Site littérature jeunesse de lille 3

Marcel le Rêveur, d’Anthony Browne

 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    « Quand on m’a annoncé au téléphone que j’avais gagné le Prix Hans Christian Andersen, j’ai été complètement ému. MOI ! - le Prix Andersen - ça paraissait incroyable ! On aurait dit une page sortie droit de Marcel le Rêveur - " Parfois Marcel rêvait qu’il avait gagné le Prix Hans Christian Andersen." » Extrait du discours d’Anthony Browne à la remise du prix Hans Christian Andersen, octobre 2000,

    Faire un résumé de ce livre est assez difficile ou plutôt il est difficile de dire plus que « Marcel rêve » sinon on entrerait déjà trop dans le livre. À l’inverse, malgré la sobriété de l’histoire, sa critique serait presque infinie : Ce livre est fantastique car il incarne à lui seul plusieurs rôles, plusieurs fonctions : il est à la fois une histoire toute simple à raconter aux tout-petits, une source de découvertes culturelles pour les plus grands, un clin d’œil au monde des adultes et il est aussi et surtout une invitation à la rêverie sans limites ; ce livre en enlève toutes les barrières. Marcel est si calme, si serein quand il rêve alors pourquoi ne pas suivre son chemin et laisser notre imagination suivre la direction qu’il nous propose à fin de développer en nous-même des images similaires ?

    (JPG)
    le monde de marcel

    « J’aime que la couverture soit une entrée accueillante au livre, qu’il en émane l’atmosphère du livre, qu’elle soit attrayante, et qu’elle se voit sur un étalage parmi d’autres livres. »  [1] En effet, la richesse picturale de cet album fait tout, et surtout elle permet de retrouver l’intérêt de Browne pour le Surréalisme pictural avec Marcel Duchamp ou encore Salvator Dali et pour le « Surréalisme » littéraire enfantin que représentent Mary Poppins, Le Magicien d’Oz, Alice aux Pays des Merveilles en ce qui concerne la littérature des adolescents ou Frankenstein et le Conte Dracula pour la littérature des « grandes personnes » : « J’ai passé mes jeunes années dans un pub dans le nord de l’Angleterre, et il paraît que je rentrais dans le bar le soir, que je me mettais debout sur une table et que je racontais aux clients des histoires d’un personnage que j’ai appelé Big Dumb Tackle. Je faisais de grands dessins remplis de minuscules silhouettes qui se faisaient la guerre - des soldats, des chevaliers ou des cow-boys. Mais il y avait toujours en arrière plan des petites blagues, des choses étranges qui se passaient qui pouvaient être totalement sans rapport avec ce qui se passait en premier plan. Une tête décapitée pouvait être en train de dire quelque chose de drôle, un bras démembré pouvait être en train de gesticuler - je n’avais jamais entendu parler de surréalisme. (Et en fait, il n’y avait pas une grande différence avec ce que je fais actuellement dans les livres pour enfants.) »  [2]

