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La figure de la baby-sitter

 
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    La figure de la baby-sitter

    par Gwladys Bourgeois (Master SID, 1ère année, 2003)

    Introduction

    La littérature de jeunesse est une littérature particulièrement foisonnante et dans ces conditions, il a été relativement difficile d’arrêter son choix sur un thème précis ou sur l’œuvre d’un auteur dans le cadre de la rédaction d’une analyse.

    Cependant, c’est en s’interrogeant sur l’entourage proche de l’enfant qu’un personnage clé s’est détaché : il s’agit de la baby-sitter. En effet, hormis ses parents, quels sont les adultes qui sont présents de façon régulière dans la vie de l’enfant ? On peut citer entre autres le médecin qui répare les bobos et soigne au quotidien, l’institutrice qui lui apprend les rudiments de l’écriture, de la lecture et du calcul. Mais on peut penser également à la baby-sitter qui endosse le rôle des parents de temps en temps : soit après l’école le temps que papa ou maman rentre du travail, soit pendant les vacances, soit lors d’occasions particulières... De plus, si la figure de la baby-sitter est souvent présente le temps de l’enfance, elle peut dans certains cas perdurer quand arrive l’adolescence mais pas sans une certaine évolution. Dans cette optique, l’ex enfant devient à son tour baby-sitter et la situation ainsi inversée lui semble toute différente. Soulignons par ailleurs que derrière le terme générique de baby-sitter, on trouve également les nounous et les filles au pair.

    Sachant tout cela, on peut s’interroger sur la façon dont est décrite la baby-sitter dans les romans de littérature de jeunesse et se demander en quoi la figure de la baby-sitter joue-t-elle un rôle important dans la construction identitaire de l’enfant. Pour tenter de proposer une réponse à cette question, nous nous proposons d’étudier un corpus de cinq oeuvres (voir liste en annexe) selon le plan suivant : dans un premier temps, voyons l’importance accordée au dépassement des préjugés et des stéréotypes, puis la figure de la baby-sitter comme facteur d’aide à la responsabilisation. Enfin, nous nous demanderons si la baby-sitter est un bon exemple à suivre.

    I. Dépasser les stéréotypes, vaincre les préjugés

    I.1 Stéréotype de la baby-sitter

    Dans les romans de littérature de jeunesse étudiés, il apparaît quelques critères qui font d’une baby-sitter la baby-sitter idéale. Pour commencer, les parents préfèrent généralement passer par l’intermédiaire d’un membre de la famille avant de devoir envisager d’engager une personne inconnue.

    Ainsi dans Les Poussières à la plage, la maman a besoin de quelqu’un pour surveiller ses deux filles pendant leurs vacances à la plage et c’est d’abord vers la cousine Odile qu’elle se tourne. Ce n’est que quand cette dernière se voit contrainte de refuser que la maman décide d’engager une baby-sitter.

    De même dans L’Amerloque, quand Elsie, la fille au pair, quitte le domicile, la maman se rend compte qu’elle ne peut pas laisser sa fille seule à la maison (elle a pourtant 13 ans) et demande l’aide de la mamie. Malheureusement, celle-ci a déjà des projets et la maman n’a pas d’autre solution que d’appeler l’agence de recrutement afin qu’on lui envoie au plus vite une nouvelle baby-sitter. A défaut de nouvelle baby-sitter à proprement parler, c’est un jeune homme norvégien répondant au prénom de Tomas qui prendra ces fonctions (rejoint par la suite par un second jeune homme s’appelant également Tomas).

