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Edmond-François Calvo, un créateur

 
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    Introduction

    CALVO fait partie de ces auteurs un peu oubliés qui ont autant marqué leur époque qu’influencé leurs pairs. CALVO C’est une œuvre plus que considérable (presque une cinquantaine d’oeuvres répertoriées dont certaines font aujourd’hui figures de classiques). Mais il n’a cependant jamais eu la renommée d’un De Brunhoff ou d’un St-Ogan parce qu’arrivant un peu après).

    CALVO était un illustrateur/auteur de bandes dessinées animalières, genre doublement méprisé. Et malgré un regain d’intérêt à la fin des années 70 (grâce notamment à l’initiative des éditions FUTUROPOLIS) et le fait que son œuvre aie déjà été largement critiquée dans les revues spécialisées, ce nom ne rencontre pas beaucoup d’écho auprès du grand public .

    Pourtant on trouve ses oeuvres (en tous cas celles rééditées) dans les bibliothèques et ses personnages (par exemple Moustache et Trottinette qui enchantèrent les pages de Femmes d’Aujourd’hui) sont rarement inconnu de la génération d’après guerre.

    Pour cela et parce qu’au royaume des « p’tits Mickeys » CALVO était un créateur, essayons de réparer l’injustice. Nous nous bornerons toutefois à négliger la bande dessinée au profit de ses oeuvres d’illustration « pure », genre qui nous occupe ici davantage.

    Biographie

    Edmond-François CALVO est né à Elbeuf (Seine-maritime), le 27 Août 1892.

    Ceux qui l’ont approché le décrivent comme un viking : grand, blond aux yeux bleus, taillé comme une armoire de son pays et doté d’une grande sensibilité et d’une compassion à toute épreuve (ce qui d’ailleurs transparaît continuellement dans son œuvre). Dans les années 30 il commence par s’établir aubergiste (à Pont-St-Pierre dans l’Eure). Pendant cette morne période il commence à publier quelques dessins politiques et des caricatures pour Le Canard Enchaîné. Il illustre également de manière assez épisodique, pour Les Plaisirs Ephémères de la Table où on lui propose bien vite de travailler pour Les Joies Durables de la Lecture où il s’adresse aux enfants ; ce dut être une révélation pour lui car c’est définitivement à eux qu’il s’adressera par la suite.

    Entre-temps il fait faillite et décide donc de se consacrer uniquement à sa passion : il sera illustrateur pour enfant ! Il fait des « débuts » très remarqués avec La Vengeance du Corsaire publié dans L’As en 1938 et aussi surtout avec Le Chevalier Chantecler où l’on retrouve déjà tous les ingrédients de son style (paru dans Junior et réedité sous le titre Le Chevalier de Feu en 1976 aux éditions FUTUROPOLIS). Cette « première » est donc une réussite (malgré un texte incipite voire même franchement débile) et lui permet donc de retravailler pour Junior et ce toujours dans un style réaliste : Aventuriers des mers,Hurleloup, L’Épervier des Mers... en sont quelques exemples.

    On le voit ensuite collaborer à un nombre impressionnant de revues : Hardi les Gars, coq hardi, Ames vaillantes, Coeurs Vaillants, King Kong, Bravo, Fillette, Zorro, Baby-Journal, La Semaine de Suzette, Pierrot, Fripounet et Marisette, Nono Nanette, Grandir, Femmes d’Aujourd’hui... Eh oui en ces temps "bénis" de l’édition pour la jeunesse, la télévision n’était pas encore très courante.

    Peu à peu il se spécialise dans la bande dessinée animalière et il crée une foule de petits personnages tous plus attachants les uns que les autres ; en voici quelques uns : Cricri et Matou, Coquin le cocker, Patamousse le lapin, Moustache et Trottinette... Parallèlement il illustre des fables et des grands classiques de la littérature enfantine (Le Petit Poucet, Cendrillon, Robin des bois ...) et publie directement ( c’est à dire sans pré-publication dans un périodique) aux éditions G.P., ce que l’on a coutume de considérer comme ses chefs d’oeuvres : La bête est morte et Rosalie .

