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Analyse de documentaires jeunesse sur l’Egypte : 1ère partie

 
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    Introduction

    Dans le paysage de la littérature de jeunesse actuel, le documentaire occupe une place essentielle, en raison des 2000 titres édités par an. Désormais, chaque maison d’édition possède sa collection de documentaires, voire plusieurs collections dans le cas de grandes maisons d’édition, comme Gallimard ou Nathan. Ce développement est dû au succès que le documentaire rencontre auprès du jeune public, succès dû à la multiplicité de son genre et à la pluralité de ses fonctions, ainsi qu’à son lien étroit avec l’enseignement scolaire. Face à l’explosion du nombre de nouvelles collections éditées chaque année, il est important de faire le point sur les collections majeures de documentaires jeunesse, et d’en relever les éléments qui en font la spécificité. Pour établir ce travail d’analyse, nous nous sommes penchées sur six collections ayant pour thème l’Egypte, que nous avons regroupées autour de trois axes d’étude principaux. En premier lieu, une comparaison sera établie entre la collection « Histoire » éditée chez Autrement Junior et la collection « Regard d’aujourd’hui », publiée chez Mango Jeunesse. Nous confronterons ainsi deux collections qui se veulent différentes des autres collections jeunesse. Ensuite, c’est le thème de la fiction documentaire qui sera abordé à travers deux exemples : celui du « Journal d’un enfant », édité chez Gallimard Jeunesse et celui de la collection « Drôles d’époques », publiée par la Réunion des musées nationaux. Pour conclure cette étude, nous ferons le point sur ce qu’offrent aujourd’hui les collections de documentaires plus traditionnelles avec les cas de deux classiques : « Entrez chez... » publié par les éditions Gründ et « Les clés de la connaissance », chez Nathan.

    I - Deux collections qui se veulent différentes

    Autrement Junior série « Histoire » / Regard d’aujourd’hui : Mango Jeunesse

    Voici une première comparaison de deux collections d’éditeurs jeunesse sur le thème de l’Histoire, en particulier la période égyptienne : Autrement Junior série « Histoire », des Éditions Autrement et « Regard d’aujourd’hui », des Éditions Mango Jeunesse. Cette comparaison se fera sous l’angle suivant : en quoi ces deux collections tentent de se démarquer des documentaires jeunesse traditionnels ? Elle portera sur les documentaires suivants :

    L’Égypte : de Bonaparte à nos jours, Autrement Junior série « Histoire », 2005. Cléopâtre et son temps, Regard d’aujourd’hui, 2000.

    1. L’Égypte : de Bonaparte à nos jours, chez Autrement Junior série « Histoire »

    1.1. La ligne éditoriale

    Les documentaires, chez Autrement Jeunesse, se déclinent en plusieurs séries : Junior Ville, Junior Arts, Junior Société et Junior Histoire. Notre analyse porte sur cette dernière série. La collection se caractérise non pas par une approche encyclopédique (on ne cherche pas l’exhaustivité d’une période historique donnée), ni par une approche chronologique, mais plutôt par une approche synthétique, avec neuf moments-clés d’une période, neuf histoires marquantes et significatives. La collection a pour projet global d’apporter, certes, des connaissances, mais également des outils de compréhension au lecteur afin qu’il puisse se forger sa propre opinion concernant les événements historiques. En effet, le discours, non figé, s’inscrit dans une vision européenne et mondiale et tente d’interpeller le lecteur sur l’Histoire qu’il vit aujourd’hui, notamment avec les conflits, les religions, le racisme, etc. Comme son nom l’indique, les Éditions Autrement ont la volonté de se démarquer des autres éditions, d’être « autrement », comme nous le verrons dans l’analyse. Ceci va jusque dans le choix de la période historique. Alors que la plupart des éditeurs vont consacrer un ouvrage sur l’Égypte antique, Autrement Jeunesse préfère étudier ce pays du XVIIIe siècle à nos jours, ce qui est beaucoup plus original, car c’est une période historique bien moins souvent traitée.

