Site littérature jeunesse de lille 3

Les représentations de l’homosexualité au sein des romans pour adolescents

Par Christelle LEFEBVRE
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    Derniers messages publiés dans les forums

    INTRODUCTION

    Pourquoi avoir choisi de restreindre cette étude à l’adolescence ? Eh bien parce que c’est dans cette période de la vie que se définit l’identité du futur adulte, identité qui englobe de nombreux paramètres, parmi lesquels l’orientation sexuelle joue un rôle important, voire essentiel.

    Seulement, pour les relations entre personnes de même sexe, des tabous, non-dits et préjugés ont longtemps persisté et persistent encore. Ce qui est par ailleurs dommage, c’est que les diffusions destinées à combattre l’homophobie sont longtemps restées réservées à un lectorat adulte. (Gide, Proust, Colette, Sapho, Virginia Woolf, Shakespeare, Rousseau, Genet, Violette Leduc, etc.).

    Les enfants ont en effet longtemps grandi dans un environnement où l’éducation parentale, la dispense d’une éducation sexuelle à l’école et le manque d’informations ont eu tendance à enfermer le sujet de l’homosexualité dans une certaine marginalité, voire dans la déviance, ou à réduire cette relation à un aspect uniquement sexuel et dénué de sentiment.

    Ce n’est qu’à partir des années 80 que se profile une lente institutionnalisation des droits homosexuels, et cette évolution se fait ressentir au travers de l’édition et plus particulièrement au sein de l’édition jeunesse. Non seulement le sujet est ouvert à la jeunesse, mais l’image qui en est donnée dans les récits évolue en miroir de la société. C’est pourquoi j’ai jugé pertinent de tracer l’évolution de la définition du terme, reflet d’une progression des mentalités au sein de la société, avant d’entrer dans le domaine des publications où l’on ne pourra que mieux intégrer le changement qui s’est institué au fur et à mesure dans l’édition. Et comme l’homosexualité n’est pas encore considérée par tous comme étant sur un pied d’égalité avec l’hétérosexualité, nous nous interrogerons sur le rôle à venir de cette littérature spécifique.

    1.Son histoire

    1.1 Évolution du mot

    L’histoire du vocabulaire concernant l’homosexualité n’est pas à négliger. Les qualificatifs qui ont été employés à travers le temps pour la désigner sont révélateurs d’une évolution des pensées. Il ne s’agit pas seulement de prendre en considération la façon dont ils ont été appelés, mais aussi la manière dont eux - mêmes se forgeaient une représentation de leur statut d’homosexuel(le). Dans les qualificatifs anciens, on trouve « bougre », utilisé au XIVe siècle ; « bardache » pour évoquer l’homosexualité passive jusqu’à la fin du XVIIIe ; « antiphysique » ( XVIIIe) ; « uraniste » au XIXe ; ou encore des expressions imagées comme « les gens de la manchette » ; « les gens de la jaquette flottante » ; etc. Le terme homosexuel, lui - même, n’apparaît qu’à la fin du XIXe siècle. Il aurait été introduit en 1869 par un écrivain et médecin hongrois : Karoly Maria Kertbeny (pseudonyme de K. M. Benkert). Ce mot connaît alors un succès croissant au point de s’imposer dans le langage courant dans le milieu du XXe. Cependant, après la seconde guerre mondiale, les homosexuels utilisent encore entre eux, comme s’il s’agissait d’une appartenance à une société secrète ou à une confrérie, des expressions comme « être comme ça » ou « en être » (déjà fréquentes chez Proust), ou encore « avoir des tendances », alors que le grand public nourri de clichés parle plutôt de « poisse ». Quant à André Gide, il y voit 3 catégories : le pédéraste qui aime les jeunes gens, du moins les hommes + jeunes que lui ; le sodomite qui aime pénétrer les hommes ; et l’inverti qui aime être pénétré. Après l’apparition de mots comme « homophiles » (néologisme utilisé par l’association homosexuelle française Arcadie dans les années 1950, censé ne pas réduire les personnes concernées à leur seule dimension sexuelle), on voit surgir le terme d’ « homosensuel » d’Yves Navarre dans les années 1970, puis bientôt ceux de « folle » et de « pédé », à l’origine de l’ordre de l’insulte, mais repris ensuite par autodénigrement par les militants des années 1970. C’est aussi à cette époque que le terme d’origine américaine « gay » est apparu en France, francisé ou pas et c’est un terme qui connaît une forte diffusion. Il a été construit en opposition au terme américain « straight » (droit, régulier). Les termes américains « queen » (folle) et « queer » (bizarre) sont moins répandus en France mais attestent à la fois de l’influence américaine en matière d’homosexualité et de l’importance émise par les homosexuels à la manière de se nommer eux - même.

