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La maison dans les ouvrages de littérature de jeunesse

 
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    Mots-clés

    Introduction

    Comme la famille, la maison est un concept chargé de symbolique. Dans son sens le plus courant, une maison est un bâtiment dans lequel des gens habitent, un lieu de vie plus ou moins permanent. Le mot « maison » fait aussi souvent référence à une habitation individuelle, qu’il faut comprendre comme un lieu protecteur pour maman, papa, et les enfants. Il est clair que cette acception du mot est profondément réductrice. D’abord qu’est-ce qu’une famille ? La maison iroquoise d’il y a deux siècles était, elle aussi, une maison individuelle. Mais la famille, chez les Iroquois, se composait de tous les membres féminins descendants de la femme la plus âgée, avec leurs maris et leurs enfants non mariés. Rien à voir avec les familles réduites telles que nous les concevons aujourd’hui. Notre mode de vie actuel étonnerait grandement la plupart de nos ancêtres.

    Il ne s’agit pas ici de traiter de l’évolution de la famille mais de se demander en quoi la maison est le lieu privilégié de l’apprentissage et de l’imagination dans les livres jeunesse. Le travail effectué ne consiste pas en une critique mais plutôt en une typologie sous la forme d’un panorama des représentations de la maison dans les livres illustrés que sont les documentaires, les imagiers et bien entendu les albums.

    Les BD et les romans ne faisant que reprendre le plus souvent les maisons comme élément de décor, ils seront laissés de côté. Le mot « maison » est donc considéré, dans ce travail, dans son sens le plus large, c’est-à-dire un bâtiment construit par l’homme pour y vivre. Cependant, les ouvrages illustrés en rapport avec la maison occupent de multiples fonctions que nous allons voir dès maintenant.

    La maison et l’apprentissage

    L’enfant, dès son plus jeune âge, a besoin d’observer, de manipuler et de comprendre le monde qui l’entoure. En même temps que la découverte de la maison, le bébé va peu à peu assimiler des mots, ceux-là même qu’utilisent ses parents pour communiquer. Il est possible de concilier ses deux notions grâce aux imagiers. Ils consistent en la présentation des différentes pièces qui composent la maison, comprenant pour chacune d’entre elles des éléments que les auteurs ont jugé courants.

    Mises à part quelques exceptions, les représentations des pièces sont très semblables d’un auteur à l’autre. Il faut avouer que les raisons de ces similitudes sont assez obscures. Demander à un enfant de dessiner une maison et vous le verrez faire ce que tous ses camarades et nous-mêmes avons reproduit : un carré pour les murs avec une porte et une ou deux fenêtres, un triangle pour le toit avec une cheminée et de la fumée qui sort et des fleurs tout autour de la bâtisse. Pourquoi ? Les psychologues détiennent peut-être la réponse. On pourrait dire la même chose de nos auteurs, car il est singulier de voir que dans nombre d’albums, les maisons sont quasi-identiques alors que tout le monde n’a pas chez soi de lave-vaisselle, de cheminée, de baignoire, de cave ou de grenier,... Cependant, aucun lecteur n’est gêné, pour quelle raison ?

