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Te souviens tu de Wei ? / Gwenaëlle Abolivier, Zaü ill.

 
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    « 1916-2016 : Centenaire de l’arrivée en France des travailleurs chinois de la Grande guerre »

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    © HongFei Cultures, 2016

    Drôle de sensation à la découverte de ce livre Te souviens tu de Wei ?. Un nom à consonance chinoise, un homme de type asiatique dessiné en page de couverture, tout nous porte à croire au premier abord à une histoire ou à une légende du continent asiatique. Et pourtant, pourquoi nous demanderait-on alors de nous en souvenir, nous lecteurs européens ?

    Le bandeau éditeurs nous mène alors sur la piste : « 1916-2016 : Centenaire de l’arrivée en France des travailleurs chinois de la grande guerre ». Nous voilà éclairés un peu plus, bien qu’au final cela ne vienne qu’ajouter encore plus de mystère sur ce livre.

    Intrigués, nous nous penchons sur le prochain indice, la 4ème de couverture : « La Première Guerre mondiale a requis des forces nombreuses et diverses. 140 000 travailleurs chinois ont ainsi pris part à l’effort de guerre entre 1916 et 1918 en France, où quelques milliers d’entre eux s’installeront pour une vie qu’ils n’avaient pas imaginée. » Quelle surprise donc de découvrir ici un point de notre histoire fort méconnu, qui ne nous est pas, à mon souvenir, enseigné dans les manuels scolaires d’Histoire.

    Le livre en lui-même est composé de deux parties distinctes. La première, l’histoire de Wei, quittant la misère de la Chine de l’époque, rêvant en vue d’une vie meilleure en Europe, et tombant dans une autre forme de misère, celle de la Première Guerre Mondiale. La seconde partie, quant à elle, est un résumé historique nous expliquant concrètement qui étaient ces travailleurs chinois et dans quel contexte l’Europe a fait appel à leur travail.

    (JPG)
    © HongFei Cultures, 2016

    En nous penchant sur l’histoire de Wei, l’auteure tient à provoquer chez nous le sentiment de se souvenir du périple entrepris par ce travailleur chinois.

    « Te souviens tu de Wei ? », question maintes fois répétée lors du récit, nous donne l’impression dans un premier temps qu’elle s’adresse aux anciens combattants, aux contemporains de cet homme qui a tout quitté pour s’engouffrer dans les horreurs de la guerre ; « Te souviens tu de Wei ? » qui, à tes côtés, a enduré les souffrances de la Première guerre mondiale ? Dans un second temps, cette question pourrait s’adresser aux descendants de ces travailleurs chinois, notamment ceux qui ont décidé de rester en France après le conflit, se (re)construisant une nouvelle vie ; « Te souviens tu de Wei ? », ton père, ton grand-père, ton arrière-grand père, qui travailla dur dans un pays qui n’était pas le sien, pour pouvoir te donner la chance d’exister, de faire partie de ce monde ?

    Puis nous finissons par comprendre que cette question nous est adressée à nous directement, nous lecteurs d’aujourd’hui, héritiers du sacrifice des ces hommes du XXe siècle, dont l’implication, fort méconnue en France, a une importance non négligeable ; « Te souviens tu de Wei ? », qui a travaillé dur pour soutenir le conflit et la reconstruction d’un nouveau monde.

    Le style graphique du livre, flou et léger, convient tout à fait ici à permettre au lecteur de vivre cette histoire personnellement, en créant, en inventant le souvenir de Wei. Nous pouvons alors aisément imaginer notre propre Wei, en apportant des détails de notre choix là où le style graphique nous laisse libre et ne nous impose que le minimum. Les dessins sont tout à fait aptes à permettre d’intégrer cette histoire à notre mémoire, et ainsi d’intégrer cette histoire à la mémoire collective, à l’Histoire.

    Le découpage du texte évoque lui aussi très bien le souvenir, par des morceaux de phrases reconstruisant petit à petit le récit de ce travailleur chinois. On pourrait néanmoins reprocher la forme du texte, d’un aspect trop classique, un sentiment de copier-coller. Il aurait gagné à être intégré dans le côté onirique du dessin, en imaginant par exemple des vagues de phrases qui se perdent dans les illustrations, qui semblent se former à partir des dessins.

    Wei, un souvenir dans l’histoire de l’Homme

    Pour finir, le choix du nom du personnage, Wei, n’est pas anodin. Il est très représentatif de la force de ces travailleurs chinois et de la probable méconnaissance du lectorat européen.

    Le nom Wei peut être rapproché à un état de Chine du Vème siècle au IIème siècle avant J.-C., ou à un royaume de la période des Trois Royaumes, ou à une dynastie, les Wei du nord, qui régna en Chine du nord de 386 à 534, mais encore à une rivière de Chine, affluent principal du fleuve jaune. Autant de force dans ce nom qu’il y a pu avoir dans celle de ces travailleurs chinois, mais aussi autant de méconnaissance de la culture chinoise du point de vue européen qu’il y a de méconnaissance de ces travailleurs chinois dans le conflit de la Première Guerre mondiale, du moins de ce qui nous en est contée.

