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L’homme qui calculait, de Malba Tahan

 
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    Beremiz Samir est un formidable calculateur. La fortuite rencontre avec notre narrateur le conduit jusqu’à Constantinople, capitale de Bagdad, où, grâce à la renommée qu’il acquiert tout au long de notre histoire, il devient membre de la Cour du Cheikh Iezid. Un tel personnage attise les curiosités et les plus grands l’invitent à exposer son érudition. Un véritable régal pour les lecteurs avertis !

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    Avec Beremiz, nous parcourons les routes et traversons les déserts. De passage dans les souks de villes illustres, nous faisons halte dans des auberges comme celle du Canard Doré ou dans les boutiques comme Les quatre quatre jusqu’au palais de l’émir. Nous faisons face aux incrédules, à l’exemple de Salomon. Avec Beremiz, avisé, qui préfère dissimuler l’affront, nous relevons les défis. Beremiz intervient dans le partage d’un héritage entre frères mécontents, il obtient justement la récompense d’un cheikh affamé qu’il a secouru dans le désert, il parvient à régler la dette d’un bijoutier, établit le calcul de la dote d’un fiancé, départage les jarres de trois associés, dénombre des oiseaux en plein vol libérés de leur cage. De nouveau, il conseille des frères marchands de vendre par lots leurs fruits, il parvient à dénombrer les mots qui ornent les murs d’un palais face au chef des conteurs, il résout le problème de trois sœurs vendeuses de pommes. Enfin, il remportera les ultimes défis lancés par les savants religieux pour remporter le plus inestimable des trophées.

    En effet, tous ces mérites trouveront leur aboutissement dans un honorable dessein : celui de devenir précepteur de Telassim, la fille du Cheikh. Il lui apprendra l’art du calcul à travers l’histoire des mathématiques. Avec elle, nous découvrons que c’est au Yémen que les mathématiques connurent leur âge d’or et leur déclin à la mort du souverain : de la notion de nombre découle celle de la mesure et donc la comparaison ; c’est ce processus d’évaluation que l’on nomme mathématiques. Les mathématiques qui se servent des nombres et de leurs propriétés sont l’expression de l’arithmétique. Leurs relations, l’expression de l’algèbre. Les mathématiques expriment des valeurs que l’on mesure : c’est la géométrie. Tandis que l’étude des lois qui les régissent se nomme mécanique, à l’aide de laquelle on étudie l’astronomie.

    Au travers de cet enseignement, on s’accorde à reconnaître que la qualité première pour devenir un mathématicien prodige c’est l’humilité, que l’on parle souvent d’amitié mathématique ou numérique pour désigner le rapport qu’entretiennent certains nombres. D’ailleurs seuls les nombres parfaits interpellent Beremiz car ils sont porteurs de sens.

    Enfin on découvre que les mathématiques ne sont pas une affaire de comptabilité et bien que d’utilité pour comprendre l’univers qui nous entoure, leur finalité est d’éveiller l’âme humaine et d’élever l’esprit à l’Infini en contribuant au développement de l’intelligence. En somme, en tout mathématicien sommeille un visionnaire. Alors, quand il perd la vue comme le célèbre Eratosthène (p.206-207), il se laisse mourir de faim enfermé dans sa bibliothèque ! Au summum de son art, il devient astucieux à l’exemple d’Astor le Serein (p.213-214).

    Tout comme Salomon, on apprend ce qu’est l’amitié quadratique qui dénote la relation subtile entre deux chiffres ou encore qu’avec quatre 4 on peut obtenir n’importe quel nombre de 1 à 100.

    Comme Platon, nous constatons que la géométrie existe partout ; que le chiffre 7 existe dans la plupart des expressions classiques. Que la liste des nombres amis (ou amiables) découverte par les Grecs a été complétée par les arabes puis redécouverte par Descartes.

    Grâce au calligraphe nous savons en quoi consiste les carrés magiques composés de 9 ou de 16 cases dans lesquels est placé un nombre entier : si la somme de ces nombres placés dans la colonne verticale, la ligne horizontale ou n’importe quelle diagonale est la même, le carré sera magique. Des propriétés cabalistiques étaient attribuées à certains chiffres si bien que certains carrés étaient qualifiés d’hypermagiques !

    Saviez-vous que les échecs sont nés en Inde dans l’esprit d’un modeste brahmane qui voulait consoler son roi d’une terrible défaite ?

    Quant à Pythagore, son fameux théorème était déjà connu des hindous pour la construction de leurs temples. Et contrairement à ce que l’on croit, la faculté de compter et de dénombrer n’est pas innée ; sans doute fussent nos dix doigts qui donnèrent naissance au système de numération. Le plus ancien est le système quinaire (par 5). Les marchands adoptent volontiers le système de base 12 (une douzaine, une demi-douzaine...). Vint le système décimal universellement adopté, dont le signe pour évoquer l’absence de toute unité fut le fameux zéro : on se servait alors de 9 chiffres et du zéro.

    Les multiples références aux philosophes grecs et du XVIIIème siècle, aux religieux du Livre chrétiens et musulmans, les légendes contées par Beremiz, ponctuées par les citations des plus fameux poètes sont au service d’un récit digne des mille et une nuits. Mais peut-être ne possédez-vous pas mille et une nuits pour lire ce roman ? D’emblée les premiers chapitres vous découragent ? Accordez-vous alors la première nuit à la lecture du chapitre 16 ; la seconde peut être consacrée à la légende de Lilavati dont la perte d’une perle de sa robe lui fut fatale (p.146-150). Et pour apprécier peu à peu l’exercice mathématique, passez votre troisième nuit dans un cachot et devenez un homme de justice (p.159-173). Ou alors relevez le défi de la belle Dahizé (p.225-230). Pour les plus perspicaces, je recommanderai l’épreuve du marchand de Bénarès (p. 232-234). Alors vous serez à même de résoudre l’ultime défi lancé par l’émir (p.237-242). Et comme le chiffre 3 est du nombre des sacrés (lisez pour vous en convaincre la fable digne d’Esope que raconte Beremiz (p.219-224)), je reste alors persuadée que vous serez ravis d’entamer ce roman de la première à la dernière page. Savourez pleinement ce livre, l’esprit alerte, le regard amusé et la curiosité attisée. Plongez-vous dans cet orient providentiel et laissez-vous guider par l’esprit poétique. Dépaysement assuré !

    Par Nacéra Babérih, documentaliste collège Léonard de Vinci Carvin et collège Louis Pasteur de Oignies (05/2002)

    Tahan, Malba. L’homme qui calculait. Hachette jeunesse, 2005.(Livre de poche). ISBN 2013211589