    La maison vue de l’extérieur est ceinturée d’une haie. Une allée traverse un gazon, avec quelques fleurs et un bosquet (le potager est caché derrière le bâtiment, dans le fond du jardin), et mène vers la porte d’entrée. Le domicile comprend deux étages, le premier servant pour les chambres, le deuxième pour le grenier. Le plus souvent, le garage est compris dans la bâtisse ou le jouxte (Dans notre maison, il y a ... ; Enfin la paix ; Mes premières images). Le salon est reconnaissable à sa table, son canapé, ses tapis et ses plantes d’intérieur, son buffet et l’inévitable poste de télévision avec magnétoscope et chaîne hi-fi. Pour la chambre des enfants, on a le lit, le coffre à jouets dont la moitié du contenu est réparti par terre, l’armoire, le bureau, la lampe de chevet et les dessins. Un album fait exception : Max et les maximonstres, où la chambre est digne des cellules monastiques : un lit, une plante sur une table et un tapis. En rapport avec la chambre des parents, dans Petibou : Debout là-dedans ! et Enfin la paix, des points communs se dégagent. Si la chambre des enfants est toujours dans un état de désordre et de gaîté, la chambre des parents est très stricte, étant donné que le mobilier se réduit à un lit pour deux, deux tables de chevet et les lampes qui vont avec, un réveil et un tableau ou deux, la garde-robe et le réveil. Ceci n’empêchant pas cela, les vêtements du papa traînent toujours par terre, comme quoi les albums reprennent très bien les stéréotypes sociaux de nos sociétés... Dans la salle de bains, on y déniche la petite armoire murale qui contient les produits cosmétiques (flacons de parfum, dentifrice,...), la baignoire et/ou la douche, la balance, le lavabo. Dans la cave, rarement mise en valeur dans les albums, il y a la faune locale (qu’on retrouve dans le grenier) tels que les araignées et les souris, mais aussi les sacs de pommes de terre, les outils ménagers (balai, poubelles, seaux), les cartons de déménagement et les pots de peinture. Le grenier possède inévitablement son vieux coffre rempli de vêtements extravagants (éventail, chapeau à larges bords) et de livres âgés. Enfin, le potager avec ses fleurs, ses outils de jardinage comme l’arrosoir, la bêche, la brouette,... et ses légumes : radis, carottes, salades,... Cet inventaire n’étonne pas outre mesure, et pourtant aucun lecteur n’habite l’exacte réplique d’une maison telle qu’elle est présentée dans un album. On ne possède pas tous un garage, ni un grenier ou une cave. Rien ne nous oblige à avoir chez nous un lave-vaisselle ou un vieux coffre. Dans notre maison, il y a... l’illustrateur pousse jusqu’à l’excès la description des pièces et des activités qui s’y exercent. Toutes les pièces sont « pleines de jolies choses » qui permettent un nombre stupéfiant d’actions. Sans en faire la liste, on peut autant épousseter les meubles, changer l’ampoule électrique, tricoter un pull, regarder la télévision ou jouer du violoncelle ( ?!) dans le salon, qu’essuyer la vaisselle, préparer la liste des courses, faire cuire le dîner dans la cuisine, et ainsi de suite dans le garage, la salle de bains et la chambre. Quoi qu’il en soit, dans certains imagiers, les fonctions des pièces ainsi que des meubles y sont décrites. Dans Les petits secrets de la maison, les lecteurs apprennent entres autres qu’on prend les repas dans la salle à manger, que dans la chambre, il y a les jouets pour s’amuser et le bureau pour travailler ou que dans la salle de bains, on trouve tout pour se laver. Dans chaque lieu des questions : par exemple, dans quoi fait-on cuire les gâteaux et les rôtis ? Où range-t-on la voiture ? Ou encore, grâce à quoi regarde-t-on les cassettes sur le poste de télévision ? Notons que les imagiers prennent en compte tout ce qui constitue les objets d’aujourd’hui. Peut-être y verrons nous dans quelques années les télévisions à écran plat, les lecteurs DVD, les robots multifonctions,... Par ailleurs, des gestes simples sont enseignés comme se laver les dents. Dans Mimi prend son bain, il s’agit de suivre étape par étape la façon de procéder afin de prendre, comme le titre l’indique, un bon bain. Les robinets doivent être ouverts, le savon moussant versé. Bien entendu, le canard en plastique ne doit pas être oublié. Enfin, il ne reste plus qu’à retirer ses vêtements pour se glisser dans l’eau chaude. Les imagiers utilisant le foyer pour remplir un rôle pédagogique ne sont pas l’effet d’une mode. Déjà en 1953 (Les images et les mots), ce genre d’ouvrage présentait l’intérieur de la maison (certes le mobilier d’époque était ce qu’il était mais même encore aujourd’hui, il reste présent). On retrouve les canapés, les placards, les rideaux, les tables...