    1.2. Analyse

    1.2.1. L’objet

    Ce documentaire de 64 pages nous est proposé en format vertical. La similitude avec les autres éditions s’arrête là, car cette collection se différencie par sa couverture souple, sa petite taille (17x27cm), en référence au format de la collection pour adultes, et la qualité de son papier (papier offset), gage de plus de sobriété et de sérieux.

    1.2.2. Le paratexte

    Concernant le paratexte, l’ouvrage ne dispose ni de préface, ni de jaquette. En première de couverture nous retrouvons la mention de l’éditeur, de la collection, du titre et de l’auteur. En page de titre il est fait mention de la relecture scientifique par Henry Laurens. Cependant, nous ne connaissons pas son statut (universitaire, scientifique, etc.). Au verso de la page de titre est précisé le projet de l’ouvrage (« Autrement Junior Histoire veut aider les jeunes lecteurs à réfléchir au sens de l’Histoire à partir d’une période précise ou d’un grand thème transversal. Chaque volume, ponctué de cartes et d’images d’époque, met en scène quelques moments forts et pertinents grâce à des récits qui ouvrent à une véritable analyse et compréhension des événements. »). Le documentaire offre évidemment un sommaire (que nous analyserons plus en détail par la suite). En fin d’ouvrage sont listés les autres titres disponibles ou à paraître dans la collection Autrement Junior série « Histoire ». Enfin, les mentions sur la quatrième de couverture :
    -  précisent le type de l’ouvrage (« collection documentaire »), le public visé (« pour tous dès le collège ») ;
    -  délivrent une accroche (« Des moments forts de l’Histoire, des récits passionnants - souvent surprenants - pour découvrir une période, un pays ou un grand thème transversal et en dégager le sens ») ;
    -  rappellent le titre et l’auteur (« L’Égypte : de l’expédition de Bonaparte à nos jours, par Karine Safa-Vanrechem ») ;
    -  donnent un résumé (« La civilisation de l’Égypte ne se limite pas aux pharaons et aux pyramides. Explorant l’histoire égyptienne à partir de l’expédition de Bonaparte, ce livre de Karine Safa-Vanrechem nous fait découvrir une histoire contemporaine ponctuée de nombreux soubresauts. Au XIXe siècle, le pays se libère peu à peu de ses différents occupants, Turcs, Français et Britanniques. Puis il entre dans la modernité, symbolisée par de grands personnages charismatiques : le pacha Mehmet Ali, puis Nasser, qui donne finalement son indépendance à l’Égypte »).

    1.2.3. Les outils documentaires

    Cet ouvrage dispose de plusieurs outils documentaires :
    -  un sommaire, au début du volume, avec le titre de chaque chapitre, un court résumé en deux phrases et le numéro de la page. Il n’y a pas de numéro de chapitre.
    -  une carte de l’Égypte et de ses États voisins. La carte est plutôt stylisée, avec dessins et collages.
    -  un index, de noms propres seulement (personnes et lieux). Cependant nous pouvons noter l’absence de glossaire. En effet, les mots sont expliqués au cours du texte. Par exemple, en page 9 nous pouvons lire : « Les Mamelouks, anciens esclaves affranchis de l’armée des Ayyoubides - une dynastie musulmane -, détiennent le pouvoir en Égypte depuis 1250. »

    1.2.4. L’organisation intellectuelle

    Au niveau de l’organisation intellectuelle, le documentaire est composé d’une introduction et d’une conclusion, ainsi que de neuf chapitres. Ce sont neuf moments forts et pertinents de la période historique étudiée, souvent sous la forme d’un récit d’un événement ou de la vie d’un personnage, le contexte et ses conséquences. Certes, ces chapitres conservent un ordre chronologique (1er chapitre = XVIIIe siècle avec l’expédition de Bonaparte ; dernier chapitre = Le Caire aujourd’hui), mais l’accent est mis sur un thème particulier dans chaque chapitre. Ex : Bonaparte / Mehmet Ali / le canal de Suez / la renaissance arabe / le conflit israélo-arabe / Nasser / le barrage d’Assouan / le cinéma égyptien / Le Caire aujourd’hui.

    Chaque chapitre correspond à six pages (trois doubles pages) à une exception près. Sur les six pages, quatre sont occupées par le texte. Celui-ci commence en belle-page (page de droite). En regard se trouve le titre du chapitre et une illustration sur fond coloré et en pleine page.

