Site littérature jeunesse de lille 3

Une évasion sur L’île des rêves interdits, de Monica Hughes

Ariban, une île si différente...
 
  • - AUTEURS ET ILLUSTRATEURS
  • - CARNETS DE VOYAGE LITTÉRAIRE
  • ÉCRIVAINS EN HERBE
  • - ÉDITEURS
  • HÉROS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI, D’ICI ET D’AILLEURS...
  • - LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN QUESTION(S)
  • MARQUE-PAGES / SIGNETS
  • - MINI THÈSES
  • - PARTIE PRIVÉE
  • - QUI SOMMES-NOUS ?
  • RECHERCHE PAR THÈME
  • - RESSOURCES EN LECTURE ET LITTÉRATURE JEUNESSE
  •  

    Dans la même rubrique

    Mots-clés

    (PNG)

    Connue pour ses ouvrages à la fois très optimistes et proches de la nature, Monica HUGHES est très appréciée au Canada, pays dans lequel elle débuta sa carrière littéraire en 1970. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages à l’image de L’invitation ou encore de Raz-de-marée sur Aquarius, c’est en 2000 que paraît L’île des rêves interdits, un roman pour adolescents dans lequel elle nous décrit le quotidien paisible des habitants de l’île d’Ariban malgré la présence d’un interdit non négligeable : il est interdit de rêver et d’évoquer les histoires vécues dans ces rêves.

    Au delà de ce récit, l’auteur cherche incontestablement à dénoncer les méfaits d’une société totalitaire où la censure de la littérature ne permet ni aux habitants de s’évader par la lecture, ni aux lecteurs de se projeter en quête d’un monde différent.

    De ce fait, comment Monica HUGHES parvient-elle à faire passer ce message envers un public jeune ?

    Après avoir analysé le récit en tant que tel de par les thèmes qu’il aborde et le message recherché par l’auteur, nous étudierons l’impact d’une telle lecture sur l’adolescent.

    Il était une fois, sur l’île d’Ariban, un jeune garçon nommé Colin. Comme tous les habitants de Merton, le jeune homme vit sa vie calmement, rythmée par des activités agricoles et maritimes. Colin vit chez Hedda et Fergus, ses parents, en compagnie de sa petite soeur Etta. Les nuits de cette dernière sont pourtant agitées. En effet, la petite fille fait de nombreux cauchemars. Bien qu’il soit au courant, Colin tente de cacher les rêves de sa petite soeur, par crainte de sanctions. Un jour, un évènement va venir perturber cette vie monotone. Alors qu’il partait sur la plage amasser quelques branches, Colin fit une rencontre tout aussi improbable qu’inattendue. Jennifer, une fille venant du monde extérieur, gisait là. Entre la vie et la mort, son arrivée sur l’île d’Ariban va quelque peu perturber la banalité d’un quotidien sans espoir...

    C’est le quotidien d’une île comme tant d’autres que nous décrit Monica HUGHES dans les premières pages de L’île des rêves interdits. Pourtant, l’île d’Ariban est souvent balayée par des tempêtes. Le lecteur comprend alors que le quotidien y est hors du commun, inhabituel. C’est effectivement le cas. Le village de Merton est dirigé par l’ancien berger et l’ancien pêcheur. Des règles très strictes y régissent la vie et les outrepasser conduit à des sanctions pouvant aller du bannissement à la mort. De par l’image que donne l’île d’Ariban, l’auteur évoque en réalité une société stricte, une société totalitaire dirigée par l’esprit de deux hommes qui prennent leurs décisions en fonction de leurs convictions personnelles. Accessible à des jeunes qui ont conscience de l’Histoire, de leur propre passé donc du désastre qui a été engendré par l’émergence des sociétés totalitaires, le rapprochement est vite effectué. Lorsque Colin découvre l’étrangère, il va rapidement se retrouver face à la réalité du monde qui l’entoure. Celle-ci est conteuse, les histoires qu’elle raconte lui permettent de s’évader d’avantage du quotidien pour explorer de nouveaux horizons. L’auteur de L’île des rêves interdits a donc cherché ici à montrer qu’une société totalitaire plonge les habitants dans un mépris et une ignorance face à la réalité du monde qui les entoure. Sans la lecture, sans la culture, la population suit les régles établies dans une insouciance profonde.

    La tournure et l’enchaînement des péripéties de L’île des rêves interdits peut avoir un certain impact auprès du jeune public mais à certaines conditions.

    En effet, le jeune lecteur doit avoir des notions de l’Histoire pour comprendre cette histoire. Un rapprochement avec l’émergence des sociétés totalitaires jusqu’au milieu du vingtième siècle est possible, c’est même ce qu’a recherché Monica HUGHES. Mais un tel programme historique est étudié à la fin du collège, il est alors possible qu’un enfant de douze ans ne fasse pas le rapprochement entre le récit et le message qu’a voulu faire passer l’auteur. Un parallèle entre l’Histoire et l’histoire est donc nécessaire pour que le message recherché puisse passer correctement. Par ailleurs, malgré celà, la lecture de ce roman est très accessible pour le jeune public. Le vocabulaire employé est à la fois simple sans être simpliste, l’enchainement des mots est très fluide et les actions rythment l’histoire tout au long du roman.

    De ce fait, la lecture devient attrayante, car le lecteur a sans cesse envie de découvrir la suite des péripéties. Il est à regretter une intrigue assez longue mais nécessaire pour poser les bases de l’histoire. Au fil de celle-ci, le suspense grandit mais le dénouement demeure sans surprise. Comme dans de nombreux contes.

    L’île des rêves interdits est un roman à la fois accessible et plaisant pour la plupart des gens qui se lanceront dans sa lecture. Même si le message voulu par Monica HUGHES peut parfois ne pas s’avérer assez clair pour de très jeunes lecteurs n’ayant pas conscience de notre passé, l’histoire permet néanmoins d’explorer un monde à la fois étrange et stricte, de découvrir une société ou le destin de chaque habitant semble tracé d’avance. Il n’y a pas d’avenir autre que celui de ses aïeuls, partagé entre l’agriculture et la pêche. Les rêves étant bannis, tout est tracé d’avance.

    Je conseille donc ce roman de par l’évasion qu’il procure dans un monde différent du notre, un monde que je n’ai pas connu...

    Malheureusement un monde qui s’avère réel encore de nos jours dans certains pays.

    Titre : L’île des rêves interdits

    Auteur : Monica HUGHES

    Illustration de couverture par François ROCA

    Traduit de l’anglais (Canada) par Véronique FLEURQUIN

    Paru en Septembre 2000 aux éditions Bayard Jeunesse

    Le roman comporte 285 pages pour un format de 19 x 14.5 x 2.9 centimètres

    ISBN : 2-227-73915-0

    Prix : 12,20 €

    Par Michaël LATOUR, Humanités et Sciences de l’information L1, UFR de Langues et Cultures antiques.