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L’Apprentissage de la Tolérance par la Littérature de Jeunesse

 
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    L’Apprentissage de la Tolérance par la Littérature de Jeunesse par Marine Dormion (Université Lille III, mai 1997)

    Introduction

    La littérature de jeunesse est un moyen de communication, un trait d’union entre le monde des adultes et celui des enfants. En ce sens, elle représente un médium privilégié pour la transmission de messages porteurs de valeurs socioculturelles importantes pour l’enfant-lecteur. Elle permet aux auteurs de diffuser des codes sociaux et moraux ; les auteurs pour la jeunesse ont toujours eu une intention formatrice, pédagogique et didactique.

    Cette littérature s’adresse à des « âmes en formation et elle a pour but de faire passer des règles de pensée et d’action. Elle s’inscrit donc dans un processus de communication des valeurs de l’adulte » (Agnès DESARTHE). Il s’agit d’une manipulation de la part de l’auteur qui sert une politique culturelle et qui d’ordre social puisqu’elle propose une image de la société. Or, notre société est multiculturelle et c’est ainsi que s’explique la quasi-omniprésence des histoires qui traitent de la tolérance dont sont abordés tous les aspects : tolérance envers l’Autre qu’il soit de culture différente, de religion différente ou même qu’il manifeste une différence physique. Si l’on remarque une prépondérance du thème de la différence culturelle -pour ne pas dire raciale-, c’est qu’elle reflète une préoccupation contemporaine, un fait de société dont les enfants sont les premières victimes. C’est en particulier par le biais du roman que ce sujet est abordé et c’est la raison pour laquelle je m’y suis attardée bien que je veuille également parler des autres supports. Nous verrons donc d’abord en quoi l’acte de lecture lui-même constitue un apprentissage de la tolérance, puis nous nous intéresserons à la fiction et enfin aux documentaires.

    I- L’APPRENTISSAGE DE LA TOLERANCE PAR LA LECTURE

    Il semble intéressant de commencer par une remarque d’ordre général sur la politique menée par les éditeurs de littérature de jeunesse. « En France, où les statistiques du Syndicat de l’Edition nous révèlent qu’en 1988 sur un total de production de 4850 titres, environ 60% sont des traductions, il est clair que les éditeurs pratiquent l’ouverture totale (...) », déclare Janine DESPINETTE dans un article sur la Littérature de jeunesse dans le monde. L’apprentissage de la tolérance peut passer également par cette politique éditoriale d’ouverture qui permet la découverte de livres venus du monde entier. La littérature de jeunesse a bien pris une dimension internationale, grâce aux titres publiés et aux sujets qu’elle aborde. D’autre part, la lecture elle-même est un acte qui permet à l’enfant de découvrir l’Autre. Geneviève PATTE, dans un article intitulé Biculturalisme et bibliothèques pour enfants, s’interroge sur ce point : « L’écrivain russe Chukovski accordait aux contes racontés aux enfants une vertu essentielle, celle de les aider à sortir de leur égocentrisme, de leur permettre de s’émouvoir du sort de l’autre, un acte profondément humain. La lecture est-elle autre chose ? ». Dans Les deux moitiés de l’amitié, Susie MORGENSTERN valorise le savoir transmis par les livres comme un outil de connaissance de l’Autre et de soi. Ainsi s’inscrit en filigrane le portrait d’une bibliothèque multiculturelle où l’ouvrage sur le peuple juif consulté par Salah côtoie l’histoire de l’islam que lit Sarah. Enfin, si la lecture permet de reconnaître l’altérité, grâce au livre aussi, « on peut tout vivre par procuration. Le livre apparaît alors comme pourvoyeur de modèles de comportement, comme aide aux identifications successives nécessaires à l’édification de la personnalité. (...) » (Annie-France BELAVAL). En effet, les romans qui traitent de la tolérance, de l’injustice, de la solidarité ... jouent au maximum la carte de l’identification. Qu’il s’identifie au sort du personnage brimé ou à celui du héros salvateur qui aide l’Autre à s’accepter, le jeune lecteur en tire une leçon, une morale qui serait « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse » ou, dans l’autre cas, « love thy neighbour » (aime ton prochain) comme ne cesse de s’écrier Elsie, l’Amerloque de S. MORGENSTERN.

