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CLASSEMENT et Littérature jeunesse (mini thèse)

 
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    Classement et Littérature de jeunesse par Sandrine Gonin, Jérémie Vermeesch et KarineHeller-Zurfluh

    Classement et Littérature jeunesse

    Introduction

    L’offre des collections en accès- libre implique un principe de classement. Qu’est-ce que le classement ?

    « Le classement est un agencement ordonné des documents dans un espace. A la différence de la classification, opération intellectuelle, le classement est une opération matérielle de mise en ordre, qui situe physiquement les documents les uns par rapport aux autres. On classe pour ranger et retrouver... » (CACALY, Serge, CAODIC, Yves- F., et al.- Dictionnaire encyclopédique de l’information et de la documentation.- Paris :Nathan,1997.) Toute collection doit être pensée comme un fonds documentaire vivant, source d’échanges entre les savoirs et les publics. Qu’en est-il de la prise en compte du public au sein du secteur jeunesse (la plupart des secteurs jeunesse sont limités aux livres d’enfant de moins de 14 ans) ? Quelle mise en ordre de la collection littérature de jeunesse ? Est-ce que la signalétique est appropriée aux démarches des jeunes lecteurs sachant que les conditions essentielles de la qualité du classement sont la visibilité et la lisibilité ?

    Classer, c’est toujours évaluer et hiérarchiser une réalité appréhendée. Il s’agit, ici, de réfléchir à une éventuelle spécificité du classement de la littérature de jeunesse : l’accueil d’un public spécifique doit-il engager une adaptation du classement autrement dit faut-il aménager un accès plus « facile », plus « naturel » à l’information ? Le classement doit-il être normé, adapté, plus ludique ? Pourquoi un traitement spécifique de la littérature de jeunesse ? Et quels effets sur l’organisation des espaces, sur la manière de ranger, d’organiser le fonds ? Quelle place consacrer à tel sujet plutôt qu’à un autre ?

    On ne traitera, ici, que du classement des documents et non celui qui s’applique aux fiches informatisées.

    I. ÉTAT DES LIEUX

    Les classifications bibliothéconomiques comme la CDU (Classification Décimale Universelle) ou la CDD (Classification Décimale Dewey), les plus répandues en Occident, ont été conçues pour le livre et non pour le lecteur, encore moins pour le jeune lecteur. Pourquoi penser qu’il faut adapter le principe de classement par disciplines aux enfants ?

    Il s’agit en fait de rechercher les catégorisations les plus proches des fonctionnements cognitifs de l’enfant. En effet, avant de maîtriser l’espace et de le construire en tant que cadre familier, l’enfant doit pouvoir en découvrir les propriétés rationnelles. Il rencontre des difficultés de nature spatiale, certes, à l’instar de l’adulte, parce que les rapports à l’espace mettent en jeu des notions de continuité, d’ordre, de domaine et de frontière entre les domaines. L’enfant doit pouvoir se représenter cet espace en transposant ces relations logiques au niveau de la pensée. S’il n’a pas la possibilité de les reconstruire en pensée, il se trouve privé de repères dont il aurait besoin pour se diriger et localiser les documents. Il s’agit bien de permettre à l’enfant de s’approprier un lieu, un document et une connaissance. Comme le fait remarquer Seibel Bernadette (Anatomie des bibliothèques pour la jeunesse.- Bulletin des Bibliothèques de France,1986,tome 31, n°1), le rôle des bibliothèques pour enfants est d’approcher son public à travers la psychologie de l’enfant.

    1.1 Pour une adaptation de la classification Dewey ?

    Dans certains établissements, les bibliothécaires ont opté pour l’utilisation pure de la classification décimale de Dewey, sans l’adapter au jeune public qu’elle souhaite viser. On remarque que ce sont les documentaires qui font l’objet d’une indexation ; les livres de fiction, par contre, n’en font en général pas l’objet : ces œuvres auront une place sur des étagères particulières, dans un espace différent de ceux consacrés aux ouvrages de référence ou aux documentaires.