    Ce qui nous amène à un deuxième stéréotype particulièrement répandu : la baby-sitter doit être de sexe féminin. Or, dans les cinq œuvres étudiées dans le cadre de notre analyse, ce stéréotype est largement dépassé. En effet, on retrouve des baby-sitters masculins à trois reprises. Mis à part le cas de L’Amerloque que nous venons de décrire, on peut citer également l’œuvre de Geneviève BRISAC, Monelle et les baby-sitters, où après avoir engagé successivement deux femmes pour garder ses enfants, la mère de famille finit par offrir le poste à Léon, jeune homme qui s’était présenté plusieurs fois pour la place de baby-sitter mais était à chaque fois reparti bredouille. Dès les premières minutes, Léon semble se faire apprécier de Monelle et de son frère Humphrey. En effet, ce dernier lui avait donné le surnom de Bobby lors de sa première visite au domicile pour proposer ses services de baby-sitter et quand il a réussi enfin à se faire engager, c’est Monelle qu’il « séduit » en comprenant l’origine de son prénom.

    Le meilleur exemple de baby-sitter masculin semble être Emilien, le héros de Baby-sitter blues. En effet, c’est le seul à exprimer clairement un doute quant à la possibilité d’exercer le job de baby-sitter du fait de sa masculinité. Cependant, cela ne l’empêchera pas d’être excellent dans son rôle et de finir par devenir le « baby-sitter le plus demandé du quartier ». Mais mis à part cela, Emilien incarne à lui seul d’autres stéréotypes. Citons juste le fait qu’il passe certaines heures de baby-sitting devant la TV. On pourrait considérer cette invention technologique comme étant la baby-sitter matérielle du baby-sitter humain. Attardons-nous cependant sur l’importance accordée par les parents à l’expérience professionnelle lors de leurs recherches de baby-sitter. Emilien, comme beaucoup d’autres, n’a pas cette expérience tant souhaitée et se voit donc en quelque sorte contraint de mentir (en s’inventant de nombreux cousins et cousines qu’il déclare garder très souvent) pour avoir la chance d’être engagé. Les mensonges de ce type se retrouvent également dans Baby-sitter l’horreur de Fanny JOLY où Marion se sent obligée de mentir sur son âge (elle dit avoir 16 ans alors qu’elle n’en a en réalité que 13) pour accroître sa crédibilité auprès de ses futurs employeurs. Elle va même jusqu’à réaliser, avec l’aide de Camille sa meilleure amie, un mini-livre qui a pour fonction d’être l’équivalent des traditionnels CV et lettre de motivation nécessaires à la recherche d’emploi.

    I.2 Jugement négatif des enfants vis à vis des baby-sitters et a-priori des baby-sitters face aux enfants et à leurs familles

    L’arrivée d’une baby-sitter à la maison est très rarement appréciée par les enfants et ce, pour diverses raisons.

    Ainsi, dans Monelle et les baby-sitters, la jeune Monelle montre son désaccord quand sa maman annonce qu’ellle va reprendre le travail et ce désaccord apparaît avant même qu’il ne soit question d’une baby-sitter. Mais ce désaccord ira crescendo quand la première baby-sitter, Mme Turpin, fera son entrée. Monelle a un très mauvais a-priori, elle la décrit comme une « femme horrible », une « ennemie ». Ce genre d’a-priori est partagé par Mathilde, héroïne de L’Amerloque, qui dit avant l’arrivée de sa fille au pair : « Je la déteste d’avance ».

