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Isabelle Chaillou, l’écriture du refus

 
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    Isabelle Chaillou, l’écriture du refus par Valérie Huchette

    Introduction

    Isabelle Chaillou a fait une entrée remarquée et remarquable en littérature de jeunesse en publiant en 2001 Le dernier défi chez Rageot. Très vite, le livre pose problème, notamment chez les prescripteurs : parents, bibliothécaires ou enseignants... Il est vrai qu’Isabelle Chaillou jette un pavé dans la mare en écrivant un texte désenchanté sur la jeunesse d’aujourd’hui. Le texte remue, retourne mais pose les vraies questions qui ne sont peut-être pas toujours celles que certains aimeraient voir posées, notamment en littérature pour la jeunesse. Depuis Le dernier défi, Isabelle Chaillou a publié trois romans dont le dernier, John et moi, vient juste de paraître aux éditions du Rouergue dans la collection doAdo (voir la critique sur le site dans la rubrique La Vie des livres). Ce quatrième roman est un récit poétique dans lequel se confirme son talent. Elle publiera en mars prochain chez Rageot dans la collection Métis, Espoir de star, son cinquième roman en trois ans. Un article sur le travail d’Isabelle Chaillou s’imposait.

    Écrire contre...

    Quand Isabelle Chaillou a commencé à s’intéresser à la littérature de jeunesse, elle ne l’a pas aimée (même si depuis elle dit avoir découvert des auteurs intéressants). Elle lui est apparue davantage comme " une entreprise de fabrication d’histoires abordables pour lecteurs d’aujourd’hui " que comme de la littérature à proprement parler. Mais ce qui l’a surtout gênée, c’est que " c’était une littérature de la vertu, du bien et de la bonne santé ", une publicité aseptisée pour la vie " et le bonheur de grandir malgré les petits bobos existentiels ". Elle ne s’y est pas reconnue et il lui semblait qu’on oubliait une partie de la jeunesse. Face à certains textes, elle s’est demandé quelle pouvait être la réaction d’un adolescent dont la vie n’a rien à voir avec ces belles histoires où tout s’arrange, où les choses ne vont pas si mal. Que faire en effet quand on ne se reconnaît pas dans les textes qu’on lit et qui sont censés nous être destinés ? C’est en ces termes qu’Isabelle Chaillou pose les problèmes de la réception en littérature de jeunesse. Aujourd’hui, il existe encore une prescription forte de ce que doivent lire les enfants et les adolescents, même si les choses ont un peu évolué. Il reste toujours l’idée que les textes qui leur sont destinés doivent transmettre certaines valeurs et un message éminemment positif. Isabelle Chaillou a donc décidé d’écrire contre cette littérature " médicatrèsmenteuse " et ses textes rageurs épousent une tout autre réalité dans laquelle tout n’est pas beau, rose et facile.

    Adolescente, Isabelle Chaillou a lu comme beaucoup d’autres Le Club des cinq ou le Clan des sept mais la vraie bouffée d’oxygène est venue de ses lectures d’Hervé Bazin ou de Jules Renard. Vipère au poing et Poil de Carotte lui ont montré la voie. Certes, la vie n’est pas toujours facile mais on peut se battre car rien n’est joué ou perdu d’avance. Ce serait faux que d’asséner cela. Vipère au poing et Poil de Carotte sont pourtant des textes qui parlent d’une enfance malheureuse, mais ils l’ont en quelque sorte rassurée en lui donnant l’envie de se battre. Sans doute, si les romans d’Isabelle Chaillou en effraient certains, ils en rassurent d’autres qui trouvent dans les histoires écrites par cet auteur un écho, une résonance. En choisissant des personnages dont la vie est chaotique, elle lève un à un les tabous que verrouille une certaine littérature de jeunesse. Oui, nous dit-elle, dire non, c’est être vivant. Les enfants qui disent non au monde des adultes sont aussi en bonne, voire en meilleure santé que les autres. Oui, vivre des événements traumatisants peut être douloureux mais il peut en ressortir des éléments positifs et constructifs. Boris Cyrulnik parlerait ici de " résilience ". Isabelle Chaillou ne veut pas oublier cela et ne veut ni stigmatiser les graines de star ou les " sauvageons " dont se sert cyniquement notre société, ni clamer haut et fort qu’être homosexuel aujourd’hui, c’est " fun ".