    Il est intéressant de noter que Calvo ne veut pas évoluer dans l’anonymat ; il refusera par exemple un emploi d’animateur chez Disney, qui d’ailleurs connaissaient bien son œuvre puisqu’il lui feront un procés pour plagiat dans la Bête est morte (Grr. Grr. Vengeance !) si bien qu’il dût retoucher certains personnages dans les éditions postérieures de l’oeuvre.

    . Calvo on peut déjà s’en apercevoir était un bourreau de travail (et de solitude), un auteur boulimique d’un petit monde grouillant sans cesse grandissant voire même délirant ; il pouvait passer plus de douze heures de sa journée, attaché à sa table à dessin .Il a publié énormément : certains de ses ouvrages sont tombés dans l’oubli, parfois à juste titre, parfois à tort (c’est le cas d’Anatomies anatomiques qu’il faut à tout prix réediter ! ! ! ; ne serait-ce que pour faire baisser les prix littéralement hallucinants que l’oeuvre atteint chez les bouquinistes).

    À partir de 1955 et jusqu’à la fin de sa vie il ne se consacrera plus qu’à une seule série Moustache et Trottinette qui reste son œuvre la plus connue du grand public et qui court sur des centaines de pages. Il revient au noir et blanc ce qui permet d’apprécier pleinement son talent graphique sans le moindre artifice.

    Calvo meurt en 1958 dans l’indifférence quasi générale à l’exception toutefois de Liquois (auteur de Bande déssinées, ami de Calvo qui, pour la petite histoire, fut fortement controversé pour ses agissements durant l’occupation) qui reéditera quelques aventures de Moustache et Trottinette sur du mauvais papier, et d’Uderzo qui fera paraître un hommage dans Pilote. Rappelons qu’Uderzo enfant passa de longues heures à observer Calvo dessiner.

    L’Œuvre

    A ) Les Personnages et les Thèmes Abordés

    Il est saisissant de constater que tout au long de l’œuvre de Calvo ses personnages, quand il opère dans un registre réaliste, manquent de finesse : autant ils peuvent être fades et manquer de profondeur quand ils sont « bons », autant ils sont caricaturaux à l’extrême quand ils sont « méchants ». Par contre il est capable de prouesses quand il s’agit d’animaux ; les aventures de Moustache et Trottinette où le monde réel côtoit le monde animalier, en est l’illustration parfaite : les humains sont des caricatures (ou sont tout bonnement anodins) alors que les animaux sont capables de revêtir une foule d’expressions différentes ; il rend les animaux plus humains que les humains ce qui semblerait-il, serait un peu à l’image de sa représentation du monde .

    Un monde simple (simpliste ?) et profondément manichéen : « les gentils » sont très gentils et les « méchants » très méchants ; c’est ce qui transparaît de prime abord. En fait c’est un peu plus compliqué que cela puisqu’il n’arrive pas à rendre ses personnages malfaisants vraiment terrifiants. Ils font plus pitié qu’autre chose. Calvo on le voit est un éternel optimiste pour qui personne n’est jamais tout à fait irrécupérable.

    Pourtant il ne serait pas juste de le taxer de niaiserie, même si les textes qui accompagnent les dessins le sont très souvent (on en reparlera plus en détail un peu plus loin), rappelons simplement qu’il s’agit de littérature destiné aux tout jeunes enfants. Il traite même souvent de sujets pas forcément évident dans le domaine (en tout cas pour l’époque) : la guerre, la mort, la bombe atomique, la maladie ou même la peine de mort et plus généralement de l’injustice .

    NB : On notera au passage qu’il le fait parfois d’une manière un peu bizarre : par exemple, il arrive à rendre risible voire même grotesque de par son traitement graphique, un sujet aussi horrible qu’un corps coupé en deux (où pourtant rien ne manque pas même les viscères qui s’étalent sur le sol ;VOIR L’armée française au combat : Numéro quatre les premiers essais de la bombe atomique 1945)

    Les aventures de Moustache et Trottinette en sont encore une fois la plus saisissante illustration. En effet dans la série il ne cesse d’alterner fantaisie et drame ce qui semblerait être une plus juste traduction du caractère de l’auteur.

