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Le Chat peintre, d’Edvin Sugarev et Bearboz ill.

 
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    Un conte fantastique dont le maître mot est LIBERTÉ

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    © Éditions Élitchka, 2016

    Les amoureux de la lecture vous le diront : rien de tel qu’un livre pour voyager depuis son canapé ! Les Éditions Élitchka nous proposent de partir au pays de l’imagination avec des albums de littérature jeunesse bulgare.

    Le Chat peintre est un conte fantastique écrit par le poète, député et professeur de littérature bulgare contemporaine Edwin Sugarev. C’est Bearboz, illustrateur français aux multiples facettes - il a notamment travaillé pour Le journal de Spirou, Fluide glacial, ou encore Charlie hebdo) - qui anime ce texte à la fois drôle, poétique et dont le maître mot est LIBERTÉ. D’ailleurs, il faut en souligner l’excellente traduction par Eli.

    Un artiste condamné pour excès d’imagination...

    Sans ouvrir le livre, on est déjà attiré par la couverture blanche d’où se détache une illustration à l’encre noire : un chat au regard malicieux est à moitié caché par le titre écrit en rouge, seule couleur de cette couverture. D’ailleurs en feuilletant le livre, on pourrait s’étonner de n’y trouver que des dessins en noir et blanc à l’exception d’un peu de rouge, alors que le titre nous annonce qu’il est question de peinture. Mais rapidement, le lecteur se rendra compte que la technique d’encrage par des hachures permet d’obtenir de la texture, des volumes et des nuances de lumières pour donner un ensemble en mouvement et une sensation de spontanéité. Par ailleurs, on se prend vite au jeu d’imaginer nous même les couleurs des images en se servant de la description du texte. C’est là la magie de ce livre qui nous pousse à faire preuve de créativité !

    Une incroyable aventure s’offre à nous : avec sa queue en guise de pinceau, le chat peintre puise les couleurs dans son pelage et décore toute une ville avec des dessins d’étranges créatures rencontrées durant ses voyages. Hélas, devant ces représentations inconcevables, les habitants chassent le chat partout où il passe. Seuls les enfants « désobéissants » admirent ses œuvres extraordinaires et écoutent ses récits de voyages.

    La carrière de notre peintre à moustaches se trouve brutalement stoppée lorsque le roi de la ville décide non seulement d’interdire toutes représentations imaginaires mais aussi d’exécuter le chat.

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    © Éditions Élitchka, 2016

    Le quotidien ordinaire reprend ses droits et même les petits admirateurs de notre artiste en oublient tristement leurs facéties.

    En ouvrant le livre nous avions déjà quelques indices qui nous suggéraient l’ambiance de la ville : dès les pages de garde nous pouvions découvrir un paysage de campagne immobile où même la ville fortifiée à droite de la reliure parait silencieuse. L’unique élément animé de l’illustration est le chat qui guide le lecteur curieux vers cette cité entourée de remparts.

    À l’image de cette ville, la plupart des habitants sont repliés sur eux-mêmes car ils se soumettent aux critères de vérités établies par le roi : en effet, ici la norme relève de l’ordinaire, du familier et ceux qui s’en détournent sont sévèrement punis.

    C’est pourquoi le chat qui a voulu partager une autre vision du monde par le biais de l’art est considéré comme un élément perturbateur. Seuls les enfants désobéissants sont curieux d’en apprendre plus sur l’origine des illustrations tandis que les adultes s’en désintéressent et repoussent l’animal. Finalement, le pauvre chat est traité comme un criminel qu’il faut réduire au silence. Tout semble perdu pour le chat peintre... Mais c’était sans compter sur le courage de la désobéissante Yana !

    ...Sauvé par le courage d’une enfant désobéissante

    Cette petite fille a bien l’intention de surmonter l’impossible pour sauver son artiste préféré. Elle parvient en pleine nuit à se faufiler jusqu’au cachot du malheureux chat qui lui confie une de ses moustaches pour toucher les personnages qu’il a peints. La partie la plus amusante du livre commence alors puisque cette moustache a le pouvoir de donner vie aux dessins et le lecteur prendra un grand plaisir à les reconnaître puisqu’ils sont tirés de la bande-dessinée, de la littérature jeunesse, de la peinture mais aussi de dessins animés : on peut apercevoir le chat du Cheshire, un schtroumpf et même Donald !

