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Un goût d’amande amère, de Manos Kondeleon

 
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    Le problème du SIDA demeure depuis plusieurs dizaine d’années un sujet difficile et tabou dans nos sociétés occidentales, d’autant plus lorsqu’on s’adresse à la jeunesse : l’admettre paraît inévitable mais en parler reste difficile. Manos Kondoleon est un de ceux qui a su le faire admirablement, pudiquement et avec énormément d’humanité dans son livre Un goût d’amande amère.

    (BMP)
    © L’École des loisirs, 1997

    Phèdre, 19 ans, est une fille sage et plutôt réservée. Ulysse, lui en a 20 et vient de vivre son premier grand chagrin d’amour. Un cours de musique les réunit, puis ils ne se quitteront plus. Chacun vit désormais dans les yeux de l’autre et d’un seul coup, la vie devient plus belle, plus palpitante, le temps passe plus vite ; l’amour fait oublier les chagrins passés et emporte tout sur son passage, jusqu’au jour où...Malvina, l’ancienne amie d’Ulysse, apprend qu’elle est porteuse du virus du SIDA.

    Ulysse doit alors faire face à cette terrible réalité et lui aussi passer le test : le verdict est cruellement sans appel, lui aussi a té contaminé...Tout s’écroule alors et la souffrance est incommensurable. La vie jusqu’à présent si joyeuse prend un tournant complètement différent en quelques secondes et un voile tombe soudain sur le jour. Phèdre, prise entre son chagrin pour Ulysse et la peur d’être elle-même touchée, semble vieillir d’un seul coup et doit elle aussi faire face à des jours plus que difficiles.

    Ce texte totalement prenant résonne encore longtemps dans l’esprit du lecteur après qu’il ait refermé le livre. Il ne peut laisser indifférent : l’empathie que l’on ressent inévitablement pour les protagonistes du roman, qu’on sent fait d’une véritable authenticité et simplicité, amène le lecteur à se sentir proche de l’état dans lequel se trouvent les personnages face à la maladie ; « ça n’arrive pas qu’aux autres » est le message implicite délivré par le livre. Ulysse et Phèdre pourraient être des personnes comme on en croise partout, ils pourraient être nos amis, ils pourraient être nous...

    Cette volonté de faire sienne la souffrance et la perte de repère face à ce fléau est d’autant plus confortée par une narration particulière et très pertinente. Effectivement, on peut ainsi suivre l’histoire successivement à travers les yeux de la mère de Phèdre, de Phèdre, d’Ulysse, et de son père. Si ce procédé peut d’abord paraître déstabilisant, l’emprise de l’histoire est telle qu’on l’intègre très vite. On a alors la vision parallèle de chacun d’entre eux sur cette situation et le rapport entre les parents et les enfants confrontés à la maladie et à la mort prend par ce biais toute sa dimension, la peur et l’incompréhension laissant vite place à l’entraide et à l’amour, car il n’est plus temps de se disputer et de s’en vouloir : il faut continuer à vivre.

    Jamais moralisateur, toujours sincère, mais surtout particulièrement touchant et simple, ce roman (dont l’écriture, aisée et totalement maîtrisée, le classe indéniablement parmi les « beaux romans ») est d’une habilité sans faille, et possède une vraie sobriété dans la façon de traiter le propos qui renforce précisément la puissance de ce qu’il évoque. Un goût d’amande amère est une lecture complètement bouleversante, qui marque immanquablement son lecteur. Sans aucun doute, un des plus beaux romans (tous âges confondus) écrits sur le sujet.

    Nathalie Le Louarn, Deust STID

    Post-scriptum

    Kondeleon, Manos. Un gout d’amande amère. L’École des loisirs, 1997. (Médium) ISBN 2211036163