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L’ADOPTION dans la littérature jeunesse

Un sujet délicat magnifié par l’image et le texte
 
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    Chaque année, plus de 4 000 enfants venus des quatre coins du monde sont adoptés en France. Au 1er janvier 2004, on comptait 23 000 familles françaises agréées pour adopter un enfant. Chaque année, 8 000 nouveaux agréments sont attribués. Pour l’enfant, l’adoption ne doit pas être facile à vivre. C’est souvent durant l’enfance que les interrogations surgissent et que le mal-être grandit. En France, on a bien compris que la demande existait et c’est ce pourquoi la littérature abonde aujourd’hui sur ce sujet. J’ai choisi de traiter ce thème précisément pour des ouvrages de littérature jeunesse parce qu’il y a de fortes chances que ce sujet soit traité d’une manière douce, tendre et qu’il m’est plaisant de lire des livres pour enfants.

    L’adoption peut être évoquée de façon différente en fonction des différents supports, des différents âges, et selon l’axe que l’auteur a voulu privilégier.

    C’est à travers Ernest et Célestine : les questions de Célestine (Casterman) de l’auteur illustrateur Gabrielle Vincent, Léopoldine a des parents de cœur (Albin Michel jeunesse) de Clara Le Picard et Julie Baschet et Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? (Actes Sud Junior), un roman d’ Anne Vantal que nous étudierons de quelle manière un même thème peut-il être abordé de façon différente en fonction du lectorat auquel on s’adresse. Ces livres sont utiles pour les enfants adoptés, pour leurs camarades qui ne comprennent pas toujours la situation, mais également pour leurs parents qui ne savent pas toujours comment aborder un sujet si douloureux pour eux mêmes et bien souvent traumatisant pour l’enfant.

    Avant de comparer ces trois ouvrages jeunesse, il convient premièrement de les présenter succinctement. Que racontent-ils ?

    (JPG) Ernest et Célestine : les questions de Célestine est un album pour les lecteurs débutants (à partir de 4 ans). Célestine a été adoptée et cela fait quelques temps qu’elle est silencieuse. Elle voudrait savoir quelque chose qu’elle ne parvient pas à formuler. Elle a mal et n’ose pas poser la question qui lui pèse tant sur le cœur. Ce n’est que grâce à l’insistance d’Ernest que cette petite souris, ce « bébé souris » finit par avouer ce qu’elle voudrait savoir : d’où vient-elle ? Où Ernest l’a-t-il trouvée ? Ernest se trouve face à une question qu’il redoutait. Avouer à cette toute petite souris, si douce qu’elle a été abandonnée dans une poubelle n’est pas une mince affaire. Il lui dit tout de même la vérité. La triste petite souris et Ernest arrivent tout de même à faire face à ce malheur en s’amusant à se cacher dans une poubelle. Maintenant Célestine est heureuse, n’est ce pas là l’essentiel ? Une magnifique, tendre et triste histoire qui mise beaucoup sur l’affectif.

    Le second album (Léopoldine a des parents de cœur)(JPG) est destiné aux enfants un peu plus âgés (plus de 6 ans). Clara Le Picard et Julie Baschet s’emploient à parler elles aussi de l’adoption. Pourquoi Julie ne ressemble t-elle pas à ses frères et sœurs ? Julie se rend bien compte qu’elle a été adoptée et s’imagine qu’elle a fait quelque chose de mal pour avoir été abandonnée par ses « parents de ventre » . Seulement ses « parents de cœur » lui expliquent que nous sommes tous de la même famille et que ses véritables parents n’ont pas voulu la punir, loin de là. Julie comprendra alors qu’elle mérite d’être aimée mais que ses « parents de ventre » n’ont certainement pas pu faire autrement que de l’abandonner. Ils ont dû faire un choix afin de veiller au bonheur de leur petite fille Julie. Les parents adoptifs de Julie la rassurent lorsqu’elle s’angoisse à l’idée d’être abandonnée une nouvelle fois : une adoption c’est un choix d’amour et à présent elle sera, restera choyée, aimée, chouchoutée. Ils joueront même ensemble au bébé du ventre !

    Enfin, le dernier ouvrage sélectionné est un roman cette fois-ci, destiné aux enfants à partir de 9 ans, aux bons petits lecteurs. (JPG) Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? est un roman simple et court qui relate la vie de Maya, petite colombienne, brune aux yeux noirs adoptée par une maman blonde aux yeux bleus. Maya veut ressembler à sa maman et fera tout pour avoir les yeux bleus. Mais elle n’y arrive pas. A son grand désespoir, Maya ne peux pas avoir les yeux bleus. Alors elle porte des lunettes de soleil afin de cacher aux autres son adoption, mais avec ces lunettes Maya ne voit plus rien. Elle ne voit plus l’essentiel. Sa mère, qui comprendra le mal -être de sa petite fille essayera de l’aider à s’accepter telle qu’elle est. Maya n’en sera que plus heureuse.