    Un élément qui apparaît également dans les deux derniers romans cités est l’importance accordée à la pièce qui sera accordée à la nouvelle baby-sitter. Dans les deux cas, cette pièce est particulièrement convoitée par les enfants et le fait qu’une étrangère l’obtienne à leur place pourrait expliquer le ressentiment à son égard. Cependant, soulignons que les deux enfants de Monelle et les baby-sitters n’ont pas tout à fait la même réaction à l’arrivée de Mme Turpin. En effet, si Monelle est clairement mécontente, Humphrey semble plutôt apprécier sa nouvelle baby-sitter : lors d’une séance ludique en famille où tous les membres parient sur le prénom de Mme Turpin, Humphrey pense que cette dernière pourrait s’appeler Mathilde, comme la fille de sa classe qu’il préfère. Même si ce prénom donné montre les sentiments qu’il a pour Mme Turpin, Humphrey s’est cependant trompé ; Mme Turpin répond finalement au prénom de Joséphine. Est-ce une question de concurrence féminine qui pousse Monelle à considérer Mme Turpin comme une ennemie ? La question semble en tout cas pertinente, même si aucune réponse nette ne vienne y répondre. Le jugement négatif des enfants envers leur baby-sitter fait travailler leur imagination : ils échaffaudent des plans ayant pour objectif le départ de l’ennemie. Ainsi, dans Les Poussières à la plage, l’ainée des deux petites filles, Zoé, 8 ans, élabore des plans qui échoueront tous. Elle a pensé notamment à se perdre, elle et sa sœur, sur la plage, à faire passer Axelle, la baby-sitter, pour une voleuse en laissant malencontreusement tomber un livre dans son sac lors d’un shopping dans un grand magasin... Dans Monelle et les baby-sitters, Monelle pense à faire croire à la future baby-sitter que son frère et elle ont des poux : « Dès qu’elle arrive, parler des poux : elle aura peur et elle filera ». L’héroïne de L’Amerloque, Mathilde, est moins précise mais l’intention n’en reste pas moins la même : elle cherche un moyen d’effacer Elsie (sa fille au pair) de sa vie.

    Par ailleurs, les enfants ont assez souvent une baby-sitter attitrée et l’arrivée d’une nouvelle baby-sitter est régulièrement mal accueillie. C’est ce qu’on peut voir dans Baby-sitter l’horreur où le petit Barnabé ne jure que par Edwina avec qui il a l’habitude ou encore dans Baby-sitter blues où Emilien va garder les enfants de Mme Grumeau et qui, eux aussi, réclament leur baby-sitter habituelle.

    Par ailleurs, les baby-sitters eux-même ont quelques a-prioris par rapport aux futurs enfants qu’ils auront à garder ainsi que par rapport à leurs familles. L’a-priori le plus répandu concerne l’âge des enfants. Ainsi, on le voit aussi bien dans Baby-sitter l’horreur que dans L’Amerloque, les baby-sitters s’attendent souvent à avoir un bébé à garder. Ainsi, la maman de Marion l’aide à se préparer en la formant à s’occuper d’un bébé : elle lui apprend comment changer le bébé, lui faire son biberon... Or, c’est un petit garçon de 2 ans, Barnabé, que Marion a devant elle dans Baby-sitter l’horreur. La différence d’âge est nettement plus importante pour Elsie, fille au pair américaine dans L’Amerloque, qui est censée s’occuper de Mathilde, collégienne de 13 ans, alors qu’elle aussi pensait avoir un bébé à garder. La situation est toute autre dans Baby-sitter blues où Emilien est particulièrement surpris des différences qu’il rencontre auprès de ses divers employeurs. Ainsi, si Mme Grumeau est particulièrement prévoyante (elle laisse à Emilien de nombreuses recommandations, des numéros de téléphone en cas d’urgence...), Mme Durieu a une réaction toute opposée et cela semble décontenancer Emilien. Il pensait que toutes les mamans seraient comme Mme Grumeau mais il se rend très vite compte qu’il n’en est rien.

