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Le garçon qui voulait courir vite, de Pierre Bottero

 
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    Jules a six ans. (GIF) Il ne parle presque plus. Il semble toujours concentré dans ses pensées. De temps en temps, il regarde sa grande sœur, Agathe, et dit de sa petite voix : « On court ? ». Jules ne sait plus courir. Ce n’est pas qu’il ne peut pas, ce n’est pas non plus de la mauvaise volonté. Chaque fois qu’il essaie, c’est comme si son corps n’en faisait qu’à sa tête, tant et si bien qu’il n’avance pas plus vite que s’il avait marché, quand il ne tombe pas. Sa sœur, Agathe, c’est sa bouée de sauvetage, celle qui le rappelle à la réalité depuis la mort de leur père. Le lien fraternel qui les unit est si fort qu’elle est la seule à interpréter le moindre regard, le plus petit des gestes de Jules avec exactitude. Jusqu’au jour où un grand événement touche son frère...

    Pierre Bottero nous livre ici une histoire réaliste, presque un témoignage, tant les individus semblent criants de vérité, de par la justesse de leurs sentiments, leurs actes, leurs paroles. Du début à la fin, le lecteur est comme amené à lire le journal intime d’Agathe. Les temps utilisés (imparfait et passé composé), le vocabulaire simple, les dialogues dynamiques contribuent à donner une sensation de spontanéité et de véracité, comme si Agathe couchait par écrit les événements au jour le jour (la construction des chapitres répond à cette logique, qui plus est). Agathe nous expose dans ses moindres détails sa vie quotidienne, que ce soit ses peurs, ses doutes, ses espoirs et ses joies...

    Si Agathe semble avoir surmonté le traumatisme inhérent au décès de son père, on ne peut s’empêcher de discerner un mal être (« J’ai l’impression qu’à la mort de papa, une partie de mon cœur a brûlé en même temps que la voiture et qu’en plus j’ai vieilli de dix ans dans ma tête ») et des résurgences qu’elle n’arrive pas à exorciser (« j’ai reconnu mon cauchemar familier, celui qui hantait mes nuits depuis cet été »). C’est d’autant plus vrai, au regard de son petit frère, Jules, qui, d’une certaine manière est la représentation imagée de ce malaise (« J’étais la grande sœur, celle qui console sans juger, celle qui aime et j’étais aussi mon frère, ce petit garçon effrayé qui se débattait avec le souvenir d’une nuit d’été... »). Tout comme sa sœur, le fait de ne pas savoir ce qu’il pense nous interroge mais surtout nous émeut et nous inquiète. Et comme Agathe, nous aimerions pouvoir l’aider.

    Plus le récit se déroule, plus le mutisme et la désarticulation corporelle de Jules se dégradent, et plus le lecteur, au même titre que sa mère et sa sœur, sombrent dans le désespoir (« Jules se retirait chaque jour un peu plus vers le fond de sa coquille et personne n’arrivait à inverser le processus »). Et lorsque Jules reparle enfin, on ne peut s’empêcher de frissonner de joie, à l’idée de savoir que le deuil est enfin consommé. C’est seulement à partir de ce moment là que nous comprenons de quelle manière Jules (et par extension, Agathe) a trouvé le remède à son mal intérieur. Ce remède ? C’est l’Amour. Ceci dit, il ne peut exister sans s’ouvrir aux autres, ce qui n’est pas évident, quand on est sous la férule du choc psychologique. Et pourtant, Agathe va s’en sortir grâce à Thomas, un garçon de son collège, et à leur passion mutuelle pour le Seigneur des Anneaux. Jules aussi, avec l’aide conjointe de sa pédopsychiatre et de sa mère. Quant à cette dernière, elle garde la tête hors de l’eau grâce à son amour pour ses enfants.

    Le garçon qui voulait courir vite est donc un message d’espoir, la confirmation que la vie reprend toujours le dessus face à la mort, aussi dure soit-elle.

    Pour ceux et celles qui doutent que l’Amour soit capable de vous rendre votre joie de vivre...

    Brice Peeren, Deust STID, 2006

    Post-scriptum

    BOTTERO, Pierre. Le garçon qui voulait courir vite. Paris : Flammarion, 2002. (Castor Poche). 210 p. ISBN 2-08-16-1266-6.

    À partir de 10 ans.