    À la bibliothèque municipale de Douai, le personnel a opté pour la classification décimale de Dewey probablement dans un souci pédagogique pour que l’enfant, une fois adulte soit en parfaite osmose avec les futurs lieux de lecture réservés aux adultes. .

    L’aménagement le plus courant de la classification décimale de Dewey est de classer tout ce qui est littérature non pas en classe 800 mais d’utiliser un code alphabétique : on utilisera par exemple le R pour les romans, le C pour le Conte, le T pour le théâtre et le P pour la poésie.

    Une distinction particulière a été faite entre les romans adressés aux préadolescents et ceux adressés aux adolescents ; pour cela une cote a été ajoutée : pour les préadolescents, on aura simplement le R pour roman alors que pour les adolescents le R sera accompagné d’une autre lettre à savoir le D, lettre choisie arbitrairement pour signifier « adolescents », le A correspondant à "adulte".

    1.2 Aménagement de l’espace

    Dans la plupart des bibliothèques pour la jeunesse, on a un aménagement particulier de l’espace, selon l’âge et la taille des " lecteurs ". Pour les jeunes enfants, on a affaire à des casiers de faible hauteur. La hauteur de ces casiers dépend essentiellement de l’âge du public auxquels on s’adresse : pour les petits de moins de 2 ans, nous aurons les casiers les moins hauts, puis pour les livres illustrés adressés à des enfants de plus de deux ans, les casiers seront plus hauts. Les bandes dessinées, quant à elles, seront disposées dans des casiers de taille " normale ".

    1.3 Le problème des médiations

    Lorsque l’on a une utilisation pure de la classification décimale de Dewey pour les documentaires, l’enfant doit, avant d’aller à la rencontre du livre, chercher sur minitel, dans le guide de la bibliothèque, le titre, l’auteur ou le sujet du livre qu’il souhaite consulter. Le guide lui indiquera ensuite la cote du livre désiré grâce à laquelle il pourra se procurer ce dernier. Cette utilisation quasi obligée du minitel, due à la décision d’utiliser la classification décimale de Dewey sans aménagement, présuppose le désir d’un livre précis chez l’enfant. Encore faut-il que l’enfant passe par des médiations tels que le minitel , l’ordinateur ou le bibliothécaire !

    Dans l’esprit des bibliothécaires, il y a le souci pédagogique de familiariser l’enfant dès son jeune âge avec le maniement du minitel, avec la recherche raisonnée de documents. Cependant, dans la plupart des cas, l’enfant n’a pas de désir précis et se laisse guider par la découverte, le " coup de cœur " : une couverture attrayante, une illustration l’attireront autant que le sujet lui-même. Il est important qu’il ressente l’attirance physique du livre pour avoir envie de le feuilleter, de le lire. On peut noter à ce propos que les enfants utilisent des repères comme le genre (B.D, policier,...)ou la collection. Les logos sur les couvertures ou le ciblage par tranches d’âge sont des marqueurs visuels d’emblée repérés comme pertinents par l’enfant. Cependant, le classement par collection invite à un cloisonnement en matière de lecture et l’objectif est bien d’inviter à la découverte. Le principe du classement est d’ailleurs un principe heuristique en ce sens que chercher un livre invite à en découvrir d’autres. Mais à contrario il peut être la barrière symbolique et matérielle qui va donner naissance au découragement de l’enfant en matière de lecture. C’est pourquoi la question du choix du classement, et à fortiori de la classification, est important.

    1.4 « La Marguerite » du CRDP de Grenoble

    Dans le but de favoriser le plaisir de lire et la découverte du livre mais aussi pour une cohérence et une continuité des pratiques documentaires lors du passage de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, des documentalistes, bibliothécaires et instituteurs, ont travaillé durant plusieurs années à la simplification d’une classification ainsi qu’à l’élaboration d’un thésaurus constitué de mots d’enfants. En collaboration avec des professionnels de la documentation et des enseignants en école primaire, le CRDP de Grenoble a donc élaboré le classement dit " de la Marguerite de Grenoble ".