    II. Aide à la responsabilisation

    II.1 Dans la relation enfant - baby-sitter

    En analysant de plus près le rôle que joue la baby-sitter auprès des enfants, on se rend vite compte qu’il est beaucoup plus important qu’il n’y paraît à première vue. En effet, la figure de la baby-sitter joue un rôle primordial dans la responsabilisation des enfants. Ainsi, les enfants des romans de jeunesse étudiés réalisent vite qu’ils sont tenus d’obéir à leurs baby-sitters et cela, même s’ils ne les aiment pas. C’est ce que vivent Zoé et Lili du roman Les Poussières à la plage face à leur baby-sitter Axelle et Barnabé face à Marion dans Baby-sitter l’horreur. La situation est quelque peu différente dans Monelle et les baby-sitters où l’accent est plus mis sur la capacité des enfants à juger ce qui est juste ou non. Ainsi, même si Monelle et Humphrey doivent obéir à Mme Turpin, ils prennent tous deux conscience (Monelle plus rapidement que son frère certes, mais c’est sans doute parce qu’elle est l’ainée) que l’attitude de Mme Turpin n’est pas normale et qu’elle n’a pas à être violente avec eux. En effet, cette dernière est particulièrement dure avec Monelle : elle lui tord le poignet, lui tire l’oreille, l’enferme sur le palier... C’est en dénonçant cette attitude auprès de leurs parents que les enfants ont fait preuve de responsabilité. Un peu plus loin dans le roman, Humphrey accentue encore sa prise de responsabilité en avouant à son père ce qu’il a vécu avec la deuxième baby- sitter, Maroussia (Mme Turpin ayant été renvoyée) lors d’une escapade à Paris. Cette dernière l’a laissé seul dans un bus alors qu’elle profitait de la ville. Mis à part le personnage de Léon, le roman de Geneviève BRISAC montre des baby-sitters particulièrement irresponsables alors que les enfants, eux, acquièrent une certaine prise de conscience de ce que signifie être responsables.

    Par rapport à cette responsabilisation des enfants, c’est une question qui est abordée de manière différente dans L’Amerloque. En effet, Mathilde se responsabilise en mettant de côté ses a-priori envers Elsie et en lui laissant ainsi la possibilité de se révéler telle qu’elle est vraiment. Avec le temps, les rapports qu’entretiennent les deux jeunes filles (Marion a 13 ans et Elsie 18) évoluent positivement. Elles s’entraident pour leurs devoirs, Mathilde aidant Elsie pour le français et Elsie aidant Mathilde en maths, elles apprennent beaucoup l’une de l’autre, notamment Mathilde qui voit en Elsie la confidente idéale pour des questions qu’elle ne poserait pas à sa maman, des questions d’ordre sexuel entre autres. De plus, Elsie inculque de nombreuses « leçons de vie » à la jeune Mathilde : elle lui apprend entre autres à aimer les autres et à apprendre à les connaître réellement. Elle lui dit également que « le bonheur est le seul but valable de l’exitence ». A la fin du roman, Elsie joue un rôle encore plus important car c’est elle qui aide Mathilde à accepter la grossesse de sa maman.

    II.2 Dans la relation baby-sitter - enfant

    Si avoir une baby-sitter aide les enfants à la responsabilisation, on peut également dire qu’être baby-sitter (quand on est encore relativement jeune) est aussi un facteur de responsabilisation. Ainsi, dans Baby-sitter l’horreur, Marion réagit très vite et de la meilleure façon possible lorsqu’elle prend conscience du danger que court le petit Barnabé. En effet, suite à l’étourderie de Marion, Barnabé se retrouve enfermé seul chez lui, à l’étage, la fenêtre grande ouverte et avec de nombreux outils à portée de main. Marion régait très vite en appelant dans un premier temps sa maman en espérant avoir des conseils, mais cette dernière étant absente, Marion ne perd pas une seconde supplémentaire et fait donc appel aux pompiers. Comme le montre donc Marion, être reponsable c’est entre autre savoir réagir face à un problème.