    1.2.5. Les textes

    Les quatre pages de textes qui composent le chapitre forme un bloc très compact, en alignement justifié (pas d’alinéas, lignes sautées seulement entre les sous-parties). La sobriété de la typographie tient au fait que « le texte doit être au service du propos et non le nuire », selon Christian Demilly, directeur des autres séries Autrement Junior. Un bandeau de couleur rompt cependant une fois le texte au cours du chapitre : il s’agit d’une courte légende écrite vers le milieu de la page de gauche et se rapportant à l’illustration pleine page qui se trouve en regard du texte, page de droite.

    Le texte, à travers les neuf chapitres, constitue un continuum avec progression. Il faut absolument avoir lu le premier chapitre pour lire le deuxième et ainsi de suite. Comme il est davantage recommandé de lire ce documentaire du début à la fin, la lecture fragmentée n’est donc pas à privilégier. Toujours selon Christian Demilly, ce choix de « discours construit » structure la pensée ; elle oblige à penser. Ceci concourt au projet de la maison d’éditions de permettre au lecteur de réfléchir.

    1.2.6. L’iconicité de l’image

    Le texte prime sur l’image. Cependant, il y a un effort d’utilisation raisonnée de l’image. Une seule image, mais pertinente, vaut mieux qu’une multitude d’images employées à mauvais escient. L’image dans ce documentaire sert d’illustration ou apporte quelque chose à part entière. Elle permet également une respiration dans les chapitres. Enfin, lorsqu’il s’agit de photographies, celles-ci sont d’époque.

    Nous avons donc vu que la série Junior Ville se démarque en de nombreux points par rapport aux documentaires classiques sur l’Histoire (format, typographie, discours...). Ce n’est pas la seule collection à avoir voulu se différencier. Regard d’aujourd’hui a, quand à elle, misé sur une autre stratégie que nous allons aborder dans la partie suivante.

    2. Regard d’aujourd’hui : Cléopâtre et son temps

    2.1. Ligne éditoriale

    La collection « Regard d’aujourd’hui », chez l’éditeur Mango Jeunesse, a comme complément de titre « la collection des hommes célèbres ». En effet, cette collection, dirigée par Dominique Gaussen, a pour objet d’étude différentes époques historiques à travers la présentation d’un personnage clé de chaque période. Par exemple : Lucy et son temps, Richard Coeur de Lion et les croisades, Les Beatles et les années 60... La collection comporte déjà plus de 30 titres. L’arrivée de cette collection sur le marché éditorial a eu un profond retentissement. Voulant se démarquer des documentaires traditionnels, « Regard d’aujourd’hui » a misé sur une transmission de l’information radicalement différente. C’est par le biais des techniques de la publicité, des anachronismes, de l’importance accrue du statut de l’image, que cette collection entend faire découvrir l’Histoire aux lecteurs.

    2.2. Analyse

    2.2.1. L’objet

    Avec ses 64 pages, son format vertical, sa taille moyenne (22,5x29cm), sa couverture cartonnée et son papier glacé, « Regard d’aujourd’hui » ne semble pas se démarquer au niveau de l’objet, comme ce n’était pas le cas avec Autrement Jeunesse.

    2.2.2. Le paratexte

    Or nous pouvons entrevoir sa spécificité dès lors que nous nous attardons sur le paratexte. Sur la première de couverture, outre la mention de la collection, de l’éditeur, du titre, des auteurs (Vassoula Nicolaidès, Eleni Papaefthymiou, Alain Mounier), une accroche (« Grecque ? Égyptienne ? Diplomate ? Guerrière ? Chef d’État ? Séductrice ? ») annonce à la fois le contenu et la forme de ce documentaire. Puis, sur une autre page, sont listés les autres titres disponibles en Regard d’aujourd’hui, « la Collection des Hommes Célèbres ». Ensuite, en face du sommaire, une citation de Xun Zi (313-328 av. J.-C.) (« Une image vaut mille mots. ») résume assez bien le projet de cette collection. Le sommaire est le dernier élément de paratexte en début d’ouvrage. À la fin du documentaire est proposée une bibliographie d’auteurs antiques et modernes, avec, sur la même page, les photos et présentations textuelles des trois auteurs, des spécialistes dans leur domaine (par exemple, Eleni Papaefthymiou a fait des études en archéologie et histoire, et est docteur à l’université de Paris IV-Sorbonne).

