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Les gros mots dans la littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Mots-clés

    Introduction

    Les gros mots sont plus à proprement parler un sujet qu’un thème dans la littérature de jeunesse. En effet, les livres qui traitent de celui-ci ont surtout un but pédagogique, visant à parler aux enfants d’un problème qu’ils sont amenés à rencontrer.

    " Je suis un grand, j’ose dire des mots de grands "

    C’est entre 3 et 6 ans qu’apparaissent les gros mots dans le langage enfantin. Ce phénomène est lié à l’acquisition de la propreté (il va au pot et n’a plus besoin de couches). L’enfant montre à son entourage qu’il est grand puisqu’il est propre et s’affirme comme tel en utilisant des gros mots. L’usage de mots dont il connaît l’aspect interdit lui permet de provoquer son entourage et ce dernier point varie selon la personne à laquelle il s’adresse. Ainsi, les gros mots utilisés devant les adultes sont destinés à provoquer leur indignation, pour indiquer à ceux-ci que désormais leur enfant fait partie du monde des grands. Avec les enfants de son âge, les gros mots sont utilisés pour signifier : " je suis un grand, j’ose dire des mots de grands ". C’est aussi pour cela que les enfants cherchent entre eux le gros mot le plus choquant (le concours du " super gros mot ").

    On distingue dans les livres qui traitent du problème des gros mots trois acteurs principaux : les enfants, les gros mots et les adultes. Ceux-ci sont représentés de différentes manières selon les ouvrages, mais visent tous au même but : expliquer le gros mot et ses conséquences, et comment réagir face à celui-ci.

    La représentation des enfants

    (JPG)
    © Nathan Jeunesse, 2000

    Intéressons-nous d’abord à la représentation des enfants. Les personnages mis en scène dans les livres traitant des gros mots sont confrontés directement au problème. Ce ne sont pas des cas à part, mais des enfants à l’image de ceux qui lisent ces livres. Ceci a pour but de montrer à ces derniers que tout le monde est exposé au problème des gros mots. Les auteurs expliquent aux enfants ce à quoi ils sont confrontés grâce à des personnages mis en scène dans des situations représentant les différents aspects du problème. C’est surtout flagrant dans Louise dit des gros mots et encore plus dans Les gros mots. Dans le premier, le fait que les enfants cherchent le gros mot le plus choquant est représenté par deux fois : quand Louise fait un concours de gros mots avec Eddy, puis plus tard avec son petit frère.

    (JPG)
    © Gallimard Jeunesse, 1995

    Les personnages sont donc la plupart du temps des enfants comme les autres, sauf pour le héros de Danger gros mots, qui représente un enfant ayant des problèmes psychologiques. Ici, ce n’est pas un ensemble de situations, mais plutôt l’évolution de la psychologie du personnage vue de l’intérieur, qui fait comprendre au lecteur que les gros mots sont un problème. Le point de vue est d’ailleurs différent, car il concerne une classe et une cible différente. Dans ce roman, il est question d’un enfant mal dans sa peau parce qu’il grandit. Dans un premier temps il extériorise sa nervosité en rongeant ses ongles puis en disant des gros mots. Danger gros mots s’adresse donc à un public plus restreint, car tous les enfants ne sont pas comme le héros de l’histoire.

    La tendance générale est donc que les personnages-enfants mis en scène sont comme le reflet dans un miroir pour les jeunes lecteurs. Les livres qui traitent des gros mots reconstituent des situations que les lecteurs reconnaissent et qu’ils peuvent recontextualiser dans un tout. Ils sont ainsi plus à même de comprendre ce que les auteurs leur expliquent.

    Deux grandes tendances

    Faire passer un message qui traite d’un sujet relativement tabou tel que les gros mots n’est pas évident, surtout lorsqu’il s’agit de les représenter. On constate alors deux tendances.

    a) La forme détournée

    La première consiste à représenter le gros mot sous une forme détournée, c’est le cas dans Louise dit des gros mots où le " super gros mot " est représenté sous la forme d’un petit monstre vert. Le gros mot est ainsi personnifié, il devient même un être vivant à part entière (en sortant des phylactères pour accompagner Louise ou mettre le désordre dans la salle de classe). Ceci fait comprendre aux enfants que ces mots sont plus que du langage, mais un réel problème. Ainsi, pour représenter la zizanie causée dans la classe par le super gros mot de Louise, on le voit faire diverses bêtises. De même, quand Louise dit à Eddy son gros mot, celui-ci est représenté en train de piétiner celui d’Eddy. Par contre, le gros mot du petit frère de Louise " espèce de patate pourrie " ou celui que la mère propose " espèce de crotte de nez " ne sont pas personnifiés, car il ne s’agit pas de vrais gros mots à proprement parler.