    Comparons à présent le fond mais aussi la forme de ces trois ouvrages.

    Ces ouvrages divergent sur la forme. En fonction des différents âges et avant même de les ouvrir, nous percevons déjà des contrats de lecture particuliers. En effet, Ernest et Célestine : les questions de Célestine est un album de 27 pages tandis que Léopoldine a des parents de cœur en a 36 et Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? en compte 69. La quantité en elle-même traduit la plupart du temps le public auquel on s’adresse. De plus, sur la couverture, l’album destiné aux enfants de 4 ans, on peut voir une grande illustration alors que celle du second album y accorde un peu moins d’importance mais mise davantage sur la couleur rose de fonds ( féminité et sensibilité ). Enfin, la couverture du roman jeunesse d’ Anne Vantal est illustrée de façon plus simple, plus sérieuse et un peu plus « moderne ».

    En ce qui concerne les protagonistes, Gabrielle Vincent choisit des souris, en sachant certainement que les animaux sont aimés des tout petits. Un niveau de lecture supérieur est supposé dans Léopoldine a des parents de cœur. C’est une petite fille d’environ 5 - 6 ans. Il s’agit pour l’enfant d’une situation bien plus concrète, probable, moins fictive. Maya, dans Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? est une petite fille d’environ 10 ans. Les enfants de cet âge aiment pouvoir s’identifier aux personnages fictifs.

    Le texte et les illustrations sont plus ou moins complémentaires et présents en fonction du public auquel on s’adresse. Dans Ernest et Célestine : les questions de Célestine, le texte est bref, court. On utilise le dialogue (entre seulement deux personnages), des phrases simples. L’enfant n’a pas de difficulté de lecture et peut éventuellement avoir un regard extérieur par rapport à ce délicat sujet (focalisation externe).

    L’image, quand à elle occupe une place prépondérante et grâce à elles seules, il est possible de ressentir une ambiance triste, touchante. Le ton dominant est de l’ordre de l’affectif et du sentimental. Les couleurs pastel traduisent la douceur. La narration et les illustrations montrent le malaise de l’adoption et le silence (phrases brèves et simples) qui pèse lourd tant que l’on n’en a pas parlé. Au contraire, Léopoldine a des parents de cœur est une histoire plus dense, qui donne au lecteur plus de texte à lire. On y laisse autant de place pour le texte que pour l’illustration. Des mots sont mis en exergue : « adoptée », « cœur », « ventre », « abandonnée ». On ressent dans cet ouvrage plus une volonté d’expliquer, avec un vocabulaire simple l’adoption que dans le premier album. Les illustrations ressemblent à des illustrations enfantines faites aux crayons de couleur. Ce genre de dessins est peut -être plus « parlant » pour un enfant capable de réaliser ce genre de dessins (6 ans), que pour un enfant de 2 ans. Les dessins servent ici plus à illustrer l’histoire qu’à créer une véritable ambiance comme pour le premier album. De plus, les dessins de Julie Baschet représentent des objets signifiants pour l’enfant, des dessins plus « copieux » : une table, une maison, une poupée etc.... tandis que dans « Ernest et Célestine : les questions de Célestine » seuls les deux protagonistes dans des positions différentes sont peints, très simplement. La place du texte va croissant au fils de l’évolution de l’enfant. C’est pourquoi l’illustration dans Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? a une place moins importante par rapport au texte. Ces illustrations sont d’ailleurs en noir et blanc, ce qui attire moins les plus jeunes.

    Les chapitres sont très courts. La police de caractère est tout de même grande et le niveau de langue est particulièrement simple pour un enfant de 12 ans et un bon lecteur de 10 ans. Les images, bien souvent petites prennent encore quelques fois toute la page. On arrive ici à un sens de lecture courant, c’est-à-dire qu’il faut que le lecteur tourne chaque page pour pouvoir lire la suite alors que dans les albums précédents, l’image et le texte se lisent sur deux pages, ce qui facilite leur lecture.

    L’auteur choisit une énonciation avec « je » (focalisation interne), ce qui peut faciliter la lecture et la compréhension de l’histoire. On peut savoir ce qu’elle ressent, ce qu’elle pense. De plus, Maya s’adresse régulièrement au lecteur, un peu comme si elle se confiait à lui. On passe dans un niveau de lecture supérieur mais relativement facile d’accès.

