliera le père. Il faut rassurer l’enfant, qui vit avec la crainte constante de l’oubli. Il faut qu’il apprenne à vivre avec l’absence, tout comme le parent. C’est ainsi qu’ils pourront réussir à se construire, et à devenir heureux, ensemble.

    Pour conclure cette première partie, il est vrai que le départ prévu ou non du conjoint n’est jamais facile à accepter. Il demande du temps, et beaucoup de patience. Mais pour l’équilibre de l’enfant, il faut essayer de comprendre, et d’accepter le deuil du proche ou de la relation.

    2- L’enfant face à cette absence

    Pour l’enfant, il est très difficile de faire face à cette absence. En effet, il grandit en sachant qu’il lui manque un repère. Un manque d’autorité peut le faire aller très loin. Il cherche à trouver ses marques, à comprendre au mieux, de manière autonome la façon dont il doit se comporter.

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    © Grasset-jeunesse, 2006

    Très jeune, ils se sentent perdus. Comme le montre l’album Au revoir, papa, dans le cas d’un deuil, il est dur de comprendre la notion de mort et d’après-mort. Ils ont peur pour leur parent décédé, et ne veulent parfois pas s’avouer qu’il ne reviendra jamais. Et l’arrivée d’un beau-père ou d’une belle-mère n’aide souvent en rien. Ils ont peur d’oublier l’être manquant. Et que l’autre parent aussi l’oubli. D’où la phrase « Et maman, est-ce qu’elle l’a oublié ? Elle a rencontré un monsieur [...]Il n’a pas le droit de voler Maman. C’est la femme de mon Papa ».

    Dans le livre Papa n’est jamais là !, la jeune fille explique la douleur de l’absence de son père, qui est toujours au travail. Dans ce cas, elle en revient à crier contre son père, à en « haïr son travail ».

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    © Actes Sud junior, 2012

    C’est un sentiment de solitude intense qui les envahit. Ce qui est remarquable, c’est que le sujet d’abandon est peu expliqué dans les romans pour adolescents. Dans le livre Tout seuls, de Marion Achard, ce sont un frère et une sœur qui partent, à la recherche de leur mère. « Tout seuls, mais ensemble ». Voilà ce qui décrit cette situation. Quand ils sont accompagnés de frères ou de sœurs, ils ressentent une force, qui les unit. C’est aussi ce qui leur permet de tenir, et de grandir ensemble.

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    © Albin Michel jeunesse, 2009

    L’ouvrage d’Alice Kuipers, Ne t’inquiète pas pour moi, raconte l’histoire d’une mère et de sa fille. Sous forme d’échange épistolaire via post-its, la relation de la mère et de sa fille est mise à nue, notamment lors de l’annonce du cancer de la mère. C’est un voyage aux enfers qu’elles vont vivre ensemble, jusqu’à la fin. Malgré toutes les rancœurs, c’est une émouvante lettre d’adieu qu’elle lui adresse.

    Vivre avec un être manquant est atrocement difficile. C’est un combat quotidien qui oblige de grandir souvent trop vite. De là se crée une relation fusionnelle avec l’autre parent, une relation permettant d’essayer de compenser le manque affectif. C’est avec ce soutient que l’enfant pourra évoluer, et comprendre le monde dans lequel il vit.

    CONCLUSION

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    © L’École des loisirs, 2003

    On peut dire que cette situation est, dans les plus souvent des cas, décrit avec beaucoup de sensibilité et d’émotions dans les livres pour enfants. Ils cherchent à expliquer la situation et à la relativiser. Souvent en utilisant l’anthropomorphisme (exemple : un lapin, un panda ou un écureuil pour désigner l’enfant), les auteurs expliquent les situations les plus courantes et de manière parlante.

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    ©Archimède-L’École des loisirs, 2000

    Quelques problèmes se posent cependant. Ce sujet est peu évoqué dans les romans adolescents, ou de manière -à mon sens- trop difficile. Pour les parents, quelques ouvrages leurs sont destinés et sont bien présentés.

    C’est un sujet difficile, mais toujours expliqué avec beaucoup de tact et de sensibilité.

