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Des filles et des garçons, Collectif

Recueil de nouvelles
 
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    À Madagascar, une petite fille rêve de la France, un pays où les hommes et les femmes vivraient dans le respect mutuel et dans la complicité, un peu comme des compagnons. Cette petite fille, c’est peut-être Shaïne Cassim elle-même, qui signe l’une des premières nouvelles du recueil Des filles et des garçons, édité fin en novembre par Thierry Magnier. Aura-t-elle, aurait-elle trouvé en France cette situation idyllique ?

    (GIF)

    Il faut bien admettre que, pour les auteurs qui ont contribué à ce recueil, la France profonde n’apparaît pas comme le paradis de l’égalité entre les hommes et les femmes. Ici, ce sont deux jeunes filles qui se font agresser sur les routes par des jeunes hommes pas même vraiment méchants (J. P. Nozière, La sœur de Pinocchio). Ailleurs, c’est une quête d’amour sur Internet qui se transforme en viol collectif (Thomas Scotto, Mi-ange mi-démon). Ailleurs encore, une jeune fille maghrébine parfaitement intégrée est contrainte au port du voile et à un mariage arrangé (Kathleen Evin, Pour Selma). Ailleurs enfin, c’est une adolescente qui décide de « faire le ramadan de la parole », en attendant que les garçons apprennent à parler correctement aux filles (Jeanne Benameur, Le ramadan de la parole).

    Ce recueil de nouvelles pourrait ne faire qu’une histoire, qui raconterait les désillusions d’une jeune immigrée qui découvre la France contemporaine. Il faut avouer que cette histoire serait bien noire, et que personne ne se serait risqué à l’écrire. Pour aider le mouvement « Ni putes, ni soumises », Thierry Magnier a demandé à onze écrivains renommés d’apporter leur témoignage et leur caution à une cause qui occupe aujourd’hui pleinement l’actualité politique. Il n’y a par conséquent rien d’étonnant à ce qu’y soit évoquées les violences des banlieues et l’affaire du port du voile.

    Des nouvelles à l’image de leurs auteurs

    Le premier intérêt de ce recueil est de constituer un inventaire des souffrances que la société contemporaine fait subir aux jeunes femmes, et pas seulement dans les banlieues et dans le milieu de l’immigration. En cause en premier lieu les religions, ou si l’on préfère les mauvaises interprétations que l’on en a, et les dérives dramatiques dont l’actualité nous renvoie l’écho chaque jour. Le ton peut sembler dans d’autres nouvelles plus anecdotique, comme celle qui décrit les souffrances d’une adolescente contrainte à se couvrir de la tête aux pieds dans la canicule de l’été (Susie Morgenstern, Sapée comme de la soupe). On ne peut cependant pas dire que c’est la religion qui pousse des adolescents à poursuivre un scooter et à l’envoyer au fossé, mais bien plutôt un société qui a perdu ses repères et qui confie l’éducation de ses enfants à la télévision, avec ses séries violentes, ses films pornographiques et la vogue actuelle des émissions de téléréalité.

    Le second intérêt est d’observer la manière dont les auteurs appréhendent les mêmes faits d’actualité. Il n’est pas étonnant que Guillaume Guéraud exhorte les femmes à répondre par la violence à la violence (Guillaume Guéraud, Trois millions de regrets), que Jean-Paul Nozière mette les jeunes devant l’absurdité de leur acte et les laisse sans réponse. Il aurait par contre été surprenant que Shaïne Cassim et Susie Morgenstern acceptent d’entrer dans le jeu de la mise en scène de la violence : la première choisit de se réfugier dans l’enfance, moment de la vie où l’espoir est encore permis ; la seconde illustre la difficulté pour une jeune femme juive à vivre sa sensualité, un thème largement récurrent chez elle.

    Sur un plan pédagogique, l’une des démarches les plus intéressantes sera d’examiner quelles ressources narratives chacun des auteurs a mis en œuvre pour appuyer son propos. Certains puisent directement leur inspiration dans l’actualité et semblent s’effacer au profit du témoignage. D’autres puisent au plus profond de leur roman personnel pour proposer des histoires plus distanciées.

    Tout est-il si noir ?

    À énoncer les thématiques abordées par les auteurs, on peut se demander si le livre ne risque pas de laisser aux jeunes lecteurs un arrière-goût de désespoir. Ce serait oublier la qualité de l’écriture, qui transcende les sujets abordés. Ce serait également oublier qu’il s’agit d’un livre militant, dont l’objectif est de provoquer une prise de conscience chez les adolescents. Certains récits se terminent de manière positive, comme celle qui voit une classe devenir solidaire d’une jeune fille voilée (Véronique M. Le Normand, L’âme voilée), ou celle encore d’un recordman de la relation sexuelle qui découvre que l’amour peut aussi passer par le sentiment et la spiritualité, entrant du même coup dans la vie adulte (Mickaël, Olivier, Faire l’amour).

    Le livre est noir, mais sa conclusion se trouve dans la vie et les enseignants disposeront là d’un outil précieux.

    Post-scriptum

    Collectif. Des filles et des garçons : recueil de nouvelles. Thierry Magnier, 2003. 188 p. ISBN 2844202713