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À la brocante du cœur, de Robert Cormier

 
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    Dans une petite ville du Massachussets, les vacances de Jason Dorrant, 12 ans, jeune garçon timide, commencent par une journée torride au cours de laquelle il rend visite à Alicia Barlett. Il sera le dernier à l’avoir vue vivante. La petite fille est retrouvée morte dans un bois. La panique s’empare de la ville, il est de salut public de trouver un coupable. Trent, spécialiste en extorsion d’aveu, est appelé pour mener l’interrogatoire, on lui a promis une belle promotion s’il parvient à faire parler le suspect n°1 : Jason. Le jeune garçon, élevé dans la morale catholique, épris de justice se rend à la convocation afin d’aider à trouver le coupable. Le piège se refermera-t-il sur lui ?

    La culpabilité, l’affirmation et la construction de soi

    L’écriture neutre de Robert Cormier donne la tonalité d’emblée : une petite ville, les vacances d’été, plus de contraintes mais rien de bien exceptionnel au programme de Jason. Tout semble planifié et sans grande surprise dans la vie de l’adolescent avant l’événement qui bouleverse la ville.

    Au fil de l’intrigue, la tonalité de série B se précise : les stéréotypes du roman policier balisent le récit. Ainsi, on retrouve le héros, « super flic » qui vient de loin pour résoudre l’affaire, la jolie assistante qui l’accueille à l’aéroport, la belle voiture mise à disposition pour l’occasion par le sénateur, commanditaire direct de l’enquête et bien sûr le suspect n°1.

    Le suspense prend le pas sur la consternation. Commence alors l’interrogatoire, en huis clos, lente descente aux enfers de Jason Dorrant. Nous assistons à l’indéfectible déconstruction d’une personnalité fragile qui sera mise en pièces. Mise en pièces comme un puzzle, qui fascine tant le protagoniste. Un puzzle, image derrière laquelle on trouve le processus de la lente et difficile construction de soi, ici mise à mal par le poids du schéma judéo-chrétien. On retrouve l’image des martyrs chrétiens sacrifiés pour le bien de l’Humanité. Le coupable désigné a les traits d’un christ « ... blafard, pitoyable, les yeux hallucinés, la peau moite, le teint plombé. Il paraissait brisé, comme si on venait tout juste de le décrocher de la croix. » p.147).

    La critique sociale est sévère, le roman très noir, sans concessions, il alerte et met en garde contre les idées reçues et les carcans intellectuels. Robert Cormier nous rappelle que nous sommes également le reflet que les autres nous renvoient et que la construction de soi passe inévitablement par les rapports sociaux, même s’ils sont ici réduits au schéma le plus minimal qui soit grâce au procédé du huis clos. Roman lucide ou pessimiste ? C’est le dernier regard qu’aura porté l’auteur sur la société puritaine des Etats-Unis et l’opportunité qu’elle laisse à l’affirmation de soi. On sort ébranlé de ce livre.

    Roman noir destiné à des lecteurs confirmés, à partir de 15 ans.

    Par Edwige Fasquelle (12/2003)

    Post-scriptum

    CORMIER, Robert. À la brocante du cœur. Ecole des Loisirs,2003. (Medium). ISBN 2211065651