    Enfin, en quatrième de couverture se trouvent :
    -  un résumé incitatif.
    -  une illustration de deux doubles pages extraites de l’ouvrage pour justifier le « fonds sérieux, forme ludique » de la collection.
    -  six citations élogieuses émanant de la presse, aussi diverse soit-elle (de Télérama à Paris Match) saluant la collection « Regard d’aujourd’hui ». Elles mettent l’accent sur la nouveauté, l’originalité et l’humour de la collection.
    -  la liste des prix que cette collection a obtenu (« Feuille d’or du livre d’histoire de Nancy / Prix Sorcière du documentaire / Prix France Télévision du documentaire jeunesse / Cercles d’or des libraires et bibliothécaires / Prix Octogone Créativité Création »)
    -  et pour terminer avec humour : « Précautions à prendre : Laisser à la porter des enfants, des adolescents et des adultes. »

    En somme, cette collection profite bien de la quatrième de couverture et du paratexte en général pour se mettre en avant et affirmer sa spécificité. Toutefois, on peut noter l’absence de préface, tout comme de jacquette.

    2.2.3. Les outils documentaires

    Concernant les outils documentaires, nous retrouvons dans cet ouvrage :
    -  un sommaire de 30 chapitres, non numérotés.
    -  une bibliographie, d’auteurs antiques et modernes.
    -  une frise chronologique, mais celle-ci est sous forme de thermomètre ! Elle va de -305 avant J.-C. à l’an 0. Il n’y a ni index, ni glossaire (utilisation des notes de bas de pages à la place), ni de carte géographique à proprement parler avec légende ou annotations.

    2.2.4. L’organisation intellectuelle

    Contrairement à Junior Histoire d’Autrement Jeunesse, « Regard d’aujourd’hui » n’a ni introduction, ni conclusion. Mais il y a une tentative de problématique en début d’ouvrage (« Qui était Cléopâtre ? Une Grecque comme Alexandre ? Une Égyptienne comme son peuple ? Une diplomate comme Madeleine Allbright ? Un chef d’État comme Margaret Thatcher ? Une guerrière comme Jeanne d’Arc ? Une séductrice comme Marilyn Monroe ? C’est à vous de juger... » avec à chaque fois une illustration de la personne concernée). Les 30 chapitres qui composent le documentaire suivent l’ordre chronologique de la vie de Cléopâtre. Le dernier chapitre (« Éternelle Cléopâtre ») rend compte de l’influence du personnage au cours des siècles suivants et ce jusqu’à nos jours. Un chapitre correspond à une double page. Il peut se lire indépendamment d’un autre, car souvent les informations importantes sur un personnage sont reformulées. Cependant, il n’y a pas d’unité graphique entre les chapitres, voire pas d’unité textuelle.

    2.2.5. Les textes

    Nous observons une différence de traitement dans le fonds et la forme. Les textes étant écrits par des spécialistes, le contenu de ce documentaire apporte donc des informations sérieuses. C’est au niveau de la forme que la collection puise son originalité. En effet, les écrits peuvent être très variés d’un chapitre à l’autre. Par exemple : un article journalistique, un récit de carnet de voyage, la une d’un magazine people (« Match Roma »), etc. De même, les techniques de la publicité sont largement exploitées : titres chocs et accrocheurs plutôt qu’informatifs, utilisation de figures de rhétorique (par ex : « Mariage scandaleux en Égypte : elle épouse son propre frère ! / César disparaît, Octave apparaît »). Ces titres sont mis en évidence par une police de caractères plus importante. L’utilisation de l’anachronisme est également de mise, à l’instar du chapitre « Est-ce grave, docteur ? », avec en photographie Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, affublé ici d’une coiffe égyptienne. Le lecteur peut être pris à parti sous forme de question et par l’emploi du pronom personnel à la 2e personne (« Qui était Cléopâtre ? C’est à vous de juger... »). Le ton est léger et humoristique, du début à la fin, et même dans les remerciements ! (« Remerciements au Rex Imperator, Dominique Gaussen pour sa supervision et son aide, à la grande prêtresse de la PAO, Isis Bailleul [...] ») Concernant la typographie, la taille de police de caractères, le nombre de colonnes et l’alignement (droite, gauche, centré, justifié) peuvent différer d’un chapitre à l’autre.

