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La Fantasy française en littérature jeunesse

 
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    Introduction

    La Fantasy en littérature jeunesse n’existe que depuis peu de temps en France en tant que genre littéraire à part entière, mais est parvenue à s’imposer à la suite du succès d’Harry Potter, devenant même un véritable courant de mode. Aujourd’hui ce " mauvais genre " apparaît comme riche et varié, et il est rare de trouver un éditeur qui refuse de publier ce type de littérature. Ainsi l’on trouve des maisons spécialisées en Fantasy, qui s’adressent en majorité aux adultes, mais proposent également des ouvrages pour la jeunesse, comme les éditions Bragelonne, L’Atlante ou Mnémos ; ou des maisons spécialisées en jeunesse comme Mango, Albin Michel, Bayard, Milan, Rageot, Gallimard ou encore Hachette. Ces maisons publient bien évidemment les grands ouvrages anglo-saxons, mais s’appliquent également à faire découvrir les nouveaux talents français des genres de l’imaginaire.

    Dans le cadre de cette étude, il paraît difficile de faire un panorama exhaustif de la production française actuelle tant elle est importante, et il semble également difficile de déterminer si la Fantasy en France possède des particularités spécifiques sans avoir au préalable une connaissance solide de la production française autant qu’étrangère. Nous proposerons donc ici de nous intéresser seulement au roman, ainsi qu’au au sous-genre de la Fantasy le plus répandu en littérature jeunesse française, le roman initiatique inspiré du merveilleux, qui semble proche de grands succès anglo-saxons comme Harry Potter de J.K. Rowling ou À la croisée des mondes de Philip Pullman. Nous avons sélectionné pour cela deux auteurs français dont les ouvrages salués par la critique sont selon moi de parfaits exemples de ce qui se fait dans le genre : Pierre Bottero et sa trilogie La quête d’Ewilan, ainsi que Sophie Audouin-Mamikonian et les deux volumes des Aventures de Tara Duncan.

    Pour cela il convient tout d’abord de faire un bref historique du genre et de son apparition en France. Il convient également de tenter une définition du genre dans toute sa variété, puis plus spécifiquement du sous-genre qui fait l’objet de cette étude. Enfin nous verrons en quoi les ouvrages choisis sont représentatifs du genre et quelles sont leurs spécificités.

    I - Historique de la Fantasy

    Il serait dommage de démarrer une étude sur la Fantasy française sans faire un bref récapitulatif de son histoire jusqu’à son arrivée en France, en littérature de jeunesse, puisque c’est bien la vivacité du genre dans les pays anglo-saxons qui a, entre autres, amené le genre chez nous. Nous pouvons pour cela nous inspirer de l’ouvrage de André François Ruaud, Cartographie du merveilleux.

    Celui-ci nous rappelle les origines lointaines de la Fantasy, qui remontent à l’Antiquité avec les épopées d’Homère, ainsi qu’au Moyen Age avec les chansons de gestes telle La chanson de Roland. Suit du XVIIème au XIXème siècle la mode des contes de fées et du merveilleux en France avec les Contes de Perrault, de Mme D’Aulnoy, ou encore Mme Le Prince de Beaumont, qui se revendiquait déjà comme écrivain pour la jeunesse. Après cette époque, la Fantasy disparaît complètement de la production française, mais perdure en Angleterre à travers les comptines (les nursery ryhmes) tout d’abord, puis à l’époque victorienne, propice au retour en force de la Fantasy. L’un des écrivains de Fantasy les plus notables de cette période est George Mac Donald, avec trois romans destinés à la jeunesse qui posent les bases de la fantasy moderne : At the back of the North Wind, The princess and the Gobelin, The princess and Curdie. Nous pouvons noter dans ce registre Charles L. Dodgson, plus connu sous le nom de Lewis Carroll et son Alice au pays des merveilles ou Rudyard Kipling et son Livre de la Jungle, qui pose les bases de la Fantasy Animalière.

    La Fantasy s’impose définitivement à l’époque Edouardienne, marquée notamment par le Peter Pan de James M. Barrie et Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame. Au même moment aux États-Unis, L. Franck Baum publie Le Magicien d’Oz. Au XXème siècle, les États-Unis s’éveillent réellement à la Fantasy, avec notamment, Robert E. Howard et son célèbre Conan le Barbare, qui donne naissance au sous-genre que l’on appellera Heroic Fantasy. Les années 1930 à 1950 incarnent l’âge d’or de la Fantasy anglaise avec de grands nom comme Mervyn Peake avec les chroniques du château de Gormenghast (La trilogie de Gormenghast), et T.H White, fondateur de la Fantasy arthurienne moderne.

    Le tournant a lieu en 1955, avec la publication du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien, fondateur de la High Fantasy, qui avait été précédée en 1937 par celle de Bilbo le Hobbit, à destination des enfants. Le Seigneur des anneaux est considéré par beaucoup comme l’ouvrage fondateur du genre, qui a montré la Fantasy dans toute sa splendeur, avec la création d’un univers complet et fouillé. C’est cette œuvre qui a permis à la Fantasy de se constituer comme un genre littéraire à part entière, elle qui n’était encore qu’une branche obscure de la Science-fiction. Il faut cependant attendre 1966 et la publication de l’œuvre aux États-Unis avant qu’elle ne s’impose réellement. Les ouvrages de Fantasy se multiplient dans les années 70, mais ce sont les années 80 qui amènent un renouveau du genre aux États-Unis, avec des auteurs qui cherchent à étendre le genre à d’autres thèmes que l’Heroic ou la High Fantasy . Ces années développent le thème du passage des Héros à un " monde secondaire ", thème qui devient un cliché du genre, abondamment utilisé aujourd’hui en jeunesse, comme nous le verrons plus tard. Les décors se diversifient vers davantage d’exotisme, inspirés des pays nordiques ou du Proche Orient. On voit apparaître de nouveaux sous-genres, tels le Steampunk , mélange de science-fiction et de Fantasy, ou encore dans les années 1990 la Fantasy urbaine avec Charles De Lint, ou Terri Windling et son Borderland, premier ouvrage de fantasy urbaine destiné aux adolescents. Ensuite viendra la Fantasy historique.