    La classification comprend dix rubriques différentes : on représente ces dix classes sous forme d’une fleur, une marguerite à dix pétales de couleurs différentes. Chaque couleur correspond à un chiffre et a donc une signification particulière. Pour les livres, chaque classe sera signalée sur le rayonnage ainsi qu’au dos du livre par la présence d’une bande de couleurs correspondante. Sur les meubles chaque type de document est signalé par un dessin simplifié reprenant les dix couleurs afin d’indiquer aux enfants que tous les documents sont classés de la même manière. Deux points importants caractérisent le principe de la « marguerite ».

    Tout d’abord une différenciation entre les différents types de documents :

    -  des livres : albums, romans, poésie, contes, documentaires, livres pédagogiques, bandes dessinées, presse pour la jeunesse.

    -  des ressources audiovisuelles : disques, diapositives, cassettes

    -  des fiches : fiches de cuisine, de poésie, fiches techniques, reproductions d’art

    -  des dossiers documentaires et du matériel divers : globe, cartes, objets, jeux...

    Ensuite, et c’est là l’élément principal, on aura la présence des grandes classes de classification avec leur chiffre, leur couleur et leur contenu, le tout sous la forme d’une fleur.

    Ainsi donc sur la marguerite aux dix pétales de couleurs différentes, chaque couleur correspond à un chiffre en particulier et à un sujet précis, on aura concrètement par exemple :

    -  la couleur marron liée au chiffre 1 signifie :penser, imaginer (philosophie)

    -  la couleur rouge, liée au chiffre 2 : prier (religion)

    -  la couleur orange liée au chiffre 3 : vivre ensemble (sciences sociales)

    -  la couleur jaune liée au chiffre 4 : parler (langage)

    -  la couleur verte est liée au 5 : observer la nature (sciences exactes)

    -  la couleur bleue liée au chiffre 6 : soigner, fabriquer (sciences appliquées)

    -  la couleur mauve, n° 7 : créer, s’amuser (arts, jeux, sports)

    -  la couleur grise n°8 : lire des histoires (littérature)

    -  la couleur blanche n° 9 : pays, hommes célèbres autrefois (géographie et histoire). Le principe des subdivisions est maintenu.

    Cependant, lorsque des subdivisions concernent des thèmes étrangers aux enfants, le chiffre n’est pas employé : par exemple, la cote 30 (" les hommes ") est directement suivie par la cote 32 (" la vie politique "). En effet, les enfants n’auront jamais à utiliser le code 31 correspondant aux statistiques.

    On peut dire que l’adaptation de la classification décimale de Dewey dite de la marguerite du CRDP de Grenoble est particulièrement bien adaptée aux enfants. Néanmoins, il ne faut pas oublier l’existence d’autres types de classement.

    En quoi le classement par centres d’intérêt peut-il être d’un quelconque intérêt pour notre étude ? On peut constater que dans certaines bibliothèques, les classes issues de la classification Dewey sont remaniées de façon à être plus représentatives pour les enfants et les adolescents : un choix est fait de retenir certaines subdivisions de classes plutôt que d’autres et de les renommer pour plus de lisibilité avec des substantifs correspondants aux rubriques médiatiques (astronomie, sport, informatique,...). Déjà, en filigrane, apparaît l’idée d’un classement en fonction des centres d’intérêt du jeune public. Qu’en est-il de la réalité du classement par centres d’intérêt ?

    II. QU’EST CE QUE LE CLASSEMENT PAR CENTRES D’INTÉRET ?

    C’est une des modalités du classement « par sujets ». Comme son nom l’indique, il cherche à regrouper les ouvrages sous de grands thèmes qui intéressent les lecteurs. C’est dire si les centres d’intérêt correspondent à une organisation des collections fondée sur la motivation et les comportements des lecteurs.

    C’est un modèle anglais peu appliqué en France parce qu’il a ses limites. La présentation des collections par centres d’intérêt fut substituée à la présentation des collections par la Dewey en Grande-Bretagne en 1975 suite à une enquête sur les comportements de lecteurs.