    2.2.6. L’iconicité de l’image

    Les illustrations sont extrêmement variées au niveau de la forme : photographies (personnes, statues, pièces de monnaie), peintures, affiches, dessins, croquis, collages, etc. L’image prime sur le texte : elle occupe les trois-quarts de la double page. Souvent elle empiète sur le texte (le texte n’est alors plus formaté en colonnes régulières mais épouse la forme de l’image). Comme pour le texte, les anachronismes sont de rigueur (cf. photographie de Freud).

    Conclusion :

    Nous avons voulu savoir en quoi les deux collections de documentaire jeunesse analysées précédemment ont tenté de se démarquer des traditionnels documentaires en Histoire. En accord avec leur nom, les Éditions Autrement Jeunesse essaient de faire tout « autrement » : format, période historique, discours construit, sobriété, utilisation pertinente de l’image, etc. Chez Mango Jeunesse, on a surtout joué sur la communication du contenu. Les anachronismes et les techniques publicitaires amuseront plutôt les adultes, car ces codes leur sont plus familiers et ils percevront plus aisément les décalages et le second degré qu’un enfant.

    II- Deux collections qui se basent sur la narration

    « Le journal d’un enfant » - Gallimard jeunesse / Drôles d’époques (Réunion des Musées nationaux)

    Le mélange entre la fiction et le documentaire donne lieu à un nouveau genre de documentaire : la fiction documentaire. Il est intéressant d’en étudier les spécificités à travers des documentaires jeunesse qui se basent sur le récit pour livrer ses informations. Pour mener cette comparaison, nous avons choisi d’étudier les collections « Le journal d’un enfant » éditée chez Gallimard, et « Drôles d’époque » éditée par la Réunion des musées nationaux. Les deux documentaires étudiés seront :

    Le journal d’un enfant en Egypte ancienne, Gallimard Jeunesse, 2004. Néfertari, princesse d’Egypte, RMN, 1998

    1. Le journal d’un enfant : en Egypte ancienne (Gallimard jeunesse)

    1.1. Ligne éditoriale

    « Une collection qui mêle fiction et documentaire pour partager, à travers leur journal intime, la vie quotidienne des enfants d’hier et d’aujourd’hui » : voilà comment la maison d’édition Gallimard qualifie la collection « Le journal d’un enfant » lors de son lancement en novembre 2004. Cette collection est le résultat d’une innovation et d’un long travail de création au sein de la maison d’édition Gallimard. Thomas Dartige, le responsable du Département documentaire chez Gallimard jeunesse, avait pour volonté de proposer une fiction documentaire pour un public âgé de 8 ans et plus. Pour créer cette nouvelle collection, l’éditeur s’est basé sur deux principes. Il voulait imaginer une collection dans la lignée d’une autre collection intitulée « Sur les traces de », qui présentait un ensemble de biographies et qui a pour vocation de présenter « un héros, une légende, une civilisation » à partir de textes fondateurs tels que l’Odyssée ou la Bible. Il désirait également trouver une formule éditoriale qui se démarquerait de celle de la collection « Sur les traces de », et il en a retenu les deux principes fondateurs de la collection : l’un narratif, l’autre thématique. L’idée est donc de proposer un récit sous la forme d’un journal intime. Un enfant raconte sa vie quotidienne au cours d’une période de l’histoire (« Au temps des châteaux forts »), une civilisation (« l’Egypte ancienne »), d’un événement (« Pendant la seconde mondiale »), ou encore dans un pays de nos jours (« Aujourd’hui en Chine »). Cette forme narrative permet au lecteur de s’identifier au narrateur, de partager avec lui sa vie, ses émotions, ses aventures, sa vie quotidienne. Elle permet aussi de découvrir une période de l’Histoire, un événement, une civilisation de manière concrète et intime. Le récit permet d’appréhender l’Histoire de manière moins rébarbative ; les enfants ont l’impression de lire une histoire et non d’apprendre une leçon. Ils acquièrent beaucoup d’informations sans s’en rendre compte. En plus du récit, l’enfant a accès à des informations documentaires par le biais des volets dépliants. Des volets peuvent s’ouvrir sur la droite, on y découvre des éléments qui viennent compléter les informations apportées par le récit de l’enfant. Cela a pour but de mieux appréhender les différents éléments relatés par l’enfant. Les thèmes documentaires touchent à la vie quotidienne et découlent directement : l’habitat, la famille, l’alimentation, les vêtement, les jeux...et nous font découvrir les coutumes et les traditions d’un pays, d’une civilisation. Les annotations personnelles, au ton vif et dans un style accessible, donnent de la consistance aux événements historiques et au mode de vie de l’époque. Une manière passionnante d’apprendre l’Histoire, bien adaptée aux écoliers.

