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L’adulte face à l’enfant dans la littérature de jeunesse

par Claire Bellard, (DEUST2)
 
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    Sommaire

    Introduction

    1. L’adulte adjuvant

    1.1 L’adulte ami

    1.2 L’adulte porteur de sagesse

    1.3 Le « héros » timide

    2. L’adulte obstacle

    2.1 Le modèle patriarcal

    2.2 L’autorité arbitraire

    3. Le faux non adulte

    3.1 L’adulte enfant

    3.2 Le philosophe

    Conclusion

    Introduction

    La littérature jeunesse est actuellement le domaine de prédilection des éditeurs car elle est en pleine croissance et reborde de titres plus alléchants les uns que les autres pour les enfants. Dès lors, il semble intéressant de se pencher sur celle-ci. En effet, la lecture est un mode pour les enfants et les adolescents de construction de soi grâce à l’évasion et à l’identification via les protagonistes, et par conséquent, il est important de savoir quels messages transmettent les auteurs. L’une des figures essentielles et nécessaire de la littérature jeunesse est celle de l’adulte. Ainsi, il est intéressant de se demander sous quels traits celui-ci est représenté.

    Pour répondre à cette question, dans une première partie, nous verrons l’adulte adjuvant, c’est-à-dire celui qui aide l’enfant à se construire grâce à trois visages : l’adulte ami, l’adulte porteur de sagesse et le héros timide. Dans une deuxième partie, nous étudierons l’inverse du cas précédemment cité, c’est-à-dire l’adulte obstacle : le modèle patriarcal, les adultes qui revivent leurs rêves à travers leurs enfants, et l’autorité arbitraire. Enfin, nous terminerons sur une note plus originale en abordant les « faux non adultes », c’est-à-dire les adultes enfants, ou bien les pseudos philosophes.

    1. L’adulte adjuvant :

    L’un des rôles principal de l’adulte dans la littérature jeunesse est celui du porteur d’aide pour l’enfant. Il peut revêtir plusieurs aspects :

    1.1 L’adulte ami

    L’adulte ami est celui qui comprend l’adolescent ou l’enfant tout en établissant une relation de distance au niveau de l’âge. Ainsi dans Maïté Coiffure de Marie-Aude Murail, les jeunes coiffeurs comme Philippe ou Clara aident Louis à se créer un univers. En effet, en les observant et en les voyant faire des erreurs ou des bons choix, Louis comprend que la vie d’adulte est plus compliquée qu’il ne l’imaginait : les responsabilités, les orientations sexuelles etc sont des éléments que ce dernier ne connaissait pas. Dans Simple, les colocataires vont permettre à Kléber et à Barnabé à se former une vie d’adulte avec eux. Ces exemples sont des jeunes adultes car bien souvent le peu de différence d’âge permet à un adolescent de s’identifier.

    L’adulte ami peut donc s’identifier par une personne jeune, proche du protagoniste, mais qui a tout de même acquis plus de sagesse et de recul face à ce qui l’entoure. Grâce à lui, le héros est rassuré par l’âge adulte, toutes les responsabilités qu’il sous entend étant pour lui l’une des principales angoisses le tenaillant : une Clara (Maïté Coiffure) ou un Enzo (Simple) ne sont pas encore des adultes établis mais ils font face malgré leurs soucis et se battent.

    1.2 L’adulte porteur de sagesse

    Dans Maïté Coiffure, la grand-mère de Louis l’encourage dans ses choix tout en le responsabilisant. En effet, l’adulte porteur de sagesse est bien souvent beaucoup plus vieux que le protagoniste, voire même âgé car il réutilise son expérience pour le bien-être de son protégé. Ainsi, dans Simple, M.Villededieu aide Enzo à séduire Aria grâce à son expérience : et pourtant il est présenté au départ comme un personnage antipathique. Dans la série des Marie Aude Murail, Nils Hazard est un égyptologue enquêteur relativement âgé qui adopte un adolescent, Axel, à qui il va apprendre beaucoup.

    Egalement, dans Tête à Rap, Nils va instruire Karim, jeune homme dyslexique et allergique à l’école, à l’amour des mythologies. L’adulte porteur de sagesse est bien souvent beaucoup plus vieux que l’enfant, et de par son âge il crée une forte distance. Tout d’abord considéré comme un personnage ennuyeux et énervant comme M.Villedieu, l’adulte porteur de sagesse aide l’enfant à se construire par l’apprentissage (la mythologie, la lecture), et par son expérience (l’amour, les amis...). Nous avons tous à apprendre des personnes plus âgées que nous est le message que portent ces rôles.

