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La PHILOSOPHIE dans la littérature de jeunesse (mini thèse)

Par Marjorie Baerts
 
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    INTRODUCTION

    Jusque dans les années 1960 1970, convaincus que les enfants avaient besoin d’une protection contre les menaces du monde extérieur, les adultes préféraient raconter aux enfants des histoires idylliques et sans confrontations, Puis, cette attitude a changé et on a estimé préférable de mettre les enfants en contact avec des situations plus lourdes de problématiques. Lorsque l’on regarde un ouvrage de littérature jeunesse, on peut au premier abord être séduit par l’originalité, l’imagination, l’humour que l’on peut trouver dans les images et dans les textes. En y regardant de plus près, on s’aperçoit cependant que presque tous les ouvrages destinés aux enfants sont porteurs de questions et peuvent être lus avec un regard philosophique. Ainsi les albums et livres pour enfants peuvent être le point de départ de réflexions portant sur de grands thèmes de la philosophie, tels que la liberté, la pensée, le sens de la vie et de la mort, le langage et la communication, les autres ...

    I) UN ENFANT SAIT-IL RÉELLEMENT « PHILOSOPHER » ?

    Tout d’abord il convient de se demander ce que ’on entend par « philosopher ». Étymologiquement, la philosophie (philo-sophia) est l’amour de la connaissance, de la sagesse, du savoir, du grec philein (aimer), et sophia (connaissance, savoir, sagesse). Le mot s’interprète donc comme la quête de la sagesse. En effet, la philosophie demande une sagesse et une connaissance que seule l’expérience peut donner.

    Ne faut-il pas maîtriser le langage pour penser ? Y a-t-il un âge minimum pour aborder des questions philosophiques ? Platon pensait qu’il fallait commencer la philosophie vers quarante ans, Descartes disait de son côté que « philosopher c’était sortir de l’enfance ». Le sage philosophe est souvent représenté comme un vieillard à barbe blanche.

    En somme, la pratique de la philosophie par des enfants semble donc être impossible. Mais soudainement, il peut arriver que la vie devienne parfois problématique, que l’on se trouve confronté à des problèmes imprévus, et ce même pour les enfants (la mort d’un proche par exemple). Et ce sont ces moments là qui permettent de dire que l’enfant, face à ces énigmes de la vie, adopte en quelque sorte une démarche philosophique. Il s’agit donc en réalité ici de s’intéresser aux livres comme déclencheur de discussion, qui éveillent les enfants à s’interroger.

    II) UNE FICTION POUR ABORDER LA RÉALITÉ

    Le jeune enfant est une personnalité en devenir, qui découvre petit à petit le monde qui l’entoure et qu’il tente de comprendre. Les histoires contenues dans les livres font aussi réfléchir. Ces textes ne sont pas des textes philosophiques puisqu’ils se présentent sous la forme d’une histoire, néanmoins, les histoires mettent en scène de manière imaginaire, fictionnelle le monde. Les livres pour enfants rendent plus facile la compréhension d’un concept ou d’une idée trop abstraite. Platon lui même utilisait des textes métaphoriques ou allégoriques dont il faisait découvrir ensuite le sens philosophique sous-jacent ("L’allégorie de la caverne" par exemple).

    Ainsi par exemple dans l’album de Thierry Dedieu, Yakouba, un enfant africain doit accomplir une épreuve initiatique pour devenir un homme, un guerrier. Il doit tuer un lion, il doit « apporter la preuve de son courage », « s’armer de courage ». Mais le lion est blessé et vulnérable, il n’y a donc plus aucun mérite à le tuer. Yakouba se retrouve donc face à un dilemme : soit le tuer sans gloire et passer pour un homme ; soit lui laisser la vie sauve, être grandi à ses propres yeux, mais être banni par sa famille et sa tribu. Malgré tout c’est ce choix là qu’il fera. Il sera banni mais étrangement à partir de ce jour le troupeau du village ne sera plus attaqué par les lions. Cette histoire aborde de grands principes que sont la liberté, la justice, le courage.