    Apprenant le sort funeste réservé au chat peintre, les personnages décident de se rendre sur la place où l’exécution est programmée afin de prouver qu’ils existent bel et bien et que le chat disait donc la vérité. Telle la triomphante Marianne du célèbre tableau d’Eugène Delacroix, une double page nous montre un dessin de Yana menant un cortège de créatures extraordinaires. Le lecteur est pris d’un sentiment de liberté, renforcé par les touches de couleur rouge qui rendent cette scène glorieuse.

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    © Éditions Élitchka, 2016

    Les habitants, sidérés par ces présences inhabituelles sont forcés d’admettre leur existence et le roi doit renoncer à pendre le chat.On assiste alors à une véritable transformation de la ville par tous les habitants : animé d’une force créatrice, chacun se met à peindre les murs comme le faisait le chat.

    En transmettant son art et ses fabuleuses découvertes aux jeunes générations, et en affrontant l’autorité despotique d’un roi niant une autre vérité, le chat et Yana sont parvenus d’une part à défendre la liberté d’expression, d’autre part à prouver à tous les habitants de la ville qu’un autre monde était possible.

    Désormais ouverts au monde extérieur, les habitants voyagent et partagent leurs expériences en dessinant ce qu’ils ont vu, et la toute fin du livre montre que la ville est sortie de son enfermement puisque des dessins recouvrent les remparts et qu’avion et cerf volant survolent cette joyeuse cité. La culture, l’art et l’imagination sont des outils permettant à chacun de façonner librement un monde de tous les possibles. Quant à notre chat, il est parti explorer de nouveaux horizons.

    Une histoire d’actualité

    En refermant ce livre, on saisit qu’il s’inscrit parfaitement dans l’actualité. Cet album est donc un excellent support d’étude ludique pour les enfants : à la maison ou à l’école, le parent ou le professeur peut expliquer l’enjeu de la liberté d’expression.

    Il peut aussi être utilisé en cours d’Arts plastiques pour faire reconnaître ou découvrir aux élèves un large éventail de dessinateurs de différentes nationalités, de styles variés, ayant vécu du XIXème siècle à aujourd’hui. Une liste au début du livre permet d’ailleurs de retrouver les noms des artistes auxquels Bearboz a voulu rendre hommage : on retrouve notamment les illustrateurs de presse Charb et François Cavanna, des grands noms de la bande dessinée comme Franquin ou Peyo, mais aussi les illustrateurs de jeunesse Sendak et Tenniel ou encore les artistes peintre Van Gogh et Picasso.

    Lorsque le chat peintre arrivera chez vous pour vous donner le courage d’explorer l’inconnu avec confiance, je suis sûre que vous lui ferez bon accueil !

    © Mélanie Heurtevin, juin 2016

    Un grand merci aux éditions Elitchka pour l’autorisation de publier les images.

    Post-scriptum

    SUGAREV, Edvin, BEARBOZ ill. Le chat peintre. Traduit du Bulgare par Eli. Éditions Elitchka, 2016. 40 p. : ill. en coul. ; 22 x 24 cm. ISBN : 978-2-37147-009-5 Relié, couv. cartonnée. 16,50 €

    Dès 5 ans.

    Mots clefs : courage, liberté d’expression, art, chat, enfant, partage, culture, voyage, imagination

    Découvrez l’album Le chat peintre et ses auteurs sur facebook.com/EditionsElitchka

    À découvrir également sur Lille3jeunesse, la critique de l’album La luciole et le hibou, d’Anguel Karaliitche et Sherley Freudenreich ill.

    Les Éditions Elitchka

    Élitchka est une nouvelle maison d’édition créée en Alsace en décembre 2013. Souhaitant promouvoir le patrimoine culturel bulgare, elle présente des contes d’auteurs bulgares, ainsi que des contes populaires de ce pays, sous forme d’albums qualitatifs grand format, avec un graphisme épuré.

    La maison met en avant des histoires d’aventures, à morale, des contes-randonnées, illustrés par des artistes français et bulgares, et inédits en France. Ce sont avant tout de belles histoires sans âge. Chacune est un coup de cœur. La ligne éditoriale d’Élitchka est axée autour des thèmes de la liberté, la force créative, l’amour, le voyage initiatique. La maison lance de nouveaux illustrateurs.

    Élitchka désigne en bulgare le petit sapin, l’arbre toujours vert. Cette maison est une recherche du regard de l’enfant qui ne juge pas le monde qui l’entoure, et qui y puise sa force. Elle représente un pont jeté d’un bout à l’autre de l’Europe, un pont qui relie le pays d’origine d’Elitza Dimitrova à son pays d’adoption.

    Découvrir le site ulule.com/elitchka/