    C’est seulement dans les années 1990 que la Fantasy fait son retour en France, inspirée par l’étranger et poussée par la mode des jeux de rôles avec Donjons et Dragons. Paraissent la Trilogie des Elfes de Jean Louis Fejtaine et Le Cycle de l’ancien futur de Denis Duclos. De jeunes auteurs apparaissent alors, David Calvo ou Léa Silhol, ainsi que d’autres qui écrivent également pour la jeunesse comme Matthieu Gaborit, Laurent Kloetzer ou encore Fabrice Colin.

    La Fantasy en littérature de jeunesse n’est donc pas si récente si l’on regarde bien l’historique de ce genre, puisqu’elle est née en partie des contes de fées et de grands classiques comme Alice au pays des merveilles. Cependant, elle reste un genre profondément anglo-saxon, et il s’agit en France d’un phénomène récent, malgré cette époque des contes de fées, ancêtres de la Fantasy moderne. On remarque que la Fantasy adulte ne s’est imposée que difficilement et qu’il a fallu du temps avant qu’une véritable école d’auteurs français voie le jour. En littérature de jeunesse cela a été encore plus difficile. Avec les autres genres de l’imaginaire, et encore davantage que les autres, la Fantasy a longtemps été considérée comme un " mauvais genre ", que l’on ne donnait pas à lire aux enfants. Bien que cela soit toujours valable pour certaines personnes aujourd’hui, la Fantasy s’est tout de même imposée dans le paysage éditorial français. Avec la diversification considérable de la littérature de jeunesse ces dernières années, il semblait normal que ce genre ait lui aussi la possibilité d’être lu par de jeunes lecteurs. Le phénomène Harry Potter, à l’origine de l’explosion du genre en France, a désormais remplacé le phénomène Chair de Poule, la Fantasy a remplacé la terreur et le fantastique.

    Parmi les auteurs de Fantasy jeunesse française nous pouvons citer également Pierre Grimbert qui a écrit de nombreux ouvrages, Jean Charles Bernardini et sa série Le cercle magique, Jean Claude Mourlevat avec La rivière à l’envers, Eric l’Homme et la trilogie du Livre des étoiles, Serge Brussolo avec entre autres Peggy Sue, ainsi que les deux que nous étudierons plus tard, Pierre Bottero et sa trilogie de La Quête d’Ewilan et Sophie Audouin Mamikonian avec Tara Duncan.

    II - Définition des contours du genre

    2.1 - Définition comparative

    Définir la Fantasy est une tâche ardue, à laquelle beaucoup se sont essayés, sans pour autant parvenir à un consensus. L’étendue de ce genre si varié avec ses multiples sous-genres ne semble pas étrangère à cet état de fait, ainsi que l’interpénétration des genres de l’imaginaire dans une époque où les frontières entre genres s’estompent et deviennent floues.

    Dans une tentative de simplification, la Fantasy est souvent définie par rapport aux deux autres genres de l’imaginaire avec lesquels elle est généralement confondue : le Fantastique et la Science-Fiction. Cette ébauche de définition a le mérite de donner les premiers repères.

    Distinguons tout d’abord la Fantasy du fantastique. Pour reprendre les mots de Christian Grenier dans La science-fiction à l’usage de ceux qui ne l’aiment pas, le Fantastique relève de ce qu’il appelle « l’irrationnel inacceptable ». Un élément surnaturel ou un phénomène insolite fait irruption dans le monde réel, quotidien, tel que nous le connaissons. Ce phénomène n’est pas accepté par les personnages, ébranle leurs certitudes et génère souvent la peur et l’angoisse. Les personnages récurrents dans ce type de récit sont vampires, fantômes, démons, revenants... Je classerai dans cette catégorie la série des Chair de Poule, ou la saga Darren Shan de Darren Shan.

    La Science-fiction tient quant à elle du domaine de « l’irrationnel acceptable ». Cette fois ce qui semble invraisemblable est accepté par les personnages, car tout est justifié de manière scientifique et obéit à une logique bien spécifique. Il s’agit souvent de romans d’anticipation, dans lesquels l’auteur imagine ce que pourraient être les avancées de la science, où ce que serait le monde si les choses avaient évolué différemment. Nous pourrions citer Les Enfants de la lune de Fabrice Colin ou Un billet pour l’éternité de Christian Grenier.

    Par rapport à ces deux autres genres, la Fantasy est de l’ordre de « l’irrationnel accepté ». Elle peut en cela être rapprochée du genre Merveilleux, avec quelques nuances. Ici l’histoire se déroule dans un univers différent de celui du lecteur et tout ce qui nous semble irrationnel est accepté sans explication. Comme pour le merveilleux et le contes de fées, il s’agit ici d’un contrat de lecture, le lecteur sait qu’il entre dans l’irrationnel et que rien ne sera justifié car tout sera considéré comme allant de soi. Cependant à la différence du merveilleux, la Fantasy crée de toutes pièces un autre univers, avec ses sociétés, ses lois, ses modes de vie, de pensée, ses systèmes politiques... De plus elle ne suit pas toutes les règles de ce genre, notamment l’indétermination des personnages et des lieux.