    II- LA FICTION : LA TOLERANCE RACONTEE

    a)- La contemporanéité

    L’une des grandes tendances de la littérature de jeunesse aujourd’hui est d’inscrire les récits dans la société actuelle : c’est ce que l’on peut appeler la contemporanéité. Cet état de fait correspond à la préférence généralisée des jeunes lecteurs pour un récit dans lequel ils peuvent se retrouver, culturellement et socialement. La littérature de jeunesse contemporaine dépeint la société d’aujourd’hui avec ses cités, ses banlieues, ses fast-food et ses problèmes. En effet, cette littérature s’inscrit dans une dimension réaliste qui s’est déplacée vers les milieux urbains et évoque la difficulté des jeunes à s’intégrer au conformisme social. L’évolution politique, sociale et démographique a fait de notre société une société multiculturelle, et les auteurs ont bien senti que l’éducation au pluralisme -si elle a toujours existé- est devenue une nécessité puisqu’elle ne va pas toujours de soi. Ainsi, nombreux sont les romans qui parlent d’intégration, de racisme, de ségrégation en tout genre. C’est pourquoi j’ai rassemblé les ouvrages les plus significatifs selon les différentes formes de tolérance qu’ils défendent.

    b)- L’éducation au pluralisme

    D’abord, il convient de définir le terme « tolérance » : c’est une attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même (Petit Robert). Il s’agit donc de l’acceptation de la différence chez l’Autre qu’elle soit d’ordre physique, culturelle ou sociale.

    * La différence physique :

    Chez William GOLDING, la différence physique d’un des personnages de son fameux roman Sa majesté des mouches prend une dimension dramatique. Le petit garçon à lunettes, asthmatique et rondelet que ses copains appellent Porcinet est l’objet des pires humiliations et devient vite leur bouc émissaire. Il est victime de leur intolérable et intolérante cruauté : ils le sacrifient comme les cochons sauvages qu’ils chassent sur l’île déserte. La mort de Porcinet est chargée de sens puisqu’elle correspond à la mort symbolique de l’innocence chez ces enfants seuls face à eux-mêmes et qui vont se livrer une guerre sans merci. De plus, par ses discours sentencieux, Porcinet était une sorte de puer senex, c’est-à-dire littéralement « un enfant aussi sage qu’un vieux », et qui, de ce fait, remplaçait l’autorité parentale absente sur l’île. Son élimination correspond donc au rejet de toute forme d’autorité par les autres enfants. La guerre peut être déclarée...

