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Souvenir, par L. T.

 
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    (PNG) J’ai eu beaucoup de mal à associer un souvenir et un livre, je me souviens de beaucoup de passages de livres mais pas de moments de lecture. Je me souviens de la petite Sirène si triste, pas la version Disney, plutôt celle où la petite Sirène ne sera jamais vraiment humaine ; de la princesse au petit pois et de ses bleus, de Mélisande et de ses cheveux si longs qu’ils la poussent par la fenêtre du chateau, d’Hansel et Gretel et de Barbe Bleue. Ce sont des personnages, des images qui ont pris leur place dans mon imaginaire et qui y sont restées, même plus tard.

    Ma mémoire a sélectionné des choses angoissantes, qui sous-tendent des drames. Peut-être parce que le monde de l’enfance ça n’est pas les Bisounours, et Petit Ours Brun, c’était bien gentillet mais je crois que tout ce que j’ai retenu, c’est l’épisode où il s’est fait pipi dessus.

    Les contes de fées m’ont laissé penser que le monde adulte était plein d’horribles mais de tentants secrets. Je suis toujours fascinée par les faits divers et le Nouveau Détective, c’est un équivalent bas de gamme aux contes de Perrault, ou à la tragédie grecque. Ce sont toujours les mêmes histoires d’infanticides, de tromperies, de jalousies. C’est ça qui construit nos barrières morales et ça m’intéresse toujours parce que ça met le doigt là où ça fait mal.

    Je me souviens de Barbe-Bleue et de "ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ?", je me souviens du sang sur la clé, et pour moi c’est toujours un objet très étrange cette clé, quelque chose de vaguement bleu, presque gris et bizarrement poreux, au toucher ce doit être rugueux, c’est peut-être une clé de pierre. Deux cavaliers aussi, qui ressemblent à deux nuages flous, moutonneux. Et puis le cabinet des horreurs, avec des placards alors que ça n’est écrit nulle part. J’ai toujours ce livre, les illustrations sont de Gustave Doré. La transposition d’images sur du texte et vice-versa c’est quelque chose qui me questionne depuis petite, souvent je ré-illustrai les histoires qui me plaisaient. Barbe Bleue m’a beaucoup marqué donc, mais, oui, c’est très dur de savoir maintenant comment, où, et quand. On me l’a beaucoup lu, je l’ai beaucoup lu, c’est ancré.

    J’ai lu plus tard Psychanalyse des contes de fées, et quelque part, c’est encore plus ardu de revenir sur ce conte parce que je sais. Ce que j’en ai lu a écrasé l’histoire de mon enfance.

    Je me souviens avoir lu Hansel et Gretel, à six ans,et là je peux rattacher ça à un espace dans le temps, et à un lieu plus ou moins précis, c’était à un goûter d’anniversaire, chez un petit copain dont je ne me souviens ni du prénom ni du visage. Il y avait un cirque installé prés de chez lui, sur le parking. Je ne sais pas s’il y avait un énorme gâteau ce jour là, mais Hansel et Gretel, morts de faim devant la maison de pain d’épice, de sucre glace et de bonbons m’avaient fascinés. C’est une magnifique vanité, toute cette nourriture, tout ce sucre dégoulinant et puis ce petit os tendu à la sorcière... Tous les enfants savent qu’on ne doit pas accepter de bonbons de quelqu’un qu’on ne connaît pas...

    Je ne me souviens plus de la fin de l’histoire.

    C’est étrange de revenir sur un souvenir de lecture de quand on était enfant parce qu’on ne l’est plus justement. Pourquoi se souvenir de ça et pas du reste ? D’une image et pas de l’histoire ? Du début et pas de la fin ? Ou le contraire. Et sans parler des circonstances. Et puis il y a les souvenirs que l’on nous a fabriqués, et ceux que l’on a inventés. Qu’est-ce qu’on veut montrer, est-on si certain de l’enfant qu’on était il y a quinze, vingt, trente ans ? Aujourd’hui, je pense savoir pourquoi c’est resté mais ça n’est pas si sûr.

    L.T. L1 HSI, Langues et Culture Antiques