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La boîte à outils de l’illustrateur

 
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    La boîte à outils de l’illustrateur par Arnaud Descamps (Maîtrise S.I.D, juin 2002)

    Introduction

    La pratique artistique est une discipline qui empêche une fermeture ; c’est pour cette raison que l’illustration connaît des problèmes d’identité puiqu’elle oscille entre le domaine de l’art et celui de l’art plastique.

    Mais il est plus sûr de dire que l’illustration est un art de narration imagée : liée d’abord à la littérature, elle est même considérée parfois comme littérature en couleurs.

    Le rapport entre le texte et l’image est primordial : les textes et les images sont intimement liés dans leur progression, l’histoire et la conception visuelle indissolublement unies.

    Les apports de chacun des grands domaines de l’art et de la communication constituent pour l’illustration un ensemble d’éléments techniques, structurels, sensibles, dont on peut tirer des critères d’appréciation, d’analyse, d’enseignement et aussi de création.

    On pourra d’abord voir quels sont les outils, supports et matériaux utilisés dans l’illustration puis comment se met en forme l’illustration à travers notamment les techniques de quelques illustrateurs.

    I. Outils, supports et matériaux dans l’illustration

    I.1 Les outils

    Les outils employés dans l’illustration sont nombreux et variés, ils vont faire des marques propres à leur nature et à leur structure. Pour avoir une vision d’ensemble, il parait intéressant de dégager les outils les plus utilisés. Ainsi, à partir d’un classement qui n’est biensûr pas exhaustif et qui peut parfois paraître arbitraire, on peut alors constater les nombreuses possibilités qui s’offrent à l’illustrateur.

    -  Crayon à mine graphite de couleur grise et le crayon avec mine de pierre noire (noir plus intense).

    -  Crayon à mine de plomb (gris un peu gras).

    -  Crayon de couleur classique et crayon de couleur aquarellable c’est-à-dire diluable à l’eau.

    -  Crayon à mine Sépia (couleur chair et de texture sèche).

    -  Bâtonnet de fusain (charbon de fusain) qui a la propriété d’être un matériau tendre et qui permet d’obtenir des formes et des traces noires variées (très utilisé pour le croquis).

    -  Bâtonnet de pastel sec qui laisse un trait poudreux (proche de la technique du fusain) et de pastel gras qui laisse un trait brillant sur le papier (proche de la peinture à l’huile).

    -  Craie de trois couleurs différentes c’est-à-dire noir, blanc et terre (de forme carrée ressemblant au pastel sec).

    -  Feutre à l’eau et feutre à l’alcool (permet de tracer des traits minces et précis sans laisser de traces, de faire des fondus c’est-à-dire mêler des couleurs les unes aux autres par des nuances graduées). L’usage du feutre sur un diapositif donne par exemple un aspect d’illusion au dessin.

    -  Gomme classique plastique ou mastic et gomme molle utilisée surtout pour le dessin au fusain ou à la craie. Il existe aussi la "drawing gum" qui permet par exemple de faire revenir les blancs à l’intérieur des bulles de bande-dessinées.

    -  Pinceau : la qualité d’un pinceau dépend de la nature de ses poils ; ainsi par exemple, le poil de martre permet au liquide de se maintenir et de ne pas couler en filet. Mais il existe aussi des pinceaux en soies de porc, en poils de mangouste, etc. Les pinceaux sont le plus souvent à poils "durs" en forme de brosse ou à poils "doux" et souples.

    -  Plume et bambou permettent de choisir le degrè de précision du trait selon la façon de tailler la pointe ; se pratiquent le plus souvent avec de l’encre et notamment de l’encre de Chine (couleur noire).

    -  La gouge qui est un ciseau droit ou coudé à tranchant semi-circulaire et se rapproche de la plume au niveau de la précision dans la gravure.

    -  Le rotring qui est un stylo à déversement d’encre.

    -  L’aérographe : pistolet pulvérisateur à air comprimé employé pour appliquer des couleurs liquides qui permet de faire des effets comme des halos de lumière, des nuages, des ombres... etc.