    Les livres illustrent souvent la vie quotidienne de l’enfant : la maison, l’école, les vacances, les bonheurs et les malheurs dans la famille, les tensions et incompréhensions adultes-enfants. L’enfant se reconnaît dans ces livres puisque le héros (souvent de l’âge du lecteur) vit les mêmes choses que lui au quotidien. Cette image du monde, qui s’élabore donc dans la fiction, n’est pas coupée de la vie quotidienne et distribue en plus des aspect essentiels en dessinant un idéal, une éthique, en félicitant ou en interdisant des conduites. Dans Je voulais te dire de Jennifer Dalrymple, un petit garçon joue à côté de son père qui lit le journal. Comme d’habitude. Il voudrait lui parler, lui dire plein de choses, mais lorsqu’il essaie, les mots restent bloqués dans sa gorge. Alors le petit garçon va voir son ami imaginaire mi-bête, mi-homme qui habite dans la forêt, Meûle. Il comprend et tire de la bouche du garçon une longue bande de papier où sont inscrites toutes les pensées de l’enfant. Celui-ci rentre chez lui et tend le papier à son papa qui le lit et serre très fort le petit garçon dans ses bras. Un joli livre sur le langage, l’incommunicabilité, la solitude.

    Mais il y a des livres qui permettent également d’aborder des sujets délicats. Ce sont des livres médiateurs qui pourraient répondre aux préoccupations sur des questions fondamentales. Dans Bonjour Madame la Mort de TEULADE Pascal, c’est, comme nous le révèle le titre, de mort dont il sera question dans ce livre. Ainsi, une vieille paysanne, âgée de 99 ans, veuve et dure d’oreille vit seule avec ses animaux. Un soir d’orage, elle reçoit la visite de la Mort qui vient pour la prendre. Comme cette dame est sourde, elle ne comprend pas bien ce que lui veut ce personnage. La Mort, épuisée et déroutée s’assoit près du poêle, se réchauffe et pleure. La vieille femme la met au lit, la soigne gentiment et gaiement... Comme la Mort la trouve très sympathique et que la vieille dame ne veut plus rester seule elle s’installe chez elle. Elles vivent comme deux bonnes amies. Mais la Mort doit partir faire son travail dans le monde, elle organise une belle fête à la vieille dame pour son centième anniversaire, fait un gâteau, offre une jolie robe, elles font la fête. Après la fête, la vieille paysanne, fatiguée, s’endormira ... pour toujours. Cette histoire fait comprendre aux enfants, d’une façon sympathique et délicate, que la Mort fait partie de la vie, qu’elle est inévitable, et que, pour la personne qui la reçoit, elle n’est pas forcement terrifiante.

    Dans Alice sourit, de Jeanne Willis et Tony Ross, c’est le thème de la différence qui y est abordé. A chaque page, on voit Alice, une petite fille dans ses différentes activités : dessiner, chanter, faire de la balançoire, nager, rire, monter à cheval .... Elle fait des bêtises et se met en colère, elle est gentille, elle est vilaine, elle est heureuse ou elle a de la peine. Alice est une petite fille qui fait tout comme les autres enfants. Pourtant, ce n’est qu’à la dernière page qu’on la voit en entier... dans un fauteuil roulant. Un livre fort et beau sur la différence, la tolérance.

    Ainsi les sujets difficiles tels que la mort, la maladie, la peur ... qui sont de vraies préoccupations pour les enfants sont abordés dans les livres pour enfants pour traduire et clarifier ces événements de la vie. De plus, l’enfant acquiert de vraies valeurs comme le respect des personnes. En effet les livres incitent chaque enfant à se décentrer de sa propre personne et d’évoquer le monde dans sa pluralité. En plus d’aider l’enfant à comprendre les énigmes de la vie, les livres aident l’enfant à se construire en tant que personne, en temps que futur citoyen.

    III) LA PHILOSOPHIE DANS LE MONDE ÉDITORIAL

    La littérature destinée aux enfants et aux adolescents a beaucoup évolué depuis son apparition en tant que genre à part entière, au cours du 18eme siècle. Même les contes populaires et les contes de fées ne s’adressaient pas à l’origine à un public enfantin. Ils ne furent considérés comme littérature enfantine qu’au XIXe siècle.