    Isabelle Chaillou se livre donc à une écriture du refus comme Hélène, l’héroïne de HS, écrit son " journal du refus " pour tenter d’exorciser ce qu’elle considère comme un problème : son homosexualité. Parce qu’elle se sent différente, Hélène rêve d’être " normale " et refuse ce qu’elle est : " Je veux me marier comme Sarah, ma grande soeur. Pourquoi est-ce que je ne serais pas comme elle ? [...] Et après, je veux pouvoir divorcer. Il n’y a pas de raison. [...] Oh, je voudrais tellement être comme cela...Qui m’a créée anormale ? " (H.S., p.36-37) Hélène aimerait réécrire la définition d’homosexuel/le dans le dictionnaire, ce gros livre qui ne ment jamais, qui n’est jamais ni pour, ni contre mais elle refuse de s’affirmer comme homosexuelle et surtout elle ne veut rien savoir des discours de tolérance sur l’homosexualité. La Gay Pride ? Non, merci ! Hélène préfère être invisible. Elle veut incarner le refus puisque de toute façon elle sait ce qui l’attend quoi qu’il arrive : " Je ne verrai jamais les gens me regarder avec sympathie " (H.S., p77). Non, il n’est décidément pas facile d’être une ado différente dans un monde où la norme reste prépondérante. Hélène ne le supporte pas et décide de ne plus vivre.

    La vie des personnages d’Isabelle Chaillou tient souvent à un fil. A l’adolescence, il arrive que la vie se joue justement sur le fil du rasoir. Ainsi, comme Hélène, les personnages des romans d’Isabelle Chaillou sont souvent en marge, " borderline ", à la frontière de... Alexandre, Marius, Peter, Simon, Julien et Yoan, les héros du Dernier défi, sont ce qu’on appelle pudiquement des élèves difficiles, en échec scolaire. Ils sont mal considérés par leurs profs, par leur famille et par la société qui les montre du doigt. C’est au sein de la bande qu’ils forment qu’ils trouvent un certain réconfort, qu’ils se sentent exister. Car le vrai drame dans Le dernier défi, c’est bien qu’ils aient conscience de leur situation d’échec. " Recalés Cassés On nous a classés Parmi les lascars Les cafards Les bâtards... " écrivent-ils un jour en cours de français. (Le dernier défi p.113) Effectivement, on sait depuis le début de l’histoire que Marius passe son temps à se faire traiter de " bon à rien " par sa mère, qu’Alexandre sait qu’il est dans une classe de nuls et qu’on ne le met pas dans une meilleure classe parce que sa mère n’a pas un bon métier, et que le truc de Peter dans la vie, " c’est de passer pour un con ". Alors, finalement, pourquoi s’étonner quand Alexandre invente cette idée de défi ? C’est bien pour prouver " qu’on arrive à faire des choses qu’on ne ferait pas tout seul et qu’on se pren[d] en main. Y en a marre d’être pris pour des cons et de se laisser faire en disant merci." (Le dernier défi, p. 25) Evidemment, leur attitude nous hérisse mais ce qui gêne, et ce qui a sans doute gêné beaucoup de lecteurs et explique peut-être leur réaction de rejet, c’est que le livre pointe les défaillances d’un système qui abandonne en cours de route des adolescents sans repère, définitivement catalogués comme des parias. L’attitude des six garçons titille notre bonne conscience. A la recherche d’une miette de considération, ils n’hésitent pas à défier les lois pour se sentir exister. Après le premier défi, Marius, habitué aux humiliations et moqueries en tous genres, découvre ce que c’est que d’être quelqu’un : " Sérieux, j’ai entendu une seule vanne et là j’me suis senti un roi sur terre "( Le dernier défi, p. 58). En fixant leurs propres règles, ils se sentent alors invulnérables : " Alex nous a dit qu’on était devenu une vraie société secrète [...] Il a dit qu’une société secrète, ça fait des plans dans l’ombre comme nous et ça peut nique un keum comme rien, comme on a fait à Legrand ! Ou bien ça peut le protéger et lui filer du bonus " (Le dernier défi, p. 101). Parce qu’ils sont tour à tour dérangeants, attachants, chiants, touchants ou véritablement insupportables, ils nous renvoient une image complexe des adolescents, une complexité que le monde des adultes s’efforce trop souvent de niveler. La mort de l’un d’entre eux ne fait que résonner davantage un malaise auquel notre société n’a pour seule réponse aujourd’hui que les centres éducatifs fermés ou la prison.

    La poésie pour dire ce qui fait mal...