    Si la différence physique de Porcinet a eu pour lui des conséquences tragiques, tous les personnages de roman qui souffrent d’une « anormalité » physique ne sont pas voués au même sort, fort heureusement. Cependant, on peut bien parler de mort, de « mort dans l’âme » chez tous les « vilains petits canards », ces figures emblématiques de la littérature de jeunesse. Les romans qui traitent de l’intolérance envers la différence physique sont calqués sur le schéma du Vilain petit canard : le héros finit par obtenir sa revanche. C’est le cas pour Esther, l’héroïne noire et handicapée de C.E.S., ouvre-toi ! de Gérard HUBERT-RICHOU. Esther a bien la mort dans l’âme quand elle téléphone à Thibaud avec qui elle a envie de parler. (Notons à ce propos l’importance du téléphone dans la littérature de jeunesse qui correspond à la nécessité de communication entre personnes d’univers différents : parler, s’ouvrir à l’autre rompt la solitude et, de ce fait, facilite l’intégration, via l’amitié). Thibaud se lie d’amitié pour Esther à cause de son handicap. Avec sa bande de copains, ils décident de tendre un piège au principal du collège en lui prouvant qu’Esther est capable de s’assumer en la faisant jouer dans une pièce de théâtre. A la fin de la représentation, Esther revient avec ses béquilles, est érigée en vedette et obtient du principal son acceptation au collège. Comme Hugo dans Aïssata de Thierry LENAIN, Thibaud a eu à faire face aux railleries parce que, comme Aïssata, Esther est noire. Thibaud se sent plus proche d’Esther lorsque, le pied dans le plâtre, il éprouve des difficultés à se déplacer. (« Le fait aussi de se trouver étayé, comme elle, les rapprochait. Il comprenait mieux ses souffrances morales, sa dépendance... »). Chez T. LENAIN, leurs différences rapprochent aussi Hugo et Aïssata qui parviennent alors à surmonter leur difficulté, leurs différences physiques s’annihilant, l’une effaçant l’autre. Avec La grosse patate, S. MORGENSTERN expose la difficulté à être grosse dans une société qui prône la minceur et où la gourmandise n’est plus qu’un simple pêché mais un véritable crime. Cet album illustre bien le propos de Didier COLIN sur « l’apprentissage du jeu démocratique par la littérature de jeunesse ». Il dit en effet que « notre société de consommation condamne le gros, c’est-à-dire celui qui ne sait pas consommer. L’obèse est présenté négativement, parce qu’il est synonyme d’excès et d’inconvenance et constitue, à ce titre, le mauvais modèle qu’il faut rejeter. (...) La société occidentale appartient au monde de l’opulence, mais elle exige de ses membres la minceur, c’est-à-dire qu’elle condamne tout excès de nourriture qu’elle interprète au-delà de la tyrannie du top modèle, comme un dérèglement narcissique. » Notons ici que S. MORGENSTERN s’inscrit en marge de cette lecture de la société de consommation car ses livres sont de véritables cornes d’abondance où la nourriture est omniprésente. Enfin, un dernier exemple de vilain petit canard : il s’agit d’Okilélé, héros éponyme de l’album de Claude PONTI. Comme Porcinet, la différence d’Okilélé est inscrite dans son nom. Il se sent seul et est rejeté par sa famille ; mais, lorqu’ils s’aperçoivent de sa fugue, ses parents ne cessent de pleurer. Okilélé revient redoutant un accueil désagréable, mais ses parents le reçoivent à bras ouverts, son absence leur ayant révélé l’amour qu’ils lui portent.

    * La différence culturelle

    La différence culturelle, lorqu’elle est abordée, concerne surtout l’immigration et en particulier l’immigration maghrébine. En effet, les jeunes héros de la littérature de jeunesse ont à faire face aux discriminations raciales et aux préjugés contre leur religion. Ils sont en général arrivés depuis peu en France et sont emprunts de la culture de leur pays d’origine : ce sont, selon l’expression de S. MORGENSTERN, des « bidulls » ou « biculs », c’est-à-dire des êtres en possession de deux cultures. Ils doivent endurer l’hostilité, la méfiance, les humiliations de toute sorte...et malgré tout, ils doivent essayer de s’intégrer à cette nouvelle vie et à ses règles. Djemila, dans Pas de pitié pour les poupées b. de T. LENAIN, est intégrée au sein du club des fans de Barbie mais elle reste « Djemila l’Arabe » que les filles houspillent et humilient en l’insultant de « boudin gris »... Les petits français subissent l’influence négative de leurs parents : ils ont hérité de leurs préjugés et reprennent leurs propos. Citons, par exemple, Maryse, la vedette de la classe de Sarah dans Les deux moitiés de l’amitié : « Sarah Mayer ! Je n’arrive pas à croire que tu as un ami arabe. Ma mère ne me le permettrait pas, ça c’est certain. Elle dit qu’ils sont sales et j’attraperais des poux si j’approchais ». Ces personnages ne sont pas là pour être « convertis » à la tolérance mais, au contraire, leur méchanceté aveugle et bête est accentuée pour être mieux dénoncée.