    -  L’éponge et le chiffon permettent d’appliquer et de retirer les liquides.

    -  Fixatif - comme de la laque pour cheveux - qui permet de fixer le grain sur la feuille.

    -  La palette du peintre qui se doit d’être composée d’un matériau qui ne doit pas être trop absorbant comme certains bois, le plastique, la pierre... etc. La palette permet au peintre ou à l’illustrateur d’avoir facilement accès à la gamme de couleurs choisies.

    I.2 Les supports

    Le support est la surface sur laquelle s’exprime l’illustrateur. Celui-ci peut varié puisqu’il apparaît que les illustrateurs de jeunesse aiment à jouer avec la texture afin d’obtenir des "effets de matières". Les supports peuvent être extrèmement variés, c’est donc pour cela que nous ne pouvons pas tous les énumérer. Nous nous bornerons donc à définir surtout le papier qui reste quand même le support essentiel de l’illustration.

    -  le papier peut être fin ou fort avec une finesse de grains pouvant varier selon la fabrication ; il constitue le support de prédilection de l’illustrateur car il permet de varier les techniques comme par exemple la griffe du papier avec l’aide d’une gouje ou d’une plume qui donne au papier déchiré un aspect de rupture dans le dessin. Il existe aussi le papier kraft, le papier d’emballage mais aussi le papier aquarelle, le papier mâché,... etc.

    -  le bois pour la gravure ou la scuplture, la pierre, la photo,...etc.

    -  l’enduit pour faire la matière et qui sert de base en préparant le support grâce notamment à de la colle ou à du plâtre. Cela permet de rendre la surface plus lisse et moins absorbante.

    I.3 Les matériaux

    Les matériaux ont une importance décisive sur l’aspect d’une illustration puisqu’ils permettent d’affirmer un style ou une technique. Le matériau va alors réagir suivant sa propre nature s’accordant ou non avec le caractère de l’outil utilisé.

    -  l’huile : couleurs fabriquées à partir de pigments obtenus par broyage d’une matière première qui est ensuite colorée grâce, par exemple, à un mélange de poudre et d’huile (de lin, de noix), mais aussi par exemple avec du jaune d’oeuf (tempera) très utilisé pendant la Renaissance. Il est à souligner que l’huile exige un long temps de séchage, ce qui permet de modifier ou de corriger le dessin.

    -  l’aquarelle : faite à partir de pigments très fins et mêlés à de la gomme arabique (substance épaisse, transparente et collante utilisée pour fixer les pigments). Les couleurs sont alors ensuite diluées à l’eau pour devenir des couleurs transparentes. De plus, la palette de couleur très vaste permet par exemple de jouer des teintes pour marquer les points de lumière.

    -  la gouache est une aquarelle mélangée à une couleur blanche et opaque. En effet, elle contient, comme l’aquarelle, de la gomme arabique et se dilue à l’eau mais de la craie blanche est ajoutée aux pigments. La gouache a un aspect mate et permet un séchage rapide.

    -  les acryliques épaisses ou fluides utilisées avec de l’eau ont un séchage rapide. L’acrylique a la propriété de ne pas se craqueler comme la peinture à l’huile et peut être utiliséé sur des surfaces difficiles comme le béton ou le ciment.

    -  les encres sont des teintures transparentes et vives qui se décolorent vite à la lumière mais qui permettent de faire des effets de "vitres" (utilisé avec le pinceau). Il existe aussi des encres opaques (pour l’aérographe), des encres fabriquées à partir du brou de noix (c’est-à-dire une coquille de noix concassée et brûlée puis diluée à l’eau ou à l’huile) et biensûr l’encre de chine comparable à l’aquarelle et qui se pratique avec la plume pour la calligraphie notamment.

    II. La mise en forme de l’illustration

    Le choix de l’analyse n’a pas été évident et nous avons alors choisi de décrire des techniques qui nous paraissaient les plus originales en sachant qu’à travers les exemples de techniques d’illustrateurs, nous pourrions définir un éventail plus "classique".