    La prison, c’est justement là que se retrouve Lorry, l’héroïne de Espoir de Star (parution prévue en mars 2004). Un endroit où l’on n’est jamais seule, condamnée à vivre dans une cellule de deux mètres sur trois avec des personnes que l’on n’a pas choisies. Tiens, cela ressemble à un jeu sans les paillettes et les caméras... C’est même ce que se dit Lorry pour tenir le coup. Comment en est-elle arrivée là ? Elle-même se le demande encore : un enchaînement très bête de circonstances contre lesquelles elle n’a pas trouvé en elle les ressources pour lutter et dire non. Ces ressources, elle les trouvera justement là, en prison, au contact d’autres prisonniers et de bénévoles qui prendront le temps de montrer à Lorry qu’elle a en elle sa propre richesse. Cette richesse n’a rien à voir avec celle qu’elle aurait gagnée en devenant une star, ce dont elle rêvait avant d’arriver en prison, mais elle est bien plus précieuse. Ce que gagne finalement Lorry à la fin de l’histoire, c’est la conscience de cela : elle vaut autant si ce n’est plus que tous les stars-académiciens de la Terre. Ici encore, d’un grand malheur, Lorry puise la force de lutter et en ressort plus forte, plus confiante, plus sûre d’elle. Dans cette aventure, un élément essentiel l’a aidé à relever la tête : la poésie.

    La poésie est la première forme d’écriture qu’expérimente Isabelle Chaillou. Elle admire Cioran et ses aphorismes qu’elle imite à l’adolescence. Elle en écrira des centaines et reste très attachée à cette forme poétique. Il n’est donc pas étonnant que ses romans soient jalonnés de poèmes ou qu’ils soient comme John et moi de purs récits poétiques. Parce qu’elle est un jeu avec le langage et un bouleversement de ses règles, la poésie est une manière de dire non et de remettre en cause une norme, celle de la grammaire. La poésie est une forme de résistance, un dernier rempart de liberté.

    Ainsi, pour résister à une réalité insoutenable, les jumeaux John et Lisa, dans John et moi, lui en substituent une autre. En écrivant " un conte de fous ", ils subliment ensemble l’humiliation subie au quotidien et évite le pire. Lisa (sur)vit dans un monde parallèle dans lequel son imagination explose, au risque de rendre totalement saugrenues et décalées ses réactions et celles de son frère. Dans cette vie de substitution, les mots eux-mêmes décalés sont un refuge et permettent de surmonter une souffrance indicible autrement : " Et le lendemain, quand il est arrivé et qu’il a demandé à ma mère pourquoi on était là alors qu’on ne faisait même rien et quand elle a répondu que les enfants il fallait bien qu’ils vivent et quand il lui a dit de la fermer et que le bruit ne la gênait pas parce qu’elle, elle était sourde, et quand elle a dit qu’elle allait faire attention pour le bruit et quand il a dit qu’il était trop tard et qu’il l’a poussée tellement fort qu’elle a buté contre la table et qu’elle a poussé un cri et quand j’ai commencé à avoir du mal à garder les yeux ouverts et à avoir du mal aussi à fermer les yeux et quand ma mère ne s’est pas relevée et que j’ai entendu pleurer cette femme-là, toute seule par terre, et que John s’est approché et quand cet idiot de s’être approché s’est pris un coup de pied et que lui aussi il est tombé et que je suis restée la seule debout, là, et que c’était à mon tour d’y aller et que j’ai pu rien faire.... J’ai sorti une grenade. Non, je veux dire je me suis sentie malade J’ai mis en route le fusil mitrailleur Enfin, je veux dire j’ai regardé ailleurs J’ai appuyé sur la gâchette. En vérité, j’ai cherché une cachette Il s’est écroulé Enfin quoi, il a fini par s’en aller. " (John et moi, p.18-19)

    La poésie ne peut pas tout mais elle peut aider à trouver la force de lutter, d’aller contre : elle est un moyen de guérir beaucoup de maux. C’est la raison pour laquelle elle a une place privilégiée dans les romans d’Isabelle Chaillou. La plupart de ses personnages écrivent à un moment de la poésie ou quelque chose d’approchant : rap, chanson, spoken words... C’est au contact de l’écriture, très souvent poétique, qu’ils retrouvent une certaine confiance en eux, une raison de s’estimer enfin.

    ...et mettre à l’épreuve sa liberté !

    Dans Le dernier défi, les garçons sont fiers du texte de rap, de leur " lyric " comme ils l’appellent : Menteurs Frimeurs On s’est fait Poètes Rappeurs Tagueurs Rimeurs... (Le dernier défi, p.112) Quand ils l’écrivent en cours de français avec Mme Anselme alors qu’ils sont sur le point de " récolter les fruits " de leur troisième défi, Marius avoue que " franchement à la fin, moi j’avais presque oublié le plan de Simon ! Trop cool ! " (Le dernier défi, p. 98). La routine semblait presque rompue... jusqu’au dernier défi qui leur donne une illusion de liberté. Lorry voulait devenir une star de la chanson, attirée par les sirènes de la gloire et l’illusion des apparences, et découvre la poésie grâce à Cathy, sa co-détenue, et à Mattéo, un étudiant bénévole. Ensemble, ils lui font découvrir tour à tour Apollinaire, les calligrammes, le spoken words, les haïkus... Elle réalise alors que c’est en écrivant ses poèmes et en lisant ceux des autres qu’elle est elle-même et non sur un plateau de télévision devant des millions de personnes. Lorry résiste à l’enfermement en écrivant. Le journal intime est également très présent dans ses romans. Ce n’est pas très étonnant quand on sait que c’est l’une des formes d’écriture que privilégient les adolescents.

