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Arrête ton cinéma ! de Guillaume Guéraud et Henry Meunier

 
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    Trois loustics qui se prennent pour des gangsters, ça peut vite mal tourner

    (GIF)

    Il y a Najib, expert en kung-fu et en acrobaties diverses ; Lionel, un peu couard mais expert en maths ; et le narrateur, cinéphile averti dont la passion lui a appris moultes combines pour échapper à la police.

    Ces trois pré-ados ont un projet commun : trouver de l’argent pour s’offrir des petits plaisirs. L’idée reste dans un coin de leur mémoire jusqu’à ce que leur maîtresse, Mme Jeune-Vieille, les lance sur un sujet d’exposé : les petites annonces.

    Bien sûr, a priori, ils ne pensaient pas que cela redonnerait un coup de fouet à leur projet. Mais c’est en voyant le préposé aux machines à café recueillir le butin quotidien que le plan a surgi : il suffit d’observer minutieusement les gestes de cet homme, ses allers et venues, leurs fréquences et leurs horaires... et trouver un moyen de détourner son attention pour s’emparer du pactole.

    Bien sûr dit comme ça, ça semble facile mais, c’est bien connu, les choses ne se passent pas toujours comme on les a envisagées... et encore moins comme au cinéma. Le préposé aux machines à café n’est pas celui qu’ils ont observé depuis une semaine mais un type patibulaire qui n’a pas l’air sympa et l’acrobatie de Najib se transforme en réel accident...

    Dans ce récit, on retrouve avec plaisir les thèmes chers à Guéraud : le cinéma, les arts martiaux, le milieu journalistique et la petite délinquance. Il me semble qu’il y a une incongruité à faire d’élèves de primaires des casseurs avertis, mais après tout les enfants élevés aux westerns et aux polars développent sans nulle doute un imaginaire de gangster, ceci dit sans malice aucune. Car, il faut le reconnaître, Guillaume Guéraud sauve la face de ses gamins-casseurs et, par la même occasion, la morale (même si, n’en doutons pas, ce mot doit l’irriter au plus haut point).

    Il n’empêche, Arrête ton cinéma ! est un récit haletant. La plume de Guéraud semble chaque fois s’affiner et c’est certain, ses fans ne seront pas déçus.


    Un point sur l’auteur et ses autres ouvrages

    Guillaume Guéraud, le rebelle assagi ?

    Guillaume Guéraud est un jeune auteur qui a déjà beaucoup fait parler de lui dans le monde des livres pour la jeunesse. Nous l’avons rencontré lors d’une rencontre professionnelle intitulée " Le rebelle dans la littérature de jeunesse ", l’occasion de découvrir un jeune homme sincère, qui dénonce la langue de bois. N’en déplaise à ses détracteurs, Guillaume Guéraud est un auteur à suivre.

    Guillaume Guéraud met le feu aux poudres avec Cité Nique-le-Ciel, publié en 1998. Les prescripteurs voient en lui un pousse-au-crime et l’on retient davantage du récit sa violence que sa révolte sous-jacente. L’écriture elle-même crée un effet coup de poing. Bien qu’un peu simpliste, ce récit n’est pas sans rappeler La haine de Matthieu Kassovitz.

    Chassé-croisé est un court récit à deux voix : les pensées de Momo succèdent à celles de Myrtille, deux collégiens d’origine étrangère que la vie va séparer. Momo est un jeune algérien de 14 ans ; il vit en France avec ses parents depuis 10 ans mais leur demande de carte de séjour vient d’être refusée et ils vont être expulsés du territoire français. Myrtille est une enfant adoptée d’origine coréenne. Avec Chassé-croisé, Guillaume Guéraud dénonce l’injustice des lois régulant l’immigration en évoquant de manière pudique la douleur des familles et le déchirement des êtres.

    On sent une nouvelle évolution dans Les chiens écrasés : est-ce que le récit est mieux construit ? Ou bien est-ce le style, moins abrupt, qui atténue l’effet choc des deux récits précédents ? Bien que l’intrigue soit quelque peu invraisemblable, il reste cependant un livre plein de fougue et de révolte.

    Alex est en 3ème et il doit effectuer un stage d’une semaine dans le secteur professionnel qui l’intéresse. Le problème, c’est qu’il n’a pas réellement d’ambitions : il est fasciné par les camions à ordures... il se voit bien terroriste... La conseillère d’orientation lui conseille un stage dans les bureaux du journal local, estimant que ses qualités conviendraient au métier de journaliste. Finalement, Alex est assez heureux et se voit déjà grand reporter. Mais la réalité à La Gazette est toute autre : il s’agit de rendre compte des évènements qui rythment la vie sans histoire d’une petite ville landaise. Mais Alex va vite flairer le scandale qui se cache sous cette fausse tranquillité... C’est l’occasion pour Guéraud d’attaquer de plein fouet les pouvoirs publics, de dénoncer le parti pris des médias et de mettre en scène une " révolution " sociale en faisant éclater " le grand n’importe quoi ".

    Avec Coup de Sabre, Guillaume Guéraud franchit un nouveau cap : on sent qu’il soigne son style et l’effet est réussi. L’écriture est plus imagée, plus poétique. L’intrigue, les personnages et le style en font son roman le plus abouti.En épigraphe de son roman, Guillaume Guéraud cite cette phrase de l’écrivain américain Cormac MacCarthy : " Avant que l’homme existe la guerre l’attendait ". D’emblée, cette phrase m’a évoqué William Golding, qui, dans Sa majesté des mouches ou Les héritiers, a su montrer avec une force inégalée la part de mal inhérente à l’homme. C’est de ce sujet sombre que traite Coup de sabre. Guéraud semble s’être assagi. Son style est plus ample, plus imagé, comme l’illustre Coup de sabre. Les références au cinéma asiatique donnent à ses histoires un goût d’exotisme, même si le thème de fond est toujours grave. Les jeunes filles asiatiques que l’on rencontre dans chacun de ses livres apportent une touche de douceur et de beauté dans cet univers de haine.

    Guéraud deviendrait-il un auteur de romans noirs ? Il en publie un dans la collection "Brune" du Rouergue, Dernier western. A suivre...

    Marine Dormion

    Post-scriptum

    Guéraud, Guillaume, Meunier, Henri (ill.) Arrête ton cinéma ! Le Rouergue, 2003. (ZigZag). ISBN 2841564363

    À lire partir de 10 ans.

    Mots-clés : vol - amitié - cinéma