    1.2 Évolution des mentalités

    Il est important de préciser d’emblée que l’homosexualité n’est pas un phénomène d’époque, nous possédons à titre d’exemple de nombreux témoignages de ces pratiques lors de l’Antiquité. Il ne s’agit donc pas ici de se poser sur l’évolution d’une pratique sexuelle et sentimentale, mais de retracer un bref historique des représentations qui en ont été faites. De 1300 à 1870 : La relative tolérance des pratiques homosexuelles qui caractérise la fin de l’Antiquité et le haut Moyen - Age laisse place, au XIIIe siècle, à une homophobie grandissante, qui atteindra son paroxysme au XVIe siècle. À partir du XIVe siècle, l’homosexualité est conçue comme le plus effroyable péché. En effet, même si l’on trouve un certain nombre de précédents dans la religion juive, dans la loi romaine et dans les traditions celtes et germaniques, le christianisme développe tout au long du Moyen - Âge une rhétorique homophobe, qui s’inscrit dans le cadre plus large et mal défini de la lutte contre la sodomie. La Bible, tout comme le Coran, condamne très fortement l’homosexualité. Mais c’est surtout entre le VIIIe et le XIIe siècle que la répression s’accentue avec la promulgation de lois contre la sodomie punie par la peine de mort. Ce n’est que sous l’influence des philosophes des Lumières, et en particulier de Voltaire, que le Code pénal révolutionnaire de 1791 et le Code pénal napoléonien de 1810 dépénalisent officiellement l’homosexualité en France en abandonnant le crime de sodomie. On doit beaucoup de cette réforme à Cambacérès, lui - même homosexuel. Le XIXe siècle : Dans la volonté de savoir , le philosophe Michel Foucault a tenté de comprendre comment les comportements homosexuels restent des problèmes au XIXe siècle, et donnent même lieu à de multiples analyses. Foucault parle de « l’entrée bruyante » au milieu du XIXe de l’homosexualité dans la réflexion médicale. Ainsi, ce type de relation devient une pathologie médicale et les psychiatres prennent le relais des prêtres et des policiers. L’homosexualité est alors considérée comme une dégénérescence physique et morale. Seuls quelques médecins la pensent différemment : le médecin allemand Magnus Hirschfeld (1868 - 1935 ), par exemple, la définit comme étant un « troisième sexe » ayant les caractéristiques d’un homme avec des dispositions féminines ( caractéristique innée ). Freud, lui prêche davantage pour la bisexualité originelle de tout être humain. Si l’homosexualité n’est plus un crime elle devient une maladie, voire une anomalie. Voila qui dessine un progrès plutôt relatif : en effet, même si l’homosexuel n’est plus considéré comme un coupable, il prend la place d’une victime. Fin XIXe - début XXe : C’est à cette époque qu’ont lieu les premières revendications et les premières tentatives d’organisation collectives. De telles initiatives, accompagnées du travail des écrivains, imprègnent la mémoire collective avant la seconde guerre mondiale. Désormais, entre la fin du XIXe et le début du XXe, les homosexuels parviennent peu à peu à se penser en tant que tels, ils ont pris conscience de leur singularité. Dans les années 1920 - 1930 se développent des lieux homosexuels (bars, cabarets, boites de nuit,...), symboles de la naissance d’une communauté qui commence à cette époque à vouloir revendiquer sa normalité. Mais la 2nde guerre mondiale viendra mettre un terme passager à cette évolution avec les persécutions. En ce qui concerne l’homosexualité féminine, elle est beaucoup passée sous silence dans l’histoire, et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles elle est moins victime de discriminations. Certains auteurs du XIXe s’y sont penchés (Théophile Gautier, Daudet, Maupassant,...), mais leur discours ne reprenait qu’une pensée misogyne déjà établie. Il existait aussi le salon de Natalie Clifford Barney, rue Jacob à Paris, centre d’agitation « saphique » qui ne désemplit pas jusqu’à la guerre. Parmi les femmes qui y sont présentes, l’écrivain Colette est sans - doute la plus célèbre de toutes. L’univers de ses œuvres est enveloppé d’intrigues sensuelles entre jeunes filles et entre jeunes garçons. La vie de la romancière illustre également un modèle d’indépendance féminine : elle divorce, fume, se coupe les cheveux, s’habille en homme. Mais cette féminité d’un genre nouveau se montre réprimée, et est sans - doute la cause du refus par l’Église de son enterrement religieux en 1954. Le 27 juin 1969, pour la première fois, les homosexuels réagissent contre des policiers venus les arrêter dans un café de New - York. C’est la naissance du « coming out » (sortir du placard). Dans la plupart des pays occidentaux, des événements similaires ont lieu à la même époque. En France, ce mouvement apparaît en 1971 dans la continuité soixante-huitarde. Ce n’est qu’au tournant des années 1980 que les revendications se précisent en France, et qu’une dépénalisation de l’homosexualité apparaît en termes de droits. Entre 1981 et 1983, le parti socialiste et François Mitterrand font en sorte d’abolir toutes les discriminations légales qui, dans les textes comportaient des atteintes directes ou implicites à la liberté du mode de vie choisi par les homosexuels. Peu après, l’effet sida vient cristalliser cette évolution, mais des associations comme Act up ont œuvré à ôter les amalgames des esprits.