    Embrasse-moi... avant la fin du monde est pour l’instant le seul roman qu’elle ait entièrement rédigé sous cette forme. Elle dit s’être beaucoup amusée à écrire ce texte qu’elle a rédigé au jour le jour comme le fait son héroïne, Laura. L’idée d’écrire sur la vache folle lui est venue en entendant la Secrétaire d’Etat à la Santé déclarer un jour aux informations qu’il fallait s’attendre en France à des dizaines de morts ! C’est cette déclaration qui pousse Laura à entamer la rédaction de son journal. Apparemment plus léger que les autres, à cause de la forme sans doute, ce texte n’en aborde pas moins des problèmes graves comme ceux de l’environnement, de la pollution et de l’avenir de la planète. Le premier chapitre fait plutôt rire jaune et pourrait être une réécriture du Meilleur des mondes ou de 1984. Avec " Le Journal d’une Terrienne Engagée ", une adolescente exprime ses craintes face aux adultes qui semblent ne pas prendre conscience que la planète est en danger.

    Pour Alexandre, dans Le dernier défi, le journal est également un moyen de comprendre qui il est et comment il évolue : " J’ai décidé de recommencer à écrire mon journal et j’espère que ça me permettra de comprendre un peu mieux ma vie. Il y a maintenant deux ans que j’ai arrêté et je crois que c’est dommage car lorsque je relis ce que j’écrivais à cette époque, je trouve intéressant de constater l’évolution. " (Le dernier défi, p.19) Il a besoin de se retour sur lui-même, de cette mise au point. Le journal peut être une thérapie au terme de laquelle on peut se trouver... ou risquer de se perdre. Il permet toujours a contrario de comprendre.

    Pour Hélène, dans H.S., c’est un moyen de crier son refus de ce qu’elle est. Elle y exprime la difficulté qu’elle a de s’accepter et son envie de mourir. Souvent, un court poème clôt chaque partie de son " journal du refus " : la poésie prend alors le relais pour dire de manière encore plus radicale son mal-être. Pourtant, quand elle tente de se suicider, elle laisse à Clarisse, dont elle est amoureuse, une lettre dans laquelle elle lui offre Breton, son... chien en peluche. Oui, c’est un drôle de nom, comme le dit Hélène, mais c’est aussi celui de l’un des plus grands poètes français. Lorsque Hélène et Clarisse se retrouvent à l’hôpital, Breton est là qui veille sur elles... Cet héritage poétique incarné par un chien en peluche, transmis par Hélène à son ami Clarisse, en dit long sur la possibilité qu’offre la poésie de se réconcilier avec soi-même. Hélène, qui se sentait en prison dans un corps qu’elle n’acceptait pas, ne choisit sans doute pas par hasard de donner à celle qu’elle aime ce cadeau en guise de dernier poème. Tous les personnages trouvent ainsi grâce à l’écriture et la poésie la force de surmonter les épreuves de la vie. Ce que chacun met en jeu à des degrés divers par cette expérience, c’est sa propre liberté. S’il existe des romans qui peuvent donner aux adolescents l’envie de se battre pour préserver cette liberté coûte que coûte contre les risques accrus d’une standardisation (déjà en marche), ceux d’Isabelle Chaillou en font partie. Sans moralisation, ils prennent toute la mesure de la jeunesse d’aujourd’hui dans ses aspects les plus dérangeants mais sans doute aussi les plus attachants.

    Valérie Huchette

    Bibliographie

    Chaillou, Isabelle. Le dernier défi. Paris : Rageot, 2001. (Cascade pluriel)

    Chaillou, Isabelle, Embrasse-moi... avant la fin du monde. Paris : Rageot, 2002. (Cascade 11-13)

    Chaillou, Isabelle. HS. Paris : Rageot, 2003. (Métis)

    Chaillou, Isabelle. John et moi. Rodez : éd. du Rouergue, 2004. (DoAdo)

    Chaillou, Isabelle. Espoir de star. Paris : Rageot, 2004. (Métis)