    Christian Bruel a créé en 1976 les éditions Le sourire qui mord. Editeur avant-gardiste, il a toujours considéré les enfants comme des êtres intelligents et respectables, n’hésitant pas à aborder des sujets difficiles.

    En 1995, un norvégien Jostein Gaarder publie son roman Le monde de Sophie. Il sera vendu à plus de 20 millions d’exemplaires et traduit dans une cinquantaine de langues. On y découvre Sophie Amundsen, son environnement et sa vie sans histoire. Elle va avoir 15 ans dans un mois. Dès la deuxième page, ça se complique pour elle. Elle reçoit une lettre non timbrée et d’expéditeur inconnu. A l’intérieur elle y découvre un petit bout de papier avec simplement écrit : « Qui es-tu ? ». Le même jour, un peu plus tard dans la journée elle recevra une autre lettre, identique, avec comme question : "D’où vient le monde ?". Sans le savoir, Sophie vient d’entamer sa première réflexion philosophique en tentant de comprendre et répondre à ses questions ! Jour après jour, Sophie va recevoir des "Cours de Philosophie". Ce n’est pas uniquement un livre pour adolescents, mais ce livre est aussi utilisé comme amorce dans les cours de philosophie pour débutant.

    Le succès de ce livre fut tel qu’il a engendré l’apparition de collections spécifiques pour enfants et adolescents. Dès 1996, les titres et les collections se développent. À côté de la parution de nombreux ouvrages de philosophie, essais, pour adolescents et jeunes adultes, sont apparues des collections comme :

     " les contes philosophiques " chez Actes Sud pour les 8-12 ans qui propose près d’une dizaine de titres dans lesquels il est question de liberté, de tolérance, de justice, de devoirs et de droits... ,

     « carnets de sagesse », « Paroles de », « Petits contes de sagesse », « Carnets de philosophie », « les Philofables » chez Albin Michel dirigé par Michel PIQUEMAL, auteur jeunesse et co-directeur de ces collections,

     " les goûters-philo " chez Milan destinée aux enfants de 8 à 13 ans autour des questions importantes qui peuvent se poser,

     Collection " Pourquoi ? Parce " que chez Thierry Magnier,

     la collection Editions du Pommier/Quatre à quatre « Brins de philo » (éditions Audibert),

     « Philozenfants » de chez Nathan qui s’adresse aux 7 ans et plus

    Il s’agit là donc de documentaires dans certaines collections. Il en existe bien d’autre encore. Plusieurs albums plus difficilement repérables dans l’édition illustrent comme on la vu précédemment des sujets comme le bien et le mal, la justice, le langage, le bonheur, la liberté, l’amour...

    Comment expliquer l’évolution de la production littéraire pour la jeunesse dans ce domaine qu’est la philosophie ? Les enfants posent très tôt, sans le savoir, des questions philosophiques telles que : pourquoi on vit ou on mort ? est-ce que Dieu existe ? C’est quoi l’amour ? Les livres jouent donc un rôle de médiateur pour répondre à leurs questions ou pour aider parents, éducateurs, enseignants, bibliothécaires à y répondre.

    CONCLUSION

    La philosophie constitue donc un intérêt nouveau dans la littérature jeunesse. En 1997, on a desservi pour la première fois le Prix UNESCO de littérature jeunesse qui distingue des oeuvres pour enfants et adolescents qui incarnent les principes et idéaux de tolérance et de paix. Mais qu’un ouvrage de littérature jeunesse soit volontairement « philosophique » ou que l’on en fasse une lecture « philosophique » en terminant par une question ouverte, il ne faut néanmoins pas négliger le côté littéraire, artistique et original. Il ne faut pas toujours chercher au delà du littéral et garder quand même avant tout le plaisir de la lecture. Les parents ne doivent pas non plus se décharger de leur rôle en faisant automatiquement lire à leurs enfants un ouvrage parlant de thèmes difficiles lorsque celui ci pose une question existentielle plutôt que d’aborder le sujet. Mais il s’agit là d’un tout autre sujet....