    En fait, on explique le passage de la classification Dewey au rangement par centres d’intérêt pour deux raisons : la 1ère, pour être plus proche des modes de pensée des utilisateurs et la 2nde, pour rapprocher documentaires et fiction. Ce qui peut apparaître comme une solution face à la remise en question de l’opposition documentaire- fiction par l’évolution de l’édition (produits hybrides).

    2.1 Qu’implique l’adoption du classement par centres d’intérêt ?

    Ce mode de présentation semble davantage correspondre aux démarches des jeunes et à leurs attentes en matière de lecture parce qu’il repose sur la subjectivité collective du lectorat : « Le livre doit être placé là où le lecteur s’attend à le trouver » (ROY, Richard. Classer et indexer : introduction à l’indexation documentaire. 2ème édition augmentée. Le Mans : Bibliothèque de l’Université du Maine, 1987.)

    Il s’agit donc pour le responsable du secteur de littérature de jeunesse d’analyser les comportements de son lectorat ainsi que les réalités locales sachant que cette subjectivité collective est sans cesse modifiée par les médias de masse, l’actualité et la mode. Le choix des centres d’intérêt détermine une signalisation du fonds et des espaces, un traitement des documents spécifique et une certaine organisation des espaces favorisant le repérage.

    2.2 Créer des centres d’intérêt

    Il faut partir de l’existant en termes de collections et des principales catégorisations exprimées par le public. Pour créer des centres d’intérêt, les indices correspondant à un même sujet, éparpillés dans plusieurs classes Dewey, sont regroupés. Ensuite sont extraites de la classification Dewey des subdivisions représentatives des goûts des publics pour créer de nouveaux ensembles internes à chaque centre d’intérêt.

    Par exemple, au Forum des Sciences à Lille, le centre d’intérêt « astronomie », issu de la classe Dewey 500, sciences de la nature et mathématiques, est subdivisé en ASTRO généralités, extra-terrestres, etc. Ainsi les ouvrages reclassés dans les centres d’intérêt perdent leur côte décimale et reçoivent une notation spécifique et locale créée à l’aide d’un mot ou abrégé renvoyant à un sens concret pour le public. C’est dire combien la dénomination des centres d’intérêt doit être réfléchie car elle doit avoir du sens pour le public. L’exemple du centre d’intérêt astronomie illustre ce problème : la dénomination « représentation de l’univers 1 » n’explicite en rien le contenu de la subdivision. Les dénominations doivent être larges, concrètes et correspondre à une attente : par exemple, extra-terrestres, système solaire, lune, saisons, etc. Il est d’ailleurs question au Forum des Sciences de revoir la dénomination des centres d’intérêt Au Forum des Sciences, le public reste prioritairement des médiateurs (professeurs, documentalistes, etc). Le classement n’est pas adapté aux publics jeunes parce qu’il est admis que tous les jeunes n’ont pas les mêmes compétences de lecture et qu’ainsi, les jeunes peuvent accéder à des ouvrages en fonction de leurs compétences de lecture effectives.

    A contrario, à la Bibliothèque municipale de Fourmies, la définition des centres d’intérêt a été réfléchie pour favoriser le passage du secteur enfant vers le secteur adulte. Les centres d’intérêt ont donc été conçus d’après les centres d’intérêt adultes tout en prenant en compte les spécificités du fonds jeunesse (niveaux d’âge et carences ou disproportions caractéristiques du fonds). Par exemple, le centre d’intérêt dénommé « Histoire » en section adulte, inscrit dans l’espace consacré aux documentaires, est dénommé « Romans de préhistoire » et regroupe à la fois romans et documentaires. Pourquoi ? Parce que la dénomination « Préhistoire » fait sens pour les enfants et correspond davantage à leurs attentes. En effet, on peut constater que lorsque le centre d’intérêt se dénommait « Romans historiques » comme en section adulte, ce rayonnage était moins fréquenté. Selon la bibliothécaire, « le côté historique paraît peut-être vis-à-vis des enfants trop scolaire, trop didactique... ».