    L’éducation de l’enfant passe aussi par l’imitation des activités de ses parents. Avec T’choupi jardine, notre héros éponyme veut planter à l’image son père. Celui-ci conseille à son fils d’utiliser des outils comme une pelle, un râteau et un arrosoir. Au fil des pages, le lecteur apprend que l’on ratisse avant de creuser un trou. Ensuite, on « plante » les graines, on recouvre de terre. Il ne reste plus qu’à arroser et à enseigner la patience. T’choupi, comme tous les enfants en bas âge, aime voir les conséquences immédiates de ses actions et s’étonne que les premières pousses ne sortent pas. Son père lui explique qu’il faut attendre plusieurs jours. Passé ce délai, le résultat est là, et T’choupi est heureux. Un autre exemple, en rapport avec l’imitation des parents : Eliot et Zoé, dans le périodique Toupie, se servent de la cuisine pour préparer un gâteau au chocolat, et se chamailler. Il existe des ouvrages qui nous présentent la maison sous un autre angle. Dans les documentaires illustrés, tel que Construire une maison, le lecteur suit pas à pas la « mise en place » de cette bâtisse, de l’aplanissement du sol à la peinture des portes et des encadrements de maison en passant par la maçonnerie et la pose de la tuyauterie. De plus, les foyers ont aussi leur histoire et leur géographie, que ce soit les mégarons de Mycènes, les maisons à colombage, les immeubles de Le Corbusier ou les favelas du Rio de Janeiro (Le livre des maisons du monde). Ces types d’habitats aussi divers s’expliquent par les modes architecturaux à travers l’histoire (le classicisme, les façades à pignon,...), les ressources naturelles (en Afrique noire par exemple, les matériaux de construction sont le bois, l’argile, la terre et les végétaux, principalement les palmes. En Papouasie, dans les cités lacustres, c’est le bois et les roseaux. Au Pôle Nord, ce sont des blocs de glace), les coutumes (chez les Dogons, la maison du chef est à l’écart du village et est la plus décorée. Les habitations, les greniers communautaires, les autels sont disposés selon un plan précis) et les influences de la géographie du terrain (les maisons troglodytes en Cappadoce et les maisons sur l’eau de Venise). Dans le même ordre d’idées, Maisons à travers les images nous emmène dans un voyage à travers le temps et l’espace à la découverte de notre diversité architecturale et culturelle, et ce, qu’il s’agisse des villas de la Rome impériale, des cellules monacales ou des stations orbitales.

    Le rangement d’une pièce va être source d’apprentissage. Le plus souvent l’histoire débute alors que le héros recherche un objet spécifique. Dans Franklin est désordonné, notre tortue ne sait plus où se trouve son épée en bois. En farfouillant, il tombe sur des objets qu’il croyait perdus tels que sa casquette préférée, un sac de billes. Quand sa mère lui conseille de mettre de l’ordre, il s’exécute très sommairement (par exemple, il met ses livres dans le placard). Mais ses parents ne sont pas dupes et quand les jouets du placard lui dégringolent sur la carapace et que son épée se brise, il n’y a plus qu’une solution, « s’organiser ». Quand Titou range sa chambre, le héros éponyme se donne pour but de retrouver son ours dans ladite pièce. Cet acte anodin emmène le petit lecteur à découvrir les noms de ses jouets ou de ses meubles. Alors qu’il « cherche » sa peluche, il retrouve son éléphant, son train qui était égaré depuis longtemps, sa voiture, son ballon...sous le lit, dans sa garde-robe ou dans le coffre à jouets, etc. Et c’est en remettant en place l’ensemble de ses « jouets » qu’il retrouve son doudou. Par ailleurs, cet objet qu’est le doudou, si important dans la vie d’un enfant de par le sentiment de réconfort et de sécurité qu’il procure, est à l’origine de nombreuses histoires : T’choupi a perdu son doudou, Quand j’avais peur du noir pour ne citer que ces deux albums. Le doudou est souvent lié à la chambre et plus précisément au lit puisqu’il fait office de gardien protecteur contre les mauvais cauchemars.