    On constate qu’il existe d’autres moyens dans la littérature enfantine pour représenter les gros mots de façon détournée. Ainsi, dans certaines bandes dessinées, on les trouve sous la forme de phylactères remplies de têtes de mort, de poignards, d’éclairs... On peut remarquer dans d’autres publications que les gros mots sont des mots inventés, qui paraissent grossiers mais ne veulent rien dire.

    b) La forme littérale

    (JPG)
    © Gallimard Jeunesse, 1998

    L’autre tendance consiste à écrire les gros mots littéralement : dans Les Gros Mots de Catherine Dolto-Tolitch, ils sortent de la bouche des enfants, mais restent tout de même raisonnables (le plus grossier est " merde ", qui dénote fortement à coté des autres). Ils sont toutefois assez crus dans Danger gros mots de Claude Gutman, car ils concernent des enfants plus âgés que les lecteurs des deux ouvrages précédents. Cette tendance prend en compte que les jeunes lecteurs de ces livres connaissent déjà des gros mots et se sentent concernés car ils y retrouvent des choses familières.

    Les adultes sont représentés différemment de ce que pensent les enfants : ils ne disent jamais qu’il ne faut pas dire de gros mots, car cela conforterait l’envie de contrer l’interdit.

    Ainsi, dans Les Gros Mots de Catherine Dolto-Tolitch, une image représente des enfants étonnés de ne pas voir l’adulte s’offusquer des gros mots qu’ils disent. De même, l’héroïne de (Louise dit des gros mots) ne se fait pas disputer par ces parents lorsque son petit frère répète le gros mot qu’elle lui a appris, au contraire sa mère discute avec elle.

    Ce fait de ne pas réagir négativement se retrouve dans les autres livres qui traitent du problème des gros mots.

    Les adultes dans les livres sur les gros mots sont aussi vus comme source d’inspiration, ce qui permet de faire comprendre aux enfants que ces mots viennent du monde des grands, dont ils pensent faire partie, en utilisant leur vocabulaire.

    Conclusion

    Derrière leur coté ludique, les livres qui traitent des gros mots ont un réel but pédagogique auprès des enfants. Cependant, ceux-ci ne saisissent pas toujours cet aspect et apprécient surtout la présence des gros mots dans des ouvrages qu’il est permis de lire. Ceci montre que les intentions de l’auteur ne sont pas forcément perçues par le lecteur. Le fait de traiter d’un sujet tabou tel que celui-ci déclenche plus chez l’enfant un effet racoleur qu’une réelle volonté d’en apprendre d‘avantage. C’est pourquoi ce type de livres nécessite une médiation menée par les parents, pour pousser la réflexion dans une bonne voie, ce qu’ont d’ailleurs parfaitement compris les auteurs de Louise dit des gros mots, en joignant un livret à l’usage des parents.

    Emmanuel Briche, Deust STID, mai 2001

    Post-scriptum

    Bibliographie

    Album

    LAMBLIN, Christian, FALLER, Régis ; ROEDERER Charlotte ill. Louise dit des gros mots. Paris : Nathan Jeunesse, 2000. 24 p. : ill. en coul. ; 20 x 17 cm + 1 livret parents (Croque la vie ! : 3). ISBN 10 2-09-210260-5

    Documentaire

    DOLTO-TOLITCH, Catherine. Les gros mots. Paris : Gallimard Jeunesse, 1995. 12 p. : ill. en coul. ; 16 x 16 cm. (Giboulées). ISBN 10 2-07-058809-2

    Roman

    GUTMAN, Claude, PEF ill. Danger gros mots. Paris : Gallimard Jeunesse, 1998. 80 p. ; 18 x 11 cm. (Folio cadet ; 319). ISBN 10 2-07-052283-0

    Webographie

    La propreté, les gros mots sur le site petite-enfance.net

    Gros mots, pas beaux mais..., dossier du site zelius.com