    2.3 La mise en ordre : la signalétique des espaces et du fonds

    « La signalétique doit être vue sans être lue. Elle doit être là où l’on s’attend à la trouver, et l’on ne doit ni la chercher ni la lire » (MIRIBEL, Marielle de. La signalétique en bibliothèque. Bulletin des Bibliothèques de France, 1986, tome 31, n°1.) Penser une signalétique, c’est opérer des choix en termes d’accès aux collections et donc de politique d’accueil.

    2.3.1 La mise en espace : lisibilité et intelligibilité

    Il s’agit de penser la mise en espace, de s’interroger sur la réalité de l’empan oculaire pour permettre au lecteur d’embrasser la totalité du et des centres d’intérêt d’un seul coup d’œil. Il s’agit toujours et surtout de simplifier l’accès au livre en trouvant un mode de classement approprié aux démarches du jeune public, en évitant aux jeunes de passer par le catalogue, l’objectif primordial étant d’inviter l’enfant à la lecture. La graphique est un moyen de communication et d’organisation qui donne une forme lisible et intelligible à la recherche d’ouvrages.

    Ainsi, au Forum des Sciences à Lille, des objets en trois dimensions tels la fusée pour représenter l’astronomie ou le squelette, la biologie, constituent de véritables et systématiques repères visuels pour les enfants. Ces repères sont pour eux aussi pertinents sinon plus que la collection ou le genre car cette signalétique renvoie à du concret. Au même titre que la collection met en scène un livre, l’objet ou le pictogramme mettent en scène le centre d’intérêt.

    La bibliothèque de Fourmies a, quant à elle, retenu des symboles pour représenter chaque thème, symboles qu’on appelle des pictogrammes. Chaque pictogramme renvoie à un stéréotype culturel (un cœur pour les romans sentimentaux) avec redondance de l’information par l’écriture alphabétique (« romans sentimentaux »). Le dessin représentant l’idée, le code est plus naturel à déchiffrer : un pistolet pour les romans policiers, un dinosaure pour les romans de préhistoire ou encore une sorcière pour les contes.

    2.3.2 Le marquage du document

    Le marquage du document doit lui- aussi être de nature à ne pas compliquer l’accès aux collections. Des idéogrammes peuvent être collés sur la tranche supérieure du document. Elle peut être construite comme c’est le cas au Forum des Sciences à partir d’abréviations telle que « ASTRO » pour « astronomie ». Dans tous les cas, les symboles utilisés permettent de diagnostiquer qui, du bibliothécaire ou du public, est privilégié. En effet, là se pose un problème sachant que la marque du livre doit permettre tout autant au jeune public de se repérer qu’ une gestion rationnelle des documents. Pour résoudre ce problème, la bibliothèque de Fourmies a choisi de coller les idéogrammes sur la tranche supérieure du document et de placer l’indice Dewey au niveau inférieur pour sous-classer les documentaires. N’est-ce pas là reconnaître les limites du classement par centres d’intérêt ? Non si on se place du côté du lecteur et si on pense que le véritable centre est le lecteur. Oui si on se place du côté des professionnels de la documentation.

    III. EVOLUTION DU CLASSEMENT PAR CENTRES D’INTERÊT OU LIMITES ?

    La bibliothèque de Fourmies a mûri l’évolution du classement de ses collections afin de mieux répondre aux attentes de ses lecteurs. La catégorisation par centres d’intérêt ne s’improvise pas. Elle se mesure en fonction des besoins à satisfaire et des moyens pour la réaliser. Les expériences britanniques font apparaître que la catégorisation intégrale du fonds documentaire ne touche que les petites et les moyennes bibliothèques. Pourquoi ? La généralisation de ce système en Angleterre a permis de mettre à jour les difficultés rencontrées. L’exemple de Fourmies illustre ces difficultés : quelques années après la mise en place du classement par centres d’intérêt, le fonds s’accroissant, il est devenu indispensable de combiner les notations originales et les notations décimales. Les documents ont alors une double notation : celle du centre d’intérêt et celle de la classe décimale. Peut-on concevoir une complémentarité entre le classement par centres d’intérêt et le classement « Dewey » ? Après observation d’un centre de ressources, de nombreuses réserves peuvent être émises sur le choix d’un classement par centres d’intérêts pour des enfants. Pourquoi ne pas reprendre un classement type Dewey, qui a pour avantages les inconvénients du classement par centres d’intérêts ?