    Aujourd’hui, la banalisation du fait homosexuel prend de l’ampleur, notamment avec la création du PACS, mais n’est pas encore considérée par tous au même titre que l’hétérosexualité puisque l’on parle encore du phénomène de l’homophobie.

    2.Les différentes représentations des personnages au fil de l’édition

    Depuis les années 1980, le thème de l’homosexualité ne se fait plus l’apanage des adultes et s’ouvre à la jeunesse. Du moins dans l’édition. Car il est en effet nécessaire de s’interroger sur les systèmes d’influence. Certes l’évolution des mentalités formate la présentation des personnages homosexuels au sein des différents récits, mais est-ce que ces personnages n’influencent pas l’évolution sociale vers la pensée d’une homosexualité banalisée ?

    2.1 Un manque d’affirmation

    L’image de l’homosexuel donnée dans les récits pour la jeunesse, depuis les années 1980, a changé. Il s’agissait d’abord d’une représentation plutôt timide, l’homosexualité n’était que supposée sous des relations d’amitié particulières ou alors le personnage la vivait en victime. Par exemple, dans Le voyage clandestin de Loïc Barrière et Vue sur crime de Sarah Cohen-Scali, les héros sont présentés non seulement de façon efféminée, ce qui alimente les stéréotypes établis, mais sont en plus rejetés de la société. En bref, une image de l’homosexualité qui ne donne pas envie d’être vécue pour un adolescent.

    Dans H.S. d’Isabelle Chailloux, c’est un peu différent. Non seulement il est question d’une héroïne, le sujet est également ouvert aux filles ; mais en plus, elle finit par accepter son homosexualité à la fin du roman et sa meilleure amie ne l’exclut à aucun moment. En revanche, il s’agit toujours d’une homosexualité qui fait souffrir puisque cette héroïne fait une tentative de suicide lorsqu’elle comprend qu’elle ne peut déclarer son amour pour une autre fille.

    Le cahier rouge de Claire Mazard revient sur les traces d’un frère décédé. Tout le monde avait cru à un accident, mais ce fameux cahier rouge vient révéler les causes réelles de ce qui est en fait un suicide : à savoir une homosexualité mal vécue, qui n’osait s’affirmer.

    Les amitiés particulières sont présentes dans Un papillon dans la peau de Virginie Lou, où Omar est subjugué par son ami Alexandre, mais à aucun moment du roman les personnages ne dévoilent leurs sentiments : tout est supposé ; et dans La danse du coucou d’Aidan Chambers, où il est question de deux héros : Henry et Barry qui progressent vers une amitié si fusionnelle qu’elle semble plutôt relever de l’amour. Cela remet également l’un des aspects du terme homosexuel. En effet, cet amour qui naît sans le contact charnel des corps directement exprimé permet de défendre l’aspect sentimental de la relation, ce qui s’oppose à une vision de l’homosexualité considérée comme étant une différence d’ordre uniquement sexuel.