    La maison, de l’éducation à l’imagination

    Il est à noter qu’imagination et éducation sont loin d’être incompatibles. Un foyer, c’est un bâtiment qui vit et perdure dans le temps. Ainsi dans Notre maison, nous suivons les évolutions successives d’une maison à travers les époques. D’abord construite en 1780, elle ne comprend qu’une pièce centrale au rez-de-chaussée, chauffée à la cheminée, et une chambre à l’étage. Elle est habitée par une famille de paysans. En 1840, la bâtisse s’est agrandie d’une écurie car le père de famille est docteur et visite ses patients en allant à cheval. En 1910, l’écurie a fait place à une aile et un établi a été construit au fond d’un jardin. Le confort intérieur s’améliore de décennie en décennie. La salle de bains est pourvue d’eau froide et d’eau chaude. En 1990 enfin, la cheminée n’est plus utilisée que comme décoration, on trouve des appareils électroménagers et autres commodités. La maison comprend un salon, deux chambres, un grenier, une cuisine, une buanderie, un bureau, des toilettes, un cellier et quelques souvenirs des propriétaires antécédents.

    Les actions qui se déroulent dans une maison ne sont pas toujours empreints de l’imagination fertile des enfants. Certains albums ont pour cadre la maison mais celle-ci va servir à illustrer des fragments du quotidien. Ainsi, dans Viens, on rentre à la maison, le lecteur suit les activités quotidiennes d’un frère et d’une sœur après l’école. Après avoir joué à cache-cache sur la route menant vers la maison, ils pénètrent à l’intérieur de celle-ci. Ils retirent leurs chaussures et leurs manteaux, enfilent les chaussons, jouent dans leur chambre, vont goûter, puis regardent la télé. Ensuite leur mère les appelle pour savoir s’ils sont bien rentrés. Puis ils passent aux toilettes, jouent de nouveau, se disputent (classique). Les parents rentrent, les enfants prennent un bain, enfilent leurs pyjamas pour qu’enfin, ils aillent manger en famille. Dans les livres pour tout petits, les jeux à l’instar de Léo joue à cache-cache sont l’occasion de faire découvrir des pièces (comme la cuisine, le salon ou l’inévitable chambre) de manière simple et amusante. On peut rapprocher cet exemple du Panda de Mimi, un livre-jeu qui présente une souris à la recherche de sa peluche. Elle commence par la machine à laver, mais elle n’y est pas. Quand on soulève la languette, c’est un canard en plastique qui s’y trouve. Dans la cuvette des cabinets, c’est un poisson et ainsi de suite sous l’évier, le panier à linge, jusqu’au coffre à jouets. Là, Mimi retrouve sa peluche favorite puis l’emmène se blottir dans ses bras sous le lit. Dans Coucou, petite souris, l’enfant suit l’exploration d’une souris qui joue avec une balance de cuisine, du poivre, une manique mais aussi un gant de toilette, du fond de teint, un dentifrice... C’est une autre façon d’enrichir son lexique. Pour les plus grands, il existe des livres où l’on apprend à compter, soit le nombre d’animaux exotiques ayant envahi les pièces de la maison (dans Maman !), soit le nombre d’enfants qu’il reste dans le lit à chaque fois que l’un d’entre eux est poussé (Dix dans un lit). Dans Berthe aux grands pieds, une sorcière, un peu maladroite et malheureuse parce que ses homologues se moquent d’elle, décide de s’exiler dans une salle de bains. Elle fait la connaissance d’Astrid, une fille comme les autres, qui va aider Berthe et faire d’elle une sorcière pas comme les autres (en peignant ses chaussures et en la faisant se brosser les dents). Dès lors, elle sera la sorcière la plus admirée dans sa contrée.