    Le thème en lui-même fait l’objet lui aussi de comparaisons en fonction des différents ouvrages. L’album parut chez Casterman, Ernest et Célestine : les questions de Célestine laisse davantage place aux sentiments. La petite souris est très touchante. L’adoption est selon ces trois ouvrages abordée différemment. En effet, Gabrielle Vincent met l’accent sur l’abandon. Il en est de même pour Léopoldine a des parents de cœur. Célestine a surtout été abandonnée et Ernest lui dit la vérité mais n’en dit pas plus, il ne fait que répondre aux questions et dévie un peu en évoquant surtout ce qui s’est passé après qu’il l’ai trouvé : ce qui amoindrit, dédramatise la situation. Léopoldine, quant à elle évoque surtout l’abandon, même si ce qui lui a permis de se rendre compte qu’elle a été adoptée était la différence par rapport à ses frères et sœurs. Dans cet ouvrage on tente un peu plus d’expliquer que ce n’est pas la faute de l’enfant et de le rassurer. Dans Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? Maya ne se demande pas vraiment pourquoi ses parents l’ont abandonnée mais plutôt pourquoi est ce qu’elle est si différente physiquement de ses parents adoptifs. Elle aurait tant voulu leur ressembler. Le sentiment d’être différent est ici mis en avant et l’idée est plus ici de faire comprendre à l’enfant qu’il faut qu’il s’accepte tel qu’il est. Ce thème est ici romancé et donc moins douloureux.

    L’atténuation se voit également dans les deux autres albums. On essaye d’attendrir, de réconforter, d’enjoliver l’adoption. Cependant il semble qu’on essaye davantage d’attendrir dans Ernest et Célestine : les questions de Célestine et plus de « réconforter », d’ « enjoliver » dans Léopoldine a des parents de cœur. L’usage de métaphores, de périphrases (etc.) montre la volonté de ne pas vouloir choquer l’enfant. On peut d’ailleurs assimiler cette histoire et la façon dont elle est racontée avec l’histoire de Moïse qui, abandonné sur le Nil flotte jusqu’à ce qu’il arrive dans les mains d’une jeune femme qui l’adoptera alors. Ici, c’est l’image de l’oiseau, du flamand rose qui porte le bébé et l’amène jusqu’à ses parents. Ces métaphores sont très souvent évoquées dans la littérature française.

    Voici donc deux merveilleux albums et un roman jeunesse sur un même thème qui sont différemment contés, illustrés, explicités en fonction des auteurs, des illustrateurs, de l’âge et de l’angle de vue sous lequel on l’aborde.

    Références

    -   Le Picard, Clara ; Baschet, Julie/ Léopoldine et ses parents de cœur. Paris : Albin Michel Jeunesse, 2001. 32 p. ; ill. en coul. 18 x 15 cm (La vie comme elle est)

    -   Vincent, Gabrielle/ Ernest et Célestine : les questions de Célestine. Bruxelles : Casterman, 2001. ill. en couleur ; 17 x 24 cm

    -   Vantal, Anne/ Pourquoi j’ai pas les yeux bleus ? Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud Junior, 2003. ill. en noir et blanc. 18 x 13 cm.

    Sur le même thème :

    Dans la rubrique critique des étudiants :

    http://jeunet.univ-lille3.fr/spip/article.php3 ?id_article=303

    http://jeunet.univ-lille3.fr/spip/article.php3 ?id_article=578

    http://jeunet.univ-lille3.fr/spip/article.php3 ?id_article=740

    Autres albums :

    -  Vincent, Gabrielle/ La naissance de Célestine Casterman, Coll. Petits Duculot - Avril 2004

    -  Cotte, Sabine/ Anika. Le jour où la famille s’est agrandie. Rue du Monde, Coll. Pas comme les autres - Mars 2006

    -  Peskine, Brigitte/ Famille de coeur Père Castor Flammarion, Coll. Castor poche - Octobre 2005

    -  Sellier, Marie ; Gambini, Cécile/ Mon carnet vietnamien Nathan, - Août 2005

    Autres romans :

    -  Bérot, Marie-Claude/ L’année de mes 15 ans Père Castor Flammarion, Coll. Tribal - Mars 2006

    -  Barbeau, Philippe/ Né de mère inconnue Magnard jeunesse, Coll. Tipik junior - Octobre 2005

    -  Peskine, Brigitte/ Le Journal de Clara Hachette jeunesse, Coll. Livre de poche jeunesse - Janvier 2004

    Bonne lecture !

    Alice Mochez

    DEUST II Métiers des bibliothèques et de la Documentation

    UFR IDIST

    Forum de l'article : 2 contribution(s) au forum

    L’adoption dans la littérature jeunesse, 2 avril 2008

    Bonjour,

    Je trouve cet article intéressant. Je voudrais juste ajouter que ce qui fait le plus mal, ce qui provoque un malaise et est difficile à dire, c’est l’abandon, pas l’adoption. L’adoption est l’élément positif de l’histoire de vie, contrairement à l’abandon. Malheureusement, quand vous parlez de la difficulté, vous l’alliez davantage à l’adoption. C’est le seul petit bémol que j’ai à ajouter.

    L’adoption dans la littérature jeunesse, par E. Debuchy, 4 avril 2008

    Bonjour,

    Votre message nous a vraiment émus et ce que vous dites avec beaucoup de délicatesse est très juste.

    Sur le site, si l’on fait une recherche par thèmes et mots clefs, on trouve quelques ouvrages analysés sur le thème de l’abandon :

    http://jeunet.univ-lille3.fr/mot.php3 ?id_mot=153

    Amitiés,

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