    II.1 Analyse de techniques d’illustration

    L’album de Katy Couprie et d’Antonin Louchard intitulé Tout un monde présente, à travers de nombreuses illustrations, une appréhension du monde destinée aux enfants à partir de deux ans. L’intérêt majeur de cet album est d’offrir un panorama assez abondant des techniques d’illustrations. Ainsi, on a pu constater que l’illustration donne une grande importance au fond avec des matériaux comme le carton, des matériaux qui ont vécu, qui permettent de jouer avec les connotations. L’aplat complète le fond en renforcant ou en distinguant nettement les couleurs. Cela permet d’intensifier la présence d’un personnage ou d’un objet en couvrant une surface d’une même couleur et d’une même intensité.

    -  L’usage de la gravure avec la linogravure (gravure en relief sur linoléum, caoutchouc ou matière plastique) : on grave en négatif la plaque de lino, puis on l’encre et on la passe sous presse. Le zinc peut être aussi utilisé grâce à la griffe d’une pointe ou grâce à l’utilisation de divers acides.

    -  La lithographie consiste à exécuter un dessin à l’envers sur la pierre lithographique avec un crayon ou une plume à encre grasse. Après l’action de l’acide nitrique, le dessin disparaît. On encre ensuite la pierre et le dessin réapparaît, on passe ensuite sous presse pour obtenir la version définitive.

    -  La photocopie est une technique dérivée de l’imprimerie et plus précisément la photogravure qui permet d’obtenir un effet de vision en négatif à partir de l’usage de l’intensité de la lumière. Par exemple, on photocopie un objet puis on pose la photocopie sur un papier. Avec un tampon, on met de l’alcool et l’encre passe de la photocopie à la feuille.

    -  L’usage des nouvelles technologies permet à l’illustrateur de modifier de plus en plus facilement la structure et la couleur du dessin.

    II.2 Quelques exemples de techniques d’ilustrateur

    Afin de définir les principales techniques, il faut comprendre comment l’illustrateur va faire évoluer les sensations de lecture en se servant notamment de la couleur pour créer des structures cohérentes, en organisant leur perception en fonction de leur interaction.

    L’ étude de quelques illustrateurs nous a montré que les techniques peuvent être variées mais peuvent aussi se regrouper à l’intérieur de thèmes majeurs. Ainsi, il apparaît que la peinture à l’aquarelle, à l’encre de Chine et l’utilisation de crayons de couleur sont relativement dominants dans l’illustration de jeunesse Française.

    L’aquarelle est très utilisée dans l’illustration car elle offre de nombreuses possibilités qui vont de la simple esquisse au dessin le plus abouti. Mais on peut alors constater que le mélange des techniques est fréquent chez les illustrateurs comme la combinaison entre l’encre de Chine et l’aquarelle à l’exemple de Gérard Franquin qui a illustré entre autres Jonathan le goéland (R.bach) et Vendredi ou la vie sauvage (M.tournier). Il souligne aussi que chaque livre a une technique particulière mais que le style de dessin qui convient le mieux aux éditeurs se fait certainement avec la gouache en pleine pâte ou l’aquarelle gouachée. On peut alors citer l’illustrateur Pierre Joubert et la célèbre collection de La vie privée des Hommes, collection pédagogique destinée à la jeunesse dans le but de faire connaître l’histoire à travers textes et illustration réalistes. L’exemple de La vie privée des Hommes au temps de la préhistoire montre qu’il utilise de l’aquarelle très fonçée avec beaucoup de couleurs et peu d’eau pour avoir plus d’intensité. Il joue aussi avec le clair-obscur et obtient un dessin de style très figuratif, presque photographique.