    1.3 Le « héros » timide

    L’adulte timide est le personnage qui apparaît comme dépassé au début de l’œuvre mais qui va s’avérer être un véritable adjuvant pour l’enfant. Par exemple, dans Tiens toi droite de Judy Blume, le père de Deenie est un personnage plutôt absent au départ de l’histoire mais c’est lui qui va aider la jeune fille en s’opposant à sa mère qui lui impose un avenir qu’elle-même aurait souhaité avoir. Ainsi, en faisant face à sa femme, M.Vernon va permettre à sa fille de se libérer de ses contraintes et de s’épanouir comme une adolescente « normale ».

    L’adulte timide est effacé. L’enfant ne le considère pas vraiment comme un élément de son existence : en effet, Deenie ne se rendra compte du regard bienveillant que porte son père sur ses problèmes uniquement lorsqu’il s’opposera à sa mère. Et pourtant, il est l’un des personnages qui est le plus intéressé par la vie de l’enfant et qui comme un ange gardien veille sur lui de manière lointaine mais est près à intervenir dès que les problèmes s’intensifient.

    2. L’adulte obstacle

    Le rôle principal de l’adulte dans la littérature jeunesse est bien souvent celui d’obstacle au développement de l’enfant. En effet, dans la vie réelle, certains modèles adultes sont des murs pour le développement de l’adolescent. Ceux-ci peuvent avoir divers costumes :

    2.1 Le modèle patriarcal :

    Le père fait très souvent figure d’autorité et c’est souvent lui qui impose ses choix. Dans Simple, le père de Kléber et Barnabé est un père absent (car il a fondé une nouvelle famille) et pourtant, il leur impose ses choix : comme par exemple envoyer Barnabé à Malicroix. Il décide donc de l’avenir de ses enfants sans les connaître vraiment : il fait donc de mauvais choix nuisibles pour les deux jeunes hommes. Dans Maïté Coiffure, le père de Louis refuse le choix de son fils de devenir coiffeur car il ne le trouve pas respectable, lui-même étant un chirurgien renommé. Ainsi, il s’attire les foudres de son fils qui va tout de même travailler le week-end bénévolement au salon. Ce n’est qu’en s’opposant à son père que Louis va réussir à trouver sa voie.

    Le modèle patriarcal est celui qui peut créer des complexes : en effet, il s’agit souvent du modèle solide, celui de la réussite. Or, lorsque le héros ne choisit pas le même chemin que son père ou adopte une façon de penser différente, il arrête de s’identifier à son père et donc commence à se responsabiliser en acceptant ce qu’il est. Hélas, le père refuse le choix de l’enfant car il sent sa place de mentor défaillir. Soit l’enfant suit son père et refuse ce qu’il est soit il s’oppose et se construit : se poser en s’opposant est la devise de l’adolescence, et c’est un passage obligé pour devenir adulte.

    2.2 Les adultes qui revivent leurs rêves d’enfant :

    Parfois, les parents voient en leurs enfants des transferts d’eux-mêmes enfants. Dès lors, les enfants peuvent subir les choix des parents qui croient savoir ce qui est bon ou non. Par exemple, dans Tiens-toi droite de Judy Blume, la mère de Deenie lui impose des photos de mode, défilés, etc alors que ce n’est pas ce que cette dernière voudrait réellement faire. Lorsqu’elle décide d’arrêter tout cela, sa mère se vexe car elle ne comprend pas que les rêves de sa fille ne sont pas forcément les siens. Dans Le secret du roi des serpents de Jean-François Deniau, dans la nouvelle « Un mari délicieux », Marie-Améthystes n’accepte pas le choix de ses parents de vouloir la marier à tout prix. Alors, elle se construit un mari en biscuit pour leur faire plaisir en les trompant. Mais à la fin, elle le mange, et son grand père en désaccord avec les parents de Marie-Améthystes lui dit : « Rien ne vaut un bon chien à la maison ».

    L’adulte qui revit son rêve de jeunesse à travers son enfant fait un transfert de ses propres désirs sur celui de son enfant. Or, les rêves du protagoniste ne sont pas ceux de ses parents. Donc, cela crée des conflits soit entre l’enfant et le parent, soit intérieurs à l’enfant. En effet, il peut arriver qu’à force de vivre le rêve de ses parents, l’enfant l’intègre pensant que c’est le sien. Mais au fond de lui il sait que cela ne l’est pas. Dès lors, quand celui-ci s’en rend compte il doit s’opposer pour pouvoir avancer. Mais dans ces cas là, ce n’est pas évident car l’enfant s’aperçoit qu’il peut blesser ou décevoir le parent. Ainsi, il s’agit souvent d’une tierce personne qui intervient dans leurs vies pour briser le quiproquo et rendre à chacun sa propre identité.