    Mais c’est également savoir se rendre compte si une situation est normale ou pas. Ainsi, le héros de Baby-sitter blues, Emilien, en est un parfait exemple, notamment lorsqu’il garde Anthony, âgé de six mois. Dans un premier temps, après avoir consulté des livres sur les bébés qu’il a empruntés à la bibliothèque, Emilien craint que le petit Anthony soit anormal. Il lui fait donc passer divers petits tests pour vérifier son ouïe, sa mobilité... Tous les tests révèlent qu’Anthony est en parfaite santé. Cependant, quelques temps plus tard, lors d’une soirée où Emilien garde Anthony, ce dernier est malade mais sa maman ne semble pas particulièrement inquiète. Or, l’état d’Anthony se dégrade au cours de la soirée et Emilien réalise très vite la gravité de la situation. Il a tout de suite le bon réflexe en appelant le papa (M. Grumeau) d’un autre enfant qu’il garde régulièrement parce qu’il sait que celui-ci est pédiatre. Cependant, Emilien devra faire preuve de persévérance pour faire comprendre à M. Grumeau l’urgence de la situation. Heureusement, tout finit bien et ce, grâce à l’attitude responsable d’Emilien. Par ailleurs, c’est de façon complètement inverse qu’est présentée l’importance de la responsabilisation de la baby-sitter dans Monelle et les baby-sitters. L’accent est mis sur l’irresponsabilité dont fait preuve Maroussia et qui est la cause de son renvoi. Elle a un côté un peu trop « cool » avec Monelle et Humphrey qui la rend totalement irresponsable : elle les emmène au café après l’école et leur offre une partie de flipper, alors que la place des enfants après l’école, c’est à la maison en train de faire leurs devoirs. La visite de Paris avec Humphrey et le fait qu’elle le laisse seul dans le bus pendant un long moment couronne le tout et permet aux parents de Monelle et son frère de prendre conscience de l’irresponsabilité de Maroussia.

    II.3 Dans la relation baby-sitter - parents et vive versa

    Quand on parle de responsabilisation des baby-sitters face aux parents, il fait souligner que c’est à la fois face à leurs propres parents et face aux parents des enfants dont ils s’occupent. Ainsi, dans le cas d’Emilien et de Marion, héros respectifs de Baby-sitter blues et Baby-sitter l’horreur, leur décision de faire du baby-sitting relève de la responsabilisation. En effet, leur décision a été influencée par le désir de pouvoir s’acheter un magnétoscope pour Emilien et un lecteur CD pour Marion. Leurs parents ne pouvaient pas se permettre de telles dépenses ou refusaient catégoriquement de le faire, d ‘autant plus qu’ils considéraient leurs enfants relativement grands pour pouvour gagner de l’argent eux-mêmes. Cependant, en ce qui concerne Emilien, sa motivation première s’évanouit peu à peu et au fil du temps, faire du baby-sitting devient une activité qu’il aime particulièrement et qu’il ne fait donc plus uniquement dans le but de s’offrir un magnétoscope. Malgré cette légère différence, d’autres similitudes entre Marion et Emilien existent.

    Parlons notamment de l’importance qu’ils accordent tous deux à leur crédibilité face à leurs futurs employeurs. Ils ont bien conscience de l’importance de l’expérience professionnelle (dont ils manquent) et décident donc de tricher légèrement : Marion en jouant sur les apparences lors de la première rencontre avec la maman de Barnabé (elle porte une belle robe, s’est fait un chignon...) et Emilien en s’inventant des cousins et des cousines qu’il dit garder régulièrement.

    Dans Monelle et les baby-sitters, c’est une autre facette de la responsabilisation qui est mis en avant à travers le personnage de Mme Turpin : être responsable, c’est aussi savoir respecter les opinions d’autrui. Or, Joséphine Turpin semble avoir quelques difficultés à ce sujet. Elle s’emploie à apporter aux enfants un enseignement religieux, sans que leurs parents ne le sachent. Cet enseignement commence par la lecture d’un verset de la Bible qu’elle demande aux enfants de méditer. Humphrey est particulièrement réceptif et finit par tenir des discours inquiétant le reste de sa famille.

    Enfin, dans L’Amerloque de Susie MORGENSTERN, c’est plutôt la maman qui se responsabilise auprès des filles au pair qu’elle engage en général et plus particulièrement envers Elsie. Ainsi, chaque nouvelle fille au pair a droit à une visite culturelle de Paris imposée par la maman. Quant à Elsie, elle se voit imposer un rendez-vous gynécologique par son employeur. Or, cette relation entre Elsie et la maman de Mathilde est quelque peu étrange dans la mesure où elle s’apparente à une relation mère-fille que la maman de Mathilde n’a pas avec sa propre fille. Dans un certain sens, on peut dire que Mathilde vit cette relation mère-fille à travers Elsie (par ricochet en quelque sorte) puisque celle-ci transmet à Mathilde dans ses discours ce qu’elle a appris de la maman. Par ailleurs, la maman de Mathilde peut se montrer, elle aussi, irresponsable, notamment quand elle donne des proportions qui n’ont pas raison d’être à une situation donnée. C’est ce qui arrive notamment lorsque Elsie se fait aggresser dans le métro puis renvoyée pour cela, parce que la maman de Mathilde estimait qu’elle « mettait la vie de sa fille en danger ».