    Avec l’exemple de Bernadette Després, illustratrice de la série Nicole (A.clair) présentée dans le mensuel Je bouquine et d’Yvan Pommaux, auteur-illustrateur de la série Lola (entre autres), on peut essayer de décrire les différentes étapes de la construction du dessin. On remarque que leur technique connaît les influences de celle de la bande-dessinée. Cela commence d’abord par le dessin à la plume avec de l’encre bleue qui permet d’avoir une trame régulière et précise. Après la plume, le dessin est semble-t-il repassé à l’encre noir pour être ensuite gouaché aux couleurs souhaitées. Plus précisèment, avec Existe-t-il d’Yvan Pommaux, la gouache a permis de tirer les couleurs en aplat. Le décor (ciel) est obtenu grâce à l’action de la gouache très diluée permettant de faire des dégradés.

    Avec l’exemple de Noël père et fils de Pef, l’usage du rotring marque un trait moins précis que la plume et permet de faire un dessin sans esquisse préalable c’est-à-dire sans crayonné (le trait de crayon est toujours orienté dans un sens, dans une direction qui permet une lecture plus facile). Le trait de Pef est instinctif et dessine des trames pour dégager les volumes. On a ainsi des trames serrées pour les parties du dessin les plus foncées et des trames moins serrées qui aboutissent au blanc de la feuille. Il y a un contraste entre les lignes courbes des personnages et des lignes plus stucturées et plus précises pour le reste.

    Les possibilités multiples de combinaison des techniques peuvent être précisées avec l’exemple de Marie-josé Sacre et Baloum le génie. Après la première ébauche du dessin, elle marque en partie les contours à l’encre de Chine afin de valoriser des éléments du dessin comme les personnages. Ensuite, à partir d’une base de peinture acrylique foncée, elle vient relever les couleurs avec la gouache. Pour le fond, elle utilise le pinceau-brosse dans le but de brosser la couleur pour l’étirer. Au-dessus de la gouache brossée, elle applique de la gouache plus diluée qui permet ainsi d’avoir des teintes différentes dans une même couleur.

    L’exemple de François Place avec Les derniers géants montre que l’usage de l’aquarelle, de la gouache et de l’encre de Chine produit un mouvement d’image à image. L’aquarelle, avec les tatouages des géants, donne du relief et de la distance, renforce l’impression d’étrangeté et d’inconnu présente dans le livre. Cette technique lui permet de représenter cette relation de l’imaginaire sur le réel. Dans Le dernier des géants, on a des images peintes qui renvoient à une aptitude au merveilleux et à un univers singulier. Il souligne aussi l’importance du rôle de l’impression du livre qui va rendre les couleurs et le dessin plus lisse et plus contrasté.

    Conclusion

    L’illustration intervient de plus en plus aujourd’hui comme traitement du texte et n’est plus seulement un simple ornement. L’accord avec le texte, la lisibilité et le rythme dans le récit deviennent les motivations principales des illustrateurs. Les techniques sont de plus en plus perfectionnées et permettent plus facilement d’être en accord avec les intentions et les démarches de cohérence.

    Cette "boîte à outils de l’illustrateur" peut être considérée comme un survol de l’illustration permettant d’appréhender des techniques classiques et plus originales à l’intérieur de l’album de jeunesse.

    Arnaud Descamps (06/2002)

    Bibliographie

    -  Henriette Zoughebi, Panorama de l’illustration, Edition du cercle de la librairie, Paris, 1996.

    -  Robert Moran, Secrets des peintres, édition Fleurus, Paris.

    -  Histoire des outils de l’art, L’invention de la peinture, édition gallimard jeunesse, 1993.

    -  Mickael Neugebauer, Annual’96, non fiction, édition nord-sud, 1996.

    -  Université Paris-nord et institut internationale Charles Perrault, Usages et paysages du livre de jeunesse, édition L’harmattan, 1996.

    -  François Bon, François Place, illustrateur ou comment s’invente un livre ?, édition castermann, 2000.

    -  Sophie Van der Linden, Claude Ponti, collection Boîtazoutils, édition être, 2000.

    -  Elzbieta, L’enfance de l’art, édition du rouergue, Rodez, 1997.