    BIBLIOGRAPHIE

    -  Thierry DEDIEU. Yakouba. Seuil Jeunesse, 1994. ISBN : 2-02-049848-0
    -  Jennifer DALRYMPLE. Je voulais te dire. Paris : Ecole des loisirs, 2005. ISBN : 2-211-08165-7
    -  Pascal TEULADE. Bonjour Madame la Mort. Paris : Ecole des loisirs, 1997. ISBN : 2-211-04417-4
    -  Jeanne WILLIS et Tony ROSS. Alice sourit. Paris : Gallimard Jeunesse, 2002. ISBN : 2-07-054923-2
    -  Jostein GAARDER. Le monde de Sophie. Paris : Seuil, 1995. ISBN : 2-02-021949-2

    Marjorie Baerts

    Deust STID

    Forum de l'article : 9 contribution(s) au forum

    La philosophie dans la littérature de jeunesse, 19 janvier 2009

    Simplement je souhaiterai ajouter à votre liste d’ouvrages un titre, un conte de sagesse "la montagne aux trois questions" de Béatrice Tanaka , paru chez Albin Michel jeunesse . Je ne suis pas spécialiste en philosophie, mais la figure emblématique du héros de ce conte vaut l’attention que vous lui porterez. Prenez plaisir à déccouvrir ce conte et faites le partager.

    Cordialement.

    M. A

    La philosophie dans la littérature de jeunesse, par Elisabeth Debuchy, 20 janvier 2009
    Merci pour votre contribution.
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    La philosophie dans la littérature de jeunesse, Par : chirouter Edwige, 6 octobre 2006
    Bonjour Majorie, je suis Edwige Chirouter, professeur de philosophie à l’IUFM des Pays de la Loire, site du Mans. Je prépare une Thèse avec Michel Tozzi sur la portée philosophique de la littérature jeunesse ( A quoi pense la littérature jeunesse ? Activités à visée philosophique au cycle 3 de l’école élementaire à partir de la littérature jeunesse). Mes travaux semblent complétement rejoindre les votres et nous pourrions échanger. je fais une communication sur ce thème au colloque de l’Unesco en novembre 2006 sur les pratiques de la philosophie dans le monde. je peux vous envoyer le texte de cette communication. Cordialement Edwige Chirouter edwige.chirouter@wanadoo.fr
    La philosophie dans la littérature de jeunesse, par Barbara Bonardi, 31 octobre 2006

    Bonsoir,

    je serais également très intéressée à recevoir cette communication. J’aimerais en effet écrire un article sur le thème de la philosophie dans les livres jeunesse...

    La philosophie dans la littérature de jeunesse, 18 novembre 2006
    bonjour, pour tous ceux qui voudrais ma communication, écrivez moi directement pour me la demander : edwige.chirouter@wanadoo.fr. Cordialement
    La philosophie dans la littérature de jeunesse, par mll tassy cécile, 13 mai 2007

    bonjour, je suis PE1 à l’iufm de marseille et pr le concours j’ai choisi de présenter à l’épreuve de littérature " la montagne aux trois questions" et je compte présenter un réseau d’oeuvres à portée philosophique dc je suis intéressée par votre document. merci par avance

    pour me contacter mon mail : fourmirouge_of_mars@hotmail.com

    La philosophie dans la littérature de jeunesse, par Elisabeth Debuchy, 14 mai 2007
    Pour recevoir la communication, contacter : edwige.chirouter@wanadoo.fr
    La philosophie dans la littérature de jeunesse, 15 avril 2007
    bonjour, PE2 à l’iufm de Caen, je réalise mon mémoire sur l’utilisation des albums de littérature de jeunesse pour les discussions philo en GS maternelle. Je serais intéressée par votre communication. Merci par avance. milene.mir@wanadoo.fr
    La philosophie dans la littérature de jeunesse, 16 janvier 2007
    Bonjour, Je fais partie d’un réseau de documentaliste qui seraient intéressés par cette communication. En vous remerciant. Cordialement.
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