    3.1 Des différences entre bibliothèques : un consensus inexistant

    Changer de bibliothèque, c’est changer de mentalité. Le classement par centres d’intérêt n’obéit à aucune norme ; chaque centre de ressources peut faire les choix qu’il juge les plus pertinents alors que le classement Dewey détermine des normes strictes. Un consensus doit établir une norme pour toutes les bibliothèques. En effet, c’est grâce à l’acquisition de la norme qu’il est possible pour les enfants de se repérer dans n’importe quel lieu documentaire.

    3.1.1 Un choix très arbitraire

    Quels critères faut-il retenir pour choisir les différents centres d’intérêts ? D’un âge à un autre, les acquisitions intellectuelles des enfants sont très différentes. Les enfants peuvent comprendre le classement Dewey. Comme le choix des domaines est tranché, les enfants trouvent finalement leurs documents. Les choix des secteurs de la Dewey sont arbitraires, mais ils sont ancrés dans notre culture.

    3.1.2 Une inadaptation à l’âge adulte

    Le classement par centres d’intérêts marginal ne prépare pas au passage au secteur adulte de la plupart des lieux documentaires (bibliothèques et CDI). La Dewey omniprésente, quant à elle, prépare l’enfant à sa future carrière universitaire et de lecteur. Il est important que les enfants comprennent la Dewey parce qu’elle correspondra à leur future structure cognitive du fait de l’apprentissage effectué à l’école.

    3.2 Des difficultés pour trouver un document ?

    Des documents peu pertinents :Le regroupement de documents par centres d’intérêts nécessite de mélanger les médias : les supports génèrent un bruit important. Le classement Dewey établit une frontière stricte entre la réalité et le monde fictif. Documentaires et fiction n’appartiennent pas au même monde. Cette délimitation réduit le bruit.

    Un problème de recherches : Rechercher des documents dans un domaine précis constitue le principal problème du classement par centres d’intérêts. Un sujet chevauche t-il plusieurs centres d’intérêts ? Si oui, l’enfant ne trouvera pas tous les documents qu’il cherche. La façon la plus logique de procéder à des recherches est de se remémorer les classes de la Dewey sachant qu’elles correspondent à notre manière d’appréhender le monde. Par exemple, nous pensons à partir des catégories comme la psychologie. Avec le classement par centres d’intérêt, la classe « psychologie » est, dans certains cas, disséminée dans plusieurs centres d’intérêt. Avec le classement Dewey, un document a une place et une seule.

    3.3 Confiner les enfants dans les domaines qu’ils connaissent

    un classement qui occulte la curiosité

    Le classement par centres d’intérêts ne suscite plus la curiosité des usagers. Les usagers vont chercher le domaine qui leur plaît et ne s’intéresseront pas aux autres domaines. Il faut alors amener les enfants aux autres rayons par d’autres moyens : médiation, mise en espace. Avec le classement Dewey, les enfants sont obligés de se repérer, de déambuler dans l’espace avant de trouver leur document. Ils apprennent à connaître en étant au contact de nouveaux secteurs.

    un aspect clair, mais peu ludique

    Le classement Dewey paraît, au premier abord, très difficile à comprendre. Cependant, il valorise l’enfant lorsque celui-ci a trouvé son document. Organisé comme une chasse au trésor, l’apprentissage des normes revêt un aspect ludique. Par contre, le classement par centres d’intérêts ne possède pas le côté mystérieux et savant qui peut susciter l’intérêt de certains enfants... CONCLUSION

    En fait, le véritable centre est le lecteur. Le centre d’intérêt doit être conçu à l’échelle de l’enfant tout comme peut l’être la classification Dewey car le gigantisme et l’organisation des collections peut être un obstacle qui gêne l’accès au livre et à la lecture. L’outil-catalogue existe pour pallier à ce gigantisme. Il s’avère utile dans le cadre d’un travail ou d’une recherche précise mais constitue une barrière à l’incitation à la lecture. On peut dire que si le classement par centres d’intérêt correspond davantage aux démarches du jeune public, c’est aussi un type de classement plus approprié au classement de la fiction qu’au classement des documentaires. Il apparaît nécessaire de préserver l’indice Dewey en ce qui concerne la gestion des documentaires, et ce dès la constitution du fonds.