    1.2. Analyse

    1.2.1. L’objet

    Ce livre se présente sous le format 20x24, avec une couverture cartonnée. Il est muni d’un fermoir aimanté, qui donne au livre l’aspect d’un journal intime. Le fermoir est une vraie originalité, qui différencie la collection « Le journal d’un enfant » des autres documentaires. C’est un signe de reconnaissance fort. On note la présence de papier imitant l’aspect et la couleur du papyrus dans les premières pages du livre et lors du récit de l’enfant.

    1.2.2. Le paratexte

    Concernant le paratexte, il n’y a pas de préface ni de jaquette dans le documentaire. En page de titre se trouve le titre du documentaire « Le journal d’un enfant en Egypte ancienne », le nom de l’auteur et celui des illustrateurs, au nombre de quatre. Il est intéressant de noter que devant le nom de l’auteur, il est indiqué « raconté par », cela montre toute la dimension narrative du documentaire qui prime. On peut également noter que le nom de l’enfant qui raconte l’histoire, « Meryrê », apparaît plus grand que le nom de l’auteur. Cela montre bien que l’auteur et les illustrateurs n’ont qu’une place secondaire, car ils ne sont même pas mentionnés sur la couverture. Sur cette couverture, n’apparaît que le nom de « Meryrê », comme si c’était lui qui avait écrit le livre. L’identification avec l’enfant est donc mise en avant et tout est fait pour y concourir. La mention « raconté par » semble d’ailleurs signifier que Meryrê se serait confié à Amandine Marshall (l’auteur), et que celle-ci aurait retranscrit son témoignage. La quatrième de couverture fournit une sorte de mode d’emploi du livre. Les différentes parties qui composent chaque double page y sont détaillées et expliquées. Elle délivre également une accroche (« Pour découvrir et partager la vie quotidienne des enfants d’hier »). Le titre y est également rappelé avec la mention de l’auteur et des illustrateurs. Par contre, il n’y a pas de mention du type d’ouvrage dont il s’agit (« documentaire » ou « fiction documentaire »), ni de mention de l’âge du public visé, ce qui peut sembler quelque peu gênant.

    1.2.3. Les outils documentaires

    Ce livre comporte un double sommaire où sont indiqués le thème abordé dans la double page et le numéro de cette page. Il détaille d’un côté le récit quotidien de Meryrê, découpé en événements (« ma première partie de pêche », « l’enterrement de grand-père »). Parallèlement il indique les éléments documentaires fournis dans les volets dépliants correspondants. Ces éléments sont intitulés « des clés pour comprendre ». A chaque événement correspond une ou plusieurs « clés » : au récit intitulé « l’enterrement de grand-père », on trouve des informations sur les funérailles. En plus du sommaire, on trouve deux doubles pages explicatives au début et à la fin du livre. Le dossier initial a pour but de présenter le contexte de l’histoire qui va être racontée, avec deux points d’explication majeurs : « quand ? » et « où ? ». Quant au dossier final, il cite les sources historiques qui ont permis la reconstitution de ce récit, cette double page a pour titre « Comment le sait-on ? ». Ces deux doubles pages permettent de situer le récit et de rappeler par la même occasion qu’il s’agit bien d’un récit fictif, comme l’indique la mention au début du dossier final : « L’histoire de Meryrê aurait pu être celle d’un enfant égyptien ayant vécu à Seet Maât il y a 3500 ans ». Il est intéressant de souligner que c’est le seul moment où l’on indique qu’il s’agit d’un récit fictif, imaginé par un auteur, et non dicté par un vrai enfant égyptien. Le livre entretient la confusion tout au long du livre, même dans la double page de présentation du contexte, on nous affirme que « L’histoire de Meryrê » se déroule vers 1480 av. J.-C. ... ». Ce n’est qu’à la fin du livre que l’on apprend que cette histoire aurait pu être celle d’un enfant égyptien. On peut noter l’absence d’un glossaire et d’un index, qui ne semblent pas indiqués ici dans le cas d’une fiction documentaire.