    Dans les mêmes années, les nombreuses polémiques sur le SIDA favorisent l’entrée des personnages homosexuels dans la littérature. Dans Le cerf-volant brisé de Paula Fox, c’est le père de Liam, le jeune héros, qui est atteint de la maladie. Ses parents lui mentent d’abord sur les circonstances réelles dans lesquelles son père a été contaminé, mais Liam ayant gardé un souvenir de son père enlacé par un autre homme, sait que les paroles qu’il entend sont des mensonges. Cette histoire est mêlée de honte et de silence au point que les parents de Liam vivent séparés, laissant le père seul face au combat de sa maladie. Ce sont des intervenants extérieurs tels qu’une bibliothécaire qui viennent l’aider au quotidien. Ici, l’homosexuel se retrouve en marge de sa famille, comme en quarantaine. Ce thème est également abordé dans Tout contre Léo et Mon cœur bouleversé de Christophe Honoré, dans La nuit du concert de M. E. Keer où le but est de sensibiliser les adolescents à la question du SIDA, mais la vision de l’homosexualité est, dans ce contexte, encore abordée sous un angle négatif : celui de la maladie.

    2.2 Vers l’homo-héros

    Il faut attendre les années 90 pour voir des personnages homos qui s’expriment davantage et qui s’acceptent en tant que tels. Dans Les lettres de mon petit frère de Chris Donner, le personnage du grand frère homosexuel est d’abord mis à l’écart des parents, puis finalement accepté par tous avec son petit-ami. Dans J’ai pas sommeil de Cédric Érard, Balthazar se sent mal dans sa peau jusqu’à ce qu’il découvre son homosexualité avec Valentin d’abord, une rencontre de vacances puis avec Thomas qu’il croise lors d’une manif de Lycée. Le roman s’achève au bord de l’acte sexuel. Dans Macaron citron de Claire Mazard, Elsa est amoureuse de Sarah. Lorsque l’héroïne décide d’aborder le sujet avec sa mère, cette dernière lui conseille de confier son amour à Sarah, sans manifester la moindre gène. C’est plus difficile à accepter pour le papa, mais il n’y émet aucune opposition, seulement une distance. Il aurait pu réagir de façon semblable s’il avait été question de l’amour d’Elsa pour un garçon.

    2.3 Plus qu’une question de jeunes, une question de famille

    Au-delà des personnages qui s’acceptent eux-mêmes en tant que tel et des parents qui acceptent l’homosexualité de leurs enfants est abordé le thème de l’homoparentalité : au tour des enfants d’accepter l’homosexualité des adultes qui les entourent. Dans Je ne suis pas une fille à papa de Christophe Honoré, Lucie a 2 mamans. Le jour de ses 7 ans, toutes deux décident de lui annoncer qui est sa vraie maman. Mais Lucie ne veut pas le savoir, et invente des histoires pour faire taire la nouvelle. Ses mensonges provoquent le départ de l’une des mamans, Delphine, qui avait promis de s’en aller au moindre problème. De fait, Lucie découvre qui est sa vraie maman. Même si elle le savait déjà inconsciemment. Dans Oh, boy de Marie- Aude Murail, les orphelins Morlevent se recherchent une nouvelle famille. Avec l’aide de l’assistante sociale et de la juge pour enfants, ils retrouvent deux Morlevent. Une demi sœur, ophtalmo ; et un demi frère, homosexuel. Les trois enfants Morlevent se lient beaucoup plus d’affection avec leur demi frère et aimeraient qu’il obtienne la tutelle. Pour finir, une demi tutelle lui est accordée, mais il la refuse. Ces deux romans posent une réflexion encore d’actualité, à savoir l’adoption par des personnes homosexuelles. Ces écrits sont peut- être une façon d’affirmer qu’en dépit des lois promulguées, de telles situations familiales existent, et de faire intégrer ces schémas familiaux chez les ados d’aujourd’hui va sans doute modifier la perception future des choses. En reflet d’une réalité sociale, de plus en plus de livres pour la jeunesse rompent avec l’image de la famille hétéro traditionnelle.