    II.4 Dans la relation parents - enfants

    Si l’on considère qu’apprendre à être responsable ne s’adresse qu’aux enfants, il semblerait qu’on passe à côté d’éléments importants concernant la relation qu’entretiennent les parents avec leurs enfants. En effet, ces derniers ne sont pas toujours pleinement conscients de qui sont réellement leurs enfants et ont bien souvent tendance à les idéaliser en les infantilisant. Ainsi, dans Les Poussières à la plage de Marie Sophie VERMOT, on voit la maman de Lili et de Zoé leur donner plein de surnoms affectifs : elle les appelle ses « petites chéries », ses « mignonnes »... Or, si on analyse leur comportement et ce qu’elles font à leur baby-sitter Axelle (la faire passer pour une voleuse par exemple en faisant tomber un livre dans son sac lors d’une séance de shopping), Lili et Zoé n’ont plus rien de très mignon...

    On retrouve à peu de choses près cette idée dans Baby-sitter l’horreur, quand Mme Plessis-Crusot, la maman de Barnabé le décrit comme étant un « bébé exceptionnel », un « bébé d’amour ». Or, Marion se rend vite compte que Barnabé ne ressemble pas à la description qu’en a faite sa maman : il est particulièrement capricieux, il ne veut pas retourner se coucher, il ne veut pas s’habiller, il refuse d’aller au pot, il pique des colères...

    Dans L’Amerloque, la responsabilisation de la maman se fait de façon totalement différente. C’est dans l’évolution de la relation mère-fille qu’on suit tout au long du roman que la maman de Mathilde devient plus responsable. Elle est plus présente auprès de sa fille, lui parle plus, s’inquiète de sa réaction notamment quand elle apprend qu’elle attend un enfant...

    Par ailleurs, dans Baby-sitter blues, c’est par le biais d’Emilien que les différentes familles rencontrées prennent plus de responsabilité envers leurs enfants. Ainsi, la famille Aziz compte deux enfants particulièrement difficiles : Martin et Axel. Cependant, Emilien leur fait prendre conscience du bonheur qu’ils ont et par la suite, la famille Aziz pourrait ainsi s’aggrandir. C’est également Emilien qui fait prendre consience à Mme Durieu, 18 ans, qu’elle se doit de mettre tout en oeuvre pour rendre son petit Anthony heureux. C’est alors que suite au licenciement du papa d’Anthony que la petite famille décide de déménager, au plus grand regret d’Emilien, afin de pouvoir prendre un nouveau départ. Emilien s’attache aux enfants et aux familles pour lesquelles il travaille et notamment à Anthony. Etant fils unique, Emilien considère bien souvent ces enfants comme autant de frères et sœurs qu’il n’a pas.

    III. La baby-sitter : un exemple à suivre ?

    III.1 Relation de confiance

    La confiance dont on parle se joue à plusieurs niveaux : il y a la confiance qu’accordent les familles aux baby-sitters mais également la confiance qui existe entre les enfants et leurs baby-sitters. Ainsi dans Les Poussières à la plage, la maman de Lili et Zoé a besoin d’avoir confiance en la personne qui va garder ses filles : c’est pour cela qu’elle s’adresse dans un premier temps à la cousine Odile puis elle passe par l’intermédiaire d’une agence pour recruter la baby-sitter idéale le temps des vacances. Dans le roman de Marie Aude MURAIL, Baby-sitter blues, la confiance qu’accordent les familles à Emilien va crescendo. Pour son premier emploi, il demande conseil à sa cousine Martine-Marie, elle-même baby-sitter, qui lui trouve un enfant à garder chez Mme Grumeau. Celle-ci étant satisfaite des services proposés par Emilien, elle le conseille à d’autres mamans. Puis, à la suite de la maladie du petit Anthony qui a été très vite décelée par Emilien, il devient le baby-sitter le plus convoité du quartier. Ici, on voit donc l’importance qu’a le bouche à oreille pour trouver du travail en tant que baby-sitter.

