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À-pic, de Franck Secka

 
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    Pour la première fois, Jean peut accompagner son grand frère aux sports d’hiver. Mais quand on est le plus jeune, il est bien difficile souvent de se faire une place dans le groupe. Qu’à cela ne tienne, les vacances et la station de ski sont prometteuses et Jean saura en profiter... pour en sortir plus fort, plus riche d’expériences vécues, en un mot, grandi.

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    À-pic n’est pas un récit réaliste : il arrive à Jean trop de mésaventures en une semaine de vacances pour qu’on y croit vraiment. Tour à tour, le voilà défiguré par un terrible coup de soleil, recousu au niveau de l’arcade sourcilière après avoir inopinément rencontré un sapin, perdu au cœur de la ville voisine, puis dans la forêt, assommé par une chute de près de huit mètres. Sa côte de popularité oscille depuis les hauts sommets après une petite démonstration de ski, aux gouffres insondables lorsqu’on le dit avec Vanessa dont tout le monde se moque, puis elle remonte après qu’il est perdu. " Pour devenir quelqu’un, il suffisait en sorte de faire n’importe quoi : c’était ma nouvelle théorie " (p.75). Jean découvre ainsi le groupe et ses exigences particulières pour être reconnu en son sein. Ses petites glorioles lui permettent dès lors de côtoyer les " grands ", laissant son camarade Paul, l’autre petit, dans les jupes de sa maman accompagnatrice.

    Ce qui intéresse Jean, par delà une certaine reconnaissance du groupe, est d’être reconnu par un de ses membres, Samuel, dont il n’a de cesse de se rapprocher. Ses coups d’éclats en ce sens lui seront profitables puisque Samuel le prend sous sa coupe et l’invite à intégrer le clan des " grands ". Peu à peu, Jean prend conscience qu’il est amoureux de Samuel, sentiment qui s’affirme lorsque, un soir où il a trop bu, Samuel l’embrasse sur la bouche. Depuis, Jean veut se rapprocher du garçon mais ce dernier lui en veut de remettre ce baiser sur le tapis et l’évite ostensiblement.

    Nous sommes en présence de deux personnages homosexuels dont l’un s’assume très bien et l’autre pas du tout. Très vite, le groupe est au courant de l’attirance de Jean pour Samuel mais jamais le premier ne semble en être gêné. Bien au contraire, il fait montre du recul nécessaire pour se jouer des inévitables quolibets, recul presque étonnant pour son âge, et va jusqu’à voler un second baiser à Samuel dans le bus du retour, aux yeux de tous. Jean s’accepte totalement et s’affirme en très peu de temps. Apparemment, son homosexualité ne lui pose aucun problème. Il ne se pose jamais de question. Pas d’homophobie intériorisée donc (ce qui quelque part fait plaisir, lire une histoire où l’homosexualité du personnage n’est pas vecteur de honte ou d’angoisse), mais pas non plus d’homophobie venant des autres. Les parents du jeune protagoniste sont " out " dès le début de l’histoire, les enfants partant loin en classe de neige ; ils sont à mille lieues de tout cela et, d’ailleurs, jamais on ne dit que les enfants leur écrivent. Les autres, le groupe, ne lâchent que " quelques plaisanteries fines " apparemment pas trop méchantes et Jean trouve même en Vanessa et Emmanuelle deux confidentes à qui partager ses amours malheureuses. Seul Samuel lance un " petit pédé " auquel on a du mal à croire vraiment. La place est libre à l’affirmation de soi. De ce point de vue, le personnage de Jean apparaît comme bien sympathique et rare dans la Littérature de Jeunesse.

    Une leçon de vie

    En revanche, Samuel est plus tourmenté. Il refuse d’admettre une quelconque attirance pour les garçons et se borne à mépriser Jean. Mais Jean est plus fort que Samuel. S’il souffre du mépris et du refus de l’être aimé, c’est lui qui finalement a le dernier mot. Parce qu’il s’accepte. Il ne dit d’ailleurs pas autre chose lorsqu’il affirme : " Ce que l’autre ne veut pas, personne le voudra à sa place. Ce que l’autre ne dit pas (même si tout, dans son comportement, invite à croire qu’il le pense) n’existe tout simplement pas. C’est à chacun d’avancer, ou non, sur le chemin qui lui plaît. Quant à moi, j’évite désormais de souffrir pour un Samuel. " (p. 127). Cette leçon de vie, Jean explique bien qu’il faut peu pour qu’elle se termine bien. Un mot suffit. Si, au lieu de " petit pédé ", Samuel avait osé reconnaître son trouble... Si peu.

    À-pic est donc un livre agréable. Certes, il semble baigner dans une atmosphère un peu trop bon enfant et peu réaliste, mais le résultat vaut néanmoins la peine d’être lu. En faisant de Samuel un personnage prisonnier de lui-même, il nous force à réfléchir sur l’acceptation de soi et peut, en ce sens, être rapproché du Frère de Ted Van Lieshout ou de Valérie et Chloé de Déborah Hautzig.

    À lire à partir de 14 ans

    par Thomas Chaimbault (11/02)

    Post-scriptum

    SECKA, Franck. A-pic. Thierry magnier, 2002. ISBN 2844201997

    Mots-clefs : psychologie adolescente / amour / homosexualité /

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