    La maison et l’imaginaire

    Le grenier, la chambre sont les pièces les plus propices aux démonstrations de l’imaginaire des enfants. Pour que puisse s’exercer pleinement l’imagination, certaines conditions nécessitent d’être mises en place. On ne rêve pas quand notre attention est sollicitée mais au contraire, quand elle mise en repos par le sommeil ou tout simplement par l’ennui. Dans Martine fait du théâtre, notre héroïne éponyme ainsi que ses amis vont dans le grenier pour oublier le mauvais temps qu’il fait dehors. On y déniche les objets les plus hétéroclites comme un cheval à bascule, un vieux piano, un fauteuil usé par l’âge, une auto à pédales, des sacs, des tableaux, un mannequin...Et bien entendu un coffre. A l’intérieur, des costumes, des parures, des foulards et des perruques. Dès lors, la petite bande se met en tête de reconstituer une scénette, à l’image des bals de l’époque classique. Les décors sont montés, les rôles sont attribués, l’histoire peut démarrer. Au fil de celui-ci, le grenier s’efface et nous sommes comme transportés dans le passé. Ainsi, les murs d’un château se matérialisent, un couronnement, un bal et un concert ont lieu, jusqu’au retour chez soi à bord d’une calèche.

    L’imagination est un passe-temps, surtout quand on est turbulent et que les parents ne l’approuvent pas. Dans Puni-Cagibi, l’action, comme le titre le laisse penser, se déroule dans le cagibi. C’est une pièce sombre qui fait office de garde-manger pour les uns, de grenier pour les autres. Chez Petit Simon, des tas d’objets y sont entassés : une roue de vélo, une cage sans oiseau (heureusement, le pauvre !), un vieux clairon, toutes les affaires de l’oncle Raymond, et même petit Simon, « chaque fois qu’il faisait une bêtise plus grosse que lui ». Ces « punitions », quelles sont-elles ? Vider la totalité d’une bouteille d’eau dans un verre de dînette, avec toutes les conséquences que cet acte suppose, ou encore laver les dents du cochon d’Inde avec la brosse de papa. La sentence est la même : « Puni-cagibi ! ». Ne pensez pas pour autant qu’une pièce si « noire » remplie de toiles d’araignée et pleine de poussière calmerait le premier garnement venu. C’est « un véritable bonheur pour Simon ! ». Cette occasion sans pareille va offrir l’opportunité pour Simon de se prendre pour un musicien en jouant du clairon avec une pompe à vélo ou de se déguiser en oncle Raymond qui, comme chacun sait en ce qui concerne les oncles, est un chasseur émérite. Simon, coiffé d’un « chapeau de pilote », traque les araignées avec un vieux soufflet. Le cagibi, on l’a bien compris, c’est « une formidable cour de récréation, au beau milieu de sa maison » et Simon s’arrange pour y aller le plus souvent possible. Tous les matins, son défi consiste à trouver chaque jour de nouvelles bêtises, et comme il est très entraîné, il trouve rapidement une idée. Il est tellement terrible qu’il n’a parfois plus besoin de commettre des bêtises. Il lui suffit de voir sa mère et de lui annoncer qu’il va en faire une pour qu’il soit immédiatement envoyé au cagibi. Ses parents, vous vous en doutez bien, finissent par s’interroger : qu’est-ce qui peut tant attirer leur enfant ? Ils s’enferment eux-mêmes dedans et en ressortent cinq minutes après : la poussière leur pique les narines, il fait noir, il y a des araignées, et on s’ennuie (les parents ont complètement perdu de leur tempérament d’enfant et de leur imagination). Constat : c’est une pièce effrayante, « il ne faut plus y enfermer notre petit Simon ! Pauvre Simon ! ». Le lendemain matin, comme tous les jours, Simon s’y met : il renverse la gamelle du chat, mais là les parents lui disent : « Vilain Simon ! Puni-Salon ! ». Qu’à cela ne tienne, il en faut plus pour dérouter Simon. Dès lors, il dépouille de ses feuilles la plante du salon. « Puni-salle de bain ! ». Pour passer le temps, il ouvre au maximum les robinets. « Puni-toilettes » pour avoir inondé la salle de bains ! Dans les toilettes, il est si mécontent qu’il tape sur la porte et fait tomber les tableaux, les étagères. Par désespoir et colère, les parents l’envoient, devinez où ? Dans le cagibi !