    3.Le rôle de l’édition jeunesse

    3.1 Homosexualité ou homophobie ?

    Le sujet de l’homosexualité investit donc de plus en plus, et de façon plus libérée le champ de l’édition jeunesse, n’étant plus toujours administré comme étant un problème, mais un fait naturel au point que quelques auteurs se permettent de ne pas l’évoquer explicitement, laissant le lecteur deviner seul de l’identité sexuelle du personnage. Après tout est-il besoin de spécifier l’identité sexuelle d’un personnage hétéro ? Alors pourquoi le faire lorsqu’il s’agit d’homosexualité ? Ce non dit peut donc à première réflexion apparaître comme une représentation qui n’ose s’affirmer, mais peut aussi afficher une volonté plus positive : l’auteur pose l’homosexuel au même rang que l’hétérosexuel, et à ce titre, nul besoin de spécifier quoique ce soit ; l’identité sexuelle est secondaire, il faut en premier lieu s’attacher à la personne elle - même. Cette manière d’écrire est bien manifeste d’un désir de banaliser les relations entre personnes de même sexe. De nombreux romans visent en effet à faire dépasser le simple stade de l’acceptation face à l’homosexualité. De tels efforts de la part des auteurs nous incitent alors à recentrer le sujet : est - ce vraiment l’homosexualité qui est abordée, ou est - ce qu’il s‘agit de traiter un thème plus large, à savoir celui de la différence et de l’homophobie ? Pourtant, des arguments peuvent être avancés pour justifier du traitement de l’homosexualité de façon explicite dans les romans. En effet, le sujet est de moins en moins abordé comme un problème ou une difficulté. Au contraire, les personnages apparaissent sous un aspect de plus en plus épanoui. Mais ce qui laisse encore croire à un combat contre l’homophobie, c’est la considération qu’il s’en fait encore dans notre société actuelle. En effet, même si socialement aussi des progrès ont été constatés, il n’en demeure pas moins que réticences et tabous forment encore l’opinion de certaines personnes. L’homosexualité n’est pas encore socialement acceptée, du moins pas encore au même titre et avec le même respect que pour l’hétérosexualité. C’est sans doute pourquoi le sujet n’en est pas encore au point d’investir l’édition jeunesse avec le même nombre de représentations que l’hétérosexualité. Il reste en position minoritaire en littérature comme en société.

    3.2 Littérature jeunesse et société

    En intégrant la réalité sociale de l’homosexualité, l’édition pour la jeunesse est parvenue à aborder le sujet de façon intelligente, avec une distanciation de plus en plus marquée avec les stéréotypes. Ainsi, l’homosexualité masculine ne va plus forcément de pair avec un personnage masculin efféminé, et de même pour l’homosexualité féminine qui ne se traduit plus par un « garçon manqué ». Ces clichés étaient alors représentatifs d’une construction sociale fondée sur des erreurs de compréhension et d’analyse sur l’homosexualité. Parmi ces représentations régnait également l’idée d’une homosexualité comme inversion de l’hétérosexualité. Dans J’apprends l’Allemand de Denis Lachaud, Ernst a des relations homosexuelles avec Rolf, son correspondant allemand qui quelques années plus tard sera amoureux d’une fille. Dans Un papillon dans la peau de Virginie Lou, Omar et Alexandre sont des personnages aventuriers, qui se battent, et ne sont présentés avec aucune ambiguïté sur leur identité masculine. La littérature jeunesse véhicule donc d’autres images que celles véhiculées par les autres médias tels que la télévision. Les auteurs ont conscience du rôle joué par leurs créations littéraires. Les romans pour la jeunesse sont souvent emplis de repères censés aider l’adolescent à se construire. En cela, et l’an 2000, la banalisation des personnages homos dans la littérature pour ados, avec des rôles complètement secondaires, permet de dédramatiser le sujet. L’homosexualité de tel ou tel personnage n’a plus d’importance et ne nécessite par conséquent, pas de développement. Elle apparait comme une évidence. Les ados d’aujourd’hui peuvent alors s’identifier à des personnages beaucoup plus positifs et ne pas considérer cela comme un problème.

    Malheureusement, les autres médias ne suivent pas tous l’évolution qui se manifeste au sein de cette littérature.

    CONCLUSION

    Les romans pour la jeunesse, même s’ils sont classés dans la fiction, restent cependant porteurs de messages issus d’une réalité sociale. C’est pourquoi l’histoire des représentations de l’homosexualité à travers le temps n’est pas à négliger. Cette littérature manifeste une évolution progressive des mentalités et une volonté de la part des auteurs d’aboutir à une réelle banalisation et à un profond respect de cette relation. En cela, ces écrits constitueront peut-être un ensemble de repères pour certains adolescents concernés, et permettront, je l’espère, à tous d’oublier le qualificatif de « relation différente » posé sur les relations homosexuelles. L’évolution est en bonne voix, mais ne comble pas encore les carences laissées dans la société. Il reste en effet d’autres sujets concernant l’identité sexuelle qui en sont encore au stade de fantôme au sein de la littérature jeunesse : à quand la représentation de la transsexualité et de la bisexualité dans la littérature jeunesse ... ?