    Comme dans les contes traditionnels, ces romans fonctionnent selon un schéma manichéen où les méchants sont punis et les gentils récompensés. Avec L’amerloque, S.MORGENSTERN a voulu raconté son propre « choc culturel » : Elsie, l’énième jeune fille au pair de Mathilde, débarque comme une tornade à Paris et chamboule toute la maison... En plus d’être très libérée, elle est noire ! Elle fait fi des moindres convenances mais elle parvient même à faire sourire le voisin M. Morose. Sa joie de vivre et son altruisme vont aider Mathilde à mettre son égocentrisme au placard et à accepter l’arrivée du bébé. Outre les règles de conduite (ou d’inconduite ?), chez S. MORGENSTERN, les habitudes culinaires font partie intégrante de l’identité culturelle : on mange des gâteaux au miel, des latkes, du beurre de cacahuète, selon son origine. La découverte des nouveaux goûts fait aussi partie de l’acceptation de la différence culturelle de l’Autre. Une autre tendance de cet auteur est d’opposer les religions. Dans Barbamour, Samantha, de confession juive, accepte un travail de Père Noël, Noël étant la fête chrétienne par excellence. Les deux moitiés de l’amitié me parait le roman le plus emblématique à cet égard : Salah est musulman, Sarah juive. Lorsque les enfants s’aperçoivent de cette différence (Salah : « Il ne faut pas parler de politique »), ils ressentent une gêne mais elle se dissipe vite. Salah lit Le journal d’Anne Franck, symbole de l’oppression du peuple juif ; Sarah lit l’histoire de Mahomet. Ils ont une façon sage et naïve de résoudre le problème de l’intolérance religieuse qui divise leurs peuples : « Si on savait lequel est le bon avec tous ces dieux ... soupira Salah. Avec un peu de chance c’est le même, déclara Sarah. » Ce roman aborde une autre constante de ces livres qui ont trait à la tolérance : il s’agit de la perspective historique. En effet, grâce à l’histoire, sa propre histoire et celle de l’Autre, Sarah et Salah se rendent compte que leurs peuples ont vécu les mêmes souffrances, la même oppression. Salah pense à la guerre d’Algérie, Sarah à la déportation de son pépé à Auschwitz. Leurs parents immigrés ont eu les mêmes difficultés à s’intégrer, notamment à franchir la barrière linguistique. La découverte de ces points communs les rapproche. L’Histoire est valorisée en tant que moyen de comprendre le monde. * La différence sociale : La tarte aux escargots, ou l’image d’une société hiérarchisée :

    La littérature de jeunesse propose une lecture de notre société : celle-ci est multiculturelle, multicolore et hiérarchisée. Le roman de Brigitte SMADJA, La tarte aux escargots raconte tout cela à la fois. Lili arrive de Tunis avec sa mère et ses frères (son père est mort). C’est une petite fille très responsable qui s’occupe de ses frères et qui travaille bien à l’école. Elle se heurte au mépris de Laetitia, une petite fille « bleu marine et vert empire », à qui elle se sent obligée de mentir au sujet de l’endroit où elle vit. Elle habite rue de la Goutte d’Or, dans le quartier populaire de Barbès. Irène et Laetitia, qu’elle aimerait avoir pour amies, elles, habitent au Parc Monceau. L’auteur offre ici une image de la cité dans laquelle le contraste entre les quartiers accentue l’abîme qui sépare la petite immigrée de ces jeunes filles de bonne famille. L’opposition sociale est également mise en valeur par les tenues vestimentaires : Lili porte des vêtements distribués par la mairie et prie sa mère de lui acheter « l’uniforme » afin qu’elle puisse chanter à la Sorbonne avec la chorale du lycée. L’uniforme est constitué d’une tenue BCBG classique : « J’étais persuadée que pour s’inscrire à la chorale, il fallait avoir des chemises blanches à col Claudine, des pulls shetland ras du cou qui piquent et des jupes plissées. » L’opposition entre les classes sociales est symbolisée à la fin du roman par l’opposition entre « populus » et « dominus » dont Lili doit apprendre les déclinaisons. Avec Luisa, qui porte le même duffle-coat qu’elle (« nous savions l’une et l’autre d’où ils venaient »), elles récitent en coeur : « populus, populi ... »