    Cette définition simplifiée pose pourtant déjà problème, avec l’effacement de la frontière des genres. Le débat est particulièrement vif autour d’Harry Potter : s’agit il de fantastique ou de Fantasy ? Alors que beaucoup le classent en Fantasy d’autres s’insurgent. En effet un enfant qui dans notre monde réel s’aperçoit qu’il possède des pouvoirs étranges, et s’en étonne, cela ressemble à du fantastique. Cependant l’école de Poudlard se trouve dans une sorte de monde parallèle, où la magie est de rigueur et où les personnages magiques sont légions, sans que quiconque en soit effrayé. Cela devient de la Fantasy. Le problème se pose également pour les ouvrages sélectionnés pour cette étude, comme nous le verrons plus tard, et l’on voit bien ici que la définition donnée ne suffit pas. Le débat reste ouvert : faut il affiner cette définition de la fantasy pour parvenir à tout classifier, ou faut il se résoudre à ne jamais y parvenir. Le parti pris de cette étude est de considérer ce type de roman comme de la Fantasy à part entière.

    2.2 - La Fantasy et ses sous-genres

    De même que la Science-fiction, la Fantasy a pour particularité de se subdiviser en de multiples sous-genres avec chacun leurs spécificités. Cependant il n’existe pas de consensus ou de dénomination officielle pour les désigner, tant les frontières sont mouvantes et le débat acharné. On peut citer différents noms employés, comme " sword & sorcery ", " dark fantasy ", " high fantasy ", " weird fantasy ", " light fantasy ", " fantasy héroïque ", " épique ", " historique ", " féerique ", " mythique ", " urbaine " ou encore " romantique ". La liste est encore longue et il serait trop fastidieux de tous les définir.

    Il est difficile de trouver une typologie satisfaisante et simple à la fois, mais il est cependant possible de définir à gros traits les grandes tendances du genre et de s’interroger sur ce qui se fait le plus dans l’édition jeunesse actuelle. En reprenant des éléments de définition divers, l’on peut brosser tout d’abord un portrait général de la Fantasy dans son entièreté, sans prétendre pour autant à l’exhaustivité. Celle-ci se déroule tout d’abord dans un univers différent de celui du lecteur, ce qui est une règle d’or. Souvent l’époque peut être assimilée au Moyen-Âge occidental, quand ce n’est pas le cas, l’époque est intemporelle. La magie y est une chose ordinaire et omniprésente, une magie qui fonctionne selon une logique particulière, avec ses règles et qui s’apprend auprès de maîtres. Le récit se base fréquemment sur une lutte manichéenne entre le Bien et le Mal, qui met en jeu le sort du monde, que le Héros va sauver. Bien évidemment ces caractéristiques ne sont pas toutes systématiquement présentes, et d’autres se rajoutent selon le sous-genre auquel appartient le récit.

    Dans un article de la revue Griffon, Fabrice Decamps propose une typologie simplifiée et générale des sous-genres qui pourrait convenir. Tout d’abord l’Heroic Fantasy ou Fantasy épique, qui a pour caractéristiques de se dérouler dans une sorte de pseudo Moyen Age, dont les héros sont des guerriers, caractérisés par leur force, leur courage et leur ardeur au combat, à la recherche de gloire ou d’honneur et sous l’influence de la destinée. Ce type de récit se publie souvent sous forme de sagas, comporte les généalogies des personnages, un monde inventé et cartographié, ainsi que de la magie.

    Ensuite la Fantasy féerique ou mythique, qui s’inspire des contes populaires et des croyances, des mythes et civilisations anciennes en utilisant les mêmes ingrédients que le merveilleux et en le revisitant. On y trouve souvent des références à la mythologie celtique, nordique ou au mythe arthurien, ainsi qu’aux créatures de Petit Peuple du monde de Féerie.

    Enfin ce qu’il appelle la " Fantasy pure ". Celle-ci ne se déroule pas systématiquement au Moyen âge, ne se décline pas en sagas et n’est pas marqué par la destinée comme le sont les deux autres. Ce sous-genre mélange souvent réalité et merveilleux, et la présence de mondes parallèles y est fréquente. Le héros voyage, découvre et affronte un autre univers, intemporel, dans lequel il va vivre des aventures ou poursuivre une quête.

    Les ouvrages sélectionnés pour cette étude appartiendraient d’avantage à cette dernière catégorie, puisqu’ils mélangent réalité et merveilleux, se déroulent dans un monde parallèle au nôtre et intemporel. Ils répondent aux thèmes classiques de la littérature d’aventure et mettent l’accent sur le merveilleux ainsi que sur l’initiation à travers la découverte d’un univers nouveau, comme nous le verrons dans la partie suivante.

    En conclusion de cette grande partie, nous pouvons dire qu’il semble impossible de définir clairement ce genre qu’est la Fantasy, et que la véritable question qu’il faut se poser est de savoir s’il faut conserver la notion de genre et classifier distinctement chaque ouvrage ou au contraire se résoudre à oublier la notion de genre. Il est en tout cas possible de définir de manière plus ou moins basique les contours de la Fantasy, et cela permet de se rendre compte à quel point celle-ci est vaste. En littérature de jeunesse française, il apparaît que même si tous les thèmes sont abordés, les auteurs semblent avoir un style de prédilection, qui correspond à ce que Fabrice Decamps appelle la Fantasy Pure et que je définirais comme une fantasy inspirée du merveilleux, où le Héros passe du monde réel à un monde parallèle magique et intemporel, dans lequel il part en quête initiatique qui l’amène au passage vers l’âge adulte.

    III - Etude des ouvrages sélectionnés

    3.1 - Les Héroïnes

    Chez les deux auteurs sélectionnés, les héros sont en fait des héroïnes, ce qui semble également se révéler comme une tendance actuelle du genre. Il s’agit ici de Tara’tylanhnem, dite Tara Duncan, et Ewilan Gil’Sayan, dite Camille Duciel. Ces personnages présentent des caractéristiques communes : une beauté supérieure à la normale assortie d’un caractère bien trempé, et d’un pouvoir hors norme.

    Ewilan se distingue par ses yeux violets, tandis que Tara est dotée d’un sourire enjôleur et d’une splendide mèche de cheveux blanche. Les deux jeunes filles ne manquent pas de se faire remarquer et d’attirer les faveurs des garçons... A ces caractéristiques physiques s’ajoute un caractère fort, qui s’affirme au fur et à mesure de l’aventure, en même temps que la maturité. Ewilan comme Tara savent prendre des décisions, les imposer, trouver des solutions toujours risquées, mais parviennent toujours à s’en sortir.

    Dans les deux cas les héroïnes sont ce que l’on pourrait appeler des élues, avec un pouvoir supérieur à la moyenne et une identité cachée. Il s’agit d’un pouvoir qui se manifeste tout seul tant il est puissant, hérité d’ancêtres illustres. Camille (ou Ewilan) possède le Don du Dessin. Celui ci permet par la pensée de rendre réel ce que l’on imagine, de créer des objets, pour un temps limité. Ce pouvoir s’avère très vite bien supérieur à la moyenne, et même aux meilleurs, ce qui est d’autant plus étonnant qu’Ewilan est encore très jeune. Ceci est dû à l’identité cachée de Camille, de son vrai nom Ewilan Gil’Sayan, fille de Altan et Elicia Gil’Sayan, deux des Sentinelles les plus puissantes de Gwendalavir, disparues en tentant de déjouer un complot contre l’empire. Tara quand à elle est une sortcelière. Les sortceliers utilisent une force invisible, présente tout autour de nous, pour lancer des sorts. Son pouvoir est également supérieur, puisqu’il s’agit de la fille du frère de l’impératrice d’Omois et donc héritière de l’empire. Dès le début, alors qu’elle ne maîtrise pas encore son pouvoir, elle parvient avec facilité à repousser un sort très puissant.

    Ces héroïnes sont prédestinées, arrachées à la vie quotidienne puis jetées malgré elles dans l’aventure. Leur destin est de sauver le monde parallèle, et pas la même occasion le monde que nous connaissons. Camille, au début de l’aventure, vit dans le monde que nous connaissons. Sur le chemin de l’école, son pouvoir se manifeste et elle se trouve projetée dans un monde parallèle, le royaume de Gwendalavir. Celui-ci est en guerre, menacé par les T’sliches et court un grave danger. Grâce à ses pouvoirs hors du commun, elle est la seule à pouvoir le sauver. Tara vit également dans un monde tel que nous le connaissons, va elle aussi au collège et mène une vie normale, jusqu’à ce qu’elle prenne conscience de ses pouvoirs, qu’elle prend tout d’abord pour de la télékinésie. Quand un sortcelier maléfique vient l’attaquer dans son monde, sa famille est obligée de lui apprendre la vérité, et elle part alors sur " Autre monde ", le monde des sortceliers, qu’elle va devoir sauver des projets du terrible sortcelier Magister.

    Nous pouvons noter ici que dans ces deux cas, quand les héroïnes découvrent leur pouvoir, celui-ci les effraie, puisqu’elles vivent dans le monde tel que nous le connaissons, et n’ont pas connaissance des mondes parallèles. Cette caractéristique, comme dans le cas d’Harry Potter, pourrait faire classer ces romans dans le fantastique. Les héroïnes sont à un moment " empêchées " d’utiliser leur pouvoir, mais celui-ci est tellement fort qu’il s’impose de lui même. Ewilan ne peut pas l’utiliser dans un premier temps car il est si puissant qu’il permet à ses ennemis de la localiser. Mais quand le danger se fait trop pressant, elle se trouve forcée de l’utiliser. Par la suite, elle pourra l’utiliser pleinement. Tara elle, ne peut pas utiliser sa magie, de peur de tuer sa grand mère qui a promis sur sa vie au père de Tara de ne jamais faire d’elle une sortcelière, afin qu’elle ait une vie normale. Si Tara devient une vraie sortcelière, sa grand-mère risque de mourir. Cependant les dangers l’obligent elle aussi à utiliser son pouvoir contre son gré. Par la suite le pacte de sang est annulé et elle peut utiliser son pouvoir pleinement.

    Classique de la Fantasy, la " magie " des héroïnes est une magie qui s’apprend et obéit à des règles. Mais ces règles finissent par être dépassées par les héros tant leur pouvoir est fort. L’Art du Dessin répond a des règles précises. Pour l’utiliser, l’esprit doit aller dans ce qu’on appelle les Spires de l’Imagination. Cependant, les ennemis de Gwendalavir, les T’sliches ont profité de la faiblesse des dessinateurs du royaume pour mettre des verrous dans ces spires, empêchant quiconque de " dessiner ". Mais Ewilan n’est pas affectée, et peut tout de même " dessiner " malgré l’interdiction. Elle est également la seule à pouvoir toucher une sphère graphe, objet que seuls les T’sliches peuvent utiliser. Elle est parvenue à créer un objet permanent, alors que ceci est quasi impossible.

    Les Sortceliers utilisent la force pour lancer des sorts, et doivent créer une formule, orale, pour le lancer. Tara elle, n’a pas besoin de parler et lance les sorts par la pensée uniquement. Les deux héroïnes disposent chacune d’un objet magique qui accroît leur pouvoir. La sphère graphe T’sliche, pour Ewilan, et la Pierre Vivante pour Tara. Il s’agit d’un objet très rare trouvé sur une île qui se lie à jamais à son propriétaire et lui donne encore plus de pouvoir.

    Pour terminer, les deux jeunes filles font l’expérience de la destruction et de la mort. Tara elle-même meurt une fois, mais parvient à être sauvée à temps. Quelqu’un cherche à la tuer et elle évite de nombreux pièges mortels, tout au long de l’aventure. Elle assiste également à la mort d’un élève dont son ami est accusé. Les T’sliches cherchent à tuer Ewilan, qui elle aussi évite de nombreux pièges. Elle se retrouve au milieu de batailles, dans lesquelles ses amis risquent leur vie. Une de ses amies, Ellana, échappe de justesse à la mort.

    3.2 - Les personnages secondaires

    Caractéristique classique de ce type de Fantasy, le héros n’est jamais seul dans l’aventure, accompagné par des amis fidèles, sans lesquels il ne réussirait pas à accomplir sa destinée. Nous pouvons noter la présence d’un mentor qui peu à peu s’écarte pour laisser le héros voler de ses propres ailes. Ainsi dans La quête d’Ewilan, le rôle est rempli par Maître Duom Nil’Erg, analyste de son état, métier qui consiste à tester le pouvoir des personnes qui ont le Don du Dessin. Celui ci se rend compte qu’Ewilan dispose d’un pouvoir immense, surtout pour son âge, et décide de l’aider dans sa quête, lui apprenant à maîtriser son Don, la rassurant. Puis Ewilan grandie et son pouvoir s’affirme et dépasse même la connaissance du vieux maître, qui s’efface et la laisse prendre ses propres décisions. Pour Tara Duncan, il s’agit de Maître Chemnashaovirodaintravichu, plus couramment désigné sous le nom de Maître Chem. Haut mage d’Autre Monde, dragon qui peut prendre la forme d’un homme, il aide Tara, vient à son secours au début de l’aventure, l’emmène à Autre Monde, et lui apprend à maîtriser son pouvoir. Une fois Tara plus à l’aise avec sa nouvelle identité, elle prend des initiatives sans lui en parler, s’émancipe de sa tutelle, même si celui ci continue à l’aider de loin.

    Il y a également le personnage masculin qui crée des liens avec l’héroïne et l’accompagne dans son évolution, lui donnant son soutien. Il l’accompagne dans sa quête initiatique, et lui porte un amour d’abord caché qui s’affirme par la suite. Il s’agit de Salim pour Ewilan et de Robin, demi elfe et sortcelier pour Tara. Ewilan et Salim s’avouent leur amour. Dans le cas de Tara, il faudra sans doute attendre le prochain épisode, qui n’est pas encore paru. Notons aussi la présence de familiers, thème courant dans la Fantasy. Il s’agit d’animaux liés au mage, que celui ci invoque ou comme c’est le cas ici, d’un animal destiné à une personne qui se lie à elle à jamais.

    Passons au groupe qui accompagne l’héroïne. Personnages de races différentes, ils proviennent de lieux différents, de civilisations différentes, et ont chacun leurs pouvoirs ainsi qu’un rôle à jouer. On retrouve les types de personnages classiques de la Fantasy, Elfes, Nains, voleurs, mages, guerriers... Chacun a des caractéristiques spécifiques et imposées comme classiques depuis l’œuvre de Tolkien.

    Pour Ewilan, ce sont tous des adultes, sauf Salim. Edwin Til’Illan, un grand guerrier alavirien, chef du groupe jusqu’à ce que Camille s’affirme et s’oppose à son jugement. Son rôle est de diriger de par son expérience et son talent. Il y a aussi Bjorn, chevalier et Maniel, soldat de l’empire, deux guerriers, protecteurs, dont le rôle est de combattre l’épée à la main pour protéger Ewilan, quitte à donner leur vie. Ellana de la guilde des Marchombres possède une agilité hors du commun, ainsi qu’une étonnante rapidité, discrétion et furtivité. Maître Duorm, dont nous avons parlé plus haut, utilise son Don dans les batailles pour sauver Ewilan quand elle ne peut pas utiliser son pouvoir. Il joue en même temps le rôle de protecteur et enseignant. Ses caractéristiques sont le Don du dessin, la sagesse et l’expérience.

    Chez Tara Duncan, les personnages auxiliaires sont des adolescents, à l’exception de Maître Chem. Il y a Fabrice, humain comme Tara, qui a découvert lui aussi qu’il était sortcelier. Robin est un demi elfe qui possède donc les caractéristiques physiques de sa race : cheveux blancs (avec une mèche noire car il s’agit d’un demi elfe), des yeux cristallins, en amande, ainsi qu’une grande agilité et une rapidité hors du commun. Il utilise l’arme classique des elfes, l’arc. Moineau vient d’autre Monde, fille du Roi du Lancovit, elle a la particularité de pouvoir se transformer en bête monstrueuse à cause d’une malédiction, faculté utile dans leurs aventures. Caliban, qui vient également d’Autre Monde, est un élève " voleur patenté " (voleur au service de l’Etat). Ces capacités de voleur vont être utiles dans l’aventure : discrétion, rapidité... Fafnir la naine, encore adolescente malgré ses deux cent cinquante ans, petite, musclée et...barbue. Son arme de prédilection est la hache.

    On retrouve chez ces personnages le thème de la métamorphose, également courant dans la Fantasy, hérité des contes de fées. Salim se transforme en loup, le grand père de Tara en labrador, et Moineau en Bête du Lancovit.

    3.3 - Le contexte

    Ouvrages que nous avons assimilés à la " Fantasy pure ", ils abordent le thème du monde parallèle, auquel seuls ceux qui ont le pouvoir peuvent accéder.

    Ewilan y passe sans le vouloir, en faisant le " pas sur le côté ", en se servant de son pouvoir encore inconscient. Sur Gwendalavir tout le monde possède le don du dessin, à des degrés différents, pas sur la terre. Cependant il est possible de passer de l’un à l’autre, ce que font ceux qui ont le pouvoir nécessaire, sans que les humains ne le sachent. Tara s’y rend en passant par des portails magiques gardés par les sortceliers, inconnus du reste du monde. Les non magiciens, qui sont appelés les " nonsos ", vivent dans le monde tel que nous le connaissons et n’ont pas connaissance des sortceliers.

    Au cours de leur aventure, les personnages sont confrontés à une nature brute, traversent un monde exotique et différent. Ewilan traverse le royaume de Gwendalavir, dont l’aspect se rapproche d’une sorte de Moyen Age, avec châteaux, chevaliers en armures, empereurs et rois, tavernes, échoppes, armures et vêtements en peau. C’est un monde vierge de toute pollution et technologie. Leur voyage les fait traverser forêts, montagnes, plaines... Les aventures de Tara se passent sur Autre Monde. Le type d’aventure est quelque peu différent, il ne s’agit pas d’un un voyage du début à la fin vers un objet de quête, qui oblige à traverser des contrées hostiles. Ce modèle s’apparente d’avantage à la High Fantasy. Mais comme pour Ewilan, il s’agit d’un monde vierge de toute technologie, plutôt proche d’un modèle médiéval également, avec ses châteaux, empire et royaumes. C’est un monde qui émerveille le héros par sa beauté, en opposition à la grisaille de leur monde d’origine.

    Ainsi la ville D’Al Jeit dans La quête d’Ewilan, créée de toutes pièces par d’anciens " dessinateurs ", qui éblouit les visiteurs par sa beauté, si intense que l’émerveillement ne quitte jamais les personnes qui s’y trouvent. Le château de Lancovit dans Tara Duncan, lieu enchanté, doté d’une volonté propre, qui change ses couleurs, s’embellit ou s’assombrit selon son humeur, et créé des illusions, ne cesse d’impressionner Tara. Ces mondes sont cartographiés et l’on trouve en plus de la carte des glossaires à la fin de l’ouvrage, avec noms de personnages, noms de lieux ou mots d’une langue inventée. Ces caractéristiques sont également inspirées de la High Fantasy de Tolkien.

    Ces mondes sont divisés en territoires, chacun abritant une race différente, avec des noms à la sonorité classique de la Fantasy, inspirés du Seigneur des anneaux. La carte du monde de Tara Duncan comprend Gandis le pays des Géants, Hymlia le pays des Nains, Krasalvie pays des Vampyrs ou encore Mentalir pays des licornes. De l’autre côté de la mer se trouve l’empire d’Omois. L’on peut voir que la sonorité de ces noms est associée au type de peuple qui habite le lieu. On trouve également des noms de lieux comme la Mer des orages, Montagne du Tador ou le désert de Salterens. Il est classique de la Fantasy également de donner des noms aux mers, montagnes, plaines ou autres lieux naturels. Le monde parallèle d’Ewilan abrite le royaume des Rais, créatures maléfiques, le Royaume de Gwendalavir, ou encore le Pays des Faels, race humanoïde à l’agilité hors du commun. On trouve également les noms de lieux comme le désert des murmures, l’océan de glace ou encore les plateaux d’Astriul. Les noms des personnages ont également ce type de sonorité : Ewilan Gil’Sayan ou Tara’tylanhnem. Ces deux noms avec apostrophes, sont le signe de noms nobles. Fafnir, est un nom à la sonorité classique pour un nain.

    Les ouvrages choisis possèdent donc les caractéristiques principales de la Fantasy : monde parallèle, héros prédestinés, pouvoirs immenses, races exotiques, personnages classiques, structure de quête, mondes cartographiés ou encore appellation des lieux et des personnages à sonorité classique. Il faut bien sûr signaler la présence de quelques éléments qui font que certains préfèrent classer ce type d’ouvrage dans le fantastique.

    3.4 - Thème de l’initiation

    Comme nous l’avons déjà évoqué, ces ouvrages sont construits autour du thème de la quête initiatique. Il n’est pas étonnant que ce type d’ouvrage soit le plus répandu en littérature pour adolescents, puisqu’ils symbolisent les étapes du passage de l’enfance à l’âge adulte et permettent une identification inconsciente.

    On observe un héros à l’enfance confisquée dès le début des ouvrages, souvent celui ci n’a plus ses parents, et doit obéir à une figure d’autorité cruelle. Tara a perdu ses deux parents mais ne sait pas comment ceux ci ont disparu. Elle vit chez sa grand-mère, qui ne lui montre aucune affection. Très autoritaire, elle refuse de répondre aux questions de l’enfant sur son passé. Il faut cependant modérer cette observation pour cet ouvrage, puisque la grand-mère aime sa petite fille, même si elle ne lui montre pas, et l’empêche d’accomplir son destin dans l’intention de la protéger. Abandonnée dès l’enfance, Ewilan a également perdu ses deux parents. Elle vit chez ses parents adoptifs qui ne l’aiment pas, la jeune fille est brimée, et ne reçoit aucune affection. Elle non plus ne connaît pas son passé, et ceux-ci refusent de le lui dévoiler.

    Les héroïnes s’interrogent sur leurs origines, qui expliquent leurs pouvoirs hors du commun : chaque fois les parents avaient un rôle important dans le monde parallèle et n’ont pas abandonné leurs enfants, mais ont été forcés de le faire, par les circonstances. La mère de Tara, femme du frère de l’empereur et sortcelière, est emprisonnée par le personnage agresseur et Magister, sa fille, a été remise à la garde de sa grand-mère. Les parents d’Ewilan ont été emprisonnés par une sentinelle rebelle du monde parallèle, figés et cachés dans un lieu reculé protégé par un dragon. Ewilan s’est trouvée confiée à un ami, à la mort duquel elle passe sous la garde des Duciel.

    Les origines nobles de leurs parents, ainsi que leurs pouvoirs supérieurs leur sont transmis, et en font des personnages élus, promis à un destin exceptionnel. Au début de chaque roman, les jeunes filles ne connaissent pas leurs origines, qui leur sont cachées. Ce sont leurs pouvoirs exceptionnels et leur destinée qui les poussent inexorablement vers l’aventure, et les amènent à trouver la vérité sur leurs origines.

    Le voyage qu’ils entreprennent est une quête d’identité, qui représente la perte de l’innocence et le passage à l’âge adulte. Les héroïnes retrouvent leur identité et l’affection qui leur manquait en retrouvant leurs parents. Elles s’approprient une nouvelle identité, qui est en fait leur véritable identité en retrouvant un passé oublié. Elles sont enfin entières. Leurs aventures participent à la construction de la personne : elles apprennent à maîtriser leurs pouvoirs. Surprises au premier abord, celui-ci les dépasse tant il est puissant, et tant elles sont jeunes. Elles ont donc besoin de l’aide de l’enseignant pour apprendre à le maîtriser. Les jeunes filles s’affirment au fur et à mesure des épreuves qu’elles rencontrent, apprennent à maîtriser leur puissance à jusqu’à un point où l’élève dépasse le maître. Leur caractère change, elles passent d’un modèle enfantin à un sérieux et une maturité plus adulte, forgée par les épreuves. Cette évolution se perçoit également sur le plan sentimental : Ewilan avec Salim, passe de l’amitié à l’amour, du garçon manqué à la jeune fille, et avoue ses sentiments pour son ami d’enfance.

    Le lecteur peut donc s’identifier, même inconsciemment à ces personnages, qui comme eux traversent les épreuves de la construction de l’identité et du passage à l’âge adulte. Ce type de roman parle à notre inconscient, tout comme les contes de fées en leur temps.

    3.5 - Comment faire entrer les lecteurs dans cet univers ?

    La Fantasy est un genre purement imaginaire, et sa caractéristique est de créer un univers de toutes pièces, très éloigné de notre quotidien, même si les auteurs s’en inspirent. Ainsi il peut paraître difficile pour un jeune lecteur de s’immerger complètement dans un monde sur lequel il n’a aucune prise, dans lequel peu de choses lui sont familières, avec des lieux, des races, des sociétés et des mentalités différentes, souvent médiévalisantes. En littérature de jeunesse, les auteurs semblent avoir choisi de faire le plus de liens possible avec ce que connaissent les jeunes lecteurs, afin de les aider à mieux se plonger dans cet univers nouveau et fantasque.

    Ceci peut être à l’origine du choix du modèle des mondes parallèles. L’action ne se déroule pas directement dans un monde inconnu, les héros viennent du monde actuel, ce qui fait le lien avec l’époque actuelle, pour faciliter l’entrée du lecteur dans cet univers. Le monde est connu et la personnalité du héros est proche. Le lecteur s’identifie facilement, puisqu’il a les mêmes références culturelles, par exemple le langage, l’attitude face aux événements, ou encore les références culturelles à notre société. Le langage est actuel, Salim appelle Ewilan " ma vieille ", tandis qu’elle le traite de " mollusque " ou que Tara trouve son ennemi " décidément trop nul "

    On trouve aussi des allusions à la culture de notre société : Tara assimile la " force " qui permet aux sortceliers de faire la magie à celle de Star Wars, fan de la série Stargate elle cherche la porte des étoiles à la place de la porte qui permet le passage vers l’Autre Monde, Caliban cache sa passion pour la chanteuse Shakira...

    On trouve également un aspect indéniablement humoristique, qui n’est pas systématiquement présent dans la Fantasy classique. Dans les dialogues, les références citées précédemment, ou dans la confrontation de ces enfants incrédules devant un monde nouveau et étrange, ce qui créé nombre de quiproquos. L’humour né d’un conflit des cultures, entre les enfants et leurs références et les magiciens de l’autre monde. Cela permet au lecteur de s’identifier également, puisque contrairement à la Fantasy classique, les héros ne prennent pas tout comme allant de soi. Il s’agit ici encore d’un élément qui pourrait faire pencher le classement de ces ouvrages vers le fantastique. Dans La quête d’Ewilan, les dialogues entre Salim et Bjorn ou Salim et Camille sont également générateurs d’humour et de quiproquos. Le personnage de Salim est la touche d’humour du roman de Pierre Bottero. Pour Tara Duncan, c’est le personnage de Caliban, qui par exemple, appelle Dame Kalibris, une Tatris qui possède deux têtes pour un même corps, " une de trop ".

    Tous ces éléments concourent donc à faire de ces ouvrages de bonnes introductions à cet univers qu’est celui de la Fantasy.

    Conclusion : En conclusion, nous pouvons dire que la Fantasy, avec ses origines variées, est un genre riche et pluriel, même dans la production pour la jeunesse. Cependant il faut admettre qu’un sous- genre semble dominer, notamment dans la production française actuelle, celui que Fabrice Decamps a appelé la " Fantasy Pure ". Si ce genre tend à s’imposer, cela n’est pas sans raisons. En effet il est parfaitement adapté à un public de jeunes lecteurs, qui ne sont pas encore habitués à ce type de littérature, même si cela n’empêche pas certains lecteurs de s’immerger facilement dans cet univers, et certains auteurs de proposer une Fantasy moins facile d’accès. Les ouvrages sélectionnés, s’ils présentent beaucoup de caractéristiques de la Fantasy plus " classique ", possèdent également deux points importants qui en font des romans adaptés : les repères donnés au lecteur et le symbolisme du récit initiatique. Les jeunes lecteurs qui pourraient avoir des difficultés à s’immerger dans un monde trop nouveau, où ils manquent de repères, peuvent s’identifier et se raccrocher à des éléments connus. De plus ce type d’ouvrage parle à l’inconscient, en symbolisant la quête d’identité et les difficultés du passage à l’âge adulte, que connaissent les lecteurs de cet âge.

    © Charlotte Albisser Master SID, 2004

    Post-scriptum

    BIBLIOGRAPHIE

    Ouvrages sélectionnés

    AUDOUIN-MAMIKONIAN, Sophie. Tara Duncan : Tome I, Les sortceliers. Paris : Seuil . 2003.

    Audouin - Mamikonian, Sophie . Tara Duncan : Tome II, Le livre interdit . Paris : Seuil . 2004.

    Bottero, Pierre . La quête d’Ewilan : Tome I, D’un monde à l’autre . Paris :Rageot, 2003. Bottero, Pierre . La quête d’Ewilan : Tome II, Les frontières de glace . Paris : Rageot . 2003. Bottero, Pierre . La quête d’Ewilan : Tome III, L’île du destin . Paris : Rageot . 2003.

    Ouvrages théoriques

    Grenier, Christian . La science fiction à l’usage de ceux qui ne l’aiment pas . Paris : éditions du Sorbier. 2003. Ruaud, André François . Cartographie du merveilleux. Denoël . 2001 . (Folio SF).

    Articles

    Decamps, Fabrice . Sous le signe du merveilleux . Griffon, mars-avril 2001, n°176. p.1. Decamps, Fabrice . Les origines de la Fantasy . Griffon, mars-avril 2001, n°176 .pp 2-4.

    Manfrédo, Stéphane . Parcours dans la Fantasy . La revue des livres pour enfants . Numéro 216 pp 83-88. Manfrédo, Stéphane. Du merveilleux pour les jeunes . Lecture jeune . septembre 2003 . numéro107 . pp. 11-15.

    Petite bibliographie de Fantasy française

    Bernardini, Jean Charles . La chute du corbeau . Mango . 2003 . Bernardini, Jean Charles. L’écaille du dragon . Mango . 2003 . Bernardini, Jean Charles. Les larmes de la libellule. Mango .2002 . Bernardini, Jean Charles. Le rêve du glouton . Mango . 2002 .

    Besson, Luc . Arthur Tome I Arthur et les minimoys. Intervista . 2003 Besson, Luc . Arthur Tome II Arthur et la cité interdite . Intervista . 2003

    Brussolo, Serge . Peggy Sue et les fantômes Tome I Le jour du chien bleu . Paris : Pocket Jeunesse. 2002 Brussolo, Serge . Peggy Sue et les fantômes Tome II Le sommeil du démon . Paris : Pocket Jeunesse. 2004 Brussolo, Serge . Peggy Sue et les fantômes Tome III Le papillon des abîmes . Paris : Pocket Jeunesse. 2004 Brussolo, Serge . Peggy Sue et les fantômes Tome IV Le zoo ensorcelé. Paris : Pocket Jeunesse. 2004 Brussolo, Serge . Peggy Sue et les fantômes Tome V Le château noir . Paris : Pocket Jeunesse. 2004 Brussolo, Serge . Peggy Sue et les fantômes Tome VI La bête des souterrains. . Paris : Pocket Jeunesse. 2004

    Genefort, Laurent . Une aventure d’Alaet : La citadelle des dragons. Degliame . 2000 . (Le cadran bleu) Genefort, Laurent . Une aventure d’Alaet : Le démon miroir . Degliame . 2000 . (Le cadran bleu) Genefort, Laurent . Une aventure d’Alaet : La frontière magique . Degliame . 2001 . (Le cadran bleu)

    Grimbert, Pierre . Le baiser de la subure . Paris : Bayard Jeunesse . 2001 Grimbert, Pierre . Le guetteur de dragon . Paris : Bayard Jeunesse . 2001 Grimbert, Pierre . La malédiction du coquillage . Paris : Bayard Jeunesse . 2000

    L’Homme, Eric . Le livre des étoiles Tome I Qadehar le sorcier . Paris : Gallimard Jeunesse. 2003 L’Homme, Eric . Le livre des étoiles Tome II Le seigneur Sha . Paris : Gallimard Jeunesse. 2003 L’Homme, Eric. Le livre des étoiles Tome III Le visage de l’ombre . Paris : Gallimard Jeunesse. 2003

    Mourlevat, Jean Claude. La rivière à l’envers . Paris : Pocket Jeunesse . 2000 Mourlevat, Jean Claude. Hannah . Paris : Pocket Jeunesse . 2002

    Sites Web

    -  En jeunesse La sélection jeunesse du site Noosfere La partie jeunesse du site mauvais genres Site Web de Tara Duncan Site Web d’Ewilan

    Sur la Fantasy en général

    Site Web d’Elbakin La partie Fantasy du site Poche SF Dossier Fantasy française du site Le Fantastique.net Site Web des éditions Bragelonne Site Web des éditions Mnémos