    Wei, c’est aussi plusieurs astérismes (groupe d’étoiles dessinant une figure) de l’astronomie chinoise. Ces travailleurs, qui brillèrent par leur force, qui apportèrent de la clarté dans le fouillis de la guerre, et qui sont oubliés aujourd’hui dans l’immensité de l’Histoire, car personne ne posent les yeux sur eux.

    Ce livre est donc là pour nous rappeler quelles forces d’antan ont brillé pour nous permettre d’exister aujourd’hui. L’histoire de Wei, dans la première partie, pour nous permettre de construire notre propre souvenir de ces travailleurs chinois, puis le coté historique de la seconde partie, pour nous permettre d’inscrire et de situer ce souvenir dans l’Histoire de l’Homme. La première partie nous raconte une histoire, la seconde nous enseigne son Histoire.

    Te souviens tu de Wei ?, un livre pour découvrir, un livre pour se rappeler, et surtout un livre pour ne pas oublier.

    © XanPn, octobre 2016

    Avec tous les remerciements de Lille3jeunesse aux Editions HongFei pour l’autorisation de publier les images.

    Post-scriptum

    ABOLIVIER Gwenaëlle, ZAU ill. Te souviens-tu de Wei ? : l’histoire d’un travailleur chinois de la Grande guerre . Amboise : HongFei, 2016. 52 p. : ill. En coul. ; 24 x 32 cm. ISBN : 978-2-35558-110-6 Relié, couv. cartonnée. 15,50 €

    Dès 8 ans.

    Mots clefs : Chine, guerre, Grande guerre, Première guerre mondiale, immigration, travailleur immigré, Histoire, souvenir.

    Découvrez l’album Te souviens-tu de Wei ? et ses auteurs :

    -  sur le site hongfei-cultures.com

    -  sur facebook.com

    et, sur Lille3jeunesse, les critiques d’autres albums des éditions HongFei Cutures :

    -  La lance et le bouclier : deux fables chinoises racontées par Geneviève Clastres et illustrées par Sandrine Thommen

    -  Petit chat et le ballon, de Joel Franz Rosell et Constanze Von Kitzing ill.

    Les Éditions HongFei Cultures

    La maison d’édition HongFei Cultures a été créée en France en 2007. Elle développe depuis une ligne éditoriale singulière.

    © Éditions HongFei Cultures, (JPG) « HongFei 鴻飛 signifie « Grand oiseau en vol » en chinois. Le mot est emprunté à un poème de SU Dongpo (xie siècle) ; la vie y est comparée à un grand oiseau qui laisse des traces sur de la neige qu’il survole, sans s’y attacher. HongFei s’écrit en deux syllabes liées avec majuscule intercalée.

    Cultures - avec majuscule et au pluriel - marque notre attachement à la pluralité et à la rencontre des singularités.

    Le logo des éditions HongFei Cultures s’inspire du dessin à l’origine du caractère chinois « oiseau » 鳥 et fait référence aux sceaux traditionnels ; il représente un oiseau et les traces qu’il laisse sur la neige. »

    « Les éditions HongFei Cultures développent une ligne éditoriale singulière proposant une expérience sensible de la Chine et valorise une expérience de l’altérité. Pour cela, HongFei conçoit essentiellement des livres jeunesse en invitant des artistes français à illustrer des textes d’auteurs chinois classiques ou contemporains, de Chine continentale ou de Taïwan. Au-delà des seuls contes, le catalogue de la maison se nourrit d’histoires merveilleuses, tendres ou cruelles, de fables, de poésie, de textes « à penser », etc., qui témoignent d’une culture littéraire deux fois millénaire, infiniment riche d’humanisme, d’universalisme et d’intemporalité.

    Ce faisant, loin d’une démarche patrimoniale, et en se gardant de tout didactisme ou exotisme, HongFei a à cœur, non de « montrer » une Chine objet de curiosité mais d’emprunter le regard d’auteurs chinois pour offrir aux jeunes lecteurs des histoires à aimer où ils se surprendront à s’émerveiller avec l’Autre, qu’ils croyaient pourtant si différent.

    C’est ainsi que cette proposition éditoriale tend à l’apprentissage de l’altérité. Si certains titres hors collection sont sans lien avec la Chine - par leur auteur, leur sujet ou les deux à la fois - tous nous invitent à élargir notre horizon dans ce sens, autour de trois thèmes : le voyage, l’intérêt pour l’inconnu et la relation à l’autre. » hongfei-cultures.com

    Le blog de HongFei en chinois : hongfei-in-chinese.hautetfort.com/

    Pour sa 7ème édition, le Salon du livre jeunesse de l’Océan indien a choisi HongFei Cultures comme invité l’Honneur à la Réunion. Excellent choix !

    -  http://www.adbenreunion.fr/index.ph...

    -  http://www.journal.re/societe/le-sa...