    Quoi de pire que de voir des ombres monstrueuses la nuit dans sa chambre ? Dans Papa, j’ai peur, il s’agit pour le fils du Chat de combattre ses angoisses nocturnes. Un rideau qui bouge et c’est un fantôme qui vient vous hanter ! La gueule de Rikiki le chien du voisin qui dépasse du lit et c’est un crocodile qui a élu domicile. L’enfant, pour se rassurer, requière l’aide de la lumière du couloir ou de ses parents pour vérifier que personne ne se terre dans l’armoire ou sous le lit. Puis vient le moment de vaincre sa peur. Ici, le fils du Chat ne faisant pas confiance dans la vérification de son père, il dissémine dans sa chambre des pièges à monstre : des punaises pour ceux qui marchent, des cordes pour ceux qui volent et un pot de peinture suspendu à la porte. Quelle sorte de monstre pourrait franchir le seuil de la chambre si ce n’est son père pour voir si son enfant s’est endormi ? Je vous laisse le soin d’imaginer la fin...

    Parce qu’Oscar vient dormir chez ses grands parents dans C’est quoi, ce bruit ? on va retrouver les mêmes thèmes de frayeur. Dans une chambre « qu’il ne connaît pas et où il fait sombre », toutes sortes de sons inquiétants vont se faire entendre. Qui dit peur, dit appel au secours et à l’exemple de Papa, j’ai peur, c’est l’adulte, en l’occurrence le grand-père, qui s’y colle. On fouille dans l’armoire, sous le lit, rien. En fait, c’était le radiateur. Et le schéma va se répéter avec le camion de pompier qui passe dans la rue, l’avion qui survole la maison. Cependant, un bruit plus terrible que les autres retentit en pleine nuit, ce qui réveille les grands-parents. A leur tour de ne plus être très rassuré ! S’armant de courage en se tenant mutuellement par les bras, ils grimpent vers la chambre d’Oscar...

    Dans L’Élan en chemise de nuit, un enfant s’imagine qu’un élan vit dans la salle de bains, car il voit son ombre tous les soirs sur le mur de sa chambre. Détail amusant, ce garçon n’a pas peur du noir, mais plutôt de la lumière. Là encore, en s’armant de courage, notre héros va surmonter les angoisses liées à la méconnaissance de la maison. De ces quelques exemples, on s’aperçoit que la peur du noir est le thème le plus récurrent dans l’imaginaire des enfants et même des adultes (les plus grands films d’horreur mettent en jeu des monstres issus de l’univers nocturne : fantômes, zombies, vampires, etc.) et qu’elle se déroule dans des endroits clos. Une étude psychologique pourrait être mené afin de comprendre pourquoi les enfants, qui adorent par ailleurs les histoires inquiétantes avant de s’endormir, sont si souvent effrayés alors que les parents sont à proximité, et qu’en plus une maison est un endroit qu’ils connaissent bien, plus sûr que le monde extérieur. Cependant, nos petits héros trouvent toujours un remède : dans le meilleur des cas, ils agissent comme des grands. D’autres supplient leurs parents par tous les moyens possibles de rester avec eux : ils leur faut une histoire, ils leur prend l’envie subite de boire, ils ne sont pas fatigués, ils veulent un bisou, ils ont fait un cauchemar, ils ont vu un monstre, surtout son ombre, etc. Mais la plupart d’entre eux se servent de leur imagination pour contrer l’imagination. Ils s’inventent des alliés qu’ils appellent « doudou » (Tom ne veut pas dormir, Tom fait un cauchemar, Quand j’avais peur du noir).

