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La luciole et le hibou, d’Anguel Karaliitche et Sherley Freudenreich ill.

 
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    © Sherley Freudenreich / Elitchka, 2016

    Un sombre conte particulièrement lumineux

    La luciole et le hibou est un conte fantastique des éditions Elitchka, écrit par Anguel Karaliitchev. Depuis 1924, cet auteur écrit des nouvelles et des contes pour les enfants. N’hésitant pas à aborder des thèmes difficiles comme la solitude ou la mort, il est considéré comme le Andersen Bulgare. La Luciole et le Hibou est son second texte édité en France, après Une larme de maman.

    L’illustratrice de cet album est Sherley Freudenreich. Cette magicienne de l’image réalise des dessins pour les spectacles et les livres. Sa créativité permet de transporter le lecteur dans une aventure percutante en donnant véritablement vie à ce récit avec ses dessins flamboyants et la technique de rétro éclairage : en éclairant l’arrière de ses dessins avec une lampe, la lumière semble sortir du papier et fait vibrer les couleurs.

    Au cœur de la forêt dangereuse...

    Ainsi, la couverture du livre est tout à fait troublante et il est difficile d’en détourner les yeux : un gigantesque hibou dominant la cime des arbres semble scruter d’un air menaçant les êtres qui auraient le malheur de passer par là. Son unique œil, particulièrement lumineux et perçant, capte le regard et le sentiment de menace qui se dégage de cette mystérieuse illustration est renforcé par les puissantes couleurs rougeoyantes.

    Si vous parvenez à détacher votre regard de celui du hibou pour ouvrir le livre, les pages de garde vous plongeront dans une immense forêt dans laquelle le lecteur se laissera guider par la vibrante lumière apparaissant derrière le feuillage. À la page suivante, nous découvrons qu’il s’agissait de la lueur d’un feu autour duquel on s’imagine prendre place pour découvrir le récit qui nous attend :

    L’âne Marko demande à la luciole venue profiter du feu pour rallumer sa lanterne d’aider un voyageur perdu dans la sombre et dangereuse forêt à retrouver le chemin du village. Mais la luciole est tuée par le « mauvais esprit » de la forêt, le terrifiant hibou. Marko a tout entendu et raconte le triste sort de la luciole aux villageois qui décident de s’unir pour mettre un terme à se règne de terreur.

    Ce conte réuni tous les ingrédients qui attiseront la curiosité du petit lecteur : une sombre forêt où l’on se perd, une créature de la nuit malfaisante, des animaux doués de paroles, et une petite fille, Véra, à laquelle l’enfant pourra s’identifier.

    ... Brille une lueur d’espoir

    Mais cet album nous étonnera aussi en mettant en scène des personnages aux rôles inattendus et en jouant avec l’ambivalence des émotions :

    Habituellement décrit comme obstiné et ignorant, l’âne Marko veille au bien-être des créatures qui l’entourent. Le hibou, souvent représenté comme un symbole de sagesse est ici une sorte de démon de la forêt, empêchant la moindre lueur d’espoir d’apparaître au cœur des ténèbres. Pour une fois, ce n’est pas un chevalier ou un puissant magicien qui parvient à combattre le monstre de l’histoire mais plusieurs héros du quotidien. En effet, en apprenant le sacrifice de la courageuse petite luciole, les villageois s’unissent pour ramener la lumière dans cette forêt. Ainsi, les Hommes (« les petits gars » et « les grands-mamans ») et les animaux ( Marko, mais aussi des crabes, des oiseaux et des chats) parviendront à combattre le hibou pour qui, j’en suis certaine, de nombreux lecteurs auront malgré tout de la compassion devant sa solitude et son chagrin.

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    L’union des villageois
    © Céline Correale ill. / Elitchka, 2016

    Les tons fauves des illustrations rappelleront soit un sentiment de peur, soit une impression de bien-être : la couleur rouge du danger de la couverture devient la chaleur réconfortante d’un feu de bois et nous émerveille en colorant la forêt de touches automnales.

    Par ailleurs, cette forêt est comparable à un personnage dans le sens où elle n’est pas qu’un simple décor : c’est un labyrinthe dangereux, mais aussi un lieu de rencontre magique entre les hommes et les animaux capables de parler. Enfin, comme on le retrouve souvent dans les contes, la traverser est un rite initiatique puisqu’en allant chercher la lanterne de la luciole, Véra en deviendra la gardienne. L’illustration qui représente ce moment et qui clôture ce conte s’oppose à celle de la couverture car telle une déesse bienveillante, Véra surplombe les arbres de la forêt et tient dans sa main la lumière qui n’est plus celle un œil malveillant mais le symbole de la vie et de l’espoir.

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    Véra et la lumière
    © Sherley Freudenreich / Elitchka, 2016

    Cet album fera frissonner de plaisir le petit lecteur avec son histoire à la fois sombre et si pleine d’espoir. C’est aussi un support intéressant pour organiser un atelier d’art plastique où on pourra expliquer et tester avec les enfants la technique de rétro-éclairage. Il permettra également d’aborder à l’école ou à la maison le thème de la solidarité en démontrant que l’union, même des plus petits, fait la force. En lisant ce conte, les enfants acteurs du monde de demain comprendront qu’ils peuvent devenir eux aussi les gardiens de la lumière.

    © Mélanie Heurtevin, juin 2016

    Avec tous les remerciements de Lille3jeunesse aux Editions Elitchka pour l’autorisation de publier les images.

    Post-scriptum

    KARALIITCHE Anguel, FREUDENREICH Sherley ill. La luciole et le hibou, traduit du Bulgare par Eli : Éditions Elitchka, 2016. 40 p. : ill. En coul. ; 22,3 x 24,5 cm. ISBN : 978-2-37147-007-1 Relié , couv. cartonnée. 16 € Dès 6 ans. Mots clefs : conte, mort, peur, ténèbres, lumière, espoir, vie, révolte, solidarité, hibou, luciole, enfant, village, rouge

    Découvrez l’album La luciole et le hibou et ses auteurs sur le site de l’éditeur ulule.com et sur facebook

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    © Céline Correale ill. / Elitchka, 2016

    -  le premier album d’Anguel Karaliitchev et de Céline Correale :

    -  et sur Lille3jeunesse, la critique de l’album Le Chat peintre, d’Edvin Sugarev et Bearboz ill.

    Les Éditions Elitchka

    Élitchka est une nouvelle maison d’édition créée en Alsace en décembre 2013. Souhaitant promouvoir le patrimoine culturel bulgare, elle présente des contes d’auteurs bulgares, ainsi que des contes populaires de ce pays, sous forme d’albums qualitatifs grand format, avec un graphisme épuré.

    La maison met en avant des histoires d’aventures, à morale, des contes-randonnées, illustrés par des artistes français et bulgares, et inédits en France. Ce sont avant tout de belles histoires sans âge. Chacune est un coup de cœur. La ligne éditoriale d’Élitchka est axée autour des thèmes de la liberté, la force créative, l’amour, le voyage initiatique. La maison lance de nouveaux illustrateurs.

    Élitchka désigne en bulgare le petit sapin, l’arbre toujours vert. Cette maison est une recherche du regard de l’enfant qui ne juge pas le monde qui l’entoure, et qui y puise sa force. Elle représente un pont jeté d’un bout à l’autre de l’Europe, un pont qui relie le pays d’origine d’Elitza Dimitrova à son pays d’adoption.