    Bibliographie

    BARRIERE, Loïc. Le voyage clandestin. Paris : Seuil jeunesse, 1998. 182 p. ; 20 x 12 cm ISBN 2-02-030890-8

    COHEN-SCALI, Sarah. Vue sur crime. Paris : Flammarion, 2000. 176 p. ; 18 x 12 cm. (Tribal) ISBN 2-08-161344-1

    LOU, Virginie. Un papillon dans la peau. Paris : Gallimard-jeunesse, 2000. 139 p. ; 18 x 13 cm. ISBN 2-07-054105-3

    CHAMBERS, Aidan. La Danse du coucou. Paris : Seuil, 1983. 320 p. ; 18 x 12 cm. ISBN 2-02-006624-6

    KERR, M.E. La nuit du concert. Paris : École des loisirs, 1990. 262 p. ; 19 x 13 cm. ISBN 2-211-09635-2

    FOX, Paula. Le cerf-volant brisé. Paris : École des loisirs, 1997. 19 x 13 cm. ISBN 2-211-04187-6

    HONORÉ, Christophe. Tout contre Léo. Paris : École des loisirs, 1996. 127 p. ; 19 x 13 cm. ISBN 2-211-03778-X

    DONNER, Christophe. Les lettres de mon petit frère. Paris : École des loisirs, 1992. 79 p. ; 19 x 13 cm. ISBN 2-211-03907-3

    MAZARD, Claire. Macaron citron. Paris : Syros jeunesse, 2001. 96 p. ; 21 x12 cm. ISBN 2-7485-0007-5

    MAZARD, Claire. Le cahier rouge. Paris : Syros jeunesse, 2000. 98p. ; 21 x 12 cm. ISBN 2-84146-849-6

    LACHAUD, Denis. J’apprends l’Allemand. Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2000. 208 p. ; 18 x 11 cm. ISBN 2-7427-2528-8

    LE TOUZE, Guillaume. On m’a oublié. Paris : École des loisirs, 1996. 138 p. ; 19 x 13 cm. ISBN 2-211-03869-7

    MURAIL, Marie-Aude. Oh, boy ! Paris : École des loisirs, 2000. 19 x 13 cm. ISBN 2-211-05642-3

    VERMOT, Marie-Sophie. Comme le font les garçons. Paris : École des loisirs, 1998. 19 x 13 cm. ISBN 2-211-04403-4

    BARRIERE, Loïc. Le voyage clandestin. Paris : Seuil jeunesse, 1998. 182 p. ; 20 x 12 cm. ISBN 2-02-030890-8

    Réflexions : Homosexualité et efféminement. http://perso.wanadoo.fr/arsh/Reflexions3.htm

    BAILLY, Cécile. L’homosexualité dans la littérature jeunesse.

    http://www.mytilene.org/articles.php ?option=voir&id=3424

    Le « Quiquequoi » de l’homosexualité : (un supplément transversal aux guides pédagogiques). Août 2005, http://homoedu.free.fr/article.php3 ?id_article=36

    LAPLANTE, David. Histoire de l’homosexualité (mis à jour le 23 janvier 2005) http://www.callisto.si.usherb.ca/ lapd2102/

    par Christelle Lefebvre, Deust STID

    Post-scriptum

    Sur ce site, voir les autres articles sur l’homosexualité :

    http://jeunet.univ-lille3.fr/mot.php3 ?id_mot=118

    Forum de l'article : 3 contribution(s) au forum

    > Les représentations de l’homosexualité au sein des romans pour adolescents, 7 avril 2006

    Bravo pour cet article intéressant et documenté. Pour répondre à votre conclusion, vous trouverez un choix de plus de 100 ouvrages pour les jeunes, dont des ouvrages traitant de la question transgenre sur le site de référence du collectif homoedu :

    http://homoedu.free.fr/article.php3 ?id_article=67

    > Les représentations de l’homosexualité au sein des romans pour adolescents, par Lionel Labosse, 28 avril 2007
    La sélection HomoEdu est désormais disponible sur le site altersexualite.com
    > Les représentations de l’homosexualité au sein des romans pour adolescents, par Christian Loock, 1er mai 2007
    Merci beaucoup pour cette info.
    Retour au début des forums