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Respire, d’Anne-Sophie Brasme

Une amitié peu ordinaire
 
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    Dès que l’on pose les yeux sur ce roman, la couverture donne le ton. Deux jeunes adolescentes, l’une debout aux bras grands ouverts et l’autre en retrait mais en profonde admiration face à son amie qui croque la vie à pleine dents. Respire débarque au cinéma, adapté par Mélanie Laurent, donnant alors l’occasion au Livre de Poche de le rééditer.

     Charlène a dix-neuf ans, et de sa cellule elle se remémore ses treize ans, là où l’enfer a commencé. On sait que tout va mal finir, puisque le roman commence en prison, où la narratrice est enfermée depuis deux ans. Que s’est-il passé pour qu’on la prive de son adolescence ? Elle décide de porter un regard sur son passé et de mettre par écrit l’enchaînement des événements, en partant de la petite fille qu’elle était...

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    © Le Livre de poche, 2014

    Une adolescente en quête d’amour

    Charlène est Parisienne, et vit dans un immense appartement, en apparence elle ne manque de rien. Sa mère n’est toutefois pas très aimante ni démonstrative tandis que son père est trop occupé à se réfugier dans son bureau faisant de lui un père absent. Son mal-être concernant ce corps de femme qui se fait attendre, devant sa puberté qui la fait languir ne l’aide pas à s’ouvrir au Monde. Ce besoin d’amour va la plonger dans une grande souffrance. Le sentiment d’être différente la ronge, Charlène fait une tentative de suicide en coupant sa respiration pour suffoquer. C’est alors que Sarah lui vient en aide. L’une est mal dans sa peau, réservée, triste et tendre. L’autre est joyeuse, expansive et adorée par tous.

    Une amitié étouffante...

    Sarah a su trouver les mots pour redonner goût à la vie de Charlène. Cette nouvelle amitié est vécue comme une seconde naissance inespérée. Les moments de fou rire et les week-ends vont nourrir cette histoire aux apparences trompeuses. Mais cette relation va vite se dégrader puisque Sarah va changer d’attitude en humiliant Charlène, la dénigrant sans cesse en public. La plupart du temps le récit se fait au point de vue interne, à quelques rares passages près où l’on connait également les ressentis et les pensées d’autres personnages comme sa mère, son petit ami, le point de vue se rapprochant alors davantage d’un point de vue omniscient. Cependant, l’identification au personnage se fait tout naturellement, on partage les interrogations, les angoisses et les émotions de Charlène pendant l’intégralité du récit. Charlène va vivre à travers Sarah, celle que tout le monde envie... c’est pourquoi l’amitié va faire place à la haine. Le lecteur suit donc la trajectoire de l’héroïne et découvre les prémices de la folie. Charlène n’est rien d’autre qu’asphyxiée par Sarah.

    Vers une amitié destructrice

    Comme la narratrice dans son histoire, le lecteur est pris dans les filets du roman et ne peut qu’assister, impuissant, à ce qu’il sait inéluctable dès le départ. Ainsi, le lecteur peut se focaliser sur les mécanismes psychologiques de la folie et de la dépendance affective, rendus encore plus bouleversants à cette période compliquée qu’est l’adolescence. La narratrice nous plonge dans son histoire d’amitié et non d’amour et pourtant, le schéma est semblable à une passion amoureuse : le dominant et le dominé, le harcèlement, la dépendance affective et obsessionnelle. On est face à un cercle vicieux, plus Sarah ignore et rabaisse Charlène et plus celle-ci se dévoue et veut se rendre digne de l’amitié de Sarah. Bien trop affectée par cette relation, elle ne sait plus comment se délivrer de l’emprise de Sarah.

    Une fin dangereuse ?

    L’histoire frôle la mort dès le début lorsque l’héroïne asthmatique tente de se suicider en bloquant sa respiration. Charlène nous fait part de ses angoisses dès son plus jeune âge tandis que lecteur est très attentif à ses confidences les plus sombres. J’ai été très surprise de la maturité de cette adolescente et de sa fragilité. L’auteur, âgée de 17 ans lorsqu’elle écrit ce premier livre, nous surprend par sa capacité à véhiculer autant d’émotions. Du rire aux larmes, cette histoire est dramatique comme si personne ne pouvait sortir indemne de ce jeu cruel entre les deux amies. Ainsi, ce roman oppressant n’excuse pas Charlène mais permet de comprendre sa détresse et fait surtout réfléchir sur les rapports forts entre adolescents.

    © Horia TEFAT, Licence 3 Sciences de l’Information et du Document, 6 février 2015

    Post-scriptum

    BRASME, Anne-Sophie. Respire. Ldp jeunesse, 2014. 189 p. ISBN 9782253153641

    Première édition : BRASME, Anne-Sophie. Respire. [Paris] : Fayard, 2001. ISBN 2-213-61030-4

    Genre : roman drame

    À partir de 12 ans

    Mots clefs : amitié, adolescence, meurtre, manipulation