    B ) Le Style Inimitable de CALVO

    Il convient pour cette partie de toujours s’attacher à analyser son œuvre en terme graphique (trait, dessin, montage, « mise en scène ») et ce pour en dégager les principales caractéristiques.

    1 ) Le Graphisme

    Le style graphique de CALVO se caractérise par un sens extraordinaire du mouvement qu’il s’agisse d’un personnage, d’un animal, d’un objet même (Calvo est un fabuleux « caricaturiste » d’objet) ou encore de lumière. Cette dynamique est renforcée par un savant dosage de la figuration (de l’arrière-plan) d’où se dégage une impression d’hétérogénéité, de disponibilité et pourquoi pas de vacances . On peut remarquer que son œuvre est moins intéressante quand il a recours à des artifices tels que le simple emploi de la couleur. En effet dans ce cas sa volonté de tout maîtriser finit par étouffer ce qui fait l’intérêt de son style : la liberté et le foisonnement.

    Son œuvre est donc beaucoup plus intéressante quand il n’utilise que le noir et blanc car cela permet de dégager toute les qualités de son art : une lisibilité extrême, jamais de saturation malgré une prolifération de détails, ses effets font mouche presque à chaque fois, sa mise en page est inventive et aérée (certaines planches d’un même ouvrage ne contiennent qu’une image alors que d’autres peuvent en contenir jusqu’à douze voire d’avantages). Il n’y a pas de pertes chez Calvo, il est économe tout en étant généreux.

    2 ) Le récit éclaté

    On l’a dit et répété le texte n’a quasiment aucune importance chez Calvo ; il s’agit presque toujours d’une fable simpliste, insignifiante et édifiante. Le texte est essentiellement du récitatif contenant même souvent les dialogues (en effet on très peu de phylactères dans son œuvre), en plus il est souvent alambiqué des fois même presque illisible, relégué anarchiquement en haut ou bas de page ou incrusté çà et là dans l’illusration.

    Le récit chez l’auteur se caractérise par une absence de pauses, de règles dans la lecture. On est partagé entre la tentation de sauter de pages en pages (sans même lire le texte) et l’envie de fouiller une image en détail. En fait il faut toujours englober la page entière, la lire en surface. Puis investir le « territoire » , tracer ses propres circulations : il faut transformer le livre en un labyrinthe, en un mobile. Si on lit une de ses œuvre uniquement d’un point de vue graphique on s’aperçoit qu’elle n’a bien souvent ni début ni fin ; c’est une incitation volontaire à une lecture courbe, non linéaire, à un non respect des règles et des hiérarchies. Ainsi une baleine sera plus grosse qu’une vague mais n’aura pas plus d’importance.

    Si on voulait résumer un peu tout cela on pourrait le faire en citant le prière d’insérer de l’éditeur des aventures de Moustache et Trottinette : « les enfants attentifs pourront se perdre dans ces pleines pages » .

    Conclusion

    On a déjà comparé Calvo à Flaubert de par son acharnement au travail et sa recherche de la création parfaite, ceci est probablement une erreur. Car là où le premier se débattait contre toute une société et un ordre établi, le second par contre s’inscrit bel et bien dans son époque et n’en critique pas plus que ça les mauvais penchants. Il faut comparer ce qu’il y a de comparable .

    Certes on peut déplorer le fait qu’il n’ait jamais rencontré l’intérêt qu’il méritait sûrement. Peut-être est-il arrivé ou trop tard ou trop tôt. Mais on ne pourra jamais en faire un artiste maudit ou incompris et de toute façon en matière de littérature enfantine je pense que cela ferait tout simplement rire.

    Enfin j’espère avoir contribué au moins modestement à donner l’envie sinon de le redécouvrir au moins de le lire ou le relire...

    Arnaud Wronka, 1998

    Post-scriptum

    Bibliographie

    L’aigle bleu. SPE, aventures et voyages, [sans date]. Anatomies anatomiques. GP, 1945.

    L’armée française au combat. GP, illustrations sur une ou deux pages d’un thème relatif à la seconde guerre mondiale.

    N°1 : au repos 1944.

    N°2 : le coup du départ 1945.

    N°3 : sur les dragueurs de mines 1945.

    N°4 : les premiers essais de la bombe atomique 1945.