    b)- Schémas narratifs

    Tous ces romans suivent plus ou moins le même schéma narratif. Il s’agit de romans réalistes qui fonctionnent comme des documents sociaux. S’inspirant de la vie, de situations réelles et vraisemblables, ils offrent au jeune lecteur une image de la société contemporaine dans laquelle il se retrouve et peut se repérer socialement selon sa propre situation. Il s’agit également de romans de formation. Le personnage principal vit une situation conflictuelle au début du récit : il a du mal à s’accepter, il n’est pas accepté par ses pairs ... Il est présenté comme un enfant victime de la société. Ce genre de romans provient de la tradition du roman réaliste du XIXème siècle -pensons aux romans de C. DICKENS tels Oliver Twist et David Copperfield récupérés par la littérature de jeunesse-. Le problème du personnage principal se résout toujours grâce à l’amitié et à l’amour.

    De plus, outre le manichéisme évoqué plus haut, ils ont emprunté aux contes une autre caractéristique : la nemesis. Le personnage brimé obtient toujours gain de cause à la fin et justice lui est rendue. La mise en contexte de ces problèmes sociaux, souvent familiers au jeune lecteur, permet une identification aisée au personnage rejeté. Cet appel à la sensibilité du lecteur facilite la transmission du message de tolérance et de solidarité que les auteurs tentent de communiquer. Mais, le recours abusif à l’élément pathétique fait souvent basculer le récit dans le mélodrame, au risque d’être moins crédible ...

    III- Documentaires : la tolérance en images

    On remarque aujourd’hui un nombre croissant de documentaires sur l’histoire des civilisations du monde entier, des religions... Ces publications valorisent la diversité et la multiplicité des coutumes propres à chaque culture et en ce sens elles constituent un apprentissage de la tolérance. Je n’ai retenu que deux de ces ouvrages qui m’ont parus les plus éloquents à ce sujet. Tous nés racistes propose une approche philosophique du racisme et de la ségrégation. La peur de l’Autre est innée et l’on doit tous apprendre à accepter autrui. Ce documentaire procède par définitions de concepts (sexisme, mépris, antisémitisme, colonialisme ...) qui sont étayées par des exemples fâcheux issus de l’histoire de l’humanité et mises en abîme par la comparaison avec le monde animal. Il replace le racisme dans un contexte historique en remontant aux origines et propose même une approche scientifique en évoquant la génétique et l’eugénisme. Les propos sont pour le moins persuasifs et efficaces tant l’Histoire a été ponctuée d’événements sanglants dont la cause n’était autre que l’intolérance.

    Cinq milliards de visages initie à la tolérance en exposant la multiplicité des rites et coutumes, des couleurs, des nuances, des langues et des écritures en un foisonnement d’images colorées qui parlent d’elles-mêmes. L’album-documentaire s’ouvre sur la vision d’un Eden luxuriant uniquement peuplé d’Adam et d’Eve. Il se clôt par l’image d’une rue grouillante et bigarrée, ce qui symbolise -dans l’imaginaire judéo-chrétien- que nous sommes tous frères. Si la fiction romanesque permet de véhiculer des codes et des valeurs morales grâce à l’identification du lecteur au héros, Cinq milliards de visages est un livre dont le message ne peut pas ne pas être perçu. La preuve : j’expliquais à un petit garçon que je gardais le travail que j’avais à faire et qui porterait sur la tolérance ; il m’a tendu ce livre en me disant qu’il m’aiderait sûrement. Il avait bien compris ...