    © Céline CRESPO, 2014

    Deust 2 Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    Post-scriptum

    BIBLIOGRAPHIE

    -  DUBOIS, Claude K. STIBANE, ill. Moi aussi, je veux maman ! Bruxelles : Pastel ; Paris : l’École des loisirs, 2003. - 29 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul ; 19 cm. (Lutin poche). ISBN 2-211-07127-9 (br.) 5,50 €

    L’histoire de deux petits écureuils. Leur mère est absente et l’un des deux est inquiet de ne jamais la revoir. Cet album explique parfaitement le sentiment d’absence et d’abandon.

    -  SAKAÏ, komako. Moi, ma maman. Traduit du japonais par Corinne Quentin. Genève : la Joie de lire, 2005. 31 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 26 cm. - Trad. de Boku okasan no koto/ ISBN 978-2-88258-303-1 (rel.) 13,50 €

    Dans cet album, l’enfant est représenté par un lapin. Suite au départ de son père, sa mère est triste tout le temps, et peine à s’occuper de son fils. C’est une histoire émouvante, montrant que l’amour d’une mère est indéniable malgré la tristesse, et que sa présence est essentielle.

    -  EECKHOUT, Emmanuelle. Au revoir, papa. llustrations d’Émile Jadoul. Bruxelles : Pastel ; Paris : l’École des loisirs, 2006. 21 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 24 cm. ISBN 2-211-08212-2 (rel.) : 11 €

    Son père est mort. C’est une notion difficile à comprendre lorsque l’on est jeune, notamment quand sa mère décide de refaire sa vie. C’est un album jeunesse qui explique de manière tendre que ce n’est pas parce qu’un être proche est mort que l’on va l’oublier. Une crainte récurrente chez les enfants.

    -  GENG Han, BERTRAND, Pierre. Maman panda. Paris : Archimède-l’École des loisirs, 2000. 29 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 25 x 27 cm. ISBN 2-211-05514-1 (rel.) 11,89 €

    La naissance du panda, et du courage de la mère face au départ du père. Une histoire réaliste et emplie d’émotion.

    -  DAHAN, Jocelyn, LAMY, Anne. Un seul parent à la maison : assurer au jour le jour. Paris : Albin Michel, 2005. 136 p. : couv. ill. en coul. ; 18 cm. - (C’est la vie aussi). Bibliogr. p. 130. ISBN 2-226-15557-0 (br.) : 8 €

    Un documentaire adulte, expliquant étape par étape comment « assurer » et aider au mieux l’enfant. Un outil idéal.

    -  KUIPERS, Alice. Ne t’inquiète pas pour moi. Traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec. Paris : Albin Michel jeunesse, 2009. 242 p. : couv. ill., jaquette ill. en coul. ; 19 cm. - Trad. de Life on the refrigerator door. ISBN 978-2-226-18320-0 (br.) : 10 €

    Des post-it sur un frigo. Voilà comment communiquent Claire et sa mère, jusqu’au jour où elles apprennent que la mère est atteinte d’un cancer du sein. Leur aventure, post-it par post-it jusqu’à la fin. C’est une histoire émouvante et prenante. Un roman d’adolescent à lire, expliquant avec beaucoup de délicatesse la perte d’un être aimé.

    -  SALADIN-GRIZIVATZ, Catherine. L’autorité. Paris : Bayard, 2000. 116 p. : couv. ill. en coul. ; 18 cm. (La vie de famille). ISBN 2-227-06759-4 (br.) : 49 F : 7,47 €

    -  NEYRAND, Gérard, ROSSI, Patricia Rossi. Monoparentalité précaire et femme sujet. Ramonville-Saint-Agne : Érès éd., 2007. 239 p. : couv. ill. en coul. ; 21 cm. (Pratiques du champ social). ISBN 978-2-7492-0768-1. 22 €

    -  ENGLEBERT, Éric Dr, Dubois, Claude K. ill. Papa n’est jamais là !. Paris : Grasset-jeunesse, 2006. 45 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 18 cm. (Les petits bobos de la vie). ISBN 2-246-70591-6 (br.) : 5,50 €

    -  ACHARD, Marion. Tout seuls. Arles : Actes Sud junior, 2012. 154 p. : couv. ill. en coul. ; 22 cm. (Romans ado). ISBN 978-2-330-00536-8 (br.) : 11 €

    Alors qu’il vient tout juste d’avoir un accident de voiture, Malo abandonne le corps inerte de son père pour rejoindre sa petite soeur. La peur d’être séparés et placés en foyer pousse les deux enfants sur les routes, avec le rêve de retrouver au Maroc leur mère qui les a abandonnés. [source ALS]