    Mais toutes les histoires liées à la chambre ne se rapportent pas à ce thème. Ainsi en va-t-il de Grosse colère et Max et les maximonstres, où les personnages utilisent cet espace pour se calmer et/ou pour le peupler de décors, de situations et de monstres en tout genre. De même certains albums utilisent la maison simplement comme décor secondaire (Les gentils animaux jouent dans le jardin et les Papoum) ou principal (dans La maison originale, les animaux repeignent de fond en comble les murs, les pièces et les meubles de la maison).

    Conclusion

    La maison remplit de multiples fonctions : elle peut servir de point de départ d’une histoire, de lieu de témoignage sur la vie privée actuel, de source d’apprentissage. Remarquons aussi que les maisons présentées dans les albums ou les imagiers sont idylliques. Comme dans les publicités, elles sont pourvues d’un étage, d’un garage, d’un jardin. L’intérieur est tout confort, jamais on ne présente un appartement, jamais on ne parle de l’exclusion, alors que dans d’autres albums, on aborde des thèmes aussi sensibles que la mort, le cancer, l’intolérance. Si la maison est si présente dans les albums, c’est parce qu’elle remplit des rôles essentiels dans notre vie. Tout bâtiment conçu pour être habité doit au minimum procurer un abri contre les éléments. Certains ont pour but de protéger les habitants des pires catastrophes que la nature ou l’humanité peuvent infliger comme les immeubles au Japon, les abris anti-atomiques, les bunkers ou les châteaux médiévaux. Des constructions autonomes peuvent se déplacer et accueillir un équipage et des provisions pour plusieurs mois, comme les stations orbitales. La maison constitue aussi le refuge de la famille. On en sort pour prendre part à la vie en société. Les mondes privé et public sont clairement séparés, avec chacun leurs propres valeurs et habitudes. Nous l’avons vu, les représentations illustrées des albums et des imagiers diffèrent peu tant à l’extérieur qu’en intérieur. Pourtant, la multiplicité des cultures dans le monde a donné lieu à des architectures très diverses. Chaque culture a sa propre logique, dictée par les matériaux et la main-d’œuvre disponibles (on ne construit pas un chalet canadien comme on bâtirait une pyramide égyptienne, cette dernière étant elle aussi une maison pour le pharaon mort), son niveau de perfectionnement technique et ses valeurs esthétiques. Une maison amazonienne est complètement différente d’un lotissement de banlieue américaine. Avec les progrès technologiques, les pièces se sont vues différenciées selon leur fonction et le bien-être physique des habitants s’en est ressenti. De la petite maison à une pièce des paysans du Moyen-Âge, on est arrivé aux immeubles pouvant contenir plusieurs familles et à une augmentation du nombre de pièces avec, dans chacune, un mobilier propre (qui aurait envie d’installer une baignoire dans le salon ?).

    N’oublions pas non plus qu’une maison n’est pas un « attribut » inhérent aux êtres humains uniquement. Quelle est la maison la plus grande du monde tout en étant la plus petite afin qu’elle puisse être transportée ? La coquille d’escargot ! Ce qui est « petit » pour certains vaut autant que ce qui est grand pour d’autres. Enfin, si la maison est tant présente dans la littérature jeunesse, n’est-ce pas parce que le ventre de notre mère constituait notre première demeure ?

    Brice Peeren, Deust 2 STID

    Post-scriptum

    Bibliographie non exhaustive

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    COUSINS, Lucy. Le panda de Mimi. Paris : Albin Michel Jeunesse, 2000. ISBN 2-226-10106-3

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