    1997 est l’année européenne de lutte contre le racisme et la xénophobie. Les enfants d’aujourd’hui seront les citoyens de demain, et, dans un monde où la technologie rend les frontières illusoires, l’apprentissage de la tolérance se doit d’être un passage obligé dans l’éducation. Les auteurs pour la jeunesse profite habilement de l’ouverture d’esprit des enfants pour leur inculquer cette belle leçon de morale. Et comme le dit Jean PERROT : « L’enfant devrait être le garant le plus sûr de la paix. »

    Marine Dormion (1997)

    BIBLIOGRAPHIE Livres pour la jeunesse

    Romans

    GOLDING, William. Sa majesté des mouches. Paris : Gallimard, 1987. 320 p. (Folio Junior) ISBN 2 07033447 3

    HUBERT-RICHOU, Gérard. C.E.S., ouvre-toi ! Paris : Syros, 1992. 174 p. (Les uns les autres) ISBN 2 86738741 8

    LENAIN, Thierry. Aïssata. Paris : Syros, 1994. 31 p. (Souris rose) ISBN 2 86738671 3

    LENAIN, Thierry. Pas de pitié pour les poupées. Paris : Syros, 1994. 43 p. (Souris noire)

    MORGENSTERN, Susie. Barbamour. Paris : L’école des loisirs, 1994. 215 p. (Médium) ISBN 2 21102244 8

    MORGENSTERN, Susie. L’amerloque. Paris : L’école des loisirs, 1992. 152 p. (Médium) ISBN 2 21101664 2

    MORGENSTERN, Susie. Les deux moitiés de l’amitié. Paris : Rageot, 1989. 149 p. (Cascade) ISBN 2 70021044 1

    SMADJA, Brigitte. La tarte aux escargots. Paris : L’école des loisirs, 1995. 137 p. (Neuf) ISBN 2 21103633 3

    Albums et documentaires

    MORGENSTERN, Susie. La grosse patate. Paris : L’école des loisirs,

    PONTI, Claude. Okilélé. Paris : L’école des loisirs, 1993. 44 p. ISBN 2 211029639

    PRACHE, Denys. Tous nés racistes. Paris : Nathan, 1994. 127 p. (Etats d’âme) ISBN 2 09277364

    SPIER, Peter. Cinq milliards de visages. Paris : L’école des loisirs, 1981. 45 p. ISBN 2 211076254

    Presse professionnelle et ouvrages spécialisés

    Monographies

    PERROT, Jean. Du jeu, des enfants et des livres. Paris : Ed. Du Cercle de la Librairie, 1987. 348 p. (Bibliothèques) ISBN 2 76540401 1 Contributions à des monographies

    HEBRARD, Jean. Intervention de l’état et histoire de la lecture. In BRUNO,Pierre, PERROT,Jean (dir). La littérature de jeunesse au croisement des cultures. Créteil : CRDP, 1993. p.25-30.

    MORGENSTERN, Susie. Le biculturalisme du troisième type. In BRUNO, Pierre, PERROT, Jean (dir). La littérature de jeunesse au croisement des cultures. Créteil : CRDP, 1993. p.173-183.

    PATTE, Geneviève. Biculturalisme et bibliothèques pour enfants. In BRUNO, Pierre, PERROT, Jean (dir). La littérature de jeunesse au croisement des cultures. Créteil : CRDP, 1993. P.203-212.

    Articles de presse professionnelle

    COLIN, Didier. Conscience historique, conscience politique : l’apprentissage du jeu démocratique par la littérature de jeunesse. Acte d’un colloque organisé au Sénat le 12 janvier 1995.

    BELAVAL, Annie-France. Pourquoi les adolescents devraient-ils lire ? In L’école des lettres, n.12-13, juin 1994. DESPINETTE, Janine. La littérature de jeunesse dans le monde. In ARGOS, n. 5