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Christian Jailloux : sa vraie passion, c’est la BD...

 
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    Christian Jailloux : sa vraie passion, c’est la BD...

    Christian Jailloux pourrait être célèbre à bien des titres, et tout d’abord comme inventeur de la raquette isofréquentielle , tellement puissante que Henri Lecomte mettait systématiquement la balle hors du court. Comme aussi le peintre qui expose dans les capitales européennes et qui a eu les honneurs des pages couleur de la Voix du Nord à l’occasion de la mort de Salvador Dali. Comme encore le responsable culturel de la ville d’Arras, qui a démissionné parce que les politiques voulaient projeter des planches de bandes dessinées sur les murs de la place plutôt que sur un écran.

    Notre créateur touche-à-tout est aussi kinésithérapeute le jour, son vrai métier, et scénariste de bande dessinée la nuit, sa vraie passion. Il avoue une admiration sans limite pour E. P. Jacobs, à qui il rendra hommage dans son prochain album. C’est en lisant Le Repère du loup, un album raté de Jacques Martin que Christian Jailloux s’est autorisé à écrire en se disant " Si c’est ça un scénario de BD, je peux faire ". Ce n’est que tard par François Boucq qu’il apprendra que Jacques Martin n’était pas responsable de la fin bâclée de son album, mais bien l’éditeur qui l’avait fait passer de 58 à 46 pages. L’honneur d’une idole était sauf !

    Des intrigues qui naissent des lieux

    Chez Jailloux, l’intrigue naît des lieux, comme s’il voulait redonner vie aux régions qu’il aime. L’intrigue du Marais de cristal prend sa naissance dans la région de Saint-Omer, à la verrerie cristallerie d’Arques (Arcopal), avec une affaire d’espionnage industriel. Les marais de Clairmarais lui offrent un terrain d’aventure, avec un univers de canaux (les watergangs), de barques (les bacoves et les escutes), qui autorise les poursuites aquatiques nécessaires au développement du genre. Quant au héros, il retourne régulièrement chez lui à Tournai, où il poursuit des études de photographie. Le résultat est que les bandes dessinées de Jailloux deviennent des best-sellers dans les régions qu’il fait visiter à son trio de héros : Saint-Omer et Tournai pour Le Marais de Cristal, Boulogne et la région du Touquet pour une affaire de trafic d’œuvres d’art et de chars à voile dans Opale, Dunkerque et la Flandre maritime pour L’Eclat des Moëres et un trafic de diamants, les bourgeois de Calais et les ferrys de la P&0 pour Les Rendez-vous de Mister Carbet (à paraître)

    Des héros qui roulent en Super Cinq

    Est-ce pour rendre hommage à Picasso que Christian Jailloux roule aujourd’hui en Picasso alors qu’il était autrefois un adepte de Mercedes. Quoi qu’il en soit, on sait pourquoi ses héros roulent en Super Cinq sur des routes sillonnées par des véhicules Renault : il espérait diffuser ses bandes dessinées par l’intermédiaire du comité d’entreprise des usines Renault. Stratégie marketing manquée, puisque les voitures n’ont pas été jugées assez ressemblantes, et aussi peut-être parce que la Super Cinq n’est plus au catalogue (il faut beaucoup de temps pour réaliser une bande dessinée). Détail amusant, le conservateur du musée château de Boulogne a fait changer son système d’alarme après la publication d’Opale. Christian Jailloux avait découvert une faille dans le dispositif !

    Juste un smac !

    Il ne faut pas attendre des BD de Jailloux et Winoc les débordements qui caractérisent la bande dessinée contemporaine, qu’elle s’adresse aux adultes ou aux enfants. S’il arrive que les balles sifflent autour des protagonistes, elles ne provoquent pas de mort en direct ni même d’effusion de sang. Pour ce qui est de la sexualité, le lecteur un peu voyeur ne devra se contenter que de quelques jupes un peu fendues et de smacs échangés entre des personnages dont on imagine qu’ils seraient allés un peu plus loin dans la vie réelle. Pas non plus de recours outrancier aux onomatopées, juste ce qu’il faut pour faire plaisir au dessinateur Winoc. Ce ne sont en effet pas tant les personnages qui intéressent Jailloux que le potentiel de fiction que recèlent les lieux et les personnes qu’il connaît ou qu’il explore.