    Dans notre corpus, s’il y a une œuvre où la notion de confiance joue un rôle primordial, c’est bien L’Amerloque. En effet, la relation qui existe entre Mathilde et sa fille au pair Elsie est basée sur une confiance grandissante. Mathilde finit même par considérer Elsie d’abord comme sa confidente, puis comme son amie. Elle lui pose de nombreuses questions sur des sujets qu’elle n’oserait aborder avec sa maman, notamment des questions relevant de la sexualité. Précisons cependant que Mathilde ne réalise qu’Elsie est devenue réellement une amie que quand elle se rend compte qu’elle l’a perdue, c’est-à-dire au moment où sa maman décide de la renvoyer parce qu’elle considère qu’elle « met la vie de sa fille en danger ». Ainsi, on peut se rendre compte que l’évolution de la confiance envers la fille au pair de la part de la mère et de la fille est en totale opposition. Alors que la maman semblait faire confiance à Elsie et en être proche au début du roman, cette notion de confiance décline peu à peu jusqu’à l’épisode de l’agression d’Elsie dans le métro. Inversement, Mathilde était particulièrement réfractaire à l’arrivée d’Elsie mais avec le temps et en baissant un peu ses gardes, Mathilde a appris à la connaître, à l’apprécier et à faire d’elle une amie.

    II. 2 Les qualités des baby-sitters

    Avec un corpus de cinq textes, les différents baby-sitters rencontrés ont mis en évidence de nombreuses qualités propres à chacun. Ainsi dans Les Poussières à la plage, Axelle permet à Lili et à Zoé de se faire des compagnons de jeu avant son départ. Elle a aussi pour qualité de s’entendre particulièrement bien avec la maman des deux petites filles. L’héroïne de Baby-sitter l’horreur, Marion, se révèle être responsable et avoir la tête sur les épaules face au problème qu’elle rencontre avec Barnabé. En effet, ce dernier se retrouve enfermé à l’étage, avec des outils à portée de main et la fenêtre grande ouverte. Parallèlement à Marion, on peut citer également Emilien qu’on retrouve dans Baby-sitter blues. Lui aussi se trouve confronté à un problème important lorsqu’il se rend compte qu’Anthony est malade et que ça a l’air relativement grave. Il réagit très vite en appelant en urgence le seul pédiatre qu’il connaît. En outre, Emilien s’attache aux enfants qu’il garde et on peut voir cela comme étant une qualité. Son attachement s’explique très certainement du fait qu’il est enfant unique et qu’il apprécie donc très particulièrement la présence d’enfants dans sa vie.

    Dans Monelle et les baby-sitters, c’est Léon qui met en évidence une qualité propre à son expérience : il s’agit de la persévérance. En effet, il lui aura falllu au total se présenter trois fois avant d’obtenir le poste de baby-sitter pour Monelle et son frère Humphrey.

    Enfin, c’est Elsie dans L’Amerloque qui semble être la baby-sitter ayant le plus de qualités. Ce sont essentiellement des qualités humaines qui montrent sa grandeur d’âme. Ainsi, elle donne de nombreuses et belles leçons de vie à quiconque vit à ses cotés, elle est particulièrement dynamique et enthousiaste. En outre, elle est à l’origine de la métamorphose de Mathilde. Cette métamorphose a pu se produire grâce au cadeau de Noël que lui a offert Elsie : il s’agit d’une robe moulante. Comme Mathilde elle-même le dit à propos d’Elsie à ce sujet : « C’est son œuvre, son triomphe. Elle m’a faite ».