    Il ne faudrait pas non plus que le centre d’intérêt devienne un lieu démagogique ou commercial parce qu’il est centré sur le lecteur. Il faut concilier l’ « educare » (prendre soin du jeune public, l’objectif étant de l’inciter à lire) et l’ « educere » (c’est-à-dire tirer l’enfant vers le haut, vers d’autres lectures).

    La classification Dewey peut sembler dépassée ; créée au 19ème siècle, elle ne correspond plus à la vision actuelle et complexe du monde. Cependant, elle est utilisée encore dans les bibliothèques et enseignée à l’école. L’apprentissage du classement décimal Dewey commence pour les enfants dans les B.C.D et C.D.I. de leurs écoles. N’est-il pas problématique pour un enfant de passer d’un mode de classement à un autre lorsqu’il se rend dans sa bibliothèque municipale ?

    L’idée principale et évidente qui nous vient alors, c’est de régler ce problème de consensus inexistant à partir du moment où une bibliothèque s’intéresse au classement par centres d’intérêt. Dès qu’il est possible d’accompagner les enfants dans leurs apprentissages concernant les recherches en bibliothèque, les classements des centres de ressources devraient être identiques.

    La Dewey est compliquée pour les enfants s’ils ne sont pas accompagnés dans les recherches. Il faudrait donc l’adapter en ne mettant plus autant en évidence les chiffres à partir desquels on construit les cotes qui renvoient à trop d’abstraction pour l’enfant, et en insistant plus sur les contenus des classes. Tout ceci passe par une mise en espace, dont les possibilités sont nombreuses : des logogrammes (comme en centres d’intérêts), des 1ère de couvertures face au public, des présentoirs, des étagères à hauteur d’yeux, des objets en trois dimensions représentatifs du domaine (fusée de Tintin)...qui éveilleraient la curiosité des enfants.

    L’échec d’une recherche de documents pour l’usager et la complexité des indexations pour l’indexeur ne sont pas inexorables. La Dewey peut de toute façon être adaptée aux besoins des usagers et en fonction de la nature du fonds. Si l’objectif s’avère être l’incitation à la lecture plutôt que la recherche documentaire, pourquoi ne pas emprunter au classement par centres d’intérêt la mise en scène du fonds ?

    Avertissement à tous ceux qui voudraient un plan de classement hybride !

    Outre le débat concernant la substitution d’un classement par centres d’intérêt à la classification Dewey, il s’agit en fait de réfléchir à la manière de mettre en valeur l’espace dans lequel s’inscrivent les collections afin de faciliter l’autonomie des enfants et de développer leur curiosité. Alors pourquoi ne pas mixer les avantages des différents classements ?

    Nous pouvons remercier pour leur aimable collaboration le personnel du Forum des Sciences de Villeneuve d’Ascq, le CRDP de Grenoble ainsi que celui des bibliothèques municipales de Tourcoing et de Fourmies.

    © Sandrine Gonin, Jérémie Vermeesch et Karine Heller-Zurfluh

    Université Lille 3, mai 1999

    Forum de l'article : 2 contribution(s) au forum

    Classement et Littérature de jeunesse, Par : Marie, 23 novembre 2008
    Existe t’il une version PDF de cet article, si oui comment l’obtenir Merci :)
    Classement et Littérature de jeunesse, par Christian Loock, 24 novembre 2008
    Pas de version PDF à notre connaisssance. Cet article est déjà ancien et nous n’avons plus les mails des auteurs. Vous pouvez imprimer l’article cependant.
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