    N°5 : avant le départ 1946.

    Arthur. Garnier, 1934.

    Les aventures de souricette. GP, 1947.

    La belle au bois dormant. GP, 1947.

    La bête est morte 2 tomes GP, 1944 - 1945

    Cendrillon + Le petit chaperon rouge. GP, 1948.

    Un chasseur chassant chassé. Sepia ,1943.

    Le chevalier de feu. Giraud - Rivoire, 1948.

    Coquin le petit cocker. Gautier-Langereau, 1953.

    Coquin et ses amis du cirque. Gautier-Langereau, 1954.

    Cricri contre matou Société. Nouvelle des éditions Mireille, [sans date].

    Cricri souris d’appartement en vacances. Ed. De Châteaudun ,1961.

    La croisière du Makouli. SPE Aventures et Voyages, [sans date].

    La croisière fantastique. Sepia, 1942.

    Croquemulot. Sepia, 1943.

    Croquemulot film. Sepia, 1944.

    Don Quichotte. GP, 1949. (Rouge et Or)

    Grandeur et décadence du royaume des bêtes. GP,1947.

    Hardi les gars. SPE, 1943.

    Une histoire du Père Noël. Chaussures André, 1952. Fascicule publicitaire.

    La loi du lynch. SPE ,1938-1939.

    Mr. Loyal présente. GP, 1946.

    Moustache et Trotinette. OVIP, 1956 - 1960 (une douzaine de fascicules reédités depuis par les éditions FUTUROPOLIS).

    Patamousse. SPE, 1943.

    Le petit poucet. GP, 1947.

    Le petit roman policier. Ed. Du livre Moderne - Férenczy, 1941-1942 (Illustrations des couvertures uniquement).

    Robin des bois. GP, 1949. (Rouge et Or)

    Robin des bois. SPE, 1939.

    Rosalie. GP ? 1946.

    Souricette. GP, 1947.

    Tagada détective. SPE, 1946.

    Tromblon le brigand. SPE, 1946.

    La véritable histoire du petit poucet. Ed. du Castor, [sans date].

    La vallée des serpents. SPE, Aventure et Voyages, [sans date]

    Les voyages de Gulliver. SPE, 1941.

    Sources

    Articles de monographies consacrés à CALVO

    CALVO : Fêtes de la patience de Christian Rosset. Animaux en case. Futuropolis, 1992, p.78-85. .

    Dictionnaire de la bande dessinée par Patrick Gauner et Claude Moliterni. Larousse, 1995.

    Dictionnaire mondiale de la bande dessinée par Henri Filippini . Bordas, 1989.

    Dictionnaire thématique des héros de bande dessinée par Henri Filippini . Glénat, 1992.

    Trésors de la bande dessinée : catalogue encyclopédique par Béra Denni et Mellot . Glénat, 1997.

    Forum de l'article : 2 contribution(s) au forum

    Edmond-François Calvo, Par : Laurent, 26 novembre 2007

    Bonjour

    Le dessinateur Edmond-François CALVO est né à Elbeuf ( seine-maritime, près de Rouen)* , le 27 Août 1892 et non à Fleury sur Andelle (Eure.). Mais il a vécu quelques temps, non loin de Fleury, à Pont Saint-Pierre où il gèra cependant une petite auberge. On voit encore dans cette localité, dans le petit jardin public une statue de Lion signée E.Calvo. Il est également le sculpteur d’une porte en bronze pour le caveau d’une famille locale, dans le petit cimetière situé sur les hauteurs.

    D’autre part dans un numéro récent des dossiers du Canard enchaîné, traitant de l’histoire de la censure dans la Presse, on peut y voir des dessins satiriques de Calvo alors dessinateur de Presse en 1919. Mais soyez remercié de l’hommage rendu à ce grand dessinateur.

    * Voir Bulletin de la Société d’Histoire d’Elbeuf. N° 3 février 1984.

    Bien cordialement

    Edmond-François Calvo, 26 novembre 2007
    Un grand merci pour ces précisions et toutes nos excuses pour cette erreur. Nous nous permettons de rectifier l’article aussitôt. Bien cordialement, E. Debuchy
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