    2.3 L’autorité arbitraire :

    L’autorité arbitraire est très souvent intégrée au rôle du corps professoral. En effet, ils représentent une autorité non discutable : en effet, dans le saga des Harry Potter, le jeune sorcier subit les remarques désagréables et les punitions non justifiées du professeur Rogue. Effectivement, ce dernier l’a pris en grippe dès le premier jour uniquement à cause de son nom. L’autorité arbitraire est l’adulte qui tente de s’imposer par la force et contre qui l’enfant ou l’adolescent ne peut rien faire. L’adulte perd toute légitimité et pour remédier à cela il impose son autorité conférée uniquement par son rang d’adulte plus âgé à qui l’enfant doit le respect. Le seul moyen pour l’enfant de renverser la situation est d’accepter cette autorité tout en comprenant qu’elle n’est pas significative.

    3. Le faux non adulte :

    Dans la littérature jeunesse, les adules ne sont pas toujours considérés uniquement comme des adultes responsables ou « équilibrés ». En effet, parfois nous pouvons rencontrer d’étranges personnages sous la forme d’adultes, qui vont éduquer plus qu’il ne semble aux enfants qui les croisent.

    3.1 L’adulte enfant

    L’adulte enfant est celui à qui s’identifient les protagonistes car il leur ressemble. Parfois de mauvais conseil, il peut aussi s’avérer être un adjuvant. Dans Quatre filles et un jean d’Ann Brashares, la mère de Carmen est très proche d’elle car elle se comporte comme une adolescente. C’est un bon point pour la jeune fille qui peut se confier à celle-ci mais lorsque sa mère ne va pas bien, Carmen ne joue plus son rôle de fille mais d’amie, ce qui peut être perturbant pour un enfant. Il s’agit de plus d’une situation dont elle souffre. Dans La fille de 3e B de Christian Grenier, le professeur de piano de Pierre (Adamo) se conduit comme un jeune homme de par ses réflexions et sa manière d’être, et pourtant ce sera grâce à lui que Pierre ira au bout de ses deux passions : le piano, et Jeanne à qui il avouera ses secrets.

    L’adulte enfant est comme l’adulte ami sauf qu’il est plus âgé que lui et qu’il met malgré tout une distance avec l’enfant. En effet, même si l’adulte se comporte comme un enfant il n’en est pas moins un adulte avec ses soucis difficiles à gérer comme la mère de Carmen et son expérience de la vie comme Adamo.

    3.2 Le pseudo philosophe

    Le pseudo philosophe est l’adulte qui semble éloigné des réalités mais qui en fait apprend beaucoup de choses au héros. L’exemple le plus frappant est Albus Dumbledore dans la saga des Harry Potter. En effet, ce dernier semble parfois raconter n’importe quoi mais pourtant c’est une aide précieuse pour Harry car il connaît plus de choses sur le monde des sorciers que n’importe qui. Dans le 35 mai de Eric Kästner, l’oncle de Konrad l’emmène à travers monts et marées découvrir des choses merveilleuses. Mais, le petit Konrad avait une rédaction à faire mais il n’avait pas d’idées. Or, en découvrant d’autres horizons et en posant ces fabuleuses découvertes sur un papier, Konrad ouvre son esprit, et grandit.

    Ce rôle est souvent interprété par des parents éloignés ou des grands parents car le modèle parental est celui de l’autorité.

    Le pseudo philosophe est l’adulte qui paraît déconnecté des réalités et qui pourtant en apprend plus à l’enfant que ce que celui-ci semble croire. En effet, le héros est très souvent fortement attaché à ce personnage, et ses sentiments aveuglent l’apprentissage qu’il peut tirer de cette relation. Or, grâce à lui l’enfant se construit et s’identifie à un personnage qu’il a choisi contrairement au modèle patriarcal.

    Conclusion

    L’adulte dans la littérature jeunesse revêt divers aspects et peut jouer plusieurs rôles. L’adjuvant permet à l’enfant d’avancer, d’apprendre et de choisir sa voie sans encombres. L’adulte obstacle tente consciemment ou non d’arrêter la jeune personne dans la construction de son identité. Quant au faux non adulte, il est celui qui enseigne à l’enfant l’ouverture d’esprit, sans que ce dernier ne s’en aperçoive. Cela dit, de n’importe quel rôle d’adulte ici cité l’enfant n’apprend rien. En effet, même de celui qui semble lui mettre des bâtons dans les roues, il apprend à accepter ses choix et se battre pour. Ainsi, l’adulte est réellement l’élément qui va permettre à l’enfant de grandir dans la littérature jeunesse.

    De plus, grâce à ces éléments, l’enfant ou l’adolescent qui lit l’ouvrage se rendra compte de l’importance du modèle de l’adulte que parfois il rejette, et comprendra qu’à son tour, il deviendra un modèle pour des plus petits que lui. Enfin, s’il vient l’envie à des parents ou à des adultes de lire ces œuvres, ils pourront se remettre en question ou se congratuler de leur conduite...

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    Forum de l'article : 1 contribution(s) au forum

    > L’adulte face à l’enfant dans la littérature de jeunesse, 12 avril 2006
    Cet article est très intéressant. Je trouve l’analyse très pertinente et j’aimerais féliciter son auteure !
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