    Jailloux, l’homme à (presque) tout faire de la bande dessinée

    Là ou Jailloux est le plus intéressant, c’est quand il se met à raconter la genèse de ses albums. Il est difficile de dire si c’est le repérage qu’il entreprend systématiquement sur les lieux ou le travail de documentation qui provoquent le déclic créateur. Il en résulte une masse d’informations considérables, qui sont remises aux illustrateurs sous la forme d’albums photographiques et de scénarios. L’une des difficultés est de parvenir à dire le maximum en 48 pages phylactères et d’images, ce qui génère quelques conflits avec les illustrateurs, qui sont tentés d’être un peu hâtifs dans la réalisation des fonds, ou de couper dans les textes pour donner davantage de lisibilité à l’intrigue. Une fois les planches réalisées, la famille Jailloux reprend le contrôle des opérations. C’est à sa femme Marilyse, ex professeur de français, qu’il confie la relecture des textes et elle ne laisse rien passer sur l’orthographe et la correction de la lange (une seule faute d’orthographe sur l’ensemble des albums !). Pour la publication de ses trois albums, Christian Jailloux a investi 600 000 francs dans la société Jailloux éditions, créée avec l’aide de son fils juriste. Et c’est avec sa Picasso et avec sa femme qu’il accourt dans les librairies qui annoncent une rupture de stock, une occasion pour lui de découvrir de nouveaux paysages et de nouvelle personnes qui feront peut-être un jour de projets d’albums.

    Scénariste, illustrateur, mais surtout un peu fêlé Comme Léonard de Vinci, Christian Jailloux est gaucher, et comme lui il écrit couramment à l’envers ! C’est paraît-il de ce handicap que Léonard tirait son génie. C’est aussi de cette manière que Jailloux explique sa propension à tout entreprendre, quitte à passer à une autre idée dès qu’il a fait le tour de la première (tout comme Léonard !). Dans ces conditions, alors qu’il est avant tout graphiste, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il confie la tâche laborieuse de mettre ses albums en images. A Mako, pour Les Pierres du Mont, son premier album (épuisé), à Winoc pour les trois derniers. C’est donc promis, à terme, quand il aura renoncé complètement à son activité professionnelle (mais il l’adore !), Christian Jailloux illustrera lui-même ses albums et ira jusqu’au bout de ses ambitions. Il abandonnera alors le patrimoine local pour se concentrer à la satire de la vie politique, car il a aussi œuvré dans ce monde et y a souffert, ce qui est essentiel pour un créteur. Les premières esquisses qu’il montre sont féroces et bien loin des albums politiquement corrects qu’il publie actuellement. A moins qu’il n’ait entre-temps l’intuition d’un concept technologique qui permette aux footballeurs français de reconquérir la coupe du monde, ou au char à voile de son ami Bernard Lambert d’atteindre la vitesse du son. Aucun pari n’est impossible.

    Pour se procurer les albums de la collection Les Pierres du Nord :

    Jailloux éditions, 54 rue Gambetta, 62 000 Arras

    Site internet

    http://membres.lycos.fr/jaillouxeditions/

    Les titres

    -  Les pierres du Mont (illustré par Mako, tirage épuisé)

    -  L’éclat des Moêres (illustré par Winoc)

    -  Le marais de cristal (illustré par Winoc) : Le marais bouge ... il vit. Et quand la nuit tombe, le silence n’est plus troublé que par mes histoires que se racontent encore les canards et le grenouilles. L’eau finit alors par s’endormir, elle aussi ... Tandis que veille Marie Grauette. (12 Euros)

    -   Opale (illustré par Winoc) : Et s’il y avait un point commun entre les œuvres du château-musée de Boulogne-sur-mer, le record du monde de char à voile et cette jolie hollandaise (12,04 Euros)

    -  Les rendez-vous de Mister Carbet : Pride of Calais (à paraître)