    1.2.4. L’organisation intellectuelle

    « Le journal d’un enfant » repose sur une structure toujours identique : une double page, séparée en deux parties. Sur les trois-quarts de la double page se trouve le récit de Meryrê, ainsi qu’une illustration relative au thème abordé. Sur le quart restant, en général sur la gauche ou plus rarement sur la droite, des informations documentaires sont présentées en complément des éléments apportés par le récit. Parfois, le volet documentaire est dépliant, et on trouve à l’intérieur d’autres informations. Lorsque le volet peut s’ouvrir, il y a un petit symbole (une flèche qui s’enroule sur elle-même) qui le signale. Par exemple, Meryrê raconte qu’il a fait un exercice d’écriture sur des éclats de poteries. Dans le volet, il y a alors présentation des différents hiéroglyphes et de leur traduction en lettres et sons de notre alphabet, ainsi que des dessins représentant les outils et les matériaux pour écrire. Cela a pour but de mieux appréhender les différents éléments relatés par l’enfant. Chaque chapitre comporte une double page. La séparation en différents chapitres se fait selon le rythme des jours. Chaque jour permet d’aborder un nouveau thème. Les thèmes documentaires touchent ainsi à la vie quotidienne et en découlent directement : l’habitat, la famille, l’alimentation, les vêtements, les jeux...et nous fait découvrir les coutumes et les traditions d’un pays, d’une civilisation. Un dépliant panoramique se situe au milieu du livre. C’est l’une des autres caractéristiques de la collection. Dans le cas de notre livre sur l’Egypte, cette vue représente le Nil, avec des annotations venant compléter le dessin. 1.2.5. Le texte et l’image

    La place du texte est primordiale dans ce documentaire. La lecture est envisagée sous forme linéaire, continue, car c’est bien d’une narration dont il s’agit. Cependant, la lecture du texte est sans cesse contrariée par les éléments documentaires présents sur le côté de la page. De plus, la forme spécifique des volets a pour but d’inciter le lecteur à les soulever pour découvrir ce qui s’y cache. Les deux principes sont donc quelque peu contradictoires. L’ordre de la lecture doit être compris dans ce sens : il faut d’abord lire le récit écrit sur la double page, puis lire les informations en complément du texte, et ensuite passer à une double page en continuité avec les précédentes. Cependant, une lecture fragmentée y est possible et peut être faite en fonction des thèmes. L’illustration a quant à elle une place primordiale dans le documentaire et révèle l’importance de l’image dans la médiation des savoirs en direction des jeunes au sein de la maison d’édition Gallimard. L’éditeur fait ainsi appel à deux illustrateurs différents pour la réalisation graphique de cette collection. Le texte cohabite avec l’image, qui détient ici une place importante. Nous sommes en présence de dessins illustrant les propos du jeune garçon. Il n’y a aucune photographie, ce qui semblerait peu probable : il ne faut pas oublier que nous sommes dans le cas d’une fiction documentaire et l’utilisation d’images à la place des dessins ne semble pas indiquée. Une seule image vient illustrer le texte, mais cette image prend une certaine place par rapport au texte. Elle vient s’insérer dans le texte. Par contre, dans le cas des informations documentaires sur le côté de la page, elles sont omniprésentes, puisque le texte y est présent uniquement pour servir de légende aux dessins.

    Isabelle Fretin, Alicya Fruit, et Nathalie Le Louarn

    Post-scriptum

    à suivre... deuxième partie