    II.3 Les défauts des baby-sitters

    Comme pour les qualités, la variété proposée par le corpus de textes a permis de pouvoir dégager quelques grands défauts des baby-sitters rencontrés. Ainsi avec Baby-sitter l’horreur, le côté « gaffeuse » et étourdie de Marion est mis en évidence et apparaît nettement comme un défaut. Heureusement pour elle, Marion a la chance d’être responsable, ce qui lui permet de corriger ces étourderies et éviter ainsi quelques désagréments qui pourraient tourner au drame.

    Les deux baby-sitters féminines rencontrées dans Monelle et les baby-sitters ont également des défauts importants. Pour Mme Turpin, il s’agit entre autre de son manque de respect de la vie religieuse de la famille en essayant d’inculquer à Monelle et à son frère Humphrey un enseignement religieux mais sans le consentement de leurs parents. De plus, Joséphine Turpin n’est pas particulièrement objective vis-à-vis de Monelle. Sans raison paticulière, elle se montre désagréable avec elle et devient même violente. Quant à Maroussia, c’est son irresponsabilité qui est son plus grand défaut. Il semblerait qu’elle n’ait aucune conscience des priorités à accorder à des enfants. Un défaut, de moindre importance certes, mais qu’elle partage cependant avec l’héroïne de L’Amerloque, c’est son côté lève-tard. Par ailleurs, même si les qualités d’Elsie sont nombreuses, elle a cependant elle aussi quelques défauts. Ainsi, son agression dans le métro apparaît comme quelque chose de négatif aux yeux de la maman de Mathilde. Les divers secrets d’Elsie cachent également des choses plutôt négatives elles aussi. On peut citer entre autre son « emprunt » des statues familiales pour pouvoir les prêter à des amis étudiant aux Beaux Arts. Cet emprunt n’ayant pas été réalisé avec le consentement de la maman de Mathilde, l’acte d’Elsie s’apparente donc à un vol.

    Quant à Emilien, héros de Baby-sitter blues, son plus grand défaut est mis en évidence lorsqu’il pense, à tort, que Mme Durieu, la mère d’Anthony, n’aime pas son fils. Emilien a tendance à tirer des conclusions hâtives. Avec un peu plus de recul, il se rendra compte que Mme Durieu aime vraiment son fils, mais d’après lui, elle l’aime mal. Or, ne connaissant pas grand chose de la vie de Mme Durieu et de sa famille, Emilien n’est pas particulièrement bien placé pour pouvoir juger la situation.

    Conclusion

    En conclusion, après une analyse détaillée du corpus sélectionné, nous pouvons voir que la baby-sitter joue un rôle particulièrement important dans la construction identitaire de l’enfant. En effet, celui-ci apprend à se responsabiliser, à reconnaître ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, ce qui est normal ou non... Cependant, l’exemple de la baby-sitter est-il un bon exemple à suivre ? Il semblerait qu’il faille répondre à cette question au cas par cas : il existe de très bonnes baby-sitters comme il en existe de très mauvaises ; par ailleurs, il n’existe pas une liste de qualités à avoir pour être une bonne baby-sitter.

    Soulignons enfin que les éléments qui font de la baby-sitter une personne-clé dans la construction identitaire de l’enfant ne sont pas propres au baby-sitting : ainsi, une institutrice, un oncle, un pédiatre ou d’autres personnes encore peuvent jouer ce même rôle. Gwladys Bourgeois (2003)

    Corpus

    ® VERMOT, Marie-Sophie. Les Poussières à la plage. Ecole des loisirs, 2000. (Mouche)

    ® JOLY, Fanny. Baby-sitter l’horreur. Bayard, 2001. (Poche Délires)

    ® BRISAC, Geneviève. Monelle et les baby-sitters. Ecole des loisirs, 1992. (Neuf)

    ® MORGENSTERN, Susie. L’Amerloque. Ecole des loisirs, 1992. (Médium)

    ® MURAIL, Marie-Aude. Baby-sitter blues. Ecole des loisirs, 1989. (Médium)