    Cette fiction littéraire porte le message du bien-être, de la « zénitude » grâce au couple images-texte qui est très fort - comme dans tous les textes de Browne du reste - les modalités narratives sont très simples, deux choses qualifient le texte la reprise syntaxique « parfois Marcel rêve... » et l’énumération des rôles incarnés par Marcel : sumo, artiste en tous genres, héros fantastique... L’auteur-narrateur est peu présent dans son livre mais cela renforce la simplicité du texte et rehausse encore la place de l’image où là l’auteur-illustrateur est plus que présent puisqu’en une vingtaine de pages il arrive à insérer tout ce qui fait sa « marque de fabrique » : les bananes, les singes et les gorilles, la place laissée aux surréalistes... L’histoire est plus racontée par les images que par le texte, chaque tableau qui prend toute une page n’est illustré que par une phrase succincte, le langage est simple car le livre est destiné à des enfants jusqu’à 6 ans et le ton est neutre, Anthony Browne énonce des faits : « Parfois Marcel rêve qu’il est peintre, ou explorateur, ou écrivain célèbre, ou plongeur... Marcel rêve. » Grâce à la sobriété du texte et à la place importante des tableaux, l’enfant est amené vers l’imaginaire propre à Anthony Browne alors que l’adulte se retrouve face à la représentation d’univers déjà existants pour lui. Ce n’est pas le réel qui a la plus grande place dans les dessins de Browne mais malgré la place importante que prennent les imaginaires des autres artistes qui ont eu un impact sur l’auteur, le réel a aussi sa place dans ce livre avec des représentations du passé et du futur ou encore d’Elvis qui sont vraiment très illustratives de la réalité. De ce fait, le triple rôle de Marcel Le Rêveur offre une réelle interaction entre les enfants et l’adulte, l’adulte ne s’ennuiera pas à lire une histoire naïve, simpliste car il trouvera son compte dans les références picturales, pendant que l’enfant trouvera dans ce livre une grande source d’identification : comme le dit l’auteur : « Marcel est un héros auquel de nombreux enfants s’identifient très fortement. Ce qui est formidable avec Marcel c’est qu’il semble atteindre son but sans violence tout en restant lui-même. »  [3]

    Je parlais du triple rôle du livre les deux premiers sont l’ouverture sur le monde imaginaire pour les tout-petits grâce aux pistes imaginatives données par les références picturales, le deuxième est un clin d’œil culturel adressé aux adultes. Pour ce qui est du troisième c’est un rôle d’apprentissage pour les enfants de plus de 6 ans qui peuvent dépasser la lecture grâce encore une fois aux images. Les écoles primaires de Villeneuve d’Ascq et la médiathèque Till l’espiègle se sont associées autour du travail d’Anthony Browne afin de s’approprier ce dernier ; travail qui se fait autour d’une exposition, dont on doit les tableaux extraits des livres de Browne à une association de Tourcoing, d’heures du conte et à un travail en classe. L’étude des œuvres de Browne vont ainsi permettre aux professeurs d’aborder des thèmes comme la biographie (on retrouve dans les œuvres de Browne l’influence du père d’Anthony sur ses créations) : « Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles les singes figurent dans autant de mes livres. Ils nous ressemblent. Ils sont passionnants à regarder et à dessiner. Les gorilles me rappellent mon père qui a été une influence profonde pour moi. Il est mort subitement quand j’avais dix-sept ans. C’était un homme grand, fort et puissant qui avait été soldat, boxeur et instituteur. Il nous a encouragé, mon frère et moi, à jouer au rugby et à boxer, mais il a aussi dessiné avec nous et nous a écrit des poèmes. Le contraste entre l’agressif et le doux existe aussi chez les gorilles. Un garçon m’a dit une fois que mes dessins étaient un peu comme les singes : à première vue, les illustrations semblent normales, mais quand on regarde de plus près on s’aperçoit qu’elles ne le sont pas vraiment ; et les singes semblent être tellement comme nous, mais ne le sont pas vraiment. »  [4]

    ou les courants artistiques avec l’influence surréaliste... Toute cette critique peut être résumée en une simple phrase : « LISEZ-LE, plongez-vous vite dans le monde de Marcel ! »

    BROWN, Anthony, traduit de l’anglais par Isabel Finkenstaedt. Marcel Le Rêveur. Paris : Kaléidoscope, 1997. 32 p. ; ill. en couleur ; 31 x 27 cm. ISBN 2-87767-213-1 (cartonné) 14,00€. Existe aussi dans la collection Lutin poche de l’école des loisirs, 1999 : 5,50 euros

    AS L1 Humanités Sciences de l’Information UFR Langues et Cultures Antiques Lille3

    Notes de bas de page

    [1] Extrait d’un entretien d’Anthony Browne,

    [2] Extrait du discours d’Anthony Browne à la remise du prix Hans Christian Andersen, octobre 2000,

    [3] Extrait d’un entretien d’Anthony Browne,

    [4] Extrait d’un entretien d’Anthony Browne,