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La cité des livres qui rêvent, de Walter Moers

 
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    © Panama, 2006

    Le héros est un jeune dragon répondant au nom de Hildegunst Taillemythes, pour le moins évocateur. Ce dernier aspire à devenir poète et grand romancier, comme tout dragon qui se respecte à la citadelle des dragons ! Seulement il a un problème : il n’a pas d’idée. Par malheur, son parrain en écriture chargé de son éducation meurt et lui laisse en héritage un bien mystérieux manuscrit dont il doit retrouver le propriétaire. Hildegunst se rend courageusement à Bouquinbourg, la cité des livres qui rêvent. Là, il sera confronté à toutes sortes de danger ; il apprendra l’histoire de cette belle cité et de ses intrigantes catacombes, peuplées de terrifiantes créatures, dit-on. L’opposition avec la surface est d’autant plus perceptible que c’est un monde de silence, de labyrinthe, de solitude propre à inspirer une frayeur intense pour qui s’y retrouve piégé ! Parallèlement à son voyage, il effectue son parcours initiatique vers la profession qu’il désire tant exercer, grâce à des personnages très inattendus !

    Walter Moers se singularise d’emblée en abordant le thème des livres et de la littérature en général. Il crée un monde imaginaire et fantasque auquel le lecteur adhère tant il est vaste, complexe et complet ! La trame principale est somme toute assez classique ; elle consiste à suivre la quête du jeune dragon Hildegunst qui devient rapidement un voyage initiatique pour son futur métier d’écrivain. La plupart des personnages du roman apportent des éléments essentiels à l’éducation de ce jeune écervelé qui a tendance à se confier aveuglément à n’importe qui ; d’ailleurs, dans un premier temps, il se comporte vraiment comme un adolescent irresponsable comme lorsqu’il montre son manuscrit au premier venu sans se méfier aucunement ! Comme tout ado, il se montre, parfois, un peu rebelle, comme lorsqu’ il ne croit pas ce que lui disent les « anciens » : ils évoquent ce qu’est censé rechercher tout poète, à savoir la source d’inspiration intarissable nommée l’Orm. Pour lui ce n’est qu’une chimère de vieillard un peu illuminé ! Il méprise des ouvrages jugés extraordinaires par son parrain Dancelot et d’autres interlocuteurs et ne parvient pas à les lire tant il les juge assommants.

    Les personnages se révèlent surprenants : ce sont certes des animaux -on oublie vite ce « détail » tant leurs caractères et leurs comportements sont ceux des humains et l’auteur s’en amuse beaucoup en introduisant parfois certaines caractéristiques qui rafraîchissent la mémoire du lecteur, ce qui le fait sourire également ! Voilà le don de Walter Moers ; il nous plonge dans un monde où tout peut être détourné, retourné et éloigné de sa fonction première. De même, ses personnages viennent de divers horizons ; certains sont issus de la mythologie : c’est le cas du héros, le dragon Hildegunst. Il incarne la longévité puisque à 77ans, on le déclare jeune et son parrain meurt à un âge raisonnable pour un dragon : 880ans. Par contre, ces dragons modernes ont perdu certains usages que leurs ancêtres possédaient : leurs ailes, par exemple, ne leur permettent plus de voler ! Les créatures des catacombes ont été conçues de la même manière : l’auteur s’inspire de l’origine mythologique mais parvient presque à faire oublier leur provenance tant il en fait des personnages propres à son univers particulier ! Citons notamment les Hapyres, des êtres hybrides, savant mélange de vampire et de harpie : elles ont hérité le goût du sang du premier, le physique de vautour et le cri perçant de la seconde. Les Effroyables Rongelivres, quant à eux, s’apparentent aux cyclopes du fait de leur physique : ils ne sont dotés que d’un œil mais quel œil ! Loin de la bêtise de Polyphème et autres, ils sont de taille très modeste, ils disposent d’une mémoire surprenante -leur vie tourne autour d’un auteur qu’ils ont choisi et dont ils doivent apprendre l’œuvre entière !- et leur œil a un fascinant pouvoir hypnotique. Les noms des personnages résonnent de consonances littéraires ou « livresques » : Colophonius Clairdepluie, Hildegunst Taillemythes, Dancelot de Tournerimes, Rongkong Virgule...

    L’auteur met donc tout en œuvre pour brouiller les pistes et égarer le lecteur dans cet univers où aventure, épouvante et humour se mêlent dans une joyeuse et inédite symphonie. Tous les ingrédients d’un roman de talent sont présents et employés avec la plus parfaite application. Le réel et l’irréel sont mélangés pour faire perdre pied à la réalité et se rapprocher d’un état proche de la folie, à l’image de Dancelot qui se prend pour « une armoire pleine de lunettes pas nettoyées » dans un moment d’égarement. L’auteur se prend pour le traducteur du zamonien et attribue sa paternité à un dragon ! On y croirait presque...sans doute grâce aux interventions malicieuses de Walter Moers qui nous renseigne sur certains détails par le biais de notes. D’autant plus que l’on se fait maintes fois interpeller par Hildegunst qui nous fait partager son aventure de façon intime -on ne le lâche pas une minute ! L’imaginaire du lecteur est également frappé par les illustrations en noir et blanc qui font référence à celles de l’Enfer de Dante ; d’ailleurs, l’univers de Moers rappelle étrangement celui de Dante ; le labyrinthe des catacombes dans lequel est précipité le héros renvoie à Dante, obligé de parcourir les enfers aidé par Virgile, comme Hildegunst sera aidé par Homoncolosse. Mais surtout, la quête de Hildegunst figure le poète qui cherche, tâtonne, tombe et se relève jusqu’à l’issue de son initiation : il a enfin su écouter et trouver son chemin ! L’auteur et illustrateur Walter Moers se sert très bien du texte et des illustrations pour nous impressionner ; ainsi, on devient presque le lecteur d’un écrit du type « un livre dont vous êtes le héros » : en tournant une page, on meurt empoisonné comme le mentionne deux pages entières ! Il a réinventé un univers avec ses propres codes langagiers -que l’on retrouve un peu dans notre monde parfois-, ses propres systèmes de mesures -rien qu’avec les données de Moers, on pourrait écrire un traité de littérature zamonienne spécialisée (dragonienne, chrecque ou générale (livres hérissants, dangereux, sanglants...), de mathématique, de protoarchitecture, de biblalchimie, de gastronomie, de musique (astronomique, à chocottes, oculistique de Carnavallon...) et autres traités en tous genres. De plus, certaines notes du pseudo traducteur confèrent une notion irréfutable d’autorité au récit entier : on n’ose douter de l’authenticité de Bouquinbourg, de ses environs et des autochtones !

    Le génie de l’auteur est donc de recréer un univers complet ; il permet au lecteur de passer par de nombreuses émotions, du rire à la peur...et d’effectuer un voyage initiatique en même temps que Hildegunst ; en somme, c’est une sorte de « petit guide du parfait écrivain » romancé !

    © Aurore Despinoy, 2007

    Mise à jour mai 2014

    Post-scriptum

    MOERS, Walter. La cité des livres qui rêvent. Panama, 2006. 455 p. : ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm. ISBN 2-7557-0072-6 (br.) : 23 €

    Un roman de Zamonie par Hildegunst Taillemythes / traduit du zamonien et illustré par Walter Moers ; traduit de l’allemand par François Mathieu et Dominique Taffin-Jouhaud Traduction de : Die Stadt der träumenden Bücher

    Documents

    , 22 juin 2007, GIF 6.6 ko, 95 x 138 pixels

    Forum de l'article : 2 contribution(s) au forum

    La cité des livres qui rêvent, de Walter Moers, Par : François Mathieu, 3 août 2007
    Chère amie, Soyez remerciée pour votre bonne critique. Je me permets cependant une remarque : la loi sur la propriété littéraire oblige tout communicant du livre à citer le nom du ou des traducteurs dans tout support. Ceux-ci sont en effet des co-auteurs, sans qui l’accès au livre évoqué serait impossible. François Mathieu, cotraducteur de "La Cité des livres qui rêvent" et traducteur entre autres de contes, récits, romans de langue allemande (Grimm, Kafka, Hesse...), président (2000-2004) de l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF)
    La cité des livres qui rêvent, de Walter Moers, 27 juin 2